dimanche 11 mai 2008

Provence (4)


La journée d'hier a été consacrée en très grande partie au manger, au boire et au rire. Amédé avait invité des amis.

Auparavant, en milieu de matinée, J. et son fils sont venus nous dire un petit bonjour en descendant passer deux jours près de Pertuis. Visite agréable mais un peu rapide. Ensuite, pour me détendre, je suis parti courir le long des remparts d'Avignon, du côté où ils longent le Rhône: il n'est vraiment pas désagréable de faire du sport dans un tel cadre. D'un côté le Palais des Papes, de l'autre la Chartreuse de Villeneuve et devant, le pont Saint Bénézet.


Ensuite, nous nous sommes retrouvés neuf à table. Deux couples d'amis d'Amédé, Daniel, Claude et Bernard, Amédé et moi. Dès l'apéritif, il a régné une bonne ambiance . Je n'avais auparavant rencontré ses amis qu'une seule fois, mais ma timidité pouvait compter sur Daniel et surtout sur Claude. Son ami, Bernard, s'est montré extrêmement sympathique. Il a beaucoup évolué ces dernières années et devient un garçon fréquentable, voire agréable. Nous avons dégusté un énorme lièvre que Claude, sans le vouloir bien sûr, avait assommé en voiture. Sauce au sang, au vin et polenta. Un délice. Mon but était de reprendre quelques grammes pendant ce séjour. Je dois y être parvenu. La balance à Lyon le dira.

L'après-midi a commencé par des plaisanteries, plus ou moins légères mais amicales, puis nous avons émis l'idée de finir la journée par un repas du soir chez Claude, à Suze-la-Rousse. Sitôt dit, sitôt partis. Je suis heureux que les gendarmes n'aient pas fait souffler l'un des conducteurs dans l'alcootest, car il aurait été bon pour le retrait de permis.



A Suze, j'ai découvert le jardin aménagé par Bernard. Une merveille: des rosiers aux fleurs magnifiques, des hortensias, des euphorbes, des camélias, des désespoirs du peintre,des rhododendrons, des palmiers et tant de verdure que l'on se serait cru dans un des tableaux naïfs du Douanier Rousseau représentant le paradis terrestre. Bernard a été tout surpris que je m'intéresse aux plantes. Je crois que nous allons entamer de bons échanges sur le sujet. La maison est également magnifique, meublée et décorée avec un goût très sûr. En plus, on s'y sent bien.


Apéritif encore, puis repas plus simple mais aussi bruyant et joyeux. Il y a bien longtemps que je n'ai pas ri autant. Je suis même arrivé à faire rire, sans fausse pudeur ni retenue.


Nous sommes rentrés vers une heure du matin. Un petit tour sur le blog pour voir qui était passé et lire quelques billets chez les autres. Puis dodo. Et surprise: très bonne nuit, et ce matin, pas de reste désagréable de la quantité d'alcool absorbée la veille. Je n'ai cependant pas l'intention de reconduire l'expérience (alcoolique) trop souvent. On doit aussi pouvoir rire sans.

vendredi 9 mai 2008

Provence (3)


Cet après-midi, après un repas où j'ai retrouvé un des fils d'Amédé que je n'avais pas vu depuis un temps certain, maintenant père de famille de quarante-huit ans avec cinq enfants aux trousses, nous sommes partis pour la visite de l'abbaye de Montmajour, tout près d'Arles.

Fondé au X° siècle par des moines bénédictins, il domine la plaine de la Camargue depuis son éperon rocheux. En ruines aujourd'hui, il garde pourtant des vestiges suffisamment intéressants pour justifier une visite, surtout la partie la plus ancienne, les bâtiments postérieurs, datant du XVIII° étant très abîmés suite à leur vente, à la Révolution, comme biens nationaux et à leur utilisation comme carrière de pierres.


Ainsi peut-on encore voir la Tour Ponce de l'Orme, l'abbatiale, le cloître, des tombes creusées à même le rocher, la sacristie, la salle des archives et le réfectoire. Le plus intéressant est sans doute la crypte qui sert également de fondation à l'abbatiale: il s'en dégage, de par le silence qui y règne et l'épaisseur de ses murs, une impression de force tranquille que rien ne semble pouvoir perturber, force rendue très humaine par la présence, gravées dans la pierre, des marques des différents tailleurs de pierres ayant oeuvré ici, et que l'on appelle "tâcherons".
Je trouve que ce mot qui, aujourd'hui, laisse un goût de jugement négatif, est bien ici en rapport avec cette puissance trapue des voûtes de la crypte, cette impression de bonheur du travail accompli et bien accompli.


L'ensemble du site, tout intéressant qu'il soit, ne peut être comparé, de par l'émotion qui pourrait s'en dégager, avec les abbayes de Sénanque ou Silvacane que j'avais visitées lors de mon précédent séjour. Il y manque la dimension spirituelle. On est plutôt ici dans le monde des chateaux-forts que dans celui de l'esprit. De plus, un groupe de touristes tchèques, arrivés en même temps que nous et fort bruyants, m'a bien vite exaspéré. Après cela, allez vous concentrer!

Après un arrêt rapide, à deux cents mètres de là, à la chapelle Sainte-Croix, enchâssée dans une propriété privée, et donc encore une fois inaccessible, nous avons parcouru sur quelques pas le tracé d'un aqueduc romain approvisionnant la ville d'Arles, tracé qui m'a posé quelques difficultés d'interprétation, n'étant apparemment pas traditionnel, et que je vérifierai dès que j'en aurai le temps (c'est à dire jamais?). J'y ai cueilli un rameau d'une plante vivace et épineuse, aux feuilles vernissées, que je tenterai de bouturer à Lyon.


La prochaine escale fut la colline face aux Baux de Provence. Nous n'avions pas le temps ni le désir de nous arrêter dans le village lui-même, dont la réputation me semble un peu surfaite et qui profite visiblement de sa notoriété pour taxer sans cesse le pauvre touriste moyen: même le stationnement le long de la route, en bas, est payant!

Cette habitude de pressurer le même citron commence à devenir un peu agaçante: faut-il en avoir les moyens pour pouvoir approcher la culture? L'accès à certains lieux chargés d'art ou d'histoire va-t-il finir par être réservé aux plus aisés? A un moment où l'on se gargarise de l'héritage de mai 68, il faudrait commencer à se poser sérieusement la question.

Sans lui.

Je viens d'apprendre le décès de Pascal Sevran. Je dois dire que cela me touche beaucoup.

Je sais qu'il est sans doute de bon ton de se moquer, gentiment ou pas, de cette star un peu mégalo, parfaitement agaçant à certains moments, trop provocateur peut-être à certains autres. Pourtant, moi, je l'aimais. J'aimais cet homme à travers ses livres. Outre le fait qu'il écrive un français qui ferait rougir d'envie un certain nombre de nos auteurs nombrilomorphes contemporains, je lui dois une aide immense au moment de la mort de Pierre.

J'avais lu, peu de temps avant (en poche), le premier tome de son journal intime: La vie sans lui, dont il entreprit la rédaction au moment de la mort de son compagnon Stéphane. Ce journal m'avait bouleversé car il ne masquait pas l'épreuve que constitue le départ d'un être cher, il disait sa douleur sans ostentation mais sans voile non plus, et surtout Sevran rédigeait là un des plus beaux chants d'amour que je connaisse. Au fond de moi, je sais en quoi cela m'a soutenu quand j'en avais le plus besoin.

Depuis, j'ai suivi fidèlement ce journal, jusqu'à la dernière parution. Chaque fois que j'en ai l'occasion, je tente de redresser l'image que l'on a de ce "présentateur"qui, à mon avis, est, était, bien plus que cela. Je conseille toujours de lire ce premier tome du journal: c'est là, dans ces lignes de souffrance et d'abandon, que le vrai Jean-Claude, apparaît dans sa vraie nature.

Il va me manquer. Je ne guetterai plus la parution en livre de poche de ce journal qui m'a accompagné pendant presque dix ans. C'était toujours un moment de joie de le découvrir dans les rayons du libraire, et je savais que , le jour même ou le lendemain, je serais déjà plongé dedans.

Je ne veux pas sombrer davantage dans le pathos. J'ai simplement envie de dire: Merci. Et puis, s'il a retrouvé Stéphane...

Provence (2)

Premier jour complet à Avignon. Même Amédé ne se lève pas tôt. Huit heures trente nous verra réunis dans la cuisine pour le petit déjeuner. Ensuite, le laissant à ses préparations culinaires, je partirai seul arpenter les petites rues de la vieille ville à la recherche de culture nouvelle et de bons clichés.


Première constatation: il n'y a pratiquement pas de rue à Avignon. Tout y est pompeusement baptisé boulevards ou avenues, jusqu'à la plus humble venelle. Pour quelle raison? Bien sûr, la cité a un passé prestigieux, mais "rues" n'est pas un mot infamant, que je sache.



Deuxième constatation: Olivier serait heureux ici et j'ai souvent pensé à lui en découvrant les nombreuses voies au nom "zoologique" de la vieille cité. L'un d'entre eux m'est resté en mémoire: la rue des trois faucons.


Troisième constatation; Avignon est une ville attachante. Je retrouve ici ce que je ressens chaque fois à Rome. Une gloire prestigieuse, une richesse quais éternelle, mais s'enlisant dans la décrépitude, même si cette décrépitude est une décrépitude noble. Jamais je n'ai vu en un espace aussi réduit autant d'hôtels particuliers, de palais, d'églises, de cloîtres. Certains sont bien entretenus ou bénéficient d'un programme de rénovation. D'autres,et pas des moindres, semblent avoir été totalement oubliés depuis Mérimée. Par exemple, une des rues les plus pittoresque, celle que les autochtones appellent la rue des Roues, à cause de son canal à ciel ouvert et de ses grandes roues à aubes encore en mouvement, semble, s'il l'on en croit son odorat, le déversoir de tous les égoûts de la ville. D'autre part, la plupart des lieux intéressants ne peuvent être atteints par le passant qui se heurte sans cesse à de lourdes portes closes. Il en était de même à Lyon il y a quelques années avant que l'on équipe ces lieux d'installations permettant au touriste de visiter et aux habitants de ne pas être envahis. Il faudrait que la cité des papes fasse un effort de ce côté-là.

Au final, matinée enrichissante, c'est sûr. Je rajouterai les photos, enfin quelques-unes sur la centaine prise, dès mon retour à Lyon

.

Précision: voilà plus d'une heure que j'essaie d'enregistrer ce message. Les sautes d'humeur de Blogger et du correcteur orthographique m'ont déjà obligé à le retaper trois fois. Je ne sais pas ce qui est déjà apparu et ce qui finalement restera. Comme disait la télé de mon enfance: Veuillez nous excuser de ces interruptions momentanées totalement indépendantes de notre volonté.


jeudi 8 mai 2008

Provence.


En tout début d'après-midi, j'ai pris le TGV direction Avignon, après avoir "fermé" mon appartement à Lyon.

Pas d'appréhension de partir lorsque le départ se fait en train. Je ne stresse pas. En revanche, je trouve que les gares et les trains sont des lieux empreints d'une immense mélancolie. D'où cela vient-il? Ce n'est pas de ma part une trop grande dose de lectures romantiques où les adieux sur le quai sont toujours déchirants et définitifs. Je crois que cela tient plutôt à la vacuité des rencontres faites, des liens tissés qui se dénouent très vite, à tous ces possibles qui ne déboucheront sur rien, à tout ce qui aurait pu être, et très beau, et qui ne sera pas.

Dans le compartiment, de magnifiques visages, d'hommes, jeunes ou mûrs, et d'une femme, s'exprimant en anglais. Seul mon voisin d'en face qui, heureusement,a passé son temps à dormir, présentait un faciès sans intérêt, mal rasé, et une dégaine à la limite de la propreté, surtout les chaussures, qu'il me balançait régulièrement dans les jambes pour pouvoir étirer les siennes.

Étrange comme autour de Valence on sent le passage d'une région à l'autre. Il n'est que de regarder la végétation pour savoir que l'on quitte la verte Rhône-Alpes pour entrer dans la jaune Paca. Les habitations également chantent la même métamorphose. Moi, je sens déjà arriver l'Italie.

A Avignon, Amédé (son prénom s'écrit bien ainsi, sans -e à la fin) m'attendait et nous sommes partis, presque tout de suite en balade: l'église fortifiée de Montfavet et, avant d'aller dîner chez Daniel, la très belle église du Thor (magnifiques décorations en cannelures des colonnes de l'entrée principale et de celles d'un porche latéral). J'ai fait des photos que je rajouterai aux articles d'aujourd'hui lorsque je serai rentré à Lyon. Demain, c'est Avignon elle-même qui subira l'assaut de mon objectif le matin. Le programme de l'après-midi reste encore à définir. Peut-être du côté de Roussillon.


Figaro.

Hier encore, je me suis fait tondre. Non, pas raser le crâne, mais tondre, très court. J'attends toujours ce moment avec impatience, maintenant. La première fois, c'était après la mort de Pierre. A une collègue qui n'aimait pas ça et m'avait demandé pourquoi cette coupe, j'avais répondu qu'ainsi, elle serait moins choquée le jour où je devrais subir une chimio.

La véritable raison n'est pas celle-ci, bien sûr. En fait, je ne sais pas, puisque, plus jeune, j'aimais mes cheveux noirs et sur-bouclés. Mais le cheveu blanc creuse le visage et boucle moins parce que plus épais.

D'autre part, j'ai, paraît-il, un beau crâne, alors autant le montrer. De plus, pour le sport, le cheveu ras est un atout: il se lave et sèche plus vite. Autre raison: j'ai de grandes oreilles, pas immenses, mais conséquentes. Elles ont été longtemps un de mes complexes, jusqu'au jour où j'ai décidé, au lieu de tenter de les cacher, de les exposer franchement. Il y en a même qui trouve ça sexy.

Enfin, j'éprouve, chaque fois que je me retrouve le crâne dégarni, un sentiment d'immense liberté: je me fous de ce que pensent les autres, il n'y a aucun artifice dans la présentation de mon visage, et surtout, surtout, je sens la pluie le picorer et le vent le caresser librement, sans entrave, sans casque, sans voiles.( Dernier aveu: j'aime les caresses sur la nuque.)

Théâtre

Rien hier soir, pour cause de sortie nocturne.

Je suis allé à la Halle Tony Garnier assister, dans le cadre de la "décentralisation" des Célestins, à une représentation de Troïlus et Cressida, de William Shakespeare. Sortie tardive et surtout en même temps que les spectateurs d'un match de foot OL-je ne sais pas qui, pour la qualification en finale de je ne sais pas quoi. Total:les deux spectacles ayant lieu dans le même quartier, embouteillage monstre, agrémenté des klaxons et des slogans hyper intellos des fans du ballon rond, et retour très tardif chez moi.

La pièce de Shakespeare, jouée en anglais surtitré, est intéressante car alliant la tragédie et la comédie, indissociablement mariées dans cette évocation de la guerre de Troie et des ravages que ce conflit cause sur les couples d'amants de l'un ou l'autre camp. M'a-t-elle plu? Oui et non.

Pour le non, la longueur: plus de trois heures. La mauvaise qualité des sièges (mais la pièce n'y est pour rien) , le fait de perdre un peu du jeu des acteurs en devant lever les yeux pour la traduction, et l'ennui de certaines tirades un peu longues de Troïlus en particulier.

Pour le oui, d'autres moments, fort drôles ou poignants, l'excellente diction des comédiens anglais (Compagnie Cheek by Jowl, Londres), leur "abattage" sur scène et les costumes modernes qui s'imposaient dans ce décor lui-même moderne des structures métalliques de la halle. A noter également les très belles voix dans les parties chantées. Très intéressant également bien sûr, le thème de la pièce, longue réflexion sur l'amour et la mort, la guerre et la violence.

Enfin, pour quelqu'un qui a lu Homère, ce qui est mon cas, le point de vue adopté par Shakespeare sur les héros de ce conflit a de quoi surprendre. Tous y sont, peu ou prou, malmenés: Ajax est un imbécile gonflé d'orgueil, qui se rengorge au moindre compliment, Achille n'est guère mieux et souffre du même mal. Patrocle est un inverti efféminé, "putain mâle" du grand Achille. Les Troyens, bizarrement, sont davantage épargnés, à l'exception de Pandarus qui se présente ici comme un vulgaire maquereau, même si c'est de loin le personnage le plus drôle de la pièce.

Le moment que j'ai préféré: l'entacte, lorsque j'ai rencontré une ancienne élève, aujourd'hui en terminale et se destinant à une prépa littéraire, qui m'a dit avoir abandonné le latin parce qu'après moi, elle avait peur de ne plus avoir d'aussi bons profs. J'ai éclaté de rire, mais elle m'a confirmé tout l'effet que je lui avais fait alors. J'avoue que, comme Ajax, je me suis un peu "enflé" à ce moment-là.