Depuis quelque temps, j'ai l'impression que ce mot disparaît du vocabulaire courant. Peut-être en est-il de même du sentiment qu'il exprime.
On parle beaucoup de bonheur, de plaisir, de bien-être, de joie très peu. On dit : "je suis content". Celui qui dirait : "je suis joyeux" passerait immédiatement soit pour un naïf irrécupérable, soit pour un léger déficient mental. Chez les sept nains, Joyeux se confondrait aujourd'hui avec Simplet !
Déjà, dans l'Antiquité, les philosophes s'en méfiaient comme inquiétante, trop paroxystique, symptôme, pour Platon par exemple, de perte de contrôle de soi. Le stoïciens la jugeaient trop bruyante, trop liée au physique. Les épicuriens lui préféraient la recherche du bonheur, c'est à dire l'absence de souffrance. Seul Leucippe en parle positivement en tant que jubilation esthétisante face aux spectacles des belles choses.
Certains philosophes modernes la jugent essentielle, en particulier Spinoza, Nietzsche et Bergson qui y situait l'élan créateur. Pour Alexandre Jollien, pourtant atteint d'une maladie grave, l'homme ne peut
pleinement se réaliser que dans la joie.
Aujourd'hui, il me semble que ce terme est surtout liée, dans l'esprit des gens à des émotions spirituelles. Peut-être à cause de Bernanos, écrivain catholique, qui, dans son roman
La Joie, développe son univers de chute et de rédemption.
Pour moi, le bonheur évoque un état plus permanent, plus durable en tout cas. La joie est fulgurance, aussi bien païenne que spirituelle, moment fugace de plénitude provoquée par la lecture, la musique, la nature, ..., ou, parfois, le plaisir charnel.