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mardi 25 mars 2025

Allo, les pompiers ?

Surprise l'autre jour en rentrant de faire mes courses : la rue était barrée par une ambulance et un gros camion de pompiers. La grande échelle était positionnée contre une fenêtre de mon voisin du dessus, un octogénaire qui ne sourit que lorsqu'il se brûle. Renseignement pris auprès de ma voisine du dessous (octogénaire aussi, mais charmante, elle), le malgracieux était tombé. 

Lorsque je montais l'aider à relever sa femme (championne des chutes), je leur avais conseillé de supprimer leurs nombreux tapis (il y en a partout). Je ne sais pas si ça a été fait.

Comme personne n'a le double de ses clefs, les pompiers ont dû briser une vitre. Mais il n'est pas parti avec eux :  cela n'avais pas l'air très grave, puisque je l'entends encore courir comme un lapin (un lapin avec une canne ...)

Mais je redoute je jour où il devra s'en aller : son appartement est double, comme le mien et je n'ai vraiment pas envie de me retrouver avec une famille nombreuse au-dessus de la tête ....

lundi 8 juillet 2024

En 2021, la fête de la batteuse sur le même site






(Photos empruntées au Progrès)

jeudi 27 octobre 2022

La détresse de l'aube

Grosse frayeur avant-hier matin en ouvrant mes volets sur cour. Pour une fois, je m'étais levé tôt et il faisait encore assez sombre. En jetant un coup d’œil sur l'immeuble d'en face, je vois un homme, de dos, debout sur le rebord extérieur de sa fenêtre. Énorme coup d'adrénaline ! Ce mec semble prêt à sauter, à se suicider. 

Je pense à appeler les pompiers, je pense à sa chute à laquelle je vais assister, je pense au bruit mat du corps arrivant sur le sol. Je ne sais plus à quoi je pense, mais je pense, à toute allure. Et puis, je remarque qu'il est absolument immobile. Comment fait-il, aussi longtemps ? Cela dure, dure. Peu à peu, la lumière s'accroit et je découvre enfin qu'il s'agit bêtement d'une combinaison (de plongée sans doute ?) accrochée là à sécher ! 

Ce matin-là, j'ai vérifié encore une fois que la sidération rend idiot.

samedi 3 avril 2021

Autre procession égyptienne

Dont je me fiche comme de l'an 40 ! 


samedi 6 février 2021

Distribution

Et puis, en rentrant par le parc Blandan, musique et attroupement. Quels cons de s'agglutiner ainsi, pensai-je in petto. La musique et les chants n'étant pas désagréables à attendre,  je me suis approché un peu et j'ai compris : il s'agissait d'une distribution gratuite de nourritures et autres (serviettes hygiéniques) destinées aux étudiants (je n'ai pas pu savoir de quelle association il s'agissait). D'un coup, le soleil était revenu, en tout cas dans les yeux.






jeudi 8 octobre 2020

Et j'ai encore oublié !

Le 4 octobre dernier, c'était le treizième anniversaire de ce blog. Franchement, je ne pensais pas à l'époque qu'il aurait une telle longévité. Allez, j'ose : pour ceux qui auraient manqué le tout premier opus de cette saga ! Coïncidence : c'était aussi un jeudi !

 

Potomac (le) : fleuve des Etats-Unis, qui passe à Washington et se jette dans la baie de Chesapeake; 460 km. Définition du Petit larousse illustré de 1992, en couleurs. Définition sèche, technique et sans photo. 

Pour moi, Potomac, c'est le premier mot, l'alpha de ce qui n'a pas encore connu son oméga.. Il faut s'imaginer le tout début des années 60, une petite école primaire de campagne, fréquentée par des enfants de mineurs et de paysans (la plupart du temps des deux à la fois: il faut bien nourrir sa famille), où l'instituteur certains soirs, à la fin des cours et si nous avions bien travaillé, nous faisait écouter de la musique classique (je me souviens encore de Granada) ou, mieux, nous lisait de longs passages de La Prairie, de James Fenimore Cooper. 

Et là, dans la salle chaude qui sentait la sueur, l'encre, le bois et la craie, où peu à peu entrait la lumière du couchant (pourquoi toujours m'imaginer que c'était en hiver?), dans cet endroit confiné, coincé entre des prés trop en pente pour éviter l'effort et des crassiers lourds et noirs, dans ce monde destiné à la vie simple et dure des ouvriers, où rien (ou presque) ne m'y prédisposait, j'ai découvert la beauté des mots. 

Et le premier fut Potomac. Pourquoi? Je n'en sais rien. Dès que je l'ai entendu, je me suis mis à rêver d'immensités d'herbes hautes violentées par le vent, de fleuves impétueux et écumants, ou vastes et léthargiques, de maisons au loin, isolées au sommet d'une colline où la lampe s'allumait, recréant la même intimité que je vivais à cet instant dans la salle de classe. 

Mes camarades étaient-ils eux aussi perdus dans cette immensité ? Y en avait-il un seul dont j'aurais pu saisir la main pour qu'il me guide dans cet univers inconnu mais dont j'apercevais tout à coup la richesse, de la graphie comme des sons ? Un seul pour me dire, de la bouche ou du regard :"je te comprends, je suis avec toi, je suis ton frère des mots."? Je ne sais pas. 

Dans cet univers, seul, je m'y suis enfoncé, j'y ai nagé, j'y ai dormi, gémi, joui, souffert et souri. Le livre est resté mon compagnon de lit le plus fidèle, celui que l'on ne peut s'empêcher de caresser un peu juste avant de s'endormir, même si la journée fut rude. Et le mot est pour moi musique avant que sens, mélodie et non message ( ce qui agace souvent mes amis, obligés de répéter). Et le son ouvre à chaque fois la porte donnant sur ces grands espaces qui m'ont, en un instant et à tout jamais, enivré, lorsque j'ai entendu POTOMAC,un soir d'hiver, dans la bouche de mon maître d'école.. 

Aujourd'hui, presque cinquante ans après, le pouvoir d'évocation de ce mot est, pour moi, toujours le même. Je n'ai jamais vu le Potomac, et je ne le verrai jamais, car le vrai ne m'intéresse que peu, et le mien est trop profond en moi. Il me suffit de savoir qu'il est là et que je peux, à tout instant, le convoquer: il a toujours répondu. Aussi, lorsque j'ai décidé d'ouvrir ce blog, n'ai-je pas eu à chercher longtemps son titre. Potomac s'est imposé comme une évidence, comme le baptême à la source de tous les mots futurs. Car mots futurs il y aura, j'espère.

dimanche 26 juillet 2020

Murmure romain

Je l'ai vu, de mes yeux, depuis le jardin du Pincio, au-dessus du Vatican ! (Et ce n'était pas des colombes !)


mardi 13 février 2018

Caramentran

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Caramentran à Draguignan
Aujourd'hui, c'est Mardi-Gras, dernier jour avant le Carême, que l'on associe généralement au carnaval (origine : carne levare, enlever la viande). L'autre nom du Madi-Gras, c'est Carême-prenant ou Carême-entrant (d'où Caramentran).

Les jours qui précédaient le Carême autrefois étaient consacrés à la fête, la bombance avant le jeûne. Aux cours de réjouissances qui n'étaient pas sans rappeler les Saturnales dans la Rome antique, on se déguisait, on échangeait les rôles, on avait le droit de se moquer, on dansait, on chantait et enfin, on élisait un roi : on promenait dans les rues un mannequin de paille le représentant et censé porter sur ses épaules tous les maux de la terre, pauvreté, maladie, mort... Durant la procession, on l'insultait sans cesse, et, finalement, on le brûlait en guise de catharsis : ainsi pensait-on être débarrasser de tous ces malheurs. Et ce roi-mannequin sacrifié s'appelait.... Caramentran.

vendredi 7 avril 2017

Bouh !

Devant mon supermarché, il y a toujours le même mendiant, sagement assis et fumant ses clopes quand il en a. Maigre, plutôt du genre à ne pas sucer de la glace, il dit bonjour à ceux qui passent, sans jamais rien demander. Parfois, ils sont deux mais la plupart du temps il est seul. Il lui arrive de bavarder avec quelques passants, ceux qui le voient ou ne font pas semblant de ne pas le voir.

L'autre jour, j'allais passer devant lui. Trois minettes, genre théières (bras replié, sac à main suspendu au pli du coude), me précédaient. Quand elles sont arrivées à sa hauteur, sans même le regarder, il a poussé un cri, celui qu'un enfant pousse quand il veut faire peur à quelqu'un. Quel bond sur le côté, les gazelles ! Et quel regard de haine sur lui. Moi, derrière, j'étais mort de rire. Et lui aussi. Au moins un qui n'a pas perdu son âme d'enfant !

lundi 3 avril 2017

Le vélophile

J'avais pris l'habitude de le rencontrer presque chaque soir au retour de chez ma mère. Plusieurs années de silence d'abord, puis de timides bonjours, trois mots de plus parfois, et enfin de longs échanges. Échanges ou plutôt soliloques car il parlait beaucoup plus que moi.

Dans son garage, il réparait des vélos. Il en achetait plusieurs en fin de vie et, avec, en remontait un tout neuf, ou presque. Quelquefois, il retapait de très vieux modèles dont il m'expliquait chaque particularité avec un air de gourmandise qui me fascinait, et ce bien que le vélo n'ait jamais été une de mes passions. Il en avait même un avec le cerclage des roues en bois : magnifique même si sans doute un peu lourd.

Je me demandais bien quelle pouvait être la qualité de sa vie de famille, puisque le dimanche, il le passait aussi au garage. Il m'avait parlé une fois de sa femme et de sa fille. Je ne l'ai vu qu'une seule fois à l'extérieur, à vélo et avec sa fille justement, enfin je pense.

Et puis, à ma retraite et après la mort de ma mère, je l'ai moins vu : j'utilisais beaucoup moins ma voiture. Mais, pendant les travaux chez ma sœur, je me remis à la prendre. Le garage était toujours fermé. Bizarre ! L'autre jour, enfin, le portail était ouvert mais le garage absolument vide, à part trois pneus anti choc contre le mur du fond : plus de vélos, plus d'établi, plus d'étagères encombrées de produits mystérieux. A-t-il déménagé ? Sans doute. Pourtant, chaque fois que je passe, je jette un coup d’œil, comme s'il allait réapparaître.

mardi 21 mars 2017

Micro trottoir

Avec mes oreilles bien développées (genre un candidat à la présidentielle mais pas tout à fait), il m'arrive d'entendre des choses étonnantes dans la rue. Tiens, rien qu'aujourd'hui :

(Deux ados devant moi) :
- Mais t'étais bien avec elle, en gros, à la base ?
- Ouais, en gros, à la base .

(Un homme seul avec un cabas dont une pomme s'est échappée et roule sur le sol) :
- Viens ici. Mais qu'est-ce que tu fais ? Ah ! la coquine !

samedi 18 février 2017

Accouchement difficile

Bébé neuf et bébé vieux
 Le nouveau bébé est né hier. C'est à son arrivée que j'ai passé, hier, avec Frédéric, une bonne partie de la journée.

L'assurance d'abord : un local surchauffé et une attestation dont l'impression était totalement décalée : à refaire donc. Et puis le contrat avec la date de naissance : 2016 ! A refaire donc aussi : "C'est trop long maintenant. Je vous l'enverrai."  Restera plus pour moi qu'à revenir avec le double signé !

La concession ensuite : les clés apparemment égarées ! Super. Mais surtout des plaques d'immatriculation mal posées. A refaire. Les deuxièmes (je ne dis pas les secondes) rayées et constellées de points blancs sur les chiffres noirs ! A refaire. L'employé lymphatique nous dit que c'est la faute de la machine et qu'il a autre chose à faire. Nous lui faisons remarquer que, vu le prix de la voiture, nous sommes en droit d'exiger mieux. Le commercial que nous connaissons bien arrive et lui passe un bon savon. Troisième tirage donc, mais, avant que le plastique ne soit chauffé, Frédéric, avec son stylo, fait disparaître les points blancs. Pour la rayure, il n'y a rien à faire.

Et puis voilà,  je laisse le vieux bébé pour partir avec le nouveau tout propre. Comme ça, pas grosse différence à l'extérieur ( quoique, en regardant bien !) et encore plus de technologie à l'intérieur. Me restera à m'habituer à l'écran tactile et au moteur qui s'arrête aux feux et qui me fait toujours l'impression de caler.

jeudi 9 février 2017

Elle riait.

Voiture arrêtée au feu rouge.

Elle était là, assise par terre, appuyée contre un des piliers du pont de chemin de fer, les jambes recouvertes d'une couverture sale, un anorak bleu sur le dos, sur la tête un bonnet rouge où on pouvait lire "Olympic" en grosses lettres blanches et d'où dépassaient des mèches de cheveux roux et graisseux. Près d'elle un sac à dos, des yaourts  et ce qui m'a paru être une salade de fruits. D'autres objets aussi, inidentifiables. Je l'ai d'abord crue vieille mais, en y regardant mieux, elle devait avoir tout juste vingt ans.

Les gens se pressaient pour traverser la rue, des dizaines qui sortaient de la gare et rejoignaient leur bus. Pas un ne la regardait, perdus dans leurs réseaux sociaux, anxieux de ne pas manquer leur correspondance, pensant au repas du soir ou au programme de télé, habitués, aveugles. Un homme, pour gagner du temps, l'a enjambé, comme un vieux carton emporté par le vent.

Elle ne demandait rien. Elle riait, de son rire de trisomique. Elle riait. D'eux ? D'elle-même ? D'un souvenir ? Elle riait. Au vert, la musique classique que j'écoutais n'avait plus la même résonance. 

mardi 6 décembre 2016

Au fond de la mémoire

Sur l'écran de télévision tourne une publicité pour une eau de parfum. Cate Blanchette récite : si a la leggerezza, si a l'amore, si a me stessa .... Et dans ma tête ressurgit je ne sais d'où une image tout autre : celle d'une maison perdue dans un grand parc humide, en Provence sans doute, un parc où l'on entre par un grand portail en partie affalé sur lui-même, où je pénètre un jour avec un homme que je ne connais pas et dont j'ai oublié jusqu'à l'apparence.

Au fond d'une allée  broussailleuse, une maison délabrée qui a dû être accueillante du temps de sa splendeur. Elle est entourée de bambous et de joncs pourrissant au bord d'une eau verte où surnagent quelques feuilles des arbres qui la bordent. L'homme m'avait ouvert la porte du salon. Il semblait un peu perdu, aristocrate ruiné ou fou, je n'aurais su dire, et m'avait proposé à boire. Il était parti au fin fond de ces innombrables pièces, jusqu'à la cuisine sans doute, où je l'entendais à peine me préparer un verre.

La salle où je me trouvais était envahie de vieux meubles, certains autrefois fort beaux mais aujourd'hui bancals et couverts de poussière, de vaisselle accumulée, de vieux tapis et de napperons défraîchis. Pour échapper à cet enfermement, je m'étais dirigé vers la véranda qui donnait sur le parc. Là, c'était pire encore : une verrière encrassée où s'accrochaient d'anciennes toiles d'araignées, le même empilement de meubles, la même profusion de bibelots, sur une table basse des restes d'un dernier repas où couraient déjà quelques fourmis. J'avais frissonné.

C'est l'image de cette véranda qui m'est revenue hier soir, sans raison, comme un flash autour duquel j'ai replacé le reste, le parc, l'eau verte, le salon encombré, l'homme hagard . Une image que je ne savais pas enfouie au fin fond de ma mémoire. Je ne me souviens de rien d'autre.

mercredi 1 juillet 2015

Calyste et les ferrailleurs

Réveil matinal aujourd'hui. Jean-Claude et moi avions du pain sur la planche, quelque chose qui attendait depuis trois bonnes années et que nous avons choisi finalement de faire aujourd'hui, à la "fraîche"...!

J'avais dans ma cave, outre de vieilles reliques qui ont fini à la déchetterie et que je ne regretterai sans doute pas (mais qu'il m'a été difficile de me défaire des beaux bois de lit que m'avait donné ma vieille voisine à mon ancien appartement !), j'avais donc (voilà que je me mets à écrire des phrases à la Proust, pas pour le style, pour la longueur) quelques kilos de métaux récupérés lors de travaux dans mon appartement ou dans mon immeuble et qui encombraient singulièrement ma cave.

Nous avions déjà rendu visite à un ferrailleur il y a quatre ans. Ma première rencontre avec ces gens-là et leur univers. J'avais, à l'époque, été estomaqué par l'atmosphère de ces lieux, bien loin de mon univers, et par les mines patibulaires des gens que j'y avais vus. Ce matin, nous avons trouvé portes closes : le ferrailleur a disparu.

Après recherche, au milieu du port Édouard Herriot, à naviguer au milieu des camions impressionnants et de la poussière qu'ils soulevaient, nous en avons trouvé un autre, beaucoup plus civilisé. Mais, encore une fois, quel univers : des montagnes de métaux, triés par catégorie, des navettes de camions ici aussi, des pelleteuses à mâchoires énormes qui broyaient tout cela. Ma voiture, au milieu de tout cela, comme elle était minuscule ! Et la poussière, toujours la poussière, et le bruit, et la chaleur !

En quittant cet enfer, j'ai été soulagé de retrouver la ville comme je la connais. J'ai même confié à Jean-Claude que j'étais au moins sûr de ne pas m’être trompé de métier... Et pour les quelques sous que nous avons retirés de cette vente, ils seront réinvestis rapidement dans un petit restaurant !

mardi 10 janvier 2012

Les gens du matin

Les attablés du bar du coin devant leur premier café qu'ils font durer, ou leur premier blanc sec, le regard perdu sur la nuit qui s'achève. D'autres aux doigts-araignées qui s'affolent sur un clavier.

Dans le square, le promeneur au chien, jamais le même, comme les jours, ni le chien, ni le maître. A tirer la laisse pour presser les besoins. Fenêtres encore obscures. Seul le vieil homo est debout, à regarder les arbres ou les passants. Enseignantes vieillissantes, cartable et parapluie, raides comme la première gelée. Un air à enseigner les sciences. Certitudes chronométrées jusqu'en fin de journée.

Odeur écœurante des viennoiseries chaudes; vague lueur vers l'est, dévoilant le squelette de grues encore inertes. Étudiants pressés vers la bouche de métro. Vous n'existez pas. Technologie vissée aux oreilles, premiers SMS. L'étal de légumes prend déjà la poussière.

Un cadre diagonalisant le parking, mallette à la main, son chien à lui, chemise blanche, costume noir, chaussures à bout carré. Et l'effluve d'un vaporisateur qui se dissout derrière un pilier. Milliers de fourmis stéréotypes.

Le livreur de l'école primaire ou sa camionnette seule, portes ouvertes compromettant le flot. Heureux de restaurer tous les futurs handicapés du palais. Les éboueurs aussi, poubelles repoussées à l'aveuglette et le petit cri pour démarrer. Derrière, il faut s'arranger.

Le marchand de sandwiches en face de l'hôpital. Charly. Sûr de les vendre à ceux qui ne les ont pas vu préparés. Propreté douteuse d'un quadragénaire ventru. Un malade parfois, à l'entrée de service. Cigarette et potence de perfusion. Pantoufles éculées qui n'iront pas plus loin.

Le mendiant du feu rouge, clown souvent joyeux qui frappe à votre vitre. Langage improbable d'un moine hérétique. Autrefois le clochard dans la niche de l'escargot. Disparu depuis un an. Solitaire veilleur des phares du matin.

La journée s'annonce. Il faut passer.

dimanche 1 janvier 2012

Momentini

- Des repas, des repas, des repas: huîtres, foie gras, coquillages, crustacés, volailles, gratins de cardon à la moelle, vins rouges, blancs secs, liquoreux, champagnes et encore, et encore... Ce soir, je rêvais d'un yaourt nature, mais rien de tel dans mon réfrigérateur.

- Le lustre du couloir est installé. De plus, Frédéric et Jean-Claude m'ont offert au nouvel an une splendide lampe pour le salon. Il est bon d'avoir des amis qui ont du goût! Je les ai déjà remerciés mais je veux le refaire ici, ce soir, sachant qu'au moins l'un des deux me lira.

- Lorsqu'un regard est empli de tendresse humaine, il vous bouleverse, surtout s'il provient d'un inconnu. J'ai connu ce trouble il y a quelques jours à la caisse d'un grand magasin. Rien d'ambigu dans cet échange. Juste être ému de ce que peut être l'homme.

mercredi 28 décembre 2011

Quête incertaine

Elle était encore assise à sa table et, à ma question, répondit qu'elle allait mieux. Lorsque je sortis pour fumer une cigarette, elle ne me suivit pas. Pourtant, par la baie vitrée, je la vis bientôt fouiller avec difficulté les poches de sa grosse veste, à la recherche de son paquet. Elle m'apparaissait de dos, debout puis bientôt assise à nouveau sous la dureté de l'effort. Elle cherchait à l'aveuglette, jusque dans les manches qu'elle explora méticuleusement. Elle parut un moment abandonner puis reprit sa quête en étalant le vêtement sur la table, ses vieux doigts lissant le tissu molletonné. Elle ne trouvait rien. J'eus envie de l'aider, de lui offrir une de mes Dunhill, mais je ne le fis pas. On vient, sur ordre médical, de lui imposer une réduction de sa consommation. Lorsque je retraversai la pièce, elle me fit en silence un maigre sourire désolé.

mardi 13 septembre 2011

Deux filles

Deux filles dans une rue longeant le cimetière. De l'autre côté du mur d'où quelques tombes dépassent, un hangar des bus lyonnais et un entrepôt sans enseigne, sans inscription, anonyme comme la rue. Elles sont appuyées contre la grande porte en fer qui rouille peu à peu. L'une, de dos, me cache le visage de l'autre.

Le feu est au rouge. Je les regarde, machinalement. Je crois à deux lycéennes à peine sorties des cours et qui rient un moment avant de rentrer chez elles. Celle de dos se penche et embrasse l'autre sur le cou, dans ses cheveux longs. Une autre voiture est arrêtée devant moi, un homme au volant. Il les regarde aussi.

Leur jeu de tendresse continue. Elles se moquent bien de qui peut les voir. Elles ont l'air heureuses et je les entends rire malgré la radio où Busnel interviewe Jean-Hugues Anglade. Je n'écoute plus ce qui se dit. Seules les deux filles me fascinent.

Soudain celle de dos se retourne. Elle a pris un regard mauvais et fixe l'autre conducteur. Quel geste leur a-t-il fait pour provoquer cette réaction? Un geste de macho, sans doute, qui ne supporte pas que l'on gâche la marchandise. Mais l'autre, un peu plus vieille, éclate d'un grand rire provocateur et la jeune la suit dans son hilarité libératrice.

Le feu passe au vert. Le macho s'éloigne. Je passe devant elles qui rient encore. Elles se tiennent par la taille, serrées contre le vieux portail. J'aurais voulu prendre une photo de leur bonheur.

mercredi 10 août 2011

Dans la nuit

Une ambulance arrêtée dans la rue, dans la nuit. Un vieillard en sort, soutenu par un homme et une femme, et se dirige vers l'immeuble en face. Je ne l'ai jamais vu. Il met un temps infini à parcourir les quelques mètres qui le séparent de la porte.

J'imagine sa journée, à traîner sur une chaise en plastique dans ces salles d'attente d'hôpitaux qui sentent l'angoisse et le désinfectant. J'imagine sa soirée, heureux de retrouver ses vieux meubles usés par l'usage, mais encore mal, si mal de finir de vivre. Est-ce la première alerte? Est-ce la dernière? Personne ne l'attend mais il en a pris, à défaut de son parti, l'habitude. Pourquoi ces scènes entrevues me chavirent-elles autant?