lundi 19 novembre 2018

Et pourquoi pas la peinture ? (30)

https://www.naples-campanie.com/wp-content/uploads/2013/05/paestum-tombe-du-plongeur.jpg 
La tombe "du plongeur", Paestum. Italie (Campanie).

Paestum, colonie romaine, s'appelait d'abord Poseidonia et était une colonie grecque datant de 600 avant J-C. Cette partie de la Campanie s'appelle d'ailleurs la Grande Grèce. C'est sans doute un des plus beaux sites antiques que je connaisse avec ceux de Sicile.

Quand on arrive dans ce bout du monde, on est immédiatement fasciné par les trois temples (Héra, Poséidon, Athena) alignés dans des pâtures où somnolent des bufflonnes dont le lait servira à la fabrication de l'authentique mozzarelle.  Peu d'aménagements modernes, peu de touristes le jour où j'y suis allé avec mes élèves. J'aurais entendu le son de la lyre, je n'en aurais pas davantage été surpris.
L'immense musée consacré aux découvertes faites sur le site depuis le XVIII° siècle regorge d'objets funéraires, de fresques grecques et de fresques lucaniennes (420-350 av. J-C). La tombe dite "du plongeur" a été découverte seulement en 1968 dans une petite nécropole proche de Paestum. Elle daterait de 480-470 av. J-C.

Les quatre côtés de la tombe (la seule peinte de cette époque à nous être parvenue dans son intégralité) représentent des scènes de banquets, de libation et de cortège. Mais, pour moi, le choc vint de la fresque du couvercle, celle qui donna son nom à la tombe. Elle met en scène un jeune homme nu plongeant dans des flots à la surface convexe. Tout est beau dans cette peinture : le trait simple, l'ocre des teintes, le décor réduit à l'essentiel.

Beaucoup d'interprétations en ont été données. On s'accorde généralement à dire que cette fresque située face au visage du mort symboliserait le passage du monde des vivants au monde des morts (et peut-être, en plus, la valeur athlétique du défunt). Les deux mondes sont séparés par les trois colonnes de droite. Chacune d'elles comportent sept tambours, comme les deux arbres comptent sept branches. Sept, symbole de la régénération. L'arbre de droite a une de ses branches cassée, du côté de l'au-delà. L'homme fait le grand saut dans l'inconnu. Cette représentation d'un plongeur est assez rare, contrairement aux scènes de banquets. On la retrouve dans une tombe de la nécropole de Monterozzi, en Étrurie (Toscane). Ce serait donc une peinture grecque inspirée de l'art étrusque.

Mais, au delà de tous ces symboles, que l'on peut oublier, ce qui est sublime, c'est la façon dont l'artiste grec a traité son sujet.

dimanche 18 novembre 2018

Malinconia



Accord parfait avec mon billet précédent.

Avalanche

Étrange sensation la nuit dernière. Quelque chose que je n'avais jamais connu, en tout cas pas avec cette intensité ni ce paradoxe.

Je suis en train de lire Je vous écris d'Italie, de Michel Déon, un roman dont le cadre est une bourgade fortifiée imaginaire d'Ombrie : Varela. Depuis le début de ma lecture, j'ai inconsciemment associé cette ville avec Volterra, qui, elle, se trouve en Toscane, mais dans la partie "sauvage" de la Toscane, et que j'ai visitée pour la première fois lors de mes études à Peruggia (Pérouse).

Je venais de finir une page où le narrateur précise qu'il a 29 ans quand je me suis aperçu qu'il était grand temps d'éteindre pour dormir. Mais impossible de trouver le sommeil. Ces 29 ans m'ont rappelé les miens, justement l'année de Perugia. Et ma machine à pensées s'est emballée . Des flots de souvenirs me sont revenus :

- l'inscription à l'université du palais Galinga, la connaissance de mes logeurs, les Luciani, et de la chambre que j'allais occuper, d'abord avec un étudiant allemand puis seul.
- l'amphithéâtre où se dispensaient certains cours d'histoire de l'art et où une jeune croate (qui devint une amie) me dit que je ressemblais au saint Jean Baptiste d'une peinture d'un primitif italien dont elle m'apporta une reproduction le lendemain.
- le ciné-club où nous allions ensemble, elle et moi, et où nous vîmes, entre autres, Au-delà du bien et du mal de Liliana Cavani, avec Dominique Sanda (en italien bien sûr).
- le Corso Vannucci , lieu de la passeggiata vespérale, au bout duquel j'achetais une glace à la banane avant d'aller contempler sur le belvédère les lumières d'Assise brillant dans le lointain.
-  la Botte, ce restaurant en sous-sol Via Volte della Pace qui proposait un si bon vin blanc très frais et qui existe encore.
-  la rencontre de mes deux amants de ce séjour, l'un serveur à Città di Castello, l'autre enseignant et ancien mannequin, le parc ténébreux près de la gare où je les avais rencontrés, l'angoisse qui m'avait saisi quand le mannequin, qui s'était épris de moi, m'avait emmené en voiture loin du centre en refusant de me dire où nous allions et me fit découvrir le lac Trasimène au bord duquel nous avions bu un verre, l'amour que nous avions fait sur la route du retour (alors qu'avec le serveur, la première fois, c'était dans une oliveraie), la dernière fois où nous nous sommes vus avant mon départ et où il m'offrit le disque de cet été : Malinconia, chantée par Riccardo Fogli, que j'ai toujours.
- l'air de violoncelle qui sortait une nuit du rempart.
- ma mère qui appelait parfois, toute heureuse d'avoir appris à dire pronto au téléphone, et qui, un jour, m'annonça  la naissance de mon neveu.
- le plafond couvert de fresques du palais qui avait été reconverti en restaurant (à Volterra) et que je n'ai pas réussi à retrouver durant un autre voyage.
- Le journal qu'un homme lisait à une terrasse de café et dont j'essayais de deviner la langue avant de me rendre compte que c'était en français.
- la pièce de Goldoni, la Locanderia,  que j'avais vue dans le théâtre de verdure près de l'église Saint-Pierre.
- l'australienne, maîtresse d'un ami lyonnais,  qui prononçait l'italien d'une manière hilarante, qui m'avait surnommé l'Unico, et qui avait pris de moi, à Todi, trois photos en noir et blanc, seules photos où je supporte de me voir.
- tout, jusqu'au moindre détail, comme la magnifique mante religieuse se chauffant au soleil sur un muret et les pâtisseries, des "bombe", si je me souviens bien, (sorte de beignets fourrés à la confiture) que j'avalais chaque matin en allant en cours dans un café, en buvant un espresso bien serré.

Avalanche de souvenirs qui m'engloutit, tous souvenirs heureux, délicieux, datant de 1981. Et pourtant, je me surpris, à un moment, à avoir la mâchoire serrée à m'en faire mal aux dents comme si je ressassais des malheurs. Je ne comprenais pas pourquoi et puis, soudain, je compris : je venais pour la première fois d'avoir viscéralement la conscience d'avoir vieilli. J'avais 29 ans, j'en ai 66. Mes souvenirs n'ont pas vieilli, j'en ressens les effets comme si je venais de les vivre, mais quel âge ont aujourd'hui mes anciens amants ? que sont devenus les Luciani s'ils sont encore vivants ? La croate, Dubravka, a-t-elle péri dans la guerre en Yougoslavie ? L'ami lyonnais, lui,  est mort. Malinconia est passée de mode.
Et le vin blanc est-il toujours aussi bon et frais à la Botte ?

samedi 17 novembre 2018

Un photographe des extrêmes

La première fois que j'ai entendu parler de Robert Mapplethorpe, c'était dans le récit de Patti Smith, Just Kids (2010), Patti Smith sa compagne à New York. L'homme, photographe, m'avait intrigué. Hier soir, Arte lui a consacré un documentaire assez long et fouillé, où j'ai pu découvrir un plus vaste éventail de ses œuvres et approcher plus intimement de l'artiste.

Si l'homme m'irrite un peu parfois, en particulier pour sa volonté inflexible de réussir à n'importe quel prix (et il y est parvenu), en revanche le photographe me fascine par son éclectisme : il a aussi bien photographié des célébrités que des fleurs et est en particulier connu pour ses photos de nus masculins, dont on lui a parfois reproché la pornographie. Pourtant, ces photos ne sont pas que cela : ce sont aussi des œuvres d'art d'une grande beauté. A vous de vous faire une opinion (j'ai sélectionné les moins provocatrices, mais vous pouvez facilement en trouver d'autres, plus explicites).

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Andy Warhol
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Patti Smith
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Autoportrait

Il n'y a pas que les italiennes qui chantent et dansent.



Les Andrews Sisters dans In the Navy de Arthur Lubin (1941)

vendredi 16 novembre 2018

L'homme est un loup pour l'homme

- Comme berceau, elle offre pendant deux ans le coffre de sa voiture à son bébé.

- Il tue la femme de son compagnon de cellule pour récupérer un magot et s'achète un château avec.

- Parce qu'il a le droit d'en avoir, il s'achète des armes et fait un massacre, au hasard.

- Elle dépose son bébé sur la plage à la marée montante et s'en va, tranquillement.

- Il masse les pieds de ses secrétaires, mais c'est pour leur bien.

- Il n'a pas de nouvelles de son voisin, les volets sont fermés depuis des semaines, mais ce n'est pas son affaire.

N'est-on pas trop sévère avec le loup ?

C'est à vous

A vous, si cela vous dit, de mettre sous cette photo un titre, une phrase ou un petit texte qu'elle vous aurait inspiré. (Vous pouvez l'agrandir en cliquant dessus.)