mardi 13 juin 2017
Entendre autrement
Tout à l'heure, après la sieste, j'ai mis la radio et suis tombé par hasard sur ce morceau de musique, l'andante du Concerto pour deux mandolines de Vivaldi. Musique rabâchée, entendue des centaines de fois, à laquelle on ne fait plus attention.
Mais tout à l'heure, j'ai eu l'impression de découvrir le morceau, comme si je ne l'avais jamais écouté. Les notes étaient les mêmes mais je les entendais comme différemment. Plus la mélodie surconnue, mais quelque chose de frais et, pour moi, pour la première fois, d'un peu triste.
lundi 12 juin 2017
Journée : soir
Entre chien et loup. Entre rien et tout. Autrefois l'heure des rencontres furtives, pour me rassurer sur la vie. Jusqu'à la nuit amie. La mort oppressante ne m'aurait pas. Sacrifier au plaisir pour oublier les ombres. S'alléger du soleil, entrer dans la pénombre. Sans faire de vagues. Cueillir le premier souffle et s'en oindre la peau. Après, accepter que le jour meurt, que l'on va ponctuer d'un râle libérateur. La feuille est plus bruissante, le gravier plus crissant. Le hâle se répand sur les visages vus. Silhouettes éphémères et pressées d'en finir. Frères humains du soir, d'un soir sans avenir. Tendresse d'un sourire avant l'oubli total. Comment s'appelait-il ? On ne l'a jamais su. Qu'importe le prénom, il reste le sourire. Souvenir d'un sourire. Ou des yeux sans visage. Ou d'un parfum furtif qu'on emporte avec soi. Ou d'une main si fine, ou calleuse ou trop brusque. Si je passais la nuit auprès de ces bosquets ? Sue le banc, je verrais planer les libellules, s'activer les fourmis, se dissoudre les chants, s'éteindre la clarté. Le monde minuscule qui reprendrait ses droits. Mais il faut bien rentrer. Oublier l'éphémère. Faire comme si le reste ne l'était pas.
dimanche 11 juin 2017
samedi 10 juin 2017
Journée : après-midi
Pas de vin à midi. Déjeuner léger. Pourtant l'esprit s'alourdit. Prendre bien sa place sur le couvre-lit de velours et tendre la main vers le livre. Quelques pages avant le sommeil. Le demi-songe, où l'on est encore dans les phrases. Des mots que l'on prolonge sans savoir que ce sont les siens maintenant. Quelques bruits effleurent, affleurent. Un cri d'enfant, de joie. Un oiseau perché sur la rambarde du balcon, à peine à un mètre du lit. Il me regarde peut-être, le livre à l'envers le long de ma hanche. Ai-je la bouche ouverte ? Je ne le saurai pas. Lui le sait mais ne le dira pas. Une rumeur indistincte, un avion lointain ou la radio en sourdine. Les bruits entrent dans la somnolence, la font dériver, n'importe où. On est là et on n'y est pas. Liste des choses à faire encore, qui paraît infranchissable. La fenêtre apparaît. Le soleil. Une autre s'est ouverte en face. Encore un moment, en bougeant légèrement le bras. L'à-côté est encore frais. Le livre n'est pas tombé. Parfois si, mais sans bruit. Profiter du moment. Peut-être, après, reprendre le livre. Ou boire de l'eau fraîche, toujours dans le même verre. La liste s'est dégonflée. Vieux fou ! On a le temps. Un reste de brume, entre le verre et soi, que l'eau emporte ou une autre cigarette. Qui donne envie de boire encore. Sans qu'on l'ait décidé, on se lève de la chaise. Le corps est raisonnable. Le reste n'est que quotidien : on entame la liste. Futur terreau pour d'autres rêves, malgré les phrases, malgré les bruits. Tout n'est qu'un. Ou autre.
vendredi 9 juin 2017
Journée : matin
Lever. Gris. Il pleuvra sans doute. Ou peut-être. Le temps change ici. Vite. Comme à la montagne. Ou à la mer. Les derniers pressés filent vers leur travail. Café d'abord et cigarette ensuite. Ou en même temps. Arroser les plantes. Même s'il pleuvra. Il faut qu'il pleuve oblique pour les mouiller. Depuis combien d'année as-tu ces géraniums ? Vaisselle de la veille au soir, plus le bol. Égoutter l'égouttoir, à cause du calcaire. Sur le balcon, deuxième cigarette. Assis sur les talons. Dix-sept vélos dans la cour. Quelques fenêtres ouvertes d'où parfois des femmes secouent des draps. Odeur des chambres au lever, intime, profonde. Le lit à faire, vite, mal. Pas loin d'ici, on dit le baptiser. Ça m'avait plu la première fois que j'avais entendu ça. Le recouvrir de la couverture, en lissant quelques plis. Le livre sur la table de nuit. Marque-page qui dépasse à la page du sommeil. La douche, très chaude, avec une éponge. La bonne idée de porter la barbe. Ne plus avoir à se raser, ou rarement. Avec la vieille tondeuse. Envie de caresser le blaireau de ton père. Uniquement décoratif maintenant. Liste des courses. Sourire à la caissière. J'ai oublié les œufs. Du pain, acheté dans la petite boutique. Qui craque sous ma main. Couvert de farine. Il y en aura sur la table, tout à l'heure. Ouvrir le téléphone aussi : on te reproche de n'être jamais joignable. Mais qui cherche à te joindre ? Des publicités sur le fixe. Tu te forces à être poli. L'ordinateur présente quelques messages. Des publicités encore ou des lieux de culture. Rarement des proches. Ils n'appellent pas non plus. Le repas à la cuisine, face aux géraniums. La cour sent la bonne cuisine. Parfois un peu de musique. Autrefois un violoncelliste qui répétait. Il a déménagé. Sa rengaine te manque. Pendant le café, le couple de pigeons sur le toit du hangar. Ils s'aiment, ou voudraient bien. Le ciel a bleui. Il ne pleuvra pas.
jeudi 8 juin 2017
Nos amis les bêtes
Pour faire plaisir à Cornus (attention : cette phrase n'a rien à voir avec le titre !)
A la plaine africaine du parc de la Tête d'or. Sourire émerveillé des enfants (et même de certains grands) et, pour ma part, une gêne certaine à voir tourner en rond ces animaux dans leur cage, même dorée.
Et puis voici Lulu, le gibbon femelle, ma préférée et une vétérane puisqu'elle est arrivée au parc en 1961. Si c'est son année de naissance, elle a maintenant 56 ans, ce qui semble être un record ! Elle reste tranquillement assise, sans jamais regarder ceux qui passent de l'autre côté de la vitre, totalement philosophe et sans doute viscéralement triste.
A la plaine africaine du parc de la Tête d'or. Sourire émerveillé des enfants (et même de certains grands) et, pour ma part, une gêne certaine à voir tourner en rond ces animaux dans leur cage, même dorée.
| De profil, cette fois-ci ! |
Et puis voici Lulu, le gibbon femelle, ma préférée et une vétérane puisqu'elle est arrivée au parc en 1961. Si c'est son année de naissance, elle a maintenant 56 ans, ce qui semble être un record ! Elle reste tranquillement assise, sans jamais regarder ceux qui passent de l'autre côté de la vitre, totalement philosophe et sans doute viscéralement triste.
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