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jeudi 27 octobre 2022

La détresse de l'aube

Grosse frayeur avant-hier matin en ouvrant mes volets sur cour. Pour une fois, je m'étais levé tôt et il faisait encore assez sombre. En jetant un coup d’œil sur l'immeuble d'en face, je vois un homme, de dos, debout sur le rebord extérieur de sa fenêtre. Énorme coup d'adrénaline ! Ce mec semble prêt à sauter, à se suicider. 

Je pense à appeler les pompiers, je pense à sa chute à laquelle je vais assister, je pense au bruit mat du corps arrivant sur le sol. Je ne sais plus à quoi je pense, mais je pense, à toute allure. Et puis, je remarque qu'il est absolument immobile. Comment fait-il, aussi longtemps ? Cela dure, dure. Peu à peu, la lumière s'accroit et je découvre enfin qu'il s'agit bêtement d'une combinaison (de plongée sans doute ?) accrochée là à sécher ! 

Ce matin-là, j'ai vérifié encore une fois que la sidération rend idiot.

samedi 27 août 2022

A propos d'un kiosque à journaux

"Je me sentais derrière cette caisse, comme aux portes du monde. Je voyais près de 200 personnes par jour, toutes très différentes, de toutes les nationalités, de toutes les classes sociales et de tous les âges. C’est un poste d’observation du monde ou du moins d’un micro-monde. Pendant six ans, j’ai aussi pris conscience de ce labeur, de cette manutention qu’on fait de 5 heures du matin à 21 heures pour très peu d’argent. C’est un travail ouvrier et le dernier maillon dans le paysage de la presse."

Alexandra Pianelli

mardi 31 mars 2020

Uchronie

Ce matin, j'ai repensé à Yvon. Comment aurait-il vécu cet enfermement printanier ? Pourquoi penser à lui à ce moment précis, je n'en sais rien. Peut-être parce qu'il me renvoie à notre jeunesse et à nos folles virées en ville ou à la campagne.

Il était plus jeune que moi, d'un an. J'ai tenté de l'imaginer vieillissant sans trop y parvenir. Il aurait peut-être été un peu bedonnant, son physique plus courtaud que le mien y poussant. Et ses cheveux, couleur queue de vache comme il disait, les aurait-il encore ? Il aurait sans doute fait une carrière dans l'enseignement, c'était sa formation. Vivrait-il seul ? Aurait-il, au contraire, rencontré l'homme de sa vie et accepté les quelques compromis de la vie en commun ? J'en doute.

J'en étais là de mon uchronie un peu brumeuse lorsque la radio passa Barbara : Dis, quand reviendras-tu ?  Et la voix fit se lever la brume. Qu'importe ce qu'il serait devenu : nous avons eu une jeunesse rare.

samedi 16 décembre 2017

A méditer ce week-end

Une citation de Jacques Brel, lors d'une interview :

" Un homme passe sa vie à compenser son enfance."

D'accord ou pas, on peut s'interroger.

mardi 29 mars 2016

La joie

Depuis quelque temps, j'ai l'impression que ce mot disparaît du vocabulaire courant. Peut-être en est-il de même du sentiment qu'il exprime.

On parle beaucoup de bonheur, de plaisir, de bien-être, de joie très peu. On dit : "je suis content". Celui qui dirait : "je suis joyeux" passerait immédiatement soit pour un naïf irrécupérable, soit pour un léger déficient mental. Chez les sept nains, Joyeux se confondrait aujourd'hui avec Simplet !

Déjà, dans l'Antiquité, les philosophes  s'en méfiaient comme inquiétante, trop paroxystique, symptôme, pour Platon par exemple, de perte de contrôle de soi.  Le stoïciens la jugeaient trop bruyante, trop liée au physique. Les épicuriens lui préféraient la recherche du bonheur, c'est à dire l'absence de souffrance. Seul Leucippe en parle positivement en tant que jubilation esthétisante face aux spectacles des belles choses.

Certains philosophes modernes la jugent essentielle, en particulier Spinoza, Nietzsche et Bergson qui y situait l'élan créateur. Pour Alexandre Jollien, pourtant atteint d'une maladie grave, l'homme ne peut
pleinement se réaliser que dans la joie.

Aujourd'hui, il me semble que ce terme est surtout liée, dans l'esprit des gens à des émotions spirituelles. Peut-être à cause de Bernanos, écrivain catholique, qui, dans son roman La Joie, développe son univers de chute et de rédemption.

Pour moi, le bonheur évoque un état plus permanent, plus durable en tout cas. La joie est fulgurance, aussi bien païenne que spirituelle, moment fugace de plénitude provoquée par la lecture, la musique, la nature, ..., ou, parfois, le plaisir charnel.

vendredi 29 mai 2015

Se retourner

Se retourner, pour voir si l'on n'a rien oublié, si la porte est fermée, la voiture verrouillée, si l'on est bien garé. Parfois revenir pour vérifier encore, en doutant de soi. Hier soir, par la fenêtre, j'ai vu un jeune homme faire ce manège avec son scooter. Combien le font, en prenant garde qu'on ne les remarque pas ? Se retourner pour se rassurer.

Se retourner sur son passé pour voir si l'on n'a rien oublié, si la blessure est fermée, si la douleur est verrouillée, si l'on est bien vivant. Parfois vouloir revenir, en doutant que ce soit bien le même, celui dont on se souvient et qui vous est maintenant presqu'étranger ? Combien le font, en prenant garde qu'on ne le remarque pas. Se retourner pour se rassurer : non.

samedi 4 avril 2015

Les vieux

J'ai toujours aimé les vieux. Peut-être parce que j'ai été élevé par ma grand-mère. Jusque-là, c'étaient surtout les petites vieilles qui m'attendrissaient. Depuis quelques temps, un peu moins. Les longues années de fin de vie de ma mère et les caprices de ma voisine qui commence à beaucoup m'énerver m'en ont un peu éloigné. Et puis, des petits vieux mâles, ça ne traînait pas les rues jusqu'à il y a peu.

Maintenant, la race est en expansion. Merci la médecine et l'absence de guerres depuis un moment en France. Alors, on en rencontre dans les rues, de ces messieurs décatis et solitaires, chauves ou presque, bancals, veufs sans doute et encore tout surpris d'être le dernier des deux.

J'en ai vu un tout à l'heure, cheminant à petits pas, regardant le sol pour savoir où il mettait les pieds. Promenade du jour ? Un quignon de pain à acheter ? Renouvellement de l'ordonnance à la pharmacie ?  Il allait, sans s'occuper de ce qui se passait autour de lui, du bruit et de la fureur, totalement replié vers l'intérieur, déjà absent.

Un instant, par habitude, j'ai imaginé ce qu'avaient été sa vie, son métier, ses amours, ses violences. Plus de trace de la force ni du désir, de la joie ni des ambitions. Rien qu'un corps dont le martyre a déjà commencé. J'ai pensé au vieux monsieur qui habitait la rue voisine et qui se hâtait, le corps plié à angle droit. Un jour, je ne l'ai plus vu. Sa fenêtre est restée ouverte longtemps, battue par la pluie, et puis, un jour, quelqu'un a pris sa place. Sic transit....

mercredi 31 décembre 2014

Emportée par le vent...


Je cherchais une photo pour illustrer la fin de cette année et le début de la nouvelle, une photo pleine de joie, de couleurs et de rires (oui, oui, il y a des photos riantes). Et puis tout à l'heure, pendant ma promenade accoutumée, j'ai vu cette trace sur le sol, empreinte d'une feuille sur la pollution urbaine.

Et j'ai su que j'avais trouvé ma photo : pas de joie, pas de rires, pas de couleurs. Juste une trace grisâtre qui s'effacera bientôt. Comme cette année 2014. Mais, sur l'arbre au-dessus, je suis sûr qu'en cherchant bien, j'aurais pu deviner déjà les prémices des bourgeons prochains.

dimanche 25 novembre 2012

Trous

Certains prétendent, selon eux, être naturels en toutes circonstances. J'aimerais les surprendre une fois pendant leur sommeil, avec la bouche grande ouverte et les muscles du visage complètement relâchés. C'est ça, le vrai naturel, pas le visage que l'on se compose face aux autres en état de veille sans même que l'on s'en aperçoive. Moi, voir un tel visage abandonné, ça m'a toujours ému, même si la beauté en prend un coup. Ça a quelque chose de fragile et de vrai, une part de végétatif que l'on oublie trop dans son personnage social et qui rappelle que l'homme, finalement, n'est que trous, d'où sortent des sons plus ou moins gracieux, d'où naissent le plaisir ou la douleur, d'où sort la vie et où elle se finit.

jeudi 30 septembre 2010

Pensée du jour

Il y a des gens qui attrapent la mode comme on attrape des boutons. Et c'est tout aussi laid. Je les laisse se gratter.

samedi 31 juillet 2010

L'aventure

" Et l'aventure, la grande aventure, c'est de voir surgir quelque chose d'inconnu chaque jour dans le même visage. C'est plus grand que tous les voyages autour du monde."
Alberto Giacometti .

(Pour Noa.)

mardi 24 novembre 2009

Pensées

Deux pensées ce soir, toujours du même, et peut-être pas sans rapport avec le billet précédent:

Des enfants m'ont posé la question: "Aimer pour toi, qu'est-ce que c'est?" Je crois que je ne finirai jamais d'y répondre.


Être damné, c'est être seul.

mercredi 4 novembre 2009

Pensée


De qui vous savez, toujours:

Pour rencontrer l'autre, il faut assumer une certaine solitude qui est la prise de conscience de son moi. Personne ne peut le faire à notre place.

(Abbé Pierre)

jeudi 15 octobre 2009

Pensée

Ce soir, Le Lorgnon Mélancolique publie une citation qui me plaît beaucoup. J'espère qu'il ne m'en voudra pas de la restituer telle quelle ici. Je m'y retrouve en effet entièrement, sans avoir à y changer un seul mot. Et ce depuis de nombreuses années.


“I went out for a walk, and finally concluded to stay out till sundown, for going out, I found, was really going in. “
John Muir (1838-1914), Journal.

”Je suis sorti seulement pour une promenade et j’ai finalement décidé de rester dehors jusqu’au coucher du soleil car sortir, je m’en rendais compte, était en fait rentrer à la maison.”

Parfois même, dans mon cas, cela se poursuit au-delà du coucher du soleil.

mercredi 7 octobre 2009

Momentini

- Il faisait presque nuit noire lorsque je suis sorti de chez ma mère tout à l'heure. Il avait fait très chaud toute la journée avec un grand vent tourbillonnant qui fouettait les visages de feuilles emportées. Bientôt il faudra vivre avec l'obscurité.

- Les premiers chrysanthèmes, je les ai vus début octobre, il y a une semaine, à la vitrine d'un fleuriste. Un mois d'avance. Et, comme d'habitude, des mois de retard pour nettoyer les tombes des fleurs d'or lorsque l'or aura rouillé.

- Avons reçu au collège aujourd'hui Indiana Jones, notre archéologue préféré, en chair et surtout en os. Le pauvre avait quelques ennuis gastriques qui le firent nous abandonner aux mains (hélas, non) de son collègue que nous voyions pour la première fois. Notre complicité grandissante avec Stéphane finira par nous jouer des tours. Nous avons plusieurs fois évité de croiser le regard de l'autre de peur de pouffer de rire de façon trop évidente. Élèves intéressés et intéressants dans les questions posées.

- Frédéric sort d'ici. Nous avons regardé l'émission Des Racines et des ailes sur Venise à la télévision. Beau magazine sur papier glacé où l'on n'apprend pas grand chose quand on connaît déjà. Mais souvenirs nombreux avec Pierre ou avec mes parents, pour qui la Sérénissime constitue le seul voyage à l'étranger.

- Ai appris par hasard la mort de Laurent, un garçon de Lyon rencontré à Perugia à l'Université pour Étrangers. On n'a pas su me dire si suicide ou maladie. Il n'a jamais été un de mes amis mais était là à la plus belle période de ma vie, pour l'instant. J'écrirai sûrement un billet là dessus.

- Je voulais étrenner ma nouvelle carte vélov cet après-midi. Dormi, dormi et dormi. Sorti de chez moi uniquement pour acheter une salade au commerce du coin. Et même pas de regrets.

- Pour finir, encore une petite pensée de l'Abbé Pierre, mon "philosophe" préféré:
Nous naissons dans l'illusion. Le tout de la vie, à mesure qu'on avance dans tous les domaines, c'est de sortir de l'illusoire.
Je crois en être sorti. Ou peut-être en ai-je l'illusion...

samedi 26 septembre 2009

Pensée

Celle-ci, toujours de l'Abbé Pierre, particulièrement pour Lancelot:

Il faut être conscient des réalités tout en étant déterminé à savoir "perdre son temps" pour regarder des fleurs, voir naître des poussins, regarder tant et tant de merveilles.

dimanche 13 septembre 2009

Pensée


Il faut, un jour, avoir été ébloui par la splendeur du monde, ne plus pouvoir se passer de ces moments prodigieux, savoir les retrouver et s'en souvenir.
Abbé Pierre.



Ce qui rend encore plus prenante cette réflexion de sa part, c'est qu'il ne s'est jamais non plus détourné de la misère de ce même monde.

vendredi 4 septembre 2009

Belle pensée



La beauté est l'un des noms de Dieu
.

Abbé Pierre

jeudi 6 août 2009

Sagesse

Encore une que j'aime bien, de l'abbé Pierre:

La sagesse, ce n'est pas de ne pas faire de bêtises. C'est recevoir le goût de savourer. Parce que c'est bon d'aimer.