Ce matin, dans le cadre de notre innovation pédagogique, je devais faire un cours en tandem avec une professeur d'Arts Plastiques.
Aucun stress sur cette matière: j'aime l'art, en particulier la peinture. Le mal-être venait de la collègue. A elle seule, elle ferait angoisser un troupeau de veaux marins (animaux dont je soupçonne, vue leur inertie, qu'ils ne souffrent pas de dépression! Et pardon pour les veaux en cours de psychanalyse...).
En deux jours, elle n'a cessé de m'assaillir, en direct verbalement, au téléphone, par courriers électroniques, tout cela pour des broutilles, pour se rassurer sur des détails. Je dois être zen en ce moment: j'ai tout supporter stoïquement, j'ai même parfois réussi à la calmer.
Résultat: ce matin, un cours d'une heure trente non seulement bien déroulé, mais aussi intéressant et profond. Nos remarques, notre enseignement, n'ont pas été successifs et sans lien entre eux, mais concomitants et imbriqués l'un dans l'autre. J'aime quand cela se passe comme çà, surtout si c'est une divine surprise.
De plus, je suis toujours époustouflé par les remarques de certains élèves (de onze ans) devant une oeuvre d'art. Ce matin, une bonne demi-heure a été consacrée à l'analyse d'un tableau d'Edward Hopper, Chambre à New York (1932). L'un d'entre eux m'a fait découvrir un détail que je n'avais pas remarqué, dans la composition de la scène: les couleurs employées pour chacun des personnages et pour l'objet proche de lui sont exactement symétriques mais inversées: robe rouge pour la femme devant un piano noir, veston noir pour l'homme assis dans un fauteuil rouge. Beau sens de l'observation pour un enfant de cet âge!
Finir en disant que j'apprécie beaucoup l'oeuvre d'Edward Hopper.
mercredi 21 novembre 2007
Chameau !
Les chameaux sont réputés pour avoir un très sale caractère. Ainsi, parfois, ils refusent de se lever et de marcher, en particulier quand ils s'estiment trop chargés.
Que font les chameliers pour parvenir à finalement leur faire transporter la charge initialement prévue? Ils en rajoutent quelques dizaines de kilos. Le chameau, bien sûr, ne bouge pas. Alors le chamelier fait semblant de céder et retire les kilos non prévus au départ. Le chameau, tout heureux, se lève alors et se met en route.
Le gouvernement est en train, dans les grèves actuelles, de se comporter exactement comme le chamelier. Le pire, c'est que les syndicats sont aussi cons que les chameaux!
Que font les chameliers pour parvenir à finalement leur faire transporter la charge initialement prévue? Ils en rajoutent quelques dizaines de kilos. Le chameau, bien sûr, ne bouge pas. Alors le chamelier fait semblant de céder et retire les kilos non prévus au départ. Le chameau, tout heureux, se lève alors et se met en route.
Le gouvernement est en train, dans les grèves actuelles, de se comporter exactement comme le chamelier. Le pire, c'est que les syndicats sont aussi cons que les chameaux!
Père et paire
Hier soir, avec K., nous sommes allés au théâtre. Elle m'offrait la place de son mari, indisponible. Je ne savais plus très bien ni où cela avait lieu ni de quoi il s'agissait. En fait, c'était tout près de chez moi et on donnait une pièce intitulée "Pierre et fils", interprétée par Pierre Richard et Pierre Palmade, ce dernier en étant également l'auteur.
Début un peu ennuyeux. Je craignais le pire. Nous allions assister à un grand numéro de Palmade, hélas en amuseur public et pas en comédien.
Et puis, l'un des deux thèmes centraux apparut: un fils retrouve son père qu'il ne connaît pas. Tiens, écho! Je lis en ce moment le roman volumineux (plus de 1000 pages) de John Irving, Je te retrouverai (Until I find you), et, ici même, ai parlé de P1 et de P2 il n'y a pas longtemps.
Puis la pièce devient plus grave quand la relation s'installe entre les deux inconnus père et fils. Et le fils, directeur de supermarché, jeune cadre aux dents longues, marié à une charmante épouse, Anna, annonce à son père qu'il a un amant, un des cadres de son entreprise. Deuxième écho.
J'ai beaucoup aimé la façon dont est traitée dans le texte de la pièce, cette relation tricéphale, à la fois avec gravité et une certaine légèreté, sans jamais tomber dans le boulevard ou le vulgaire. D'ailleurs, à ma connaissance, c'est la première fois que ce sujet est traité ainsi: la bisexualité n'est en rien prétexte à rires gras, la relation homosexuelle (entre Pierre et son amant) est prise tout autant au sérieux que la relation hétérosexuelle (entre Pierre et sa femme) et la fin ne voit pas le mari, tout contrit, revenir dans "le droit chemin". Pierre aime sa femme, il aime aussi son amant, qui l'aime en retour. Anna aime son mari et apprécie l'amant qui contribue comme elle au bonheur de celui qu'elle aime.
Pierre Richard, en papa manipulant les autres pour leur montrer le bonheur qu'ils ont devant eux, pour leur faire vivre malgré eux ce bonheur, est assez prodigieux. Est-ce pure utopie? J'avais les larmes aux yeux en sortant.
Début un peu ennuyeux. Je craignais le pire. Nous allions assister à un grand numéro de Palmade, hélas en amuseur public et pas en comédien.
Et puis, l'un des deux thèmes centraux apparut: un fils retrouve son père qu'il ne connaît pas. Tiens, écho! Je lis en ce moment le roman volumineux (plus de 1000 pages) de John Irving, Je te retrouverai (Until I find you), et, ici même, ai parlé de P1 et de P2 il n'y a pas longtemps.
Puis la pièce devient plus grave quand la relation s'installe entre les deux inconnus père et fils. Et le fils, directeur de supermarché, jeune cadre aux dents longues, marié à une charmante épouse, Anna, annonce à son père qu'il a un amant, un des cadres de son entreprise. Deuxième écho.
J'ai beaucoup aimé la façon dont est traitée dans le texte de la pièce, cette relation tricéphale, à la fois avec gravité et une certaine légèreté, sans jamais tomber dans le boulevard ou le vulgaire. D'ailleurs, à ma connaissance, c'est la première fois que ce sujet est traité ainsi: la bisexualité n'est en rien prétexte à rires gras, la relation homosexuelle (entre Pierre et son amant) est prise tout autant au sérieux que la relation hétérosexuelle (entre Pierre et sa femme) et la fin ne voit pas le mari, tout contrit, revenir dans "le droit chemin". Pierre aime sa femme, il aime aussi son amant, qui l'aime en retour. Anna aime son mari et apprécie l'amant qui contribue comme elle au bonheur de celui qu'elle aime.
Pierre Richard, en papa manipulant les autres pour leur montrer le bonheur qu'ils ont devant eux, pour leur faire vivre malgré eux ce bonheur, est assez prodigieux. Est-ce pure utopie? J'avais les larmes aux yeux en sortant.
lundi 19 novembre 2007
En phase
En rentrant de réunion, tout à l'heure, j'ai trouvé un message de F-J., un ancien collègue perdu longtemps de vue puis retrouvé par hasard il y a environ deux ans. Deux ans où nous nous sommes rencontrés à peu près deux fois.
Je l'ai rappelé et nous avons longuement discuté au téléphone, en particulier d'internet et du sport (il s'est remis au vélo). Bien que profondément différent, je me sens assez souvent en phase avec lui. Hétérosexuel définitivement convaincu et pratiquant, il n'a pas peur de parler ouvertement de ses désirs, de ses fantasmes avec moi, homo tout aussi définitivement convaincu et pratiquant.
Ça fait du bien de pouvoir échanger en profondeur sans l'ombre d'un malentendu, sans le début d'un soupçon de quiproquo. Nous mangerons ensemble à la fin du mois. Je ne me fais aucun souci: les sujets de discussion avec lui ne manquent pas.
Je l'ai rappelé et nous avons longuement discuté au téléphone, en particulier d'internet et du sport (il s'est remis au vélo). Bien que profondément différent, je me sens assez souvent en phase avec lui. Hétérosexuel définitivement convaincu et pratiquant, il n'a pas peur de parler ouvertement de ses désirs, de ses fantasmes avec moi, homo tout aussi définitivement convaincu et pratiquant.
Ça fait du bien de pouvoir échanger en profondeur sans l'ombre d'un malentendu, sans le début d'un soupçon de quiproquo. Nous mangerons ensemble à la fin du mois. Je ne me fais aucun souci: les sujets de discussion avec lui ne manquent pas.
Ginkgo Biloba
Dans le parc du collège, le ginkgo a perdu toutes ses feuilles en quelques jours. Il était magnifique, flamboyant, la semaine dernière, nous l'avions photographié avec J. lors de la visite des lieux, et ce matin, il ne restait que ces petits fruits qui bientôt tomberont et répandront leur abominable odeur de vomis sur le sol. Il faudra faire attention où l'on met les pieds. Marcher dessus signifie emporter avec soi le remugle dans sa voiture ou chez soi.
Il paraît que ces arbres peuvent vivre très vieux et sont considérés, en Extrême-Orient, comme sacrés. Celui-ci, femelle, se trouve juste en face de la fenêtre de la pièce où ronronne la machine à café et où je me tiens généralement pour travailler. C'est également lui que je regarde lorsque mon téléphone portable sonne, puisque la liaison n'est à peu près correcte qu'à cet endroit (proximité d'hôpital oblige.)
Ce matin, un grand vent arrachait les dernières feuilles et faisait sauvagement tournoyer tout çà. L'hiver est là et je n'aime pas l'hiver, je n'aime pas les fêtes de fin d'année, je n'aime pas Noël.
L'autre jour, J. me disait qu'il fallait que je retrouve l'enchantement de Noël: il va y avoir du boulot!
Il paraît que ces arbres peuvent vivre très vieux et sont considérés, en Extrême-Orient, comme sacrés. Celui-ci, femelle, se trouve juste en face de la fenêtre de la pièce où ronronne la machine à café et où je me tiens généralement pour travailler. C'est également lui que je regarde lorsque mon téléphone portable sonne, puisque la liaison n'est à peu près correcte qu'à cet endroit (proximité d'hôpital oblige.)
Ce matin, un grand vent arrachait les dernières feuilles et faisait sauvagement tournoyer tout çà. L'hiver est là et je n'aime pas l'hiver, je n'aime pas les fêtes de fin d'année, je n'aime pas Noël.
L'autre jour, J. me disait qu'il fallait que je retrouve l'enchantement de Noël: il va y avoir du boulot!
dimanche 18 novembre 2007
Abécédaire (Z)
Zoom: du jeudi 4 octobre au dimanche 18 novembre.
Un mois et demi d'écriture quasi continue, des heures à pianoter sur le clavier, des nuits de sommeil plus courtes, des pages noircies, l'alphabet parcouru, des riens remplis de rien et de beaucoup.
Le zoom précise les choses.
D'abord hymne aux mots, les beaux, les originaux, les méconnus, les disparus, ceux qui sonnent bien, les tordus, les intellos, ceux qu'on dépoussière pour un instant, qu'on installe sur le présentoir, qu'on éblouit d'un flash avant de les laisser retomber dans l'ombre (mais on les a caressés un instant, l'oubli en sera adouci).
Puis, derrière les mots, les souvenirs associés aux mots, d'une saison à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'une enfance à l'autre (enfance, oui, plus que tout autre saison de la vie.), d'un jardin à un bois, d'une sieste à une frayeur, d'un bonheur à une question, d'un rêve à une connaissance.
Puis les gens associés à ces souvenirs, certains encore présents, la plupart (sans que ce soit un choix volontaire) disparus, tous que l'on aime, que l'on a aimés (parfois follement), ces êtres qui nous font et parfois nous défont, ces êtres qui font la vie, qui font que la vie est à la fois Tendresse et Ténèbres, des allées automnales aux portes d'un garage, des couloirs d'hôpitaux aux bancs d'une salle de classe, des silhouettes fugitives aux passagers clandestins, des "Qui ne seront jamais plus" aux "En devenir".
L'histoire n'est pas finie. Elle n'a pas été telle que je l'imaginais début octobre en commençant Potomac: mes doigts ont pris des chemins de traverse, suivant mes pensées dans leur école buissonnière, s'arrêtant (pourquoi?) ici plutôt que là, insistant sur une anecdote, oubliant des composants importants, avec pour seule constante, seul garde-fou, l'ordre alphabétique.
Que sera la suite? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que suite il y aura. J'ai éprouvé trop de plaisir durant ces heures face à l'écran, jamais je n'ai ressenti la gêne, l'appréhension d'être impudique: je ne me livre pas, je me dis à moi-même ce que je voulais me dire depuis longtemps, sans fard, sans hypocrisie mais avec parfois quelques zones d'ombres, quelques arpents du jardin volontairement gardés sauvages.
Il se peut que ma mémoire ait transformé, déformé certains souvenirs, mais c'est ainsi que je m'en souviens aujourd'hui. Il se peut que je me sois montré injuste avec certaines connaissances, mais ce que j'ai dit correspond à ce que je pensais alors.
Si l'on a perçu dans ce que j'ai écrit l'amour que je porte aux êtres et à la vie, je n'ai pas perdu mon temps.
Et, comme disait Lucien Jeunesse au Jeu des Mille francs: "A demain, si vous le voulez bien!"
Un mois et demi d'écriture quasi continue, des heures à pianoter sur le clavier, des nuits de sommeil plus courtes, des pages noircies, l'alphabet parcouru, des riens remplis de rien et de beaucoup.
Le zoom précise les choses.
D'abord hymne aux mots, les beaux, les originaux, les méconnus, les disparus, ceux qui sonnent bien, les tordus, les intellos, ceux qu'on dépoussière pour un instant, qu'on installe sur le présentoir, qu'on éblouit d'un flash avant de les laisser retomber dans l'ombre (mais on les a caressés un instant, l'oubli en sera adouci).
Puis, derrière les mots, les souvenirs associés aux mots, d'une saison à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'une enfance à l'autre (enfance, oui, plus que tout autre saison de la vie.), d'un jardin à un bois, d'une sieste à une frayeur, d'un bonheur à une question, d'un rêve à une connaissance.
Puis les gens associés à ces souvenirs, certains encore présents, la plupart (sans que ce soit un choix volontaire) disparus, tous que l'on aime, que l'on a aimés (parfois follement), ces êtres qui nous font et parfois nous défont, ces êtres qui font la vie, qui font que la vie est à la fois Tendresse et Ténèbres, des allées automnales aux portes d'un garage, des couloirs d'hôpitaux aux bancs d'une salle de classe, des silhouettes fugitives aux passagers clandestins, des "Qui ne seront jamais plus" aux "En devenir".
L'histoire n'est pas finie. Elle n'a pas été telle que je l'imaginais début octobre en commençant Potomac: mes doigts ont pris des chemins de traverse, suivant mes pensées dans leur école buissonnière, s'arrêtant (pourquoi?) ici plutôt que là, insistant sur une anecdote, oubliant des composants importants, avec pour seule constante, seul garde-fou, l'ordre alphabétique.
Que sera la suite? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que suite il y aura. J'ai éprouvé trop de plaisir durant ces heures face à l'écran, jamais je n'ai ressenti la gêne, l'appréhension d'être impudique: je ne me livre pas, je me dis à moi-même ce que je voulais me dire depuis longtemps, sans fard, sans hypocrisie mais avec parfois quelques zones d'ombres, quelques arpents du jardin volontairement gardés sauvages.
Il se peut que ma mémoire ait transformé, déformé certains souvenirs, mais c'est ainsi que je m'en souviens aujourd'hui. Il se peut que je me sois montré injuste avec certaines connaissances, mais ce que j'ai dit correspond à ce que je pensais alors.
Si l'on a perçu dans ce que j'ai écrit l'amour que je porte aux êtres et à la vie, je n'ai pas perdu mon temps.
Et, comme disait Lucien Jeunesse au Jeu des Mille francs: "A demain, si vous le voulez bien!"
Riens (32)
Pince-Moi et Pince-Toi s'entendent bien. ( Oui, d'habitude, c'est Pince-Me et Pince-Moi, mais Pince-Me n'est plus là, il a déménagé.)
Ce soir, ils doivent ensemble fêter au restaurant l'anniversaire de Pince-Moi, mais Pince-Toi est libre plus tôt que Pince-Moi. Alors ce dernier lui propose gentiment de lui laisser un trousseau de son appartement: Pince-Toi pourra ainsi attendre au chaud après son travail. Pince-Toi hésite puis finalement accepte. Il est de toutes façons libre de ne pas se servir de ces clés.
Le soir venu, Pince-Moi rentre chez lui et trouve Pince-Toi sagement installé devant sa télévision. Ça lui fait bizarre, à Pince-Moi, de trouver quelqu'un en entrant, bizarre mais en même temps il en éprouve une grande joie. Bien sûr, il n'en dit rien à Pince-Toi mais comme celui-ci n'est pas idiot, il a bien dû s'en rendre compte.
Nous ne nous étendrons pas sur la soirée; qu'il vous suffise de savoir qu'elle fut tendre et pleine de complicité partagée. Quand Pince-Toi rentre chez lui, il emporte les clés.
- Tiens, se dit Pince-Moi, surpris, mais après tout, pourquoi pas? Cela peut simplifier la vie, pour d'autres fois, d'autant plus que l'hiver devient rude et que Pince-Toi est très, très frileux.
Le lendemain, nos deux compères se retrouvent une petite demi-heure dans un grand parc qu'ils aiment tous deux. Entre temps, Pince-Moi a réfléchi: que va penser Pince-Toi du fait qu'il ne lui ait pas redemandé ses clés en fin de soirée? Que va-t-il en déduire? Ne va-t-il pas croire que Pince-Moi lui force un peu la main?
Alors Pince-Moi parle des clés, et Pince-Toi les lui rend, disant qu'elles sont bien lourdes, un tel trousseau pour une si petite banane! Pince-Moi est rassuré: il a horreur de passer pour quelqu'un qui s'impose, autant qu'il a horreur que l'on s'impose à lui.
Pourtant, pourtant, il y a le côté pratique, et puis Pince-Moi aurait bien aimé re-sentir "quelquefois" (je ne dis pas "souvent") le délicat pincement de joie qu'il a éprouvé à ouvrir une porte qui l'était déjà et à trouver "son" fauteuil de salon occupé.
Alors, si Pince-Toi prend froid à attendre parfois, Pince-Moi le serrera très fort dans ses bras et le réchauffera de mille baisers-papillons.
Mais tout ceci doit rester entre Toi et Moi.
Ce soir, ils doivent ensemble fêter au restaurant l'anniversaire de Pince-Moi, mais Pince-Toi est libre plus tôt que Pince-Moi. Alors ce dernier lui propose gentiment de lui laisser un trousseau de son appartement: Pince-Toi pourra ainsi attendre au chaud après son travail. Pince-Toi hésite puis finalement accepte. Il est de toutes façons libre de ne pas se servir de ces clés.
Le soir venu, Pince-Moi rentre chez lui et trouve Pince-Toi sagement installé devant sa télévision. Ça lui fait bizarre, à Pince-Moi, de trouver quelqu'un en entrant, bizarre mais en même temps il en éprouve une grande joie. Bien sûr, il n'en dit rien à Pince-Toi mais comme celui-ci n'est pas idiot, il a bien dû s'en rendre compte.
Nous ne nous étendrons pas sur la soirée; qu'il vous suffise de savoir qu'elle fut tendre et pleine de complicité partagée. Quand Pince-Toi rentre chez lui, il emporte les clés.
- Tiens, se dit Pince-Moi, surpris, mais après tout, pourquoi pas? Cela peut simplifier la vie, pour d'autres fois, d'autant plus que l'hiver devient rude et que Pince-Toi est très, très frileux.
Le lendemain, nos deux compères se retrouvent une petite demi-heure dans un grand parc qu'ils aiment tous deux. Entre temps, Pince-Moi a réfléchi: que va penser Pince-Toi du fait qu'il ne lui ait pas redemandé ses clés en fin de soirée? Que va-t-il en déduire? Ne va-t-il pas croire que Pince-Moi lui force un peu la main?
Alors Pince-Moi parle des clés, et Pince-Toi les lui rend, disant qu'elles sont bien lourdes, un tel trousseau pour une si petite banane! Pince-Moi est rassuré: il a horreur de passer pour quelqu'un qui s'impose, autant qu'il a horreur que l'on s'impose à lui.
Pourtant, pourtant, il y a le côté pratique, et puis Pince-Moi aurait bien aimé re-sentir "quelquefois" (je ne dis pas "souvent") le délicat pincement de joie qu'il a éprouvé à ouvrir une porte qui l'était déjà et à trouver "son" fauteuil de salon occupé.
Alors, si Pince-Toi prend froid à attendre parfois, Pince-Moi le serrera très fort dans ses bras et le réchauffera de mille baisers-papillons.
Mais tout ceci doit rester entre Toi et Moi.
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