dimanche 10 novembre 2013
De la nostalgie, M'sieurs-Dames (7)
Pierre Groscolas, Fille du vent (1971).
Que de frotti-frotta sur cet air là ! Je n'avais pas 20 ans, et je rêvais... Bon, pour la déco, c'est peut-être un peu trop !
Du poids des jugements
Je suis né le même jour que Camus, trente-neuf ans plus tard. La première fois que je l'ai rencontré, c'était en terminale où j'avais tenu à conserver les cours de français, bien qu'ayant déjà passé mon bac.
Et la rencontre fut désastreuse. J'avais toujours eu des professeurs de lettres hommes, des vieillards semblables au David de Michel-Ange, impressionnants et graves, des puits de science qui me firent aimer la littérature. Pour la dernière année de lycée, je tombai sur une femme, femme et jeune ! Sa façon de s'asseoir sur les bureaux me déplaisait profondément, et il me sembla vite que l'essentiel de sa pédagogie consistait à charmer les adolescents boutonneux que nous étions tous en montrant plus que de raison une bonne partie de ses jambes. Pas un instant, je ne crus en son savoir.
Je ne me souviens d'ailleurs pas du tout de ce que nous étudiâmes cette année-là, à l'exception de L'Etranger que je rejetai immédiatement puisque c'était elle qui nous l'avait proposé. Je n'y vis que modernisme de bonne compagnie et me réfugiai immédiatement derrière mes souvenirs illuminés de Racine, de Maupassant ou de mes auteurs antiques.
Lorsque, au début des mes années d'enseignement, je fus contraint à mon tour de le proposer à mes élèves, je fis bien sûr suivre son étude de celle de Phèdre. Une de mes élèves, intelligente et à la langue bien pendue, me fit remarquer qu'à son avis, j'adorais racine et n'aimais pas Camus. Ce en quoi elle ne se trompait nullement. C'est elle qui, alors, me prêta Les Justes, ce afin que je révise mon jugement qu'elle trouvait trop injuste. Je fus enthousiasmé par cette pièce.
Depuis, je me suis juré de lire d'autres œuvres de Camus, et je n'ai jamais tenu ma promesse. Par peur, sans doute, de retomber dans ma détestation ou parce que, comme pour certaines œuvres musicales, je considérais qu'il fallait que je mûrisse avant d'entrer dans cet univers. Il serait peut-être temps que je m'y mette.
Et la rencontre fut désastreuse. J'avais toujours eu des professeurs de lettres hommes, des vieillards semblables au David de Michel-Ange, impressionnants et graves, des puits de science qui me firent aimer la littérature. Pour la dernière année de lycée, je tombai sur une femme, femme et jeune ! Sa façon de s'asseoir sur les bureaux me déplaisait profondément, et il me sembla vite que l'essentiel de sa pédagogie consistait à charmer les adolescents boutonneux que nous étions tous en montrant plus que de raison une bonne partie de ses jambes. Pas un instant, je ne crus en son savoir.
Je ne me souviens d'ailleurs pas du tout de ce que nous étudiâmes cette année-là, à l'exception de L'Etranger que je rejetai immédiatement puisque c'était elle qui nous l'avait proposé. Je n'y vis que modernisme de bonne compagnie et me réfugiai immédiatement derrière mes souvenirs illuminés de Racine, de Maupassant ou de mes auteurs antiques.
Lorsque, au début des mes années d'enseignement, je fus contraint à mon tour de le proposer à mes élèves, je fis bien sûr suivre son étude de celle de Phèdre. Une de mes élèves, intelligente et à la langue bien pendue, me fit remarquer qu'à son avis, j'adorais racine et n'aimais pas Camus. Ce en quoi elle ne se trompait nullement. C'est elle qui, alors, me prêta Les Justes, ce afin que je révise mon jugement qu'elle trouvait trop injuste. Je fus enthousiasmé par cette pièce.
Depuis, je me suis juré de lire d'autres œuvres de Camus, et je n'ai jamais tenu ma promesse. Par peur, sans doute, de retomber dans ma détestation ou parce que, comme pour certaines œuvres musicales, je considérais qu'il fallait que je mûrisse avant d'entrer dans cet univers. Il serait peut-être temps que je m'y mette.
samedi 9 novembre 2013
Ce et ceux que j'aime
Jeudi soir, j'ai été invité à dîner par Frédéric et sa mère à l'occasion de mon anniversaire. Délicate attention que j'ai appréciée à sa juste valeur, d'autant que le repas était excellent et fait "sur mesure" avec des mets que je goûte particulièrement : gratin de macaroni et côtes d'agneau, suivis d'un excellent gâteau d'un des très bons pâtissiers de Lyon. Et bien sûr champagne. Aujourd'hui trône également sur ma table de salon une très esthétique composition florale offerte par Frédéric.
Grand merci à tous les deux.
Grand merci à tous les deux.
vendredi 8 novembre 2013
Avant
Joie, l'autre jour, de trouver enfin un nouveau J-B Pontalis en poche, joie d'autant plus grande que cela risque bien d'être l'un parmi les derniers, l'auteur étant décédé cette année. J'ai déjà dit mon engouement, ma passion pour ce qu'écrit cet homme, dans lequel je me retrouve entièrement. Je voudrais d'ailleurs, si cela est possible, essayer de me procurer les enregistrements des entretiens que France Inter lui a consacrés il y a quelques mois et que je n'ai pu suivre intégralement.
"Avant" est un peu d'une autre veine que d'autres "essais" que j'avais appréciés, plus difficile à pénétrer à cause de ma quasi totale ignorance de la psychanalyse et des mots qui lui sont propres. Pourtant, on retrouve, au détour des pages, son amour de la littérature, son sens du rien, du quotidien, du banal qu'il sublime. Mais c'est un livre assurément à lire, ne serait-ce que pour la définition et l'analyse de "l'infans", mot romain qui désignait le tout petit enfant, celui qui, mot à mot, si je puis dire, "ne parle pas".
(Jean-Bertrand Pontalis, Avant. Ed. Gallimard.)
"Avant" est un peu d'une autre veine que d'autres "essais" que j'avais appréciés, plus difficile à pénétrer à cause de ma quasi totale ignorance de la psychanalyse et des mots qui lui sont propres. Pourtant, on retrouve, au détour des pages, son amour de la littérature, son sens du rien, du quotidien, du banal qu'il sublime. Mais c'est un livre assurément à lire, ne serait-ce que pour la définition et l'analyse de "l'infans", mot romain qui désignait le tout petit enfant, celui qui, mot à mot, si je puis dire, "ne parle pas".
(Jean-Bertrand Pontalis, Avant. Ed. Gallimard.)
jeudi 7 novembre 2013
Maudite soit la guerre
Vingré était un nom que je trouvais beau et qui, comme souvent dans ces cas-là, m'emmenait ailleurs, dans mes rêveries. Martyrs m'inquiétait davantage mais jamais je ne fis la relation avec la première guerre mondiale. Pour moi, à l'époque, les martyrs étaient forcément à compter parmi les premiers chrétiens.
Ce quartier autour de la Grand Poste et de l'ancien marché couvert de la place Chavanelle me plaisait bien car très populaire et animé. Près de la place Neuve, il y avait le bar où nous allions parfois avec Yvon et que me rappelle chaque fois la chanson de Michel Delpech "Chez Laurette", le magasin où ma grand-mère m'acheta mes premiers livres en relief et quelques prostituées hautes en couleur qui s'invectivaient d'un trottoir à l'autre, enrichissant ainsi considérablement mon vocabulaire crapuleux.
Dans ma famille, on ne me parla jamais, à mon souvenir, de cette première guerre. Mes parents qui avaient connu la suivante en avaient fait un sujet récurant de conversations, mais sur 14-18, rien (pas plus d'ailleurs que sur la guerre d'Algérie ou sur l'Indochine).
C'est seulement hier, en regardant les informations, que je sus qui étaient ces martyrs qui intriguèrent mon enfance : des soldats français qui, le 27 novembre 1914, quittèrent leur tranchée investie par les allemands avant de la leur reprendre. Comme l'ennemi avait fait des prisonniers, ceux qui s'étaient repliés furent accusés, bien qu'ayant obéi sur ordre, d'abandon de poste. Un conseil de guerre spécial désigna par tirage au sort six boucs émissaires et les fit fusiller le 4 décembre, sur ordre du général Étienne de Villaret, ceci afin que les combattants retrouvent "le goût de l'obéissance". Parmi eux un poilu qui, fait prisonnier par les allemands, avait réussi à leur échapper. Parmi eux, deux natifs de la Loire du nord (Ambierle) : Jean Blanchard et Francisque Durantet. Le procès fut révisé en 1920 et, en 1921, le jugement en fut cassé.
A ma connaissance, aucune autre ville ne peut s'enorgueillir d'avoir ainsi rendu hommage à ces hommes en leur attribuant le nom d'une rue. Il y a dans la Creuse, sur la commune de Gentioux, un monument aux morts qui représente un enfant tendant le poing vers l'inscription : "Maudite soit la guerre." Encore une exception...
mercredi 6 novembre 2013
Passions
Ah ! quelle bonne soirée. Il y a des jours où l'on ne regrette pas d'avoir la télévision. Ce soir, Des Racines et des ailes était consacré au pays d'Arles.
Alors, voir tous ces gens passionnés par ce qu'ils font, du confiseur de fruit au presseur d'olives noires, de l'archéologue amateur capable, en regardant les cailloux d'un champ de retrouver un puits donnant dans la partie souterraine de l'aqueduc aux scientifiques du nucléaire œuvrant à la sauvegarde de la barge gallo-romaine de trente mètres de long récemment découverte dans le Rhône, moi, ça me touche profondément.
Des techniques modernes au service de l'antique et pourtant, et heureusement, toujours le même regard plein d'étoiles de cette femme, de cet homme, devant le bateau remonté, devant le vase à libation à magnifique tête de chien que personne n'avait vu ni touché depuis deux mille ans.
Archéologue, c'est ce que je voulais faire, ce que j'ai étudié et pratiqué un peu au temps de l'université. Et puis Arles, c'est aussi le dernier voyage avec Amédé et le premier rêve où il y avait Pierre. Mais j'ai déjà dit tout cela, je ne suis qu'un vieux radoteur. D'ailleurs, demain, je prends un an de plus.
Alors, voir tous ces gens passionnés par ce qu'ils font, du confiseur de fruit au presseur d'olives noires, de l'archéologue amateur capable, en regardant les cailloux d'un champ de retrouver un puits donnant dans la partie souterraine de l'aqueduc aux scientifiques du nucléaire œuvrant à la sauvegarde de la barge gallo-romaine de trente mètres de long récemment découverte dans le Rhône, moi, ça me touche profondément.
Des techniques modernes au service de l'antique et pourtant, et heureusement, toujours le même regard plein d'étoiles de cette femme, de cet homme, devant le bateau remonté, devant le vase à libation à magnifique tête de chien que personne n'avait vu ni touché depuis deux mille ans.
Archéologue, c'est ce que je voulais faire, ce que j'ai étudié et pratiqué un peu au temps de l'université. Et puis Arles, c'est aussi le dernier voyage avec Amédé et le premier rêve où il y avait Pierre. Mais j'ai déjà dit tout cela, je ne suis qu'un vieux radoteur. D'ailleurs, demain, je prends un an de plus.
Home
Toni Morrison est un écrivain aux qualités unanimement reconnues. C'était le premier roman que je lisais d'elle. Je m'en augurai beaucoup de plaisir. Pourtant, jamais je ne suis rentré dans le livre. Lorsque je le reprenais chaque soir, je ne savais plus ce que j'avais lu la veille, je mélangeais les personnages, je pensais à autre chose en le lisant. Résultant : il ne m'en reste rien, pas même une impression, une image. Sans doute à cause de ce fichu rhume qui m'embête depuis quelque temps.
( Toni Morrison, Home. Ed. Ch. Bourgois. Trad. de Christine Laferrière.)
( Toni Morrison, Home. Ed. Ch. Bourgois. Trad. de Christine Laferrière.)
Inscription à :
Articles (Atom)