jeudi 31 mai 2012

Cognac

A la fin de mon adolescence, au moment où je vins habiter à Lyon, j'avais pris l'habitude de boire certains soirs une gorgée de Cognac. Il est bien possible que, parfois, j'en aie voler une bouteille dans le magasin de mes parents. Je ne m'en souviens pas, pas plus que d'un quelconque remords si je l'ai fait.  C'était l'époque où je pensais devenir écrivain et où Yvon parlait déjà de suicide.

J'avais découvert quelque chose qui me fascinait: alors que le goût de ce breuvage ne me plaisait pas (et continue à ne pas me plaire), son absorption provoquait chez moi une sorte de hoquet un peu semblable à celui que l'on ressent quand on est sur le point de vomir, qui me faisait grimacer pendant quelques secondes, le temps que l'alcool ait fini de descendre. La réaction de mon corps était toujours la même et je l'attendais avec impatience en me préparant à ce haut-le-cœur qui ne manquait jamais d'arriver.

On pourrait penser qu'il s'agissait d'un début d'addiction à l'alcool, pourtant il n'en était rien. Juste de la curiosité, un besoin de comprendre, d'analyser ce qui se passait en moi. Une façon aussi de me prouver à moi-même que j'étais encore en vie, que mon corps en tous cas n'obéissait pas à un cerveau endeuillé qui se croyait blasé de tout et que sa libido déjà bien écoutée avait fait descendre dans les bas-fonds de la désespérance.

On aura compris que, si je n'aimais pas les autres, je m'aimais encore moins moi-même. On aura sans doute aussi compris que, face à ce souvenir, je n'arrive pas à écrire quelque chose de logique et de sensé.

mercredi 30 mai 2012

Des mots démodés (3)

"Livre" semble bien faire partie du lot. Non pas le livre (mais pour combien de temps encore ?) mais la livre, ces cinq cents grammes que l'on n'appelait pas autrement autrefois. En faisant des courses chez un boucher dans le Jura, j'ai entendu cette conversation sidérante:
- Une cliente devant moi: "Mettez-m'en une livre."
- Le jeune apprenti du magasin (une vingtaine d'années tout de même): "Ça fait combien de grammes, ça ?"
Ceci dit le plus sérieusement du monde.

Le féminin serait-il maudit ? Car dans la semaine, j'ai parlé à mes élèves d'une lieue, celle qui, avec ses six compagnes, ont fait la réputation de certaines bottes de conte. Un élève m'a interrompu pour me dire que je me trompais et que l'on disait "un" lieu. S'en est suivi bien sûr un petit cours sur les homophones où j'en ai profité pour leur apprendre ce que c'était qu'un enseigne,.... avant de m'apercevoir qu'ils ne savaient pas davantage ce qu'était une enseigne. Je me suis senti tout "chose"!

mardi 29 mai 2012

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (108)

 Frédérik Mey, J'aimerais bien être mon chien.

Ecoeurement

Passage sans doute éclair ce soir. Pas envie d'écrire. Je suis écœuré par la réunion de tout à l'heure, au collège. Ce que je craignais est bien en train d'arriver, malgré toutes les dénégations entendues en face à face: notre méthode innovante d'enseigner est en train de vivre ses derniers mois.

 Bien sûr, on ne nous l'a pas annoncé comme ça, tout de go. On nous a d'abord demandé de répondre à un questionnaire en forme de bilan de ce projet vieux de presque dix ans. La lecture en a été faite ainsi que le compte rendu, tronqué, détourné, où seuls ont été mis en avant les points négatifs ou à améliorer. Résultat, alors que 66% des réponses demandaient à poursuivre la méthode, réduction de moitié des horaires consacrés à ce projet l'an prochain. Et ensuite ? Faut-il que je joue les Cassandre ?

 Ainsi, des heures de réflexion, de mise en place du dispositif, de travail acharné pour préparer les cours nouvelle façon sont balayées par une décision unilatérale et orientée. Exit ces idées d'intellos, de pédagos, comme nous surnomme notre directeur général. Haro sur tout ce qui dépasse, sur tout ce qui ne rentre pas dans une norme étriquée et qui n'a, en fait, jamais fait ses preuves.

 J'ai pensé à Gilles ce soir, lui qui avait tant donné pour conceptualiser cette démarche pédagogique et que l'on a dernièrement gentiment prié d'aller se faire voir ailleurs. Le cadavre n'est pas encore froid que l'on danse déjà dessus! Mais ce qui me choque le plus, c'est le nombre de mes collègues qui n'ont pas dit un mot de protestation, qui se comportent comme des moutons bêlant prêts à faire tout ce qu'on leur impose. J'ai bien essayé, ainsi que quelques autres, d'argumenter, de défendre ce qui avait été mis en place, mais j'ai vite compris, aux réponses que l'on me faisait, que tout était déjà plié: on décide maintenant à notre place. Est-ce la meilleure façon de motiver le corps enseignant? J'en doute.

 Je le redis encore une fois: je ne serai pas mécontent de quitter bientôt cet univers où je ne reconnais plus rien de ce que j'ai vécu avec bonheur et enthousiasme pendant de nombreuses années, où je ne me sens plus chez moi.

lundi 28 mai 2012

Le Jura: mieux que des mots, des photos

Première visite: la fruitière, bien sûr!
Les premiers pas de Frédéric avec son nouvel appareil photos. Près de lui, son mentor!
Promenade sylvestre, par pas loin de 30° au soleil.
Aperçu de la faune locale.
et de la flore, des bois et des jardins.
L'habitat évolutif.
Et, pour finir, une belle surprise avec ce Calvaire aux allures bien bretonnantes!











Est-il besoin de rajouter que ces deux jours furent bons, excellents même ?

vendredi 25 mai 2012

Logique

Il avait vu un petit poisson. "Tiens, dit-il, un petit poisson!". Forcément, il s'était arrêté au bord de la rivière pour le regarder. Comme son ombre ne portait pas sur l'eau, le petit poisson ne l'avait pas vu et continuait à tourner de ci de là, à la recherche de quoi au fait ? Il ne savait pas lui donner un nom, il n'y connaissait rien en poissons. Tout juste aurait-il pu dire que c'était un poisson d'eau douce, puisqu'il était au bord d'une rivière.

Alors il décida que c'était un bébé truite : après tout, personne ne viendrait vérifier lorsqu'il aurait raconté sa rencontre, si quelqu'un, jamais, venait vérifier. D'ailleurs, pourquoi pas une truite ? C'était plausible après tout. Des truites, il y en avait dans les rivières. Et puis, quelle importance ? Ce qui l'avait arrêté, ce n'était pas le poisson lui-même, encore moins sa catégorie, mais le brusque frémissement de l'eau et, après, les reflets sur le dos ondulant.

Comme d'habitude, il rapprocha ce hasard de ce qu'il connaissait mieux. Il pensa à La Fontaine, à Hemingway, à un roman dont il avait oublié le titre mais qui l'avait passionné, et puis, finalement, à Jonas, tout en se disant que, là, vraiment, il fallait avoir de l'imagination. Il ne poussa pas jusqu'à Jules Verne parce qu'au moment où il allait y penser, le poisson disparut sous une pierre. Il attendit un peu mais, le poisson ne réapparaissant pas, il se dit qu'il avait mieux à faire que de regarder les poissons, surtout ceux, comme celui-ci, qui n'en faisait qu'à leur tête. Alors il se redressa et se dit "Arrête", ce qui est bien le moins que l'on puisse se dire pour un poisson.

Et il reprit son chemin à travers la campagne, sûr au moins que, dans les champs, il ne verrait plus de truites, ni de brochets, encore moins de baleines. Et puis, ce qui paissait là-bas, au milieu de l'herbe grasse, il n'avait aucun doute sur ce que c'était : un rhinocéros !

Momentini

- Retrouvé Patrick et Francine après un bon mois d'absence: mousse de poisson pour Frédéric, lapin à la moutarde pour moi. Un régal. Après, une heure pour rentrer chez moi: quartier de Perrache bloqué par la circulation.. Lyon devient invivable de ce point de vue-là!

- C'est presque décidé: je quitte ma dentiste! Il y en a certainement des aussi bien plus près de chez moi et elle, elle commence à me gonfler avec ses retards incessants et ses remarques du style: "C'est vraiment dommage que vous ayez recommencé de fumer...".

- Nouvelle organisation des deux magasins chez Decitre, à Bellecour: littérature générale dans le premier, polars dans le second. Je n'ai rien acheté: c'est dire si j'étais énervé!

- Demain, Jura, jusqu'à dimanche ou lundi. La petite chambre tout en haut, sous les toits, chez Colette. pas très confortable  (pas Colette, la chambre!), mais je l'aime bien (et Colette aussi!).