Samedi après-midi, visite de H., un ami de E. Un très bon moment passé ensemble.
Dimanche, dans le brouillard, nous sommes partis près de Voiron pour déjeuner avec Z. et sa femme.
Z. a un peu vieilli (je ne l'ai pas vu depuis près de deux ans) mais reste vraiment un athlète. J'aimerais le voir à poil pour confirmer mes impressions... De toutes façons, un mec qui participe à des courses de 100 kms ne peut pas être rachitique. En l'observant ainsi dans son cadre familial, j'ai du mal à l'imaginer dans les activités et poses horizontales dont E. me fait la confidence.
Sa femme, M., est gentille mais bavarde, un bavardage souvent creux, avec rien ( ou seulement des clichés) derrière les mots. Leur fils a beaucoup grandi, il est maintenant en seconde, et reste toujours aussi discret. A la fin du repas, d'ailleurs, il est parti chez un copain.
J'avais apporté mes affaires de course, espérant une balade à deux( et plus si affinités), mais Z. avait déjà fait 25 kms dans la matinée. Alors il m'a donné de nombreux conseils d'entraînement pour progresser encore et a réglé mon appareil mesurant la fréquence cardiaque. Arrivé à Lyon, je le teste tout de suite (pas Z., hélas, l'appareil).
En rentrant de nuit (il était pourtant à peine 18h!), nous avons évité de justesse un accident: un chantier en milieu de chaussée absolument pas présignalé ni éclairé, dont nous n'avons heureusement que frôler les balises en plastique grâce au coup de volant qu'a donné E. pour les éviter. Une fois la peur passée (j'avais cru voir un homme étendu sur le sol et que nous allions écraser),c'est la colère qui m'a tenu éveillé. Le plus surprenant, c'est la vitesse à laquelle cela arrive.
Le soir, par politesse pour E, je n'ai pas touché l'ordinateur. J'ai l'impression que ça l'agace de me voir devant l'écran. Il est vrai que lorsque j'écris, j'oublie tout ce qui est autour.
Ce matin, lundi, j'ai à peu près terminé les travaux de jardinage chez E. Il héberge malgré lui un lapin sur ses terres. Il m'a demandé de surveiller et de fouiller la haie épaisse pour tenter de le localiser. A la place de cela, j' ai laissé à l'animal quelques bulbes de dahlias à grignoter pour l'hiver. On n'est pas des bêtes!
Pendant le désherbage, J. m'a appelé: il a repris le travail. Nous avons longuement parlé de tout et de rien, comme j'aime bien le faire avec lui. Nous nous verrons mercredi: beau cadeau pour mon anniversaire.
A midi, j'ai préparé une tarte aux pommes pour la venue de L. Content de le voir lui aussi, surtout quand il ne se montre pas trop acide ou fuyant. Aujourd'hui, tout allait bien. Notre petit différend d'il y a deux ans lors du voyage à Assise et Rome semble oublié.
Et ce soir, je serai à Annecy avec S., le neveu de Pierre. qui n'a pas l'air au mieux de sa forme et qui, pourtant, a accepté de me voir, n'a pas inventé un prétexte quelconque pour éviter la rencontre( il a plutôt tendance à se cacher lorsque ça ne va pas.).
Des vacances bien remplies. Ça tombe bien: la nature n'est pas la seule à avoir horreur du vide.
lundi 5 novembre 2007
samedi 3 novembre 2007
Abécédaire (V)
Vache: c'est beau, les yeux d'une vache. Chez les grecs de l'Antiquité, un des plus beaux compliments que l'on pouvait faire à une femme, c'était de lui dire qu'elle avait des yeux de vache. Essayez aujourd'hui!
Vergobret: allez vite dans le dictionnaire consulter le sens de ce mot avant qu'il ne disparaisse dans les oubliettes de notre inculture. Je m'étonne d'ailleurs de le voir toujours là. (Je précise, pour ne pas passer pour un prétentieux, que je ne le connaissais pas moi non plus.)
Vestibule: encore un mot, avec corridor, dont les élèves ignorent le sens. A la place, ils emploient hall et couloir. Un jour, un petit 6°, pour me faire plaisir, a levé la main pour me donner la signification de corridor: c'est un monsieur qui fait des corrida. Bien trouvé! Au moins, j'ai ri.
Volterra: cette petite ville étrusque proche de Sienne et de San Gimignano, mais beaucoup moins connue que ses deux voisines, me fascine (pour les mêmes raisons que me fascine aussi Syracuse, en Sicile) : c'est une ville de mystères.
Dans une Toscane ici moins policée, moins cartes postales, plus proche de l'Ombrie par les paysages, au milieu de collines presque pelées, elle se dresse au sommet d'un piton, altière à l'intérieur de ses remparts, fragile au bord de ses falaises qui s'effritent (les balze). Elle est belle et lépreuse, comme la plupart des villes d'Italie. Très ancienne, elle fut d'abord étrusque avant de devenir romaine.
Je l'ai découverte en 1981, pendant l'été que j'ai passé à Peruggia pour suivre volontairement des cours à l'Université pour Etrangers, été qui reste pour moi la période la plus belle de ma vie. Mais je l'avais déjà "pressentie" dans un film de Visconti, Sandra en français, Vague Stelle dell'Orsa en Italien (titre tiré d'un poème de Giacomo Leopardi). Un film mystérieux également dont il ne me reste rien que ce ressenti de mystère et quelques images fugaces en noir et blanc tournées au pied des remparts. Je crois me souvenir que l'actrice principale en est Dominique Sanda et son protagoniste un très bel homme, Julien Sorel je crois (mais je risque de me laisser entraîner par Stendhal!).
A quoi tient cette sensation de mystère? Je n'en sais rien, encore une fois. Décidément, il avait bien raison, ce prof de fac, de me traiter d'impressionniste. Mais être impressionniste comme l'était Visconti, ça ne me dérange pas.
Vergobret: allez vite dans le dictionnaire consulter le sens de ce mot avant qu'il ne disparaisse dans les oubliettes de notre inculture. Je m'étonne d'ailleurs de le voir toujours là. (Je précise, pour ne pas passer pour un prétentieux, que je ne le connaissais pas moi non plus.)
Vestibule: encore un mot, avec corridor, dont les élèves ignorent le sens. A la place, ils emploient hall et couloir. Un jour, un petit 6°, pour me faire plaisir, a levé la main pour me donner la signification de corridor: c'est un monsieur qui fait des corrida. Bien trouvé! Au moins, j'ai ri.
Volterra: cette petite ville étrusque proche de Sienne et de San Gimignano, mais beaucoup moins connue que ses deux voisines, me fascine (pour les mêmes raisons que me fascine aussi Syracuse, en Sicile) : c'est une ville de mystères.
Dans une Toscane ici moins policée, moins cartes postales, plus proche de l'Ombrie par les paysages, au milieu de collines presque pelées, elle se dresse au sommet d'un piton, altière à l'intérieur de ses remparts, fragile au bord de ses falaises qui s'effritent (les balze). Elle est belle et lépreuse, comme la plupart des villes d'Italie. Très ancienne, elle fut d'abord étrusque avant de devenir romaine.
Je l'ai découverte en 1981, pendant l'été que j'ai passé à Peruggia pour suivre volontairement des cours à l'Université pour Etrangers, été qui reste pour moi la période la plus belle de ma vie. Mais je l'avais déjà "pressentie" dans un film de Visconti, Sandra en français, Vague Stelle dell'Orsa en Italien (titre tiré d'un poème de Giacomo Leopardi). Un film mystérieux également dont il ne me reste rien que ce ressenti de mystère et quelques images fugaces en noir et blanc tournées au pied des remparts. Je crois me souvenir que l'actrice principale en est Dominique Sanda et son protagoniste un très bel homme, Julien Sorel je crois (mais je risque de me laisser entraîner par Stendhal!).
A quoi tient cette sensation de mystère? Je n'en sais rien, encore une fois. Décidément, il avait bien raison, ce prof de fac, de me traiter d'impressionniste. Mais être impressionniste comme l'était Visconti, ça ne me dérange pas.
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Riens (24)
Le temps passe vite, ici. Lever à 9h: depuis quand cela ne m'est pas arrivé à Lyon?
Je n'ai pas bougé de la nuit: le lit était comme à mon coucher. Premier coup d'oeil à la fenêtre:l'horreur. Une brume épaisse, quasiment du brouillard. Ça ne se lèvera pas de la journée? E., en bon savoyard chauvin, me rassure: ici, il fait toujours beau. Alors!
Je vais courir ou pas? La température, fraîche et surtout humide, ne m'y incite guère. Et puis je me décide: si j'hésite maintenant, qu'est-ce que ce sera dans un mois ou deux, en plein coeur de l'hiver. Fini le short: j'opte pour le collant et en route. Je gagne en voiture l'endroit où j'ai l'habitude (déjà!) de la garer, quelques étirements et me voilà parti.
Bon présage: je croise immédiatement un autre coureur dans l'autre sens. On se salue, comme toujours: j'aime cette politesse et cette réserve des coureurs à pied.
Bientôt les muscles se réchauffent, à l'inverse des doigts, du menton, du nez et des oreilles que le froid commence à pincer sévèrement. Mais comme d'habitude, bientôt, je me mets à planer. Je compte toujours en courant: jusqu'à 8, 10 ou 12 selon ma foulée. Cela m'aide à trouver le rythme, à oublier les efforts fournis (surtout au début) et me berce comme une incantation. Petit à petit, l'esprit se dissocie totalement du corps, les mouvements deviennent mécaniques et les idées vagabondent, entièrement libres. Ensuite encore, c'est le corps qui jubile car le mouvement devient aisé, fluide, beau sans doute. Quel plaisir de ressentir tout cela sur cette route vallonnée, au milieu des prés et des troupeaux de vaches, avec toutes les couleurs de l'automne dans sa gloire (car, entre temps, comme l'avait prévu E., le soleil s'est levé)!
Par un petit chemin défoncé, je gagne une aire d'autoroute où parfois... Rien , personne. J'en suis presque content: aujourd'hui, seul le soleil me caressera.
Je n'ai pas bougé de la nuit: le lit était comme à mon coucher. Premier coup d'oeil à la fenêtre:l'horreur. Une brume épaisse, quasiment du brouillard. Ça ne se lèvera pas de la journée? E., en bon savoyard chauvin, me rassure: ici, il fait toujours beau. Alors!
Je vais courir ou pas? La température, fraîche et surtout humide, ne m'y incite guère. Et puis je me décide: si j'hésite maintenant, qu'est-ce que ce sera dans un mois ou deux, en plein coeur de l'hiver. Fini le short: j'opte pour le collant et en route. Je gagne en voiture l'endroit où j'ai l'habitude (déjà!) de la garer, quelques étirements et me voilà parti.
Bon présage: je croise immédiatement un autre coureur dans l'autre sens. On se salue, comme toujours: j'aime cette politesse et cette réserve des coureurs à pied.
Bientôt les muscles se réchauffent, à l'inverse des doigts, du menton, du nez et des oreilles que le froid commence à pincer sévèrement. Mais comme d'habitude, bientôt, je me mets à planer. Je compte toujours en courant: jusqu'à 8, 10 ou 12 selon ma foulée. Cela m'aide à trouver le rythme, à oublier les efforts fournis (surtout au début) et me berce comme une incantation. Petit à petit, l'esprit se dissocie totalement du corps, les mouvements deviennent mécaniques et les idées vagabondent, entièrement libres. Ensuite encore, c'est le corps qui jubile car le mouvement devient aisé, fluide, beau sans doute. Quel plaisir de ressentir tout cela sur cette route vallonnée, au milieu des prés et des troupeaux de vaches, avec toutes les couleurs de l'automne dans sa gloire (car, entre temps, comme l'avait prévu E., le soleil s'est levé)!
Par un petit chemin défoncé, je gagne une aire d'autoroute où parfois... Rien , personne. J'en suis presque content: aujourd'hui, seul le soleil me caressera.
vendredi 2 novembre 2007
Abécédaire (U)
Urubu: pabo, pabo!
Us: combien de crimes a-t-on commis en leurs noms?
Utérin: j'en suis un, en tant que frère. Étonnant comme je ne me reconnais pas dans ce mot.
Ulysse: comme Thésée ou Jason, un des grands niais de la mythologie grecque. Combien plus intéressantes sont les femmes: Pénélope, Phèdre ou Médée! Ce sont elles qui en avaient deux, "et bene pendentes" (traduction du latin: et bien pendantes).
Uzès: j'y ai fait de nombreux séjours dans la résidence secondaire de mon ami P., parisien genevois, juif polono-autrichien, homme de lettres et traducteur. Sans doute l'être, avec Pierre, dont intellectuellement, je me suis senti le plus proche dans ma vie.
Il avait acheté une toute petite maison (une pièce par étage) coincée entre ses semblables du Castelet: je crois que c'est ainsi que l'on appelait cet alignement de bicoques mitoyennes (sur le tracé des anciens remparts?). Je l'y rejoignais pour une semaine chaque été, avant que ses difficultés à marcher et à monter un escalier ne l'obligent à la vendre.
Et nous avons des nuits plus belles que vos jours. Cette citation de Racine gravée sur la promenade aux platanes, je l'ai lu chaque soir où j'abandonnais P., trop âgé pour les plaisirs que je me proposais de ces nuits, je l'ai vécu quelquefois, accoudé seul sur la balustrade à contempler la campagne gardoise, avec ses lumières clignotantes dans la pénombre brumeuse, ou enlacé, embrassé, bousculé, tourneboulé un peu plus loin au milieu de la garrigue et des oliviers, dans les bras d'un compagnon de passage.
J'ai prévenu P. de la mort de Pierre, en 2005. Il ne pouvait pas se déplacer et ne quittait plus Paris: je lui ai promis alors de monter le voir à de prochaines vacances. Trois mois plus tard, je l'ai appelé: plus d'abonné à ce numéro. Étant parvenu à joindre sa nièce, dont par hasard j'avais conservé le numéro à Genève , j'ai alors appris sa mort: il s'est éteint doucement à l'hôpital, à peine un mois après Pierre. Cette manie qu'ont mes amis de disparaître sans rien dire pendant que je tourne le dos!
Us: combien de crimes a-t-on commis en leurs noms?
Utérin: j'en suis un, en tant que frère. Étonnant comme je ne me reconnais pas dans ce mot.
Ulysse: comme Thésée ou Jason, un des grands niais de la mythologie grecque. Combien plus intéressantes sont les femmes: Pénélope, Phèdre ou Médée! Ce sont elles qui en avaient deux, "et bene pendentes" (traduction du latin: et bien pendantes).
Uzès: j'y ai fait de nombreux séjours dans la résidence secondaire de mon ami P., parisien genevois, juif polono-autrichien, homme de lettres et traducteur. Sans doute l'être, avec Pierre, dont intellectuellement, je me suis senti le plus proche dans ma vie.
Il avait acheté une toute petite maison (une pièce par étage) coincée entre ses semblables du Castelet: je crois que c'est ainsi que l'on appelait cet alignement de bicoques mitoyennes (sur le tracé des anciens remparts?). Je l'y rejoignais pour une semaine chaque été, avant que ses difficultés à marcher et à monter un escalier ne l'obligent à la vendre.
Et nous avons des nuits plus belles que vos jours. Cette citation de Racine gravée sur la promenade aux platanes, je l'ai lu chaque soir où j'abandonnais P., trop âgé pour les plaisirs que je me proposais de ces nuits, je l'ai vécu quelquefois, accoudé seul sur la balustrade à contempler la campagne gardoise, avec ses lumières clignotantes dans la pénombre brumeuse, ou enlacé, embrassé, bousculé, tourneboulé un peu plus loin au milieu de la garrigue et des oliviers, dans les bras d'un compagnon de passage.
J'ai prévenu P. de la mort de Pierre, en 2005. Il ne pouvait pas se déplacer et ne quittait plus Paris: je lui ai promis alors de monter le voir à de prochaines vacances. Trois mois plus tard, je l'ai appelé: plus d'abonné à ce numéro. Étant parvenu à joindre sa nièce, dont par hasard j'avais conservé le numéro à Genève , j'ai alors appris sa mort: il s'est éteint doucement à l'hôpital, à peine un mois après Pierre. Cette manie qu'ont mes amis de disparaître sans rien dire pendant que je tourne le dos!
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Riens (23)
Je suis arrivé chez E. à midi pile , au deuxième coup à l'horloge de l'église.
L'après-midi au jardin: tailler les dahlias, couper les roses trémières, arracher les oeillets d'Inde, nettoyer les géraniums, préparer la terre pour l'hiver. On sent les saisons ici. J'ai fini avec la nuit.
Et ce soir, à 18h30, messe. Qu'est-ce qui m'a pris? Je n'y suis pas allé depuis pour le dernier Noël. Je n'ai pas réfléchi: il fallait que j'y aille. J'en avais d'ailleurs envie depuis longtemps. E. m'a expliqué ensuite qu'il s'agissait d'une "commémoraison pour les fidèles défunts": quelle horreur, ce mot à rallonge!
En fait, c'est une célébration pour les morts de l'année. Est-ce cela qui m'a fait entrer dans l'église, sans redouter comme d'habitude d'avoir en face de moi non pas un prêtre mais un ami, non pas, pour simplifier, du sacré mais du profane?Je ne sais pas.
Ce que je sais, c'est que , pendant toute la messe, je n'avais pas E. en face de moi mais réellement un prêtre. Ce que je sais, c'est que, comme chaque fois que j'assiste à une célébration dans une église, j'ai ressenti la même émotion: j'ai sans cesse les larmes au bord des yeux, il faut que je les contienne pour qu'elles ne se mettent pas à couler sur mes joues (et je n'y parviens pas toujours), mais ce sont des larmes de bien-être. Je n'ai plus rien d'amer dans le coeur ou dans les pensées. En fait, j'ai le coeur et les pensées vides, ou plutôt vacantes, comme en attente de quelque chose que je sens proche.
Je crois que je voudrais très profondément renoué avec la foi solide de mon enfance. Je ne sais plus aujourd'hui si je suis croyant ou non: je n'arrive pas à trouver la réponse en moi. J., avec qui j'en parlais il y a quelques jours, m'a répondu: -Si tu crois à tout ce que dit le Credo, alors tu es croyant. Est-ce si simple? Si c'est ça, la réponse est non. Moi je n'ai qu'une prière: le Notre Père. Il me suffit. Suffit-il pour se dire croyant? Et pourquoi vouloir à tout prix en être sûr? Parce que cela m'apporterait une grande sérénité. Mais pour cela, il faudrait que je me montre plus simple, moins orgueilleux peut-être. Je voudrais tant y arriver un jour!
L'après-midi au jardin: tailler les dahlias, couper les roses trémières, arracher les oeillets d'Inde, nettoyer les géraniums, préparer la terre pour l'hiver. On sent les saisons ici. J'ai fini avec la nuit.
Et ce soir, à 18h30, messe. Qu'est-ce qui m'a pris? Je n'y suis pas allé depuis pour le dernier Noël. Je n'ai pas réfléchi: il fallait que j'y aille. J'en avais d'ailleurs envie depuis longtemps. E. m'a expliqué ensuite qu'il s'agissait d'une "commémoraison pour les fidèles défunts": quelle horreur, ce mot à rallonge!
En fait, c'est une célébration pour les morts de l'année. Est-ce cela qui m'a fait entrer dans l'église, sans redouter comme d'habitude d'avoir en face de moi non pas un prêtre mais un ami, non pas, pour simplifier, du sacré mais du profane?Je ne sais pas.
Ce que je sais, c'est que , pendant toute la messe, je n'avais pas E. en face de moi mais réellement un prêtre. Ce que je sais, c'est que, comme chaque fois que j'assiste à une célébration dans une église, j'ai ressenti la même émotion: j'ai sans cesse les larmes au bord des yeux, il faut que je les contienne pour qu'elles ne se mettent pas à couler sur mes joues (et je n'y parviens pas toujours), mais ce sont des larmes de bien-être. Je n'ai plus rien d'amer dans le coeur ou dans les pensées. En fait, j'ai le coeur et les pensées vides, ou plutôt vacantes, comme en attente de quelque chose que je sens proche.
Je crois que je voudrais très profondément renoué avec la foi solide de mon enfance. Je ne sais plus aujourd'hui si je suis croyant ou non: je n'arrive pas à trouver la réponse en moi. J., avec qui j'en parlais il y a quelques jours, m'a répondu: -Si tu crois à tout ce que dit le Credo, alors tu es croyant. Est-ce si simple? Si c'est ça, la réponse est non. Moi je n'ai qu'une prière: le Notre Père. Il me suffit. Suffit-il pour se dire croyant? Et pourquoi vouloir à tout prix en être sûr? Parce que cela m'apporterait une grande sérénité. Mais pour cela, il faudrait que je me montre plus simple, moins orgueilleux peut-être. Je voudrais tant y arriver un jour!
jeudi 1 novembre 2007
Abécédaire (T, encore)
Toussaint: c'est le jour ou jamais d'en parler.
Beaucoup, en France et ailleurs, confondent la Toussaint, fête de tous les saints le 1er novembre et le Jour des morts, le 2 novembre. Dans ma famille, on n'échappe pas à cette confusion et c'est comme tout le monde que nous fleurissons les tombes pour le 1er novembre.
Plus exactement, nous veillons à ce qu'elles soient déjà fleuries ce jour-là, et, pour éviter la foule, nous nous rendons au(x) cimetière(s) quelques jours auparavant (et quelques jours plus tard pour nettoyer les caveaux). Pour éviter la foule et aussi, comme nous sommes des sauvages de père en fils et de mère en filles, pour ne pas avoir à rencontrer telle ou telle ancienne connaissance dont notre chemin s'est depuis longtemps largement éloigné.
Habituellement, c'était mon père aidé de mon frère qui se chargeait de cette tâche. Moi, je n'ai jamais beaucoup aimé les cimetières, non parce que ce seraient des lieux morbides, mais parce qu'ils sont vides, ne me parlent pas, ou ne me parlaient pas jusqu'à la mort de Pierre.( A ce moment-là, et pendant plus d'un an, il m'est devenu indispensable de m'y rendre plusieurs fois par semaine.)
Cette année, mon père est mort et mon frère a entamé hier une série de chimios pour la récidive de son cancer. J'ai pris le relais, en achetant les chrysanthèmes et en allant dimanche dernier les placer sur les tombes. Et, autre changement par rapport au cérémonial habituel, nous sommes retournés aujourd'hui au cimetière.
J'ai vu tous ces gens qui arrivaient nombreux avec les bras chargés de pots, en groupes de quatre ou cinq la plupart du temps, auxquels s'adjoignait parfois un vieillard qui semblait penser que la fois prochaine, c'est lui qu'on viendrait fleurir, parlant haut, dévisageant ceux qu'ils croisaient ("Tu crois que c'est...., le fils de.... ? Regarde, des lyonnais: ça doit être les.....! Ils sont partis depuis combien de temps? Si c'est lui, comme il ressemble à son père..."), comparant la grosseur des plantes offertes, les comptabilisant sur les caveaux: "ça, c'est celle de Janette, et celle-ci celle de Fernand. Les Dubon ne sont pas encore passés: ils mettent toujours une bruyère...", échangeant des commentaires sur la décoration de la tombe d'à côté, apostrophant une famille amie (ou alliée) aperçue à l'autre bout de l'allée, s'étonnant que le cantonnier n'ait pas mis plus d'arrosoirs (des barils lessive en plastique) à disposition, trouvant que ce n'est pas un temps de Toussaint mais qu'on le payerait plus tard, en décembre, cherchant vainement la tombe de quelqu'un qu'ils ont connu autrefois ("Pour une fois qu'on vient ici, on n'a vraiment pas de chance!"), riant d'un rire sonore, tout contents d'être vivants et finalement en assez bonne santé. J'ai même été surpris, avec le beau temps, de ne pas en voir pique-niquer.
Et dans tout ça, la fête des Saints? la fête des Morts? Rien. On vient là pour se montrer, pour se donner bonne conscience facilement une fois par an, pour se réjouir d'être encore en vie alors que la liste s'allonge sur le marbre des voisins. Je suis injuste, sans doute, mais c'est l'impression que ça donne. Cet après-midi, j'ai vu prier une seule famille, entraînée par la mère, un groupe de gens simples venus eux pour se recueillir et honorer leurs morts.
Dans un mois, au plus tard, il ne restera de cette avalanche de fleurissement que des pots cassés renversés par le vent, des tiges séchées de ne jamais avoir été arrosées, des bouquets en plastique courant le long des allées au gré des bourrasques. Le cimetière aura retrouvé son calme, sali comme la place centrale d'un village après la foire aux bestiaux, mais dans les foyers on préparera déjà la prochaine réjouissance, plus attractive celle-ci: la débauche de Noël et des fêtes de fin d'année!
Humanité, je t'aime.
Beaucoup, en France et ailleurs, confondent la Toussaint, fête de tous les saints le 1er novembre et le Jour des morts, le 2 novembre. Dans ma famille, on n'échappe pas à cette confusion et c'est comme tout le monde que nous fleurissons les tombes pour le 1er novembre.
Plus exactement, nous veillons à ce qu'elles soient déjà fleuries ce jour-là, et, pour éviter la foule, nous nous rendons au(x) cimetière(s) quelques jours auparavant (et quelques jours plus tard pour nettoyer les caveaux). Pour éviter la foule et aussi, comme nous sommes des sauvages de père en fils et de mère en filles, pour ne pas avoir à rencontrer telle ou telle ancienne connaissance dont notre chemin s'est depuis longtemps largement éloigné.
Habituellement, c'était mon père aidé de mon frère qui se chargeait de cette tâche. Moi, je n'ai jamais beaucoup aimé les cimetières, non parce que ce seraient des lieux morbides, mais parce qu'ils sont vides, ne me parlent pas, ou ne me parlaient pas jusqu'à la mort de Pierre.( A ce moment-là, et pendant plus d'un an, il m'est devenu indispensable de m'y rendre plusieurs fois par semaine.)
Cette année, mon père est mort et mon frère a entamé hier une série de chimios pour la récidive de son cancer. J'ai pris le relais, en achetant les chrysanthèmes et en allant dimanche dernier les placer sur les tombes. Et, autre changement par rapport au cérémonial habituel, nous sommes retournés aujourd'hui au cimetière.
J'ai vu tous ces gens qui arrivaient nombreux avec les bras chargés de pots, en groupes de quatre ou cinq la plupart du temps, auxquels s'adjoignait parfois un vieillard qui semblait penser que la fois prochaine, c'est lui qu'on viendrait fleurir, parlant haut, dévisageant ceux qu'ils croisaient ("Tu crois que c'est...., le fils de.... ? Regarde, des lyonnais: ça doit être les.....! Ils sont partis depuis combien de temps? Si c'est lui, comme il ressemble à son père..."), comparant la grosseur des plantes offertes, les comptabilisant sur les caveaux: "ça, c'est celle de Janette, et celle-ci celle de Fernand. Les Dubon ne sont pas encore passés: ils mettent toujours une bruyère...", échangeant des commentaires sur la décoration de la tombe d'à côté, apostrophant une famille amie (ou alliée) aperçue à l'autre bout de l'allée, s'étonnant que le cantonnier n'ait pas mis plus d'arrosoirs (des barils lessive en plastique) à disposition, trouvant que ce n'est pas un temps de Toussaint mais qu'on le payerait plus tard, en décembre, cherchant vainement la tombe de quelqu'un qu'ils ont connu autrefois ("Pour une fois qu'on vient ici, on n'a vraiment pas de chance!"), riant d'un rire sonore, tout contents d'être vivants et finalement en assez bonne santé. J'ai même été surpris, avec le beau temps, de ne pas en voir pique-niquer.
Et dans tout ça, la fête des Saints? la fête des Morts? Rien. On vient là pour se montrer, pour se donner bonne conscience facilement une fois par an, pour se réjouir d'être encore en vie alors que la liste s'allonge sur le marbre des voisins. Je suis injuste, sans doute, mais c'est l'impression que ça donne. Cet après-midi, j'ai vu prier une seule famille, entraînée par la mère, un groupe de gens simples venus eux pour se recueillir et honorer leurs morts.
Dans un mois, au plus tard, il ne restera de cette avalanche de fleurissement que des pots cassés renversés par le vent, des tiges séchées de ne jamais avoir été arrosées, des bouquets en plastique courant le long des allées au gré des bourrasques. Le cimetière aura retrouvé son calme, sali comme la place centrale d'un village après la foire aux bestiaux, mais dans les foyers on préparera déjà la prochaine réjouissance, plus attractive celle-ci: la débauche de Noël et des fêtes de fin d'année!
Humanité, je t'aime.
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Riens (22)
Aujourd'hui, je suis très fier de moi: oui, oui! très fier. J'ai préparé un BON repas.
A midi, j'avais invité ma mère et ma soeur. Un peu inquiet, car ma mère a la critique facile pour ce qui concerne le ménage, la cuisine et l'habillement (pour tout le reste aussi d'ailleurs). Et j'ai réussi ce repas, d'où ma très grande fierté.
Au menu:
Ravioles du Dauphiné.
Filet mignon à la crème fraîche et curry, accompagné d'endives braisées
Plateau de fromages
Tarte maison (les dernières prunes ramassées avec mon père.)
Bon, d'accord, ça doit paraître simple à beaucoup, mais pour moi, c'est une première, et, simple ou pas, j'en suis très fier. Na!
A midi, j'avais invité ma mère et ma soeur. Un peu inquiet, car ma mère a la critique facile pour ce qui concerne le ménage, la cuisine et l'habillement (pour tout le reste aussi d'ailleurs). Et j'ai réussi ce repas, d'où ma très grande fierté.
Au menu:
Ravioles du Dauphiné.
Filet mignon à la crème fraîche et curry, accompagné d'endives braisées
Plateau de fromages
Tarte maison (les dernières prunes ramassées avec mon père.)
Bon, d'accord, ça doit paraître simple à beaucoup, mais pour moi, c'est une première, et, simple ou pas, j'en suis très fier. Na!
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