dimanche 7 décembre 2008

Fête des Lumières 2008: deuxième soir.

(Hier, samedi). Journée bien remplie, comme prévu.

A midi sonnante, arrivée de Jean-Marc. Très grand plaisir de le revoir après tout ce temps. Nous nous connaissons depuis longtemps mais avons développé une amitié et une grande complicité sur le tard.
D'abord un repas au restaurant chinois près de chez moi, puis déambulation qui se voulait courte dans les rues de la ville. En fait, la promenade aura duré près de cinq heures (Hôtel-Dieu, lycée Ampère, place des Terreaux, pentes de la Croix-Rousse, quais de Saône, place du Change, place St Jean, Bellecour). C'est la foule envahissant les rues à l'approche des festivités nocturnes qui nous a chassés. Là aussi beaucoup de joie pour Jean-Marc de renouer avec la grande ville et ses rues animées et pour moi de faire mes premières armes avec mon nouvel appareil photos. D'abord impressionné par l'engin, je l'ai bien vite eu en main et j'ai pu apprécier sa qualité d'images, son zoom important et son grand écran.

Des lumières, nous n'avons vu que le parvis illuminé de la cathédrale St Jean: une merveille, avec ses couleurs et la façade qui avait retrouvé ses ornements et ses statues d'antan. Une grande réussite, vraiment.

Après une petite collation (quelques macarons achetés sur le chemin du retour), nous avons sacrifié au rite de notre pèlerinage annuel au hammam des Émeraudes, à Villeurbanne. Même accueil sympathique, même bien être après le lavage au savon noir, l'étrillage, le massage, même si, hier soir, je supportais plus difficilement la chaleur même dans la pièce intermédiaire.

Retour fourbu, petit souper rapide. Pas de mot sur Potomac. Nous en avions plein les pattes. Suite ce soir, avec un nouveau compagnon de promenade: J., que je rejoins dans quelques instants.

vendredi 5 décembre 2008

Travailler le dimanche.

Travailler le dimanche. Le sujet fait autant écrire que parler et les articles ne manquent pas dans les blogs que je visite. Alors, moi aussi...Je ne veux pas polémiquer. Simplement évoquer mon enfance.

Lorsque j'étais enfant, je ne voyais pratiquement jamais mon père. Il était mineur. Nous étions six dans la famille. Son salaire de misère n'aurait pas suffi à nous nourrir et à nous assurer un minimum d'éducation. Sacrifier les vacances, d'accord, mais la santé, la nourriture et l'enseignement, jamais. Alors, il en faisait toujours plus. La paie de six jours ne suffisant pas, il travaillait aussi le septième. Il allait décharger les camions, au vieux marché de gros de St Etienne. et lorsqu'il rentrait, il s'occupait encore de la ferme où nous habitions et du jardin qui nous nourrissait en partie.

Cet homme, dont je savais qu'il n'était pas mon père, je ne le connaissais pas, je ne voyais que ses mauvais côtés, sa fatigue, son irritabilité, sa violence parfois, et je le détestais. Je ne voyais pas tous les efforts qu'il faisait, sa vie qu'il sacrifiait pour nous, pour moi, pour me payer des études.

Si son salaire avait été suffisant, il n'aurait pas été obligé (comme ma mère d'ailleurs) de travailler sans cesse, et la tendresse qui l'habitait et que je n'ai découverte que très tard, il aurait pu l'exprimer d'une autre manière que de façon un peu frustre, entre deux tâches à accomplir. Moi, on m'a volé mon père. Le travail me l'a volé.

Alors, battons-nous afin que les hommes gagnent suffisamment leur vie pour pouvoir se reposer en fin de semaine, et passer ce temps libre à connaître leurs enfants et à leur manifester leur amour. Je sais, ça fait un peu con dit comme ça, mais je le pense comme ça!

Fête des Lumières 2008: premier soir.

Ce soir, en avant-première et pour délimiter davantage le trajet des soirs suivants au centre-ville, j'ai voulu arpenter les rues de mon quartier à la rencontre des festivités de la Fête des Lumières.

Eh bien, rien! Rien de rien! J'avais pourtant pris la peine de vérifier sur le programme si ces animations fonctionnaient les quatre soirs ou seulement certains d'entre eux. Place Raspail, le Chemin cinématique avait dû se faire la belle: parti à la rencontre de poissons, c'est à du lapin que j'ai eu droit.
En face, près du pont de la Guillotière, un semblant de vie: quelques lumières installées auprès des bassins en eau, et la surface textile importée d'Estonie se gonflait bien mais abandonnée, sans les artistes annoncés ni les mélodies traditionnelles promises. Devant Lyon II, quai Claude Bernard, j'étais absolument seul à regarder les persiennes rouges et vertes installées dans la cour d'honneur. Seul, vraiment.

Ensuite, retour par la rue Pasteur et environ où l'on annonçait un dazibao, reflet des colères et des aspirations des habitants du quartier. Tristesse absolue. Rien ou presque n'est affiché et les rues sont sinistres. Remonté jusqu'à St Louis par la rue Montesquieu et de la Thibaudière. Certains coins sont même privés d'électricité. J'ai retrouvé l'immeuble dans la cour duquel j'avais photographié de vieux souliers abandonnés et des matelas sordides à même le sol: gageons que, ce soir, ces matelas étaient occupés. La place St Louis nous montre encore cette année les mêmes guirlandes, les mêmes éclairages violets et verts. Et là aussi, tout était vide.

J'aurai pu être déprimé après une balade pareille. Je ne le suis pas. Au contraire. Se rendre compte concrètement qu'à côté du déploiement fastueux de lumières, d'argent et de consommation touristique, la vraie ville continue à vivre, même dans sa pauvreté, même dans sa misère, de l'autre côté du pont, là où la lumière ne parvient plus, a quelque chose de rassurant. Comme si, après avoir entendu la symphonie des tambours et des trompettes, après avoir lu la plaquette du programme officiel, aux articles ronflants et prétentieux, on retrouvait la petite musique discrète mais tendre d'un cœur qui bat.

jeudi 4 décembre 2008

Momentini.

Je viens encore d'oublier mon gratin de courge au four. Encore une fois, je l'ai sauvé in extremis de l'irrécupérable. Ça sent la muscade chaude dans tout l'appartement et le plat a une belle couleur caramel qui me plaît.

Ma mère a cassé sa canne. Comment? Demain, je lui porte celle de mon père, que j'avais ici depuis sa mort. La voudra-t-elle?

Vincent Delerme dans L'Humeur vagabonde, sur France Inter ce soir. J'ai éteint la radio. Je n'aime pas entendre bêler ailleurs que dans les bergeries.

Peu à peu je m'achemine vers la fin de mon livre, Arthur et George de Julian Barnes. Dommage car je m'y sens bien, chez moi, sous la couverture avec lui. Il y a longtemps que je n'ai pas éprouvé un plaisir de cette sorte avec un roman, le plaisir de mon enfance, quand lire m'éblouissait. Alors, je prends mon temps. Aujourd'hui, lire parfois m'aveugle.

Je n'ai jamais vu Les Parapluies de Cherbourg ni lu Eugénie Grandet. Dois-je en éprouver de la honte?

Première photo des réjouissances futures.

Mon nouveau compagnon.

Il est arrivé avant le 8 décembre. Il est là, devant moi.

Il est noir, pas très musclé mais pas gracile non plus, une silhouette assez élégante que je découvre en le faisant tourner sur lui-même. Quelques ornements métalliques font ressortir son teint d'ébène. L'œil est grand ouvert sur le monde, prêt à en capter les harmonies et les dissonances, prêt à s'émerveiller ou à s'indigner.

Il va m'accompagner maintenant, jour après jour, compagnon de mes errances, de mes amours et de mes haines, de mes secrets et de mes enthousiasmes. Je sens que je vais l'aimer lui aussi, comme j'ai aimé le précédent. Comment le sentirai-je dans ma main, en traversant la ville? En adoptera-t-il les courbes, se pressera-t-il contre mes doigts impatients? Se réchauffera-t-il à mon contact? Parfois boudeur? Ou toujours prêt à me suivre?

Je le regarde. Je ne le connais pas encore suffisamment pour me montrer familier avec lui: il est arrivé il y a seulement deux heures. Je suis allé à sa rencontre dans un magasin de fleurs, où la fleuriste ressemblait aux fées grassouillettes qui confectionnent la robe de Cendrillon dans le dessin animé mais le modèle acariâtre, le genre "Qu'est-ce qu'on vient encore me déranger avec ça?". Nous sommes repartis tous les deux sans nous attarder, sous la pluie. Je l'ai serré contre moi, pour lui éviter quelques gouttes. Arrivé chez moi, je l'ai déshabillé et j'ai découvert sa beauté. Je l'ai caressé pour m'accoutumer à sa texture. Il était froid mais je l'ai vite réchauffé.

Et puis, parce qu'il faut bien, parce qu'on finit toujours (ou presque) par y arriver la première fois, je lui ai demandé son nom. Il ne m'a rien caché, il m'a donné le vrai, en toute confiance: Panasonic DMC-TZ5. Pas très poétique à mon goût: il faudra que je trouve autre chose. Mais quelque chose qui ne fasse pas trop "cliché"!

mercredi 3 décembre 2008

On marche sur la tête.

Une simple constatation ce soir, mais sur un fait que j'ai longuement observé ces dernières années: le rapport au savoir des élèves et de leurs parents change d'année en année.

A l'origine, parure de l'esprit et de la conversation, plaisir intense pour beaucoup, la culture doit être aujourd'hui immédiatement rentable, productive. On entend sans cesse les élèves demander: "A quoi ça va nous servir?". Imaginez en latin ce que je peux entendre, de collègues même parfois. On veut savoir si cela est noté, si cela rapportera des points au bac, si cela permet d'intégrer plus facilement telle ou telle option au recrutement élitiste. Bref, aux orties les fioritures inutiles: arts, philo, histoire, langues anciennes. Le sport échappe encore à ce coup de balai grâce aux rêves entretenus chez certains ados de connaître une carrière internationale de footballeur, très bien payé bien sûr.

Et les parents sont dans la même optique, la même logique. Pas de temps libre où l'imagination pourrait s'épanouir pour leurs enfants: les mercredis sont suremployés en activités diverses, foot, tennis, danse, et tutti quanti, et à aucun moment il ne faut laisser pointer son nez à la question insidieuse et dévastatrice: "Qu'est-ce qu'on fait?"

Par rapport aux acquisitions scolaires, on suit à peu près les résultats de sa progéniture, et lorsque cela ne va pas, on demande immédiatement à l'institution des soutiens, des AVS (assistants de vie scolaire), des tiers-temps supplémentaires, tous dispositifs excellents à l'origine parce que bien ciblés, mais galvaudés aujourd'hui par une sur demande absurde. Le prof lui-même peut être directement mis en cause comme incompétent.

On s'adresse aussi très vite à des organismes proposant des recettes magiques pour rattraper le retard, façon petite fée Clochette à la poudre aux yeux éblouissante et fort onéreuse. A aucun moment on ne se demande si le petit fait le travail qu'il devrait faire, s'il apprend ses leçons, s'il n'y aurait pas besoin de quelqu'un pour vérifier le cahier de textes, pardon je date: l'agenda, pour remplir (ou vider) le cartable, pardon le sac à dos ou à main, si un mercredi, on ne pourrait pas supprimer une activité parce que le lendemain il y a contrôles de Math ET de Français. Le même jour: scandaleux, diront les parents délégués au conseil de classe.

Bref: on marche sur la tête et davantage d'année en année. Au fait, combien m'en reste-t-il jusqu'à la retraite? Je crains que, certains jours, elles ne me paraissent longues.

mardi 2 décembre 2008

Le parapluie rose.

On croit rêver! La Vie en rose, My fair Lady, Mary Poppins?

Tout simplement le parapluie d'une de mes collègues. Prof de français, bien sûr! Nouvelle venue de cette année.

Ce matin, en entrant dans la salle, on le trouvait sur la table, tout joyeux, rayonnant au milieu des classeurs gris et des publicités abandonnées. Au porte-manteaux, des vêtements d'hiver, tous noirs, ou gris ou bleu foncé. Dans le porte-parapluies, toute une déclinaison de modèles, du plus petit au plus grand, ternes et passe-partout. Sur les visages, traits de fin de trimestre, encore chiffonnés de la nuit et du froid, peu enclins au sourire. Dehors, derrière les vitres poussiéreuses, les arbres presque dénudés, l'horizon bouché, le ginkgo biloba nu exposant quelques fruits jaunis. En se penchant sur le parc, saignées boueuses, déjà, autour du provincialat, et les engins de terrassement qui, eux aussi, dorment encore.

Alors, quand je l'ai vu, je l'ai pris, l'ai fait tournoyer un peu par dessus mon épaule et me suis mis, en esquissant un pas de danse, à fredonner: "Aujourd'hui, j'ai rencontré l'homme de ma vie...". Parce que j'aime les visages des autres à ces moments-là, ceux qui ne comprennent pas, n'admettent pas,condamnent et méprisent parce que je les choque (et mon Dieu, que j'aime ça!), et ceux, plus nombreux, qui s'éclairent et qui sourient (ceux que j'aime et qui m'aiment) parce qu'il n'y a rien d'autre à comprendre qu'un message de joie et d'amitié, lancé par dessus la grisaille à cause d'un joli parapluie rose.