Celui est arrivé tout seul à la ferme, un beau jour et ne semblait pas vraiment décidé à la quitter. Nous avons bien sûr cherché à savoir à qui il appartenait. Recherches infructueuses ! D'où venait-il ? Cela resta toujours un mystère. Il était brun clair, élégant et surtout adorable. Quand nous comprîmes que son installation chez nous était définitive, il nous fallut bien lui trouver un nom. On en essaya plusieurs, fréquents pour les chiens. Aucune réaction de sa part, jusqu'au jour où ....
Un soir, ma mère était devant la télé quand la chaîne diffusa une émission sur le président Pompidou. Ma mère s'écria : "Tiens, c'est Pon 'Pon. Le chien, qui était couché à ses pieds, se leva d'un bond, émit un doux aboiement et calla sa tête ses ses genoux. Voilà, elle avait trouvé : c'était Pon Pon ! Ce nom lui resta et semblait bien lui convenir.
Quelques temps plus tard, mes parents trouvèrent un emploi dans une épicerie dans une petite ville aux abord de Saint-Etienne. Le logement y était minuscule et il durent laisser une bonne partie de leurs meubles. Afin de sécuriser les lieux, ils laissèrent le chien dans un petit local dans le jardin. Mon père, à la fin de sa tournée, lui apportait chaque sa pitance puis repartait avec son Tub Citroën.
Un matin, alors qu'il s'apprêtait à remplir les rayons du véhicule pour entamer sa nouvelle tournée, il vit sortir de sous les roues un chien tout joyeux : c'était Pon Pon qui, tout seul (à l'odeur ?) avait trouvé le chemin du nouveau logement. De ce jour-là, il dormit dans l'épicerie pour avertir en cas de vol des commandes qui le livreur laissait sur le trottoir. Ces vols étaient assez fréquents à l'époque. Mais, dès son boulot achevé, le chien, qui avait la liberté bien encrée dans ses gènes, partait en vadrouille jusqu'au soir.
A la sortie de la petite ville, déjà dans la campagne, il y avait un restaurant réputé dont les tenanciers s'approvisionnaient souvent à l'épicerie de mes parents. Ces derniers y allèrent plusieurs fois manger et furent toujours satisfaits de l'accueil et de la nourriture. Un jour, le chien ne revint pas. Parallèlement, suite à des plaintes et à une enquête de police, tout le monde, sidéré, apprit que les restaurateurs étaient en fait des voleurs qui pillaient consciencieusement tous les magasins d'alimentation des environs. Nous ne sûmes jamais si Pon Pon avait décidé de reprendre sa vie d'errance ou si ces voleurs l'avaient éliminé car trop gênant pour eux ...