Etrange comme certains souvenirs 'effacent et d'autres restent. On pourrait penser que ce sont les plus marquants, les plus importants qui restent et que les autres peu à peu s'estompent. Mais non. Tout à coup, le détail insignifiant resurgit, sans rapport avec ce que l'on vit à ce moment-là. On se demande alors pourquoi, pourquoi celui-ci, qui méritait d'être oublié, pour quoi à ce moment-là. Freud aurait peut-être la réponse ...
Les souvenirs les plus importants, je m'en méfie un peu : on les a racontés à ses amis, quelquefois ou souvent. On les a sans s'en rendre compte revisités, "récrits", mis en scène en quelque sorte, sans pourtant vouloir mentir sur ce que l'on a réellement vécu. Et, peu à peu, il me semble, la version revisitée prend la place de la vérité historique.
Pourquoi toutes ces considérations ? Je passais il y a quelques jours par le couloir de mon appartement, couloir qui relie la partie chambres à la partie cuisine et salon. J'y passe des dizaines de fois par jour, sans rien de particulier. Ce jour-là, j'ai pensé à Pierre. Rien d'original jusque-là. Mais je me suis alors rendu compte que je n'avais plus aucun souvenir de Pierre en mouvement, physiquement, dans cet appartement. Nous y avons pourtant vécu ensemble pendant 14 ans. Peut-être que le fait qu'il n'y a aucune photo, volontairement de ma part, sur les murs ou sur les meubles en est-il la cause. Mais j'en doute. Les photos ne font pas tout. La preuve : Je me souviens très bien du matin où je l'ai trouvé par terre, au coin du frigo. Il avait eu un malaise et, incapable de se relever, m'appelait depuis un bout de temps alors que je dormais à l'autre bout de l'appartement. Il n'y a pourtant aucune photo de ce moment-là ...