vendredi 6 novembre 2026

Changeons de dizaine : mes seventies (7)

Je me souviens (6)

Je me souviens de mes deux grand-mères :

- Je n'ai jamais connu mes deux grands-pères, morts bien avant ma naissance, mais j'ai eu la chance de connaître, et longtemps, mes deux grands-mères. Elles habitaient toutes deux dans le même village, l'une en plein centre, un tout petit appartement de deux pièces (la cuisine et la chambre, l'autre à la sortie du bourg, dans la ferme dont j'ai déjà parlé. On ne peut imaginer physiques et caractères plus différents. Ma grand-mère maternelle, qui m'a en partie élevé, est morte alors que j'allais avoir huit ans. J'étais adulte lorsque ma grand-mère paternelle nous a quitté. 

- Ma grand-mère maternelle m'a pris chez elle après la naissance de mon frère et de ma sœur après le remariage de ma mère. Les deux nouveaux enfants n'avaient que onze mis d'écart et mes parents tenaient une épicerie-buvette-bar-jeu de boules et ne savaient plus où donner de la tête. Augustine (la "Gustine") était maigre et un peu rigide, en particulier quand il s'agissait de religion. Au moins deux prières pas jour et messe tous les dimanches, même s'il fallait faire à pied (et à jeun) plusieurs kilomètres pour parvenir à l'église. J'avais tout de même droit à une pâtisserie après la messe. 

- Ma grand-mère paternelle , "la Reine", c'était son prénom) était physiquement beaucoup plus épaisse (je me souviens de sa poitrine sur laquelle tombaient les miettes quand elle mangeait. Veuve assez jeune, elle vécut avec plusieurs hommes différents que nous appelions "tontons"; Je ne l'ai jamais vue travailler, mais elle était un peu handicapée à cause de ses ulcères variqueux aux deux jambes.  J'aimais aller chez elle pour la taille de la ferme et la nature qui l'entourait.  Mon jeu préféré avec elle était de faire semblant d'être mort. Cela l'a effrayée la première fois, après ça n'a plus marché, bien sûr.

- Je ne crois pas qu'elles s'aimaient beaucoup, d'ailleurs elles se fréquentaient peu. Mais jamais je ne les ai entendu dire du mal l'une de l'autre. Parfois, ma grand-mère paternelle venait chez l'autre avec un gâteau pour moi, ce qu'à St- Etienne on appelle un "pâté":  Il s'agit d'un chausson à pâte levée, doré et fourré aux fruits (pommes, poires, abricots, etc.) ou à la crème pâtissière. Elle attendait toujours que je l'ai terminé pour s'en aller, ce qui exaspérait la "Gustine" ("On dirait qu'elle a peur que je le mange moi")

Pâté forézien, ou pâté de la batteuse (il en existait des individuels, plus petits)

jeudi 5 novembre 2026

Changeons de dizaine : mes seventies (6)

Je me souviens (5)

Je me souviens du car :

- Je me souviens du car qui nous transportait à Saint-Etienne. Il y avait deux départs le matin, à une heure d'écart, deux le soir (même intervalle) et un à midi. Il était conduit par le patron, le Toine, gracieux comment une porte de prison ou par son employé, adipeux et libidineux avec les dames. Je l'ai raté une seule fois et un copain d'école primaire m'ai emmené en mobylette jusqu'à l'arrêt suivant où j'ai pu y monter. Inutile de dire que ma mère n'en a jamais rien su ! Mais étais-je plus en danger qu'avec ces conducteurs plutôt portés sur le litron, surtout le gros.

- L'arrêt était en bordure d'un bois, sans lumière bien sûr, et, lorsque j'étais seul, j'avais peur. Pendant quelques années, il y eut avec moi, la fille d'une vague cousine de ma mère, mais elle était plus vieille que moi et, un jour, elle ne prit plus le car. Solitude encore et une des frayeurs de ma vie : j'avais vu, la veille à la télévision, un film de Sherlock Holmes particulièrement sombre. Le matin, j'attendais le car sous un arbre. Il y avait du vent et une branche vint me frôler l'épaule. Cette fois-là, j'ai vraiment senti mes cheveux se dresser sur ma tête. 

- Entre mon village et Saint-Etienne, il y a une forte pente entre Méons et le quartier du Soleil (où je suis né, il va sans tarder y avoir 74 ans !). Le car était une antiquité et, un jour, il refusa de monter la pente. Tous les passagers durent descendre pour l'alléger et purent seulement remonter au sommet. Ce car crachait tellement qu'un jour, ma mère me soupçonna de fumer en cachette, tant mes vêtements étaient imprégnés des rejets de l'antiquité. 

-  Dans ce car, j'étais le plus jeune avant qu'Yvon ne me rejoigne. Les grands (deux ou trois ans de plus) en profitaient pour m'enquiquiner dès qu'ils le pouvaient. J'étais un peu leur souffre-douleur. Un jour, une dame, une vieille fille très digne, s'en aperçut et me réserva toujours la place à côté d'elle. Elle n'était pas très intéressante dans ce qu'elle me racontait: elle était plutôt bigote Et je regrettais bien vite de ne pouvoir m'asseoir à côté d'Hélène, une fille dont j'étais amoureux ! On ne peut pas tout avoir !

mercredi 4 novembre 2026

Changeons de dizaine : mes seventies (5)

Je me souviens (4)

Je me souviens du jardin :

- Je me souviens du jardin, un grand jardin qui nous produisait fruits et légumes. Pour les fruits, il y avait les fraises, au sol, mais aussi un cerisier, un prunier (reine-Claude) et un cognassier on ramassait aussi les poires de trois poiriers dans le pré dut haut). Quant aux légumes, c'étaient principalement des salades, des bettes et des haricots verts. Les pommes de terre étaient, elles, cultivées dans une "terre", une partie du pré d'en bas qui avait été labourée. 

- Je me souviens des fleurs que ma mère y plantait régulièrement, des reine-marguerite, des dahlias et des glaïeuls, une fleur que j'ai toujours aimée. Au centre de l'allée principale trônait un faux puits, fait en pneus peints qui débordait de fleurs. Je possède une photo de nous, les quatre enfants, posant devant ce puits. Ma petite sœur tient dans ses bras un jouet, un chien en plastique, qi ne la quittait pas. Elle souriait, espiègle, sans savoir qu'elle n'avait plus très longtemps à vivre. Moi, le grand, je veillais sur la couvée. 

- Je me souviens, en bordure de route, un vieil arbre énorme où je montais (pas très haut, je n'ai jamais su -manque de souplesse et vertige-) souvent avec un roman pour lire tranquillement, même si, à cette époque, mon père n'était pas favorable à cette "activité de fainéant, lui qui, plus tard, se mettra aussi à la lecture, des San Antonio principalement).  Un jour, j'y était resté tellement longtemps que le parfum des fleurs m'avait comme saoulé. 

- Je me souviens de la tonnelle, avec son banc sous les vieilles roses. Là aussi, je lisais, je me souviens des Trois Mousquetaires en adaptation pour enfants. C'est là que j'ai passé les événements de mai 38, le lysée étant fermé et ma mère m'ayant interdit de me rendre en ville, craignant pour ma sécurité. Pour moi donc, l'air ne sentait pas les gaz lacrymogènes mais les vieilles roses. 

- Je me souviens de la petite maison au fond du jardin, ayant servi d'habitation avant qu'un partie des bâtiments de la ferme soient habitables. Je n'y ai jamais vécu, mais m'y rendais souvent pour jouer avec le fatras d'objets inutiles qui y avaient été remisés et pour rêver devant l'ancien four à pain dont on voyait encore le foyer. Heureuse époque de notre enfance où nous avions tant de lieux pour jouer, nous qui ne partions pas en vacances.

mardi 3 novembre 2026