Jura encore et par beau temps cette fois-ci, à part une pluie violente qui a eu la bonne idée de tomber de nuit. J'aime beaucoup ce coin et cette maison qui me rappelle celle de Bons, par sa situation, par la disposition de ses pièces et par cette odeur particulière des lieux qui restent longtemps fermés.
Le vendredi soir, apéro chez des voisines qui, à leur tout viendront dîner le lendemain. Deux vieilles dames dont l'une est dynamique à l'excès et l'autre réservée mais pleine d'humour.
Le samedi matin, visite au Gaec du coin qui élève des vaches de type bleu-blanc-belge, race charnue dont les veaux ne peuvent naître que par césarienne. Nous y achetons, entre autres, des brochettes de bœuf qui se révéleront très bonnes au barbecue. Puis départ pour le marché du gros bourg du coin. Déçus par son coté désorganisé pendant les vacances d'été. L'après-midi, ce sera grosse sieste pour tout le monde, les uns dans leur lit, les autres, Frédéric et moi, sous le gros cèdre du jardin. Jean-Claude, pendant ce temps, infatigable, nettoie les autoblocants de la terrasse.
Le dimanche, visite traditionnel à la fromagerie où j'augmente ma quantité de beurre acheté: deux plaquettes, ça file trop vite pour un bon produit comme celui-ci. Tout aussi traditionnel apéritif au bar près de l'église où nous avons nos habitudes lorsque nous séjournons dans le Jura.
L'après-midi, quatre jouent aux cartes, deux (dont moi) s'endorment peu à peu en lisant sur la terrasse. Nous ne rentrerons que tard le soir, en écoutant Callas dans la voiture.
Rien que de bien banal donc mais tout dans l'amitié et la joie et, pour moi, dans le plaisir de savourer mes premiers moments de vacances.
lundi 9 juillet 2012
vendredi 6 juillet 2012
Momentini
- Vu l'infirmière de ma mère. Il est question de lui donner un médicament agissant sur la démence. Le cachet lui fera du bien. Le mot m'a fait mal.
- Réveillé ce matin avec une impression de bien-être, à m'étirer dans les draps de mon lit. Et puis, dès les premiers pas, la fatigue qui arrive, et le désarroi, comme lorsqu'on émerge d'une sieste trop longue et que l'on ne connaît plus ni le lieu, ni le jour, ni l'heure. Il faut bien trois ou quatre jours pour que l'équilibre revienne.
- L'Avare au programme, cette année, de Tout l'monde dehors. Vu il y a deux ou trois ans Les Précieuses ridicules par la même troupe, en plein air. Ils s'en étaient très bien tirés. Curieux de voir ce que ça va donner cette fois-ci. Harpagon est un personnage tragique.
- Sandrine Bonnaire l'autre jour, dans A nos Amours, de Maurice Pialat. Son premier rôle et l'évocation d'une époque que j'ai bien connue. Identique à mes souvenirs. L'avant-sida. Juste avant.
- Réveillé ce matin avec une impression de bien-être, à m'étirer dans les draps de mon lit. Et puis, dès les premiers pas, la fatigue qui arrive, et le désarroi, comme lorsqu'on émerge d'une sieste trop longue et que l'on ne connaît plus ni le lieu, ni le jour, ni l'heure. Il faut bien trois ou quatre jours pour que l'équilibre revienne.
- L'Avare au programme, cette année, de Tout l'monde dehors. Vu il y a deux ou trois ans Les Précieuses ridicules par la même troupe, en plein air. Ils s'en étaient très bien tirés. Curieux de voir ce que ça va donner cette fois-ci. Harpagon est un personnage tragique.
- Sandrine Bonnaire l'autre jour, dans A nos Amours, de Maurice Pialat. Son premier rôle et l'évocation d'une époque que j'ai bien connue. Identique à mes souvenirs. L'avant-sida. Juste avant.
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Que sont mes amis devenus...?
Nous avons fait de nombreux voyages ensemble, avec la chorale dans les années artisanes et glorieuses, celles où le commercial n'avait pas pris le pas sur l'esprit. Nous nous occupions des enfants fatigués, nous soignions les petits bobos, nous vendions les disques à la fin des concerts. Le "petit personnel", comme nous appelait le chef de chœur, à l'époque où son humour n'était pas encore méprisant. Angleterre, Écosse, Allemagne, Italie, Russie, régions de France nous avaient vus côte à côte dans le car où je m'endormais souvent contre son épaule. J'aimais le confort de son corps enveloppé qui me calait. Il nous arrivait parfois de dormir dans la même chambre. Elle ronflait beaucoup mais ne voulait pas l'admettre: pour elle, simplement, elle respirait fort. Nous nous entendions bien et je l'aimais.
La maladie de Pierre mit fin à ces voyages. A sa mort, elle était en Belgique, en tournée. Je l'ai fait prévenir par la secrétaire parce qu'elle le connaissait bien aussi. et qu'elle l'appréciait. Un mot gentil du chef de chœur, rien de son coté. J'avais été blessé mais après tout, je pouvais comprendre que la mort fasse peur.
L'année suivante, je la croisais au repas de fin d'année où, bien que retraitée, elle était venue. Ses mots de consolation furent: "Maintenant que tu es seul, tu devrais vendre l'appartement: il est beaucoup trop grand pour toi!". J'avais été blessé, profondément. La cicatrice ne s'est jamais refermée.
Des années de silence. Elle avait vendu son appartement de Lyon pour ne plus vivre que près de Nantua dans la villa héritée de sa mère institutrice. Hier, j'ai appris qu'elle avait subi une opération de la vessie, il y a deux ans, avec pose d'une poche artificielle. Quelques temps de rémission puis la généralisation du cancer. Elle est maintenant dans un petit hôpital de l'Ain, en phase probablement terminale, sous morphine, méconnaissable. Je ne peux pas lui pardonner mais je la plains.
La maladie de Pierre mit fin à ces voyages. A sa mort, elle était en Belgique, en tournée. Je l'ai fait prévenir par la secrétaire parce qu'elle le connaissait bien aussi. et qu'elle l'appréciait. Un mot gentil du chef de chœur, rien de son coté. J'avais été blessé mais après tout, je pouvais comprendre que la mort fasse peur.
L'année suivante, je la croisais au repas de fin d'année où, bien que retraitée, elle était venue. Ses mots de consolation furent: "Maintenant que tu es seul, tu devrais vendre l'appartement: il est beaucoup trop grand pour toi!". J'avais été blessé, profondément. La cicatrice ne s'est jamais refermée.
Des années de silence. Elle avait vendu son appartement de Lyon pour ne plus vivre que près de Nantua dans la villa héritée de sa mère institutrice. Hier, j'ai appris qu'elle avait subi une opération de la vessie, il y a deux ans, avec pose d'une poche artificielle. Quelques temps de rémission puis la généralisation du cancer. Elle est maintenant dans un petit hôpital de l'Ain, en phase probablement terminale, sous morphine, méconnaissable. Je ne peux pas lui pardonner mais je la plains.
jeudi 5 juillet 2012
Bouquet, buffet, fumet
Depuis la fin de l'après-midi, je suis vraiment en vacances, les vraies, les grandes. Journée marathon afin de préparer au maximum l'organisation de l'an prochain qui, si j'ai bien compté, risque d'être chargée pour moi en heures de cours. Bouquet final?
Départ de certains collègues, accueil des nouveaux auxquels il faudra s'habituer. Pas évident d'emblée pour certains, plus particulièrement certaine (au singulier). Pris ensuite par ma mère, je ne suis pas resté au buffet qui devait clôturer la journée. Je suis parti alors que tout le monde s'apprêtait à festoyer. Et c'est très bien comme ça: je n'aime pas les au revoir qui s'éternisent.
Demain départ pour le Jura jusqu'à dimanche soir. Je vais reconstituer mes provisions de fromages et de beurre. Ah! ce beurre, jaune profond! Je ne vous dis que ça!
Départ de certains collègues, accueil des nouveaux auxquels il faudra s'habituer. Pas évident d'emblée pour certains, plus particulièrement certaine (au singulier). Pris ensuite par ma mère, je ne suis pas resté au buffet qui devait clôturer la journée. Je suis parti alors que tout le monde s'apprêtait à festoyer. Et c'est très bien comme ça: je n'aime pas les au revoir qui s'éternisent.
Demain départ pour le Jura jusqu'à dimanche soir. Je vais reconstituer mes provisions de fromages et de beurre. Ah! ce beurre, jaune profond! Je ne vous dis que ça!
Les catiminis (suite)
En écrivant mon billet "Les catiminis", je pensais à deux choses:
- l'une était un souvenir cuisant d'enfance: ma première éjaculation. Je pense que la surprise et la peur que j'ai ressenties à ce moment-là ont été probablement aussi perturbantes que pour une fille ses premières règles. Et curieusement, P.P le moqueur au eu la même pensée dans son commentaire. Personne ne m'avait informé de ce qui m'arriverait et voir couler de ma verge ce liquide que je connaissais pas n'a pas été pour moi, comme sans doute pour tous les garçons dans mon cas, un vrai plaisir. Que l'on se rassure, ça a bien changé depuis.
- la deuxième était la presque certitude que j'aurais quasi exclusivement des commentaires masculins sur ce texte. Prémonition avérée puisqu'aucun membre de la gente féminine n'est venu commenter ce billet. Pudeur? Agacement que ce soit un homme qui parle de cette réalité typiquement féminine? J'aimerais bien le savoir, Mesdames.
- l'une était un souvenir cuisant d'enfance: ma première éjaculation. Je pense que la surprise et la peur que j'ai ressenties à ce moment-là ont été probablement aussi perturbantes que pour une fille ses premières règles. Et curieusement, P.P le moqueur au eu la même pensée dans son commentaire. Personne ne m'avait informé de ce qui m'arriverait et voir couler de ma verge ce liquide que je connaissais pas n'a pas été pour moi, comme sans doute pour tous les garçons dans mon cas, un vrai plaisir. Que l'on se rassure, ça a bien changé depuis.
- la deuxième était la presque certitude que j'aurais quasi exclusivement des commentaires masculins sur ce texte. Prémonition avérée puisqu'aucun membre de la gente féminine n'est venu commenter ce billet. Pudeur? Agacement que ce soit un homme qui parle de cette réalité typiquement féminine? J'aimerais bien le savoir, Mesdames.
mercredi 4 juillet 2012
Les catiminis
A midi sur France Inter, une émission sur les règles des femmes. Sans doute pas le meilleur moment pour la diffuser mais au moins, j'ai eu le temps de l'écouter. Non, ça ne m'a pas coupé l'appétit! Je connaissais un certain nombre de synonymes, pudiques, narquois ou scientifiques, que l'on emploie dans le langage courant pour cacher une réalité bien naturelle pourtant: menstrues, ragnagnas, anglais... J'en ai appris un autre, qui viendrait du grec: les catiminis. Jamais entendu mais bien joli tout de même.
Lorsque j'étais enfant, personne, bien sûr, dans la famille, ne m'avait expliqué que les femmes, à intervalles plus ou moins réguliers, y étaient soumises, pas plus d'ailleurs que l'on ne m'avait prévenu sur l'évolution de mon corps de garçon. Ces choses-là restaient bien cachées par les adultes et c'est peu à peu, au détour de mots prononcés à voix basse mais entendus tout de même, que j'ai appris comment allait la vie.
Mais la première fois que j'ai été confronté à celles de ma mère, je ne savais rien encore. Il était interdit de pénétrer dans la chambre de mes parents en leur absence et cette interdiction m'avait toujours intrigué. Aussi, un jour, le démon (ou la curiosité) me poussant, j'ai transgressé l'interdit et suis entré dans le Saint des Saints. Ouvrir les tiroirs des armoires, fouiller les papiers en prenant bien garde de ne pas les déclasser ne me prit que quelques instants et ne m'apprit pas grand chose. Je me tournai alors vers la corbeille de linge sale (pourquoi? Je n'en sais rien) et découvris un morceau de tissu totalement imbibé de sang. Ma frayeur fut telle que je quittai rapidement la chambre. Ma mère s'était-elle blessée? Mon père était-il violent? Questions auxquelles je n'eus de réponses que bien plus tard. La bonne santé de ma mère les jours suivants, alors que je l'observais inquiet, me rassura et je finis par oublier.
J'eus une autre fois affaire à ce qui, pour moi, reste encore aujourd'hui, bien étranger. Nous devions partir avec des élèves de cinquième pour une semaine de classe verte. Dans le lot, des filles, bien sûr, et j'avais demandé à mes collègues féminines de bien vouloir demander aux parents, lors de la réunion préparatoire, de prévenir leurs enfants de ce qui risquait de leur arriver lors de ce voyage. Aucune n'osa en parler et ce fut à moi de m'y coller. Ce qui finit par vaincre ma pudeur, c'est l'idée de la terreur qu'aurait pu susciter chez une élève non prévenue l'apparition de ce sang entre ses jambes.
Enfin, à la suite d'une séance d'éducation sexuelle organisée par des experts au collège, mais dont les élèves tenaient à débattre ensuite avec moi, leur professeur principal, la conversation finit par arriver sur le sujet. et une petite fille qui venait d'apprendre l'existence des règles chez les femmes s'écria naïvement devant moi: "Ah! je comprends maintenant pourquoi ma tante a maigri!"
Mais je vous parle là d'un temps que les moins de vingt ans...
Lorsque j'étais enfant, personne, bien sûr, dans la famille, ne m'avait expliqué que les femmes, à intervalles plus ou moins réguliers, y étaient soumises, pas plus d'ailleurs que l'on ne m'avait prévenu sur l'évolution de mon corps de garçon. Ces choses-là restaient bien cachées par les adultes et c'est peu à peu, au détour de mots prononcés à voix basse mais entendus tout de même, que j'ai appris comment allait la vie.
Mais la première fois que j'ai été confronté à celles de ma mère, je ne savais rien encore. Il était interdit de pénétrer dans la chambre de mes parents en leur absence et cette interdiction m'avait toujours intrigué. Aussi, un jour, le démon (ou la curiosité) me poussant, j'ai transgressé l'interdit et suis entré dans le Saint des Saints. Ouvrir les tiroirs des armoires, fouiller les papiers en prenant bien garde de ne pas les déclasser ne me prit que quelques instants et ne m'apprit pas grand chose. Je me tournai alors vers la corbeille de linge sale (pourquoi? Je n'en sais rien) et découvris un morceau de tissu totalement imbibé de sang. Ma frayeur fut telle que je quittai rapidement la chambre. Ma mère s'était-elle blessée? Mon père était-il violent? Questions auxquelles je n'eus de réponses que bien plus tard. La bonne santé de ma mère les jours suivants, alors que je l'observais inquiet, me rassura et je finis par oublier.
J'eus une autre fois affaire à ce qui, pour moi, reste encore aujourd'hui, bien étranger. Nous devions partir avec des élèves de cinquième pour une semaine de classe verte. Dans le lot, des filles, bien sûr, et j'avais demandé à mes collègues féminines de bien vouloir demander aux parents, lors de la réunion préparatoire, de prévenir leurs enfants de ce qui risquait de leur arriver lors de ce voyage. Aucune n'osa en parler et ce fut à moi de m'y coller. Ce qui finit par vaincre ma pudeur, c'est l'idée de la terreur qu'aurait pu susciter chez une élève non prévenue l'apparition de ce sang entre ses jambes.
Enfin, à la suite d'une séance d'éducation sexuelle organisée par des experts au collège, mais dont les élèves tenaient à débattre ensuite avec moi, leur professeur principal, la conversation finit par arriver sur le sujet. et une petite fille qui venait d'apprendre l'existence des règles chez les femmes s'écria naïvement devant moi: "Ah! je comprends maintenant pourquoi ma tante a maigri!"
Mais je vous parle là d'un temps que les moins de vingt ans...
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