mercredi 24 juin 2015

Envie

Depuis quelque temps, il me vient des envies de me replonger dans un des auteurs favoris de ma jeunesse, sans doute celui qui a fait, dans mon cas, la transition entre le Club des cinq et la Comédie humaine : Jules Verne.

J'ai dû le découvrir autour de dix ans. Je n'étais plus chez ma grand-mère mais chez mes parents. Je m'en souviens très bien puisque mon père possédait un petit troupeau de chèvres que je devais emmener paître après l'école sur les crassiers environnants. Certaines avait même un nom dont je me souviens aussi.

Comme mon père n'aimait pas la lecture (il a bien changé ensuite), il ne permettait pas que j'emporte un livre avec moi. Alors, je trichais et le fourrais dans ma culotte, et dès que j'étais hors de vue, je m'installais sur une pierre et me plongeais dans le roman (je fis d'ailleurs la même chose avec mes livres de grec, avant même de savoir l'alphabet que je trouvais très beau).

J'étais tellement fasciné par les forêts d'eucalyptus (je crois que c'était dans Les Enfants du Capitaine Grant), par les pieuvres géantes qui attaquaient les marins du Nautilus à Vingt mille lieues sous les mers, que j'en oubliais totalement les traîtresse bestioles. Souvent, quand je levais le nez, elles n'étaient plus là et il me fallait vite partir à leur recherche avant que mes parents ne s'aperçoivent de quoi que ce soit.

En général, elles n'étaient pas très loin mais un jour, malgré mes efforts, je ne parvins pas à les retrouver. M'étais-je absorbé si longtemps dans les contrées lointaines ? Il fallut que je revienne déclarer la perte à la maison. On finit par les retrouver tout près, dans le jardin, où je n'avais pas eu l'idée de les chercher, la porte en étant généralement fermée, et où elles dévoraient hardiment les plantations potagères de ma mère. Je me souviens encore de l'avoinée que je reçus ce jour-là. Mais l'essentiel était sauf : personne n'avait remarqué le livre prestement remis dans le pantalon.

Beaucoup plus tard, alors que j'enseignais au collège, un jour j'évoquais par hasard L'Ile mystérieuse. Au premier rang, il y avait un élève apathique, sage mais totalement désintéressé, sans doute à cause de ses difficultés dues à une dyslexie profonde. Ses parents ne parvenaient pas, ni moi non plus, à l'intéresser à la lecture. Quelques jours plus tard, je vis qu'il avait fini son contrôle bien avant les autres (il bâclait souvent les réponses puisque, pour lui, la grammaire relevait plus de la magie que de la logique, comme les mathématiques, pour moi, pendant quelques années). En circulant dans la salle, je jetais discrètement un œil sur son bureau. Et que vis-je ? Un LIVRE ! Non, pas un livre de classe, un livre de poche, qu'il était en train de LIRE. Un deuxième passage permit de voir qu'il s'agissait de L'Ile mystérieuse. Ensuite, il avait toujours un roman dans son cartable.

Alors, Jules Verne, pourquoi pas m'y remettre ? En sautant quelques pages un peu trop techniques à mon goût, ça devrait marcher. D'autant qu'aujourd'hui, je n'ai plus ni chèvres ni élèves à surveiller

6 commentaires:

plumequivole a dit…

Ça a été l'essentiel de mes lectures vers 10/12 ans, j'en raffolais. Je ne pourrais même pas faire la liste de tous ceux que j'ai dévorés. Mon préféré je crois c'était Michel Strogoff. Tu me donnes une idée, je vais aller faire une razzia dans le grenier familial, on verra bien si le charme opère encore...

plumequivole a dit…

Décidément on a pas mal de points communs, moi aussi j'ai eu des chèvres (et des moutons) à garder, j'avais 10 ans. Heureusement qu'il y avait la chienne !!!

Cornus a dit…

J'ai dû lire trois romans de Jules Verne, mais c'est "Vingt-mille lieux sous les mers", le premier, dont je me souviens le mieux et qui m'a le plus marqué. Beaucoup de descriptions naturalistes des organismes marins.

Jean-Pierre a dit…

Je me souviens n'avoir lu que le début de "Vingt-mille lieux sous les mers" et d'avoir été complètement rebuté par des longueurs et l'abondance des détails techniques. Je n'ai pas fait d'autres tentatives depuis. J'ai surement raté quelque chose quand je vois votre enthousiasme.

renepaulhenry a dit…

J'ai offert " 5 semaines en ballon" dans un cartonnage de 1920 à ma petit fille, mais elle n'a pas accroché. Un peut tôt peut-être...

Calyste a dit…

Plume : pas lu Michel Srogoff, mais vu le film. Moi aussi, j'avais un chien, mais il devait aimer la lecture lui aussi...

Jean-Pierre et Cornus : j'avoue avoir calé sur les descriptions de poissons. Le souvenir de la pieuvre vient lui aussi du cinéma.

RPH : peut-être n'est-elle pas assez ... scientifique ... Blague à part, j'avais offert Sans Famille à mon neveu : même conclusion.