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mardi 31 mars 2026

Visages à contre-jour

Tout à l'heure, en essayant de m'assoupir pour la sieste, j'ai repensé au village où j'ai passé mon enfance, sous la haute autorité de ma grand-mère maternelle. Au village et à ses habitants. Et me sont venus à l'esprit non pas des noms ni des prénoms amis des surnoms tirés des uns ou des autres ou d'une particularité physique. 

Le premier à paraître fut le Firmin, qui aidait mon père à égorger les cochons. Mais, quand on parlait de lui en son absence, on disait le Bègue et, pour son frère le Boiteux. Le premier était une bonne pâte, le second un peu plus teigneux. Ils vivaient dans une ferme très sale où les poules couraient et chiaient dans la cuisine. Tous deux se querellaient ^sans cesse et en arrivaient souvent aux coups. Mais, pour rien au monde, ils ne se seraient séparés. 

Et puis d'autres apparurent, en un long cortège que j'ai vu défilé devant mes yeux fermés. A vous de les imaginer, ces personnages de ma petite enfance.

La Titine (sur la place Marquise), la Rèrette (qui recueillait les chiens errants) , La Dya (une vague cousine de ma mère), La Loulousse (celle-ci est encore bien de ce monde), le Meji (qui vivait avec la Périne et était toujours saoul), le Grojo (qui tenait un bar), le Coco-bel-œil (celui qui, du haut d'une cerisier dont il cueillait les fruits pour me les donner, me cracha sa chique sur les mains), le Tètel (qui tenait un autre bar), La Fine (je ne croit pas qu'il y ait de rapport avec l'alcool, mais plutôt avec Joséphine),  le Tite et la Gate (dont on me parlait mais que je ne me souviens pas avoir connus), Le Zazieu (le père de mon ami d'enfance Yvon), la Gau (elle était bien enveloppée), le Mimile (un ami de mon père), le Toine (le conducteur du car), Le La Fraise (aussi appelé La Bugne (un cousin d'Yvon dont il ne voulait pas entendre parler), la Nènette (mère de La Fraise), La Mie (prononcer comme gentille, ma mère).

Tous (à l'exception de la Loulousse qui était plus jeune) sont morts aujourd'hui. Ma somnolence les a fait revivre ... un peu. 



vendredi 28 novembre 2014

Jean-Marc

Jean-Marc était mythomane mais ça, nous ne le savions pas quand nous l'avons rencontré. Un garçon mince et pas très grand qui ne m'attirait pas mais qui pouvait plaire. Il avait toujours le sourire et était d'une immense gentillesse et d'une générosité rare. Lorsque nous nous étions installés dans notre appartement, il nous avait offert de la vaisselle et quelques meubles, dont une table de cuisine. Nous étions souvent invités à dîner chez lui et ses repas étaient excellents.

Bien sûr, parfois, il évoquait à demi-mots des origines prestigieuses auxquelles nous avions du mal à croire, différents métiers qu'il aurait exercés et dont il se serait lassé, des amants à particule et châteaux en Sologne ou ailleurs. Mais, ces détails mis à part, rien ne nous permettait de remettre en cause ce qu'il disait. Et puis son amabilité faisait tout passer.

Un jour, il nous informa qu'il avait dans l'idée de reprendre une librairie dont la propriétaire partait en retraite. Idée qui m'enchantait : acheter des livres chez un ami ! Un plaisir composé, comme écrivait un sociologue dont le nom m'échappe aujourd'hui. Cela devait se faire incessamment. Ensuite, plus de nouvelles pendant de longues semaines. Pas de réponse au téléphone, personne au domicile, plus de nom sur la boîte à lettres. Où Jean-Marc était-il passé ?

Un jour, je me décidai à entrer dans la librairie qui se trouvait à deux pas de chez moi. Une dame âgée sortit de l'arrière-boutique pour me servir. Surpris, j'hésitai un instant puis lui demandai des nouvelles de Jean-Marc. Je vis très vite qu'elle ne le portait pas dans son cœur. Une espèce d'entourloupe financière qu'il avait essayé de lui faire avaler lors de la possible vente.

Depuis, nous ne l'avons jamais revu. Le souriant jeune homme s'était définitivement évaporé. Peut-être coule-t-il des jours heureux en Sologne.... ou ailleurs.

dimanche 23 novembre 2014

Paul

Ce matin, j'ai rencontré Paul. Paul, c'était un professeur de philosophie. Il est à la retraite depuis plusieurs années. Nous n'avons jamais été réellement amis, mais nous nous apprécions mutuellement. Paul est un être lunaire, un peu retiré sur lui-même et pourtant convivial. Il a un peu grossi, du visage surtout. Paul n'est pas alcoolique, Paul n'est pas malade. Alors, les ans seuls en sont la cause.

Avec lui, jamais de conversation banale. Tout l'intéresse. il est capable de parler de tout avec une simplicité souriante. Paul est intelligent, jamais il n'impose son avis. Il est maintenant bénévole dans trois associations différentes. Il aime aussi marcher et faire découvrir Lyon à ceux qui ne connaissent pas la ville. Lui la connaît sur le bout des doigts.

Cet après-midi, c'est l'anniversaire de sa fille. Avant, il faisait son petit tour de vélo. Nous avons bavardé près d'une heure. Il faisait beau aujourd'hui à Lyon.