NOMS D'OISEAUX (ou autres rampants, marchants, volants, nageants...)
Pour retarder encore un peu la réponse au billet précédent, voici ce soir un petit lexique de mots qui, bien que l'on parle de noms d'oiseaux, sont en général destinés à vous enfoncer plus bas que terre. On y verra aussi que, parfois, on peut accorder à ces bêtes une certaine rédemption.
ÂNE: Tout le monde, bien sûr, connaît sa bêtise, renforcée si l'on parle d'âne bâté. Pourtant il y a aussi Le Petit Âne gris, belle chanson triste de Hugues Aufray, et celui de Francis Jammes dont il dit: "J'aime l'âne si doux marchant le long des houx". On prétend de cet animal que c'est depuis qu'il a transporté le Christ jusqu'à Jérusalem qu'il a, dessinée sur son dos, une croix dans son pelage.
AIGLE: "Ce garçon, ce n'est pas un aigle", dit-on de quelqu'un qui ne vole pas bien haut, qui n'a pas l'acuité intellectuelle correspondant à la vue perçante du rapace. Pourtant, il y eut celui symbole de Jupiter (et Zeus avant, chez les Grecs) qui trônait avec lui au milieu des nuées et se chargea de lui ramener Ganymède , celui de Meaux, Bossuet, aux illustres Sermons, qui s'opposa longtemps au Cygne de Cambrai (Fénelon), celui de tant de drapeaux impériaux et puis celui à qui Cocteau donna deux têtes.
ASTICOT: un drôle d'asticot est un drôle de zèbre. Allez comprendre! Ou alors quelqu'un de peu d'importance, dont on ne peut avoir peur. Le terme devient franchement méprisant quand il désigne un tout petit pénis, que, d'ailleurs, rien n'interdit d'asticoter (d'agacer)!
BÉCASSE: une fille un peu stupide et naïve mais son équivalent animal donna prétexte à des chasseurs, réunis pour les déguster, pour raconter maints contes sous la plume de Maupassant. Chez Molière "La bécasse est bridée" se dit de quelqu'un qui a été trompé. (Mot emprunté au vocabulaire de la chasse au collet ou au lacet). Et il ne faut pas oublier sa cousine bretonne, Bécassine qui, si elle ne relève guère le niveau, est à respecter pour avoir enchanté la jeunesse pendant de longues années.
BUSE: voire même, pour qu'il n'y ait aucune possibilité d'erreur, "triple buse". Celui-ci, c'est l'abruti, l'inculte et qui, en général, en est assez fier. "D'une buse on ne saurait faire un épervier" veut dire, mutatis mutandis, "on ne change pas un âne en cheval de course" (intellectuellement bien sûr). La réputation de ce pauvre rapace vient des fauconniers qui ne parvinrent jamais à le dresser et le taxèrent donc de stupidité.
Voilà pour les cinq premiers. D'autres suivront, prenez patience (soit pour attendre, soit pour lire!)
Affichage des articles dont le libellé est Abécédaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Abécédaire. Afficher tous les articles
lundi 26 avril 2010
jeudi 14 août 2008
Volubilis et ipomée.
Les mots. L'un me plaît, l'autre pas. Lourdeurs et grâce. Rondeur bête de la syllabe en bouche, élan pour la sifflante des caresses enlaçantes . Pesanteur sèche du livre de science, chaleur vivante de la pierre marocaine.
Mentionner aussi leur cousin roturier: le liseron.
C'est au pied de cet arbre que nous avons terminé notre promenade, hier soir. De la rue Mercière à Croix-Paquet, la bouche et les yeux, parfum subtile aussi de quelques corps nus, reflet de verre dépoli, et les quais du Rhône en descendant, pour les mots. Nous apprenons à nous connaître. Merci à toi.
vendredi 1 août 2008
Symposium.
Un mot qui me plaît, plus par ce qu'il m'évoque que par sa sonorité: le symposium.
Aujourd'hui synonyme de congrès, de réunion de spécialistes sur un sujet précis, il a, dans la langue grecque antique, un sens beaucoup plus festif et convivial. Le "sumposion", en grec ancien (désolé, je ne sais toujours pas où l'on peut trouver l'alphabet grec sur internet), désigne le banquet, puis par extansion les convives invités à ce repas et enfin la salle où il se déroule.
Sur la même racine existe la "sumposia", l'action de boire ensemble, mot que l'on pourrait créer en français: la symposie, et le verbe "sumposiarchéo": être président d'un banquet. .En fançais, cela pourrait donner un "symposiarche".
Moi cela m'évoque d'abord le magnifique sarcophane étrusque exposé à la Villa Giulia, à Rome, oeuvre splendide de terre cuite représentant deux époux couchés au lit de banquet, serrés l'un contre l'autre, heureux, égaux devant le plaisir et réunis pour toujours devant la mort. C'est beau à se mettre à genoux, la pose, les visages, les sandales de fines lanières de la femme, la fragilité de ce chef-d'oeuvre dont le moindre miracle n'est pas qu'il nous soit arrivé intact.
Cela m'évoque aussi les fresques des tombes grecques de Paestum, visibles au musée de ce site, particulièrement la plus émouvante: la Tombe du Plongeur. Ses quatre côtés et son couvercle sont entièrement peints de cinq fresques à même les plaques de calcaire régional. Particulièrement remarquables sont le couvercle et l'un des deux longs côtés.
Le couvercle , d'où la tombe tire son nom, représente un plongeur nu qui, du haut de colonnes, se jette dans la mer, encadré par deux arbustes qui délimitent la scène. Ainsi a-t-on voulu symbolisé la fin de la vie terrestre et le passage vers l'au-delà.
Un des grands côtés montre une scène de banquet particulièrement émouvante pour moi. Les scènes de ce genre sont fréquentes dans les tombes étrusques de Tarquinia ou de Cerveteri, mais celle-ci, datée d'environ 480 av. J-C., me touche plus que tout autre. Par la finesse des traits et la douceur des coloris d'abord, mais surtout par la façon dont le sujet est traité et totalement renouvelé.
Trois hommes jouent au kottabos, jeu après boire qui consistait à lancer le liquide restant au fond de sa coupe sur un objectif précis sans en perdre une goutte. Ce jeu est probablement issu d'une tradition qui voulait que, pour honorer un ami et l'associer à ses plaisirs, on jetât à terre une partie de son vin. Ensuite, cette coutume prit un caractère nettement plus érotique, le buveur désignant ainsi dans l'assemblée celui dont il désirait obtenir les faveurs.
Près d'eux, étendus sur un lit commun, deux amants se regardent tendrement. L'aîné, la bouche sensuellement entrouverte sur un soupir de désir, caresse doucement la nuque du plus jeune qui, de la main, lui effleure la poitrine et semble fasciné par le regard d'amour de l'adulte. Cette scène dégage une telle puissance, une telle aura de volupté qu'un des joueurs a abandonné le jeu pour les observer, à la fois interrogatif et envieux. Cette scène date de vingt-six siècles. Elle nous parle toujours, elle m'émeut toujours.
Voilà ce qu'évoque pour moi le mot "symposium". Pas un rassemblement de cadres dynamiques en costume noir, la mine sinistre, multiples crocodiles dans le même marigot, mais un banquet d'hommes demi-nus, partageant leurs plaisirs et leur amour pour un festin d'éternité.
Aujourd'hui synonyme de congrès, de réunion de spécialistes sur un sujet précis, il a, dans la langue grecque antique, un sens beaucoup plus festif et convivial. Le "sumposion", en grec ancien (désolé, je ne sais toujours pas où l'on peut trouver l'alphabet grec sur internet), désigne le banquet, puis par extansion les convives invités à ce repas et enfin la salle où il se déroule.
Sur la même racine existe la "sumposia", l'action de boire ensemble, mot que l'on pourrait créer en français: la symposie, et le verbe "sumposiarchéo": être président d'un banquet. .En fançais, cela pourrait donner un "symposiarche".
Moi cela m'évoque d'abord le magnifique sarcophane étrusque exposé à la Villa Giulia, à Rome, oeuvre splendide de terre cuite représentant deux époux couchés au lit de banquet, serrés l'un contre l'autre, heureux, égaux devant le plaisir et réunis pour toujours devant la mort. C'est beau à se mettre à genoux, la pose, les visages, les sandales de fines lanières de la femme, la fragilité de ce chef-d'oeuvre dont le moindre miracle n'est pas qu'il nous soit arrivé intact.
Cela m'évoque aussi les fresques des tombes grecques de Paestum, visibles au musée de ce site, particulièrement la plus émouvante: la Tombe du Plongeur. Ses quatre côtés et son couvercle sont entièrement peints de cinq fresques à même les plaques de calcaire régional. Particulièrement remarquables sont le couvercle et l'un des deux longs côtés.
Le couvercle , d'où la tombe tire son nom, représente un plongeur nu qui, du haut de colonnes, se jette dans la mer, encadré par deux arbustes qui délimitent la scène. Ainsi a-t-on voulu symbolisé la fin de la vie terrestre et le passage vers l'au-delà.
Un des grands côtés montre une scène de banquet particulièrement émouvante pour moi. Les scènes de ce genre sont fréquentes dans les tombes étrusques de Tarquinia ou de Cerveteri, mais celle-ci, datée d'environ 480 av. J-C., me touche plus que tout autre. Par la finesse des traits et la douceur des coloris d'abord, mais surtout par la façon dont le sujet est traité et totalement renouvelé.
Trois hommes jouent au kottabos, jeu après boire qui consistait à lancer le liquide restant au fond de sa coupe sur un objectif précis sans en perdre une goutte. Ce jeu est probablement issu d'une tradition qui voulait que, pour honorer un ami et l'associer à ses plaisirs, on jetât à terre une partie de son vin. Ensuite, cette coutume prit un caractère nettement plus érotique, le buveur désignant ainsi dans l'assemblée celui dont il désirait obtenir les faveurs.
Près d'eux, étendus sur un lit commun, deux amants se regardent tendrement. L'aîné, la bouche sensuellement entrouverte sur un soupir de désir, caresse doucement la nuque du plus jeune qui, de la main, lui effleure la poitrine et semble fasciné par le regard d'amour de l'adulte. Cette scène dégage une telle puissance, une telle aura de volupté qu'un des joueurs a abandonné le jeu pour les observer, à la fois interrogatif et envieux. Cette scène date de vingt-six siècles. Elle nous parle toujours, elle m'émeut toujours.
Voilà ce qu'évoque pour moi le mot "symposium". Pas un rassemblement de cadres dynamiques en costume noir, la mine sinistre, multiples crocodiles dans le même marigot, mais un banquet d'hommes demi-nus, partageant leurs plaisirs et leur amour pour un festin d'éternité.
mercredi 9 juillet 2008
Aiguière
Aiguière: j'ai toujours aimé ce nom.
Lorsque j'étais adolescent, il me paraissait, ainsi que l'objet qu'il représente, le summum de l'élégance. Ainsi, pendant plusieurs semaines, en sortant du lycée, j'allai dans un magasin vendant ce genre de choses pour apporter mon obole hebdomadaire au commerçant qui avait accepté de me réserver, jusqu'à ce que j'ai fini de le régler, une de ces aiguières en étain, svelte et élancée, que je comptais offrir à ma mère. Aujourd'hui, elle est sur une des étagères de la bibliothèque, et je la trouve toujours belle, même si l'envie de boire dans de l'étain m'a définitivement passé.
Je trouve beau ce préfixe aigu- que l'on reconnaît dans tant de localités françaises, du nord au sud. Il peut se transformer: aix, ègu-, igu-, etc. Mais il m'évoque toujours l'eau fraîche, comme me l'évoque le nom du village où j'ai passé mon enfance: Saint-Jean Bonnefonds, c'est-à-dire "bonnes sources".
A l'époque gauloise, avant l'arrivée des Romains, la région de la Loire et de Lyon était habitée par un peuple gaulois nommé les Ségusiaves. Leur capitale fut sans doute, dans un premier temps, Saint-Symphorien-sur-Coise, puis Feurs (Forum Segusiavorum, comme Fourvière vient de Forum vetus). Lugdunum, bien entendu, n'existait pas encore. J'ai lu quelque part que si l'on trace une ligne imaginaire reliant tous les villages ou petites villes comportant au début de leur nom ce préfixe d'eau et à la fin un radical en -rand- (la route, la frontière?), on reconstitue très exactement leur territoire. Par exemple Iguerande, à la limite Loire/Saône-et-Loire, village qui offre un bel exemple d'église romane bourguignonne.
Bien sûr, je pense à Aigues-Mortes d'où, si je me souviens bien, Saint Louis s'embarqua pour la croisade, à Aiguebelle et Aiguebelette en Savoie, où j'ai des amis, à Chaudes-Aigues dans le Cantal ( n'est-ce pas là que l'on vend des objets, de petits tableaux en particulier, faits de concrétions calcaires?), mais aussi au beau mot d'aigue-marine, et à ce dernier, aiguail, évoquant la rosée sur les feuilles et qui sonne beau si on le prononce avec le -u- latin: "aigouail".
Lorsque j'étais adolescent, il me paraissait, ainsi que l'objet qu'il représente, le summum de l'élégance. Ainsi, pendant plusieurs semaines, en sortant du lycée, j'allai dans un magasin vendant ce genre de choses pour apporter mon obole hebdomadaire au commerçant qui avait accepté de me réserver, jusqu'à ce que j'ai fini de le régler, une de ces aiguières en étain, svelte et élancée, que je comptais offrir à ma mère. Aujourd'hui, elle est sur une des étagères de la bibliothèque, et je la trouve toujours belle, même si l'envie de boire dans de l'étain m'a définitivement passé.
Je trouve beau ce préfixe aigu- que l'on reconnaît dans tant de localités françaises, du nord au sud. Il peut se transformer: aix, ègu-, igu-, etc. Mais il m'évoque toujours l'eau fraîche, comme me l'évoque le nom du village où j'ai passé mon enfance: Saint-Jean Bonnefonds, c'est-à-dire "bonnes sources".
A l'époque gauloise, avant l'arrivée des Romains, la région de la Loire et de Lyon était habitée par un peuple gaulois nommé les Ségusiaves. Leur capitale fut sans doute, dans un premier temps, Saint-Symphorien-sur-Coise, puis Feurs (Forum Segusiavorum, comme Fourvière vient de Forum vetus). Lugdunum, bien entendu, n'existait pas encore. J'ai lu quelque part que si l'on trace une ligne imaginaire reliant tous les villages ou petites villes comportant au début de leur nom ce préfixe d'eau et à la fin un radical en -rand- (la route, la frontière?), on reconstitue très exactement leur territoire. Par exemple Iguerande, à la limite Loire/Saône-et-Loire, village qui offre un bel exemple d'église romane bourguignonne.
Bien sûr, je pense à Aigues-Mortes d'où, si je me souviens bien, Saint Louis s'embarqua pour la croisade, à Aiguebelle et Aiguebelette en Savoie, où j'ai des amis, à Chaudes-Aigues dans le Cantal ( n'est-ce pas là que l'on vend des objets, de petits tableaux en particulier, faits de concrétions calcaires?), mais aussi au beau mot d'aigue-marine, et à ce dernier, aiguail, évoquant la rosée sur les feuilles et qui sonne beau si on le prononce avec le -u- latin: "aigouail".
mercredi 13 février 2008
Et maintenant?
Tout à l'heure, suite à un commentaire d'Anna, je suis allé relire un ancien billet, un des nombreux "Riens" du début de ce blog. J'ai relu aussi le tout premier écrit, et je suis rassuré: je n'enlève rien aujourd'hui. Je ne change pas une virgule, pas un mot.
En serait-il ainsi de l'ensemble des billets? Sans doute, à peu de choses près. Je me rends compte aujourd'hui qu'il m'était tellement indispensable de les écrire que je ne pouvais qu'être sincère. L'Abécédaire et les Riens ont fini de me débarrasser d'une peau de mue que j'ai, comme un reptile, abandonnée dans quelque coin pour poursuivre mon chemin.
Il me vient parfois maintenant d'autres envies folles: reprendre par exemple l'ensemble de ces billets jetés sur l'écran avec pour seul ordre celui du hasard et du sentiment, les relier entre eux, les classer, en faire une suite logique (et chronologique?)sous forme autobiographique ou comme substrat à une fiction.
Une réflexion m'arrête pourtant: j'ai déjà écrit ce genre de textes et, chaque fois, je suis tombé dans la caricature, le "à la manière de...", l'autocongratulation ou l'autoflagellation ( ne cherchez pas: ces deux derniers mots ne sont pas dans le dictionnaire!). L'écriture de ce blog a libéré quelque chose dans mon style, dans ma tête plutôt. Est-ce suffisant? Et puis tout ce temps à y consacrer, alors que tant de choses nouvelles m'intéressent! Je vais encore réfléchir...
En serait-il ainsi de l'ensemble des billets? Sans doute, à peu de choses près. Je me rends compte aujourd'hui qu'il m'était tellement indispensable de les écrire que je ne pouvais qu'être sincère. L'Abécédaire et les Riens ont fini de me débarrasser d'une peau de mue que j'ai, comme un reptile, abandonnée dans quelque coin pour poursuivre mon chemin.
Il me vient parfois maintenant d'autres envies folles: reprendre par exemple l'ensemble de ces billets jetés sur l'écran avec pour seul ordre celui du hasard et du sentiment, les relier entre eux, les classer, en faire une suite logique (et chronologique?)sous forme autobiographique ou comme substrat à une fiction.
Une réflexion m'arrête pourtant: j'ai déjà écrit ce genre de textes et, chaque fois, je suis tombé dans la caricature, le "à la manière de...", l'autocongratulation ou l'autoflagellation ( ne cherchez pas: ces deux derniers mots ne sont pas dans le dictionnaire!). L'écriture de ce blog a libéré quelque chose dans mon style, dans ma tête plutôt. Est-ce suffisant? Et puis tout ce temps à y consacrer, alors que tant de choses nouvelles m'intéressent! Je vais encore réfléchir...
dimanche 18 novembre 2007
Abécédaire (Z)
Zoom: du jeudi 4 octobre au dimanche 18 novembre.
Un mois et demi d'écriture quasi continue, des heures à pianoter sur le clavier, des nuits de sommeil plus courtes, des pages noircies, l'alphabet parcouru, des riens remplis de rien et de beaucoup.
Le zoom précise les choses.
D'abord hymne aux mots, les beaux, les originaux, les méconnus, les disparus, ceux qui sonnent bien, les tordus, les intellos, ceux qu'on dépoussière pour un instant, qu'on installe sur le présentoir, qu'on éblouit d'un flash avant de les laisser retomber dans l'ombre (mais on les a caressés un instant, l'oubli en sera adouci).
Puis, derrière les mots, les souvenirs associés aux mots, d'une saison à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'une enfance à l'autre (enfance, oui, plus que tout autre saison de la vie.), d'un jardin à un bois, d'une sieste à une frayeur, d'un bonheur à une question, d'un rêve à une connaissance.
Puis les gens associés à ces souvenirs, certains encore présents, la plupart (sans que ce soit un choix volontaire) disparus, tous que l'on aime, que l'on a aimés (parfois follement), ces êtres qui nous font et parfois nous défont, ces êtres qui font la vie, qui font que la vie est à la fois Tendresse et Ténèbres, des allées automnales aux portes d'un garage, des couloirs d'hôpitaux aux bancs d'une salle de classe, des silhouettes fugitives aux passagers clandestins, des "Qui ne seront jamais plus" aux "En devenir".
L'histoire n'est pas finie. Elle n'a pas été telle que je l'imaginais début octobre en commençant Potomac: mes doigts ont pris des chemins de traverse, suivant mes pensées dans leur école buissonnière, s'arrêtant (pourquoi?) ici plutôt que là, insistant sur une anecdote, oubliant des composants importants, avec pour seule constante, seul garde-fou, l'ordre alphabétique.
Que sera la suite? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que suite il y aura. J'ai éprouvé trop de plaisir durant ces heures face à l'écran, jamais je n'ai ressenti la gêne, l'appréhension d'être impudique: je ne me livre pas, je me dis à moi-même ce que je voulais me dire depuis longtemps, sans fard, sans hypocrisie mais avec parfois quelques zones d'ombres, quelques arpents du jardin volontairement gardés sauvages.
Il se peut que ma mémoire ait transformé, déformé certains souvenirs, mais c'est ainsi que je m'en souviens aujourd'hui. Il se peut que je me sois montré injuste avec certaines connaissances, mais ce que j'ai dit correspond à ce que je pensais alors.
Si l'on a perçu dans ce que j'ai écrit l'amour que je porte aux êtres et à la vie, je n'ai pas perdu mon temps.
Et, comme disait Lucien Jeunesse au Jeu des Mille francs: "A demain, si vous le voulez bien!"
Un mois et demi d'écriture quasi continue, des heures à pianoter sur le clavier, des nuits de sommeil plus courtes, des pages noircies, l'alphabet parcouru, des riens remplis de rien et de beaucoup.
Le zoom précise les choses.
D'abord hymne aux mots, les beaux, les originaux, les méconnus, les disparus, ceux qui sonnent bien, les tordus, les intellos, ceux qu'on dépoussière pour un instant, qu'on installe sur le présentoir, qu'on éblouit d'un flash avant de les laisser retomber dans l'ombre (mais on les a caressés un instant, l'oubli en sera adouci).
Puis, derrière les mots, les souvenirs associés aux mots, d'une saison à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'une enfance à l'autre (enfance, oui, plus que tout autre saison de la vie.), d'un jardin à un bois, d'une sieste à une frayeur, d'un bonheur à une question, d'un rêve à une connaissance.
Puis les gens associés à ces souvenirs, certains encore présents, la plupart (sans que ce soit un choix volontaire) disparus, tous que l'on aime, que l'on a aimés (parfois follement), ces êtres qui nous font et parfois nous défont, ces êtres qui font la vie, qui font que la vie est à la fois Tendresse et Ténèbres, des allées automnales aux portes d'un garage, des couloirs d'hôpitaux aux bancs d'une salle de classe, des silhouettes fugitives aux passagers clandestins, des "Qui ne seront jamais plus" aux "En devenir".
L'histoire n'est pas finie. Elle n'a pas été telle que je l'imaginais début octobre en commençant Potomac: mes doigts ont pris des chemins de traverse, suivant mes pensées dans leur école buissonnière, s'arrêtant (pourquoi?) ici plutôt que là, insistant sur une anecdote, oubliant des composants importants, avec pour seule constante, seul garde-fou, l'ordre alphabétique.
Que sera la suite? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que suite il y aura. J'ai éprouvé trop de plaisir durant ces heures face à l'écran, jamais je n'ai ressenti la gêne, l'appréhension d'être impudique: je ne me livre pas, je me dis à moi-même ce que je voulais me dire depuis longtemps, sans fard, sans hypocrisie mais avec parfois quelques zones d'ombres, quelques arpents du jardin volontairement gardés sauvages.
Il se peut que ma mémoire ait transformé, déformé certains souvenirs, mais c'est ainsi que je m'en souviens aujourd'hui. Il se peut que je me sois montré injuste avec certaines connaissances, mais ce que j'ai dit correspond à ce que je pensais alors.
Si l'on a perçu dans ce que j'ai écrit l'amour que je porte aux êtres et à la vie, je n'ai pas perdu mon temps.
Et, comme disait Lucien Jeunesse au Jeu des Mille francs: "A demain, si vous le voulez bien!"
vendredi 16 novembre 2007
Abécédaire (Y, enfin)
Yvon (épilogue)
Et puis sont venus les trente ans de D., un des habitants de la communauté, qui s'y était installé à peu près au moment où Pierre et moi l'avons quittée pour prendre un appartement à nous. C'était en décembre, peu de temps avant Noël. D. nous avait invité , Pierre, Yvon et moi.
Yvon, je l'avais retrouvé depuis quelques jours seulement, suite à une xième brouille. Ou plutôt non: c'était plus grave que cela: nous étions trop proches, nous nous connaissions trop bien et ainsi, chaque fois que j'essayais de l'aider à sortir de son mal-être, de ses tentatives de suicide à répétition, il me voyait venir avec mes grands sabots et me riait au nez. Nous ne pouvions plus échanger que nos douleurs muettes. Il se réfugia chez une de ses collègues de travail, beaucoup plus âgée que nous, qui lui servit de mère un temps. Merci à elle pour les moments de bonheur qu'elle lui apporta à la fin de sa vie.
Le jour de l'anniversaire, elle me dit au téléphone: "Je vous le confie, prenez-en bien soin." Je croyais en une banale formule de tendresse alors qu'elle me prévenait à demi-mot (il était présent) de sa fragilité psychologique: il venait encore une fois d'essayer de se tuer. Je ne le compris pas. Yvon arriva chez moi, nous plaisantâmes, nous essayâmes des déguisements: il fallait absolument arriver costumés. Rien n'était à notre goût. Nous finîmes par opter pour un foulard autour du cou, estimant que la composition, le numéro que nous envisagions de leur faire au cours de la fête vaudrait les meilleurs masques.
En fin de soirée, je ne vis plus Yvon. M. me dit qu'il était rentré chez lui. Étonnant: il devait coucher chez moi. Mais je connaissais les bizarreries d'Yvon: il voulait sans doute écrire (l'absorption d'alcool nous aidait à l'époque) ou draguer un mec pour finir la nuit. Il avait laissé comme message qu'il me rejoindrait pour le déjeuner du lendemain, vers 13 h.
Le lendemain, 13h: personne. Normal: il dort encore. 14h: personne. Bon, d'accord, il n'a jamais été à l'heure de sa vie. 15h: je commence à m'inquiéter. Comment le joindre? Il n'a pas le téléphone.
Un peu plus tard, nous décidons, Pierre et moi, d'aller voir ce qui se passe. Sa porte de garage est fermée de l'intérieur: je m'en rends compte immédiatement. Il est donc à l'intérieur. Nous l'appelons: pas de réponse. Et puis je me souviens qu'il m'avait parlé d'un mec rencontré à Paris, je crois, et qui, éventuellement, pouvait le rejoindre pendant ces vacances de Noël: ils sont donc en train de baiser et n'ont rien à faire de nous.
Nous rentrons. Pour revenir un peu plus tard, vraiment inquiets. Nous forçons la porte du garage (par lapsus, j'avais tapé la porte du courage). Yvon est là, au bas de son escalier, pendu, mort. Je ne crie même pas. Fin de tout.
Je viens d'écrire tout cela très vite. Je ne me relirai pas. Tant pis pour le style. Il fallait que ça sorte, il fallait que je m'en débarrasse, que ce souvenir aussi soit classé, et que je passe définitivement à autre chose. C'est ce que je souhaite.
Et puis sont venus les trente ans de D., un des habitants de la communauté, qui s'y était installé à peu près au moment où Pierre et moi l'avons quittée pour prendre un appartement à nous. C'était en décembre, peu de temps avant Noël. D. nous avait invité , Pierre, Yvon et moi.
Yvon, je l'avais retrouvé depuis quelques jours seulement, suite à une xième brouille. Ou plutôt non: c'était plus grave que cela: nous étions trop proches, nous nous connaissions trop bien et ainsi, chaque fois que j'essayais de l'aider à sortir de son mal-être, de ses tentatives de suicide à répétition, il me voyait venir avec mes grands sabots et me riait au nez. Nous ne pouvions plus échanger que nos douleurs muettes. Il se réfugia chez une de ses collègues de travail, beaucoup plus âgée que nous, qui lui servit de mère un temps. Merci à elle pour les moments de bonheur qu'elle lui apporta à la fin de sa vie.
Le jour de l'anniversaire, elle me dit au téléphone: "Je vous le confie, prenez-en bien soin." Je croyais en une banale formule de tendresse alors qu'elle me prévenait à demi-mot (il était présent) de sa fragilité psychologique: il venait encore une fois d'essayer de se tuer. Je ne le compris pas. Yvon arriva chez moi, nous plaisantâmes, nous essayâmes des déguisements: il fallait absolument arriver costumés. Rien n'était à notre goût. Nous finîmes par opter pour un foulard autour du cou, estimant que la composition, le numéro que nous envisagions de leur faire au cours de la fête vaudrait les meilleurs masques.
En fin de soirée, je ne vis plus Yvon. M. me dit qu'il était rentré chez lui. Étonnant: il devait coucher chez moi. Mais je connaissais les bizarreries d'Yvon: il voulait sans doute écrire (l'absorption d'alcool nous aidait à l'époque) ou draguer un mec pour finir la nuit. Il avait laissé comme message qu'il me rejoindrait pour le déjeuner du lendemain, vers 13 h.
Le lendemain, 13h: personne. Normal: il dort encore. 14h: personne. Bon, d'accord, il n'a jamais été à l'heure de sa vie. 15h: je commence à m'inquiéter. Comment le joindre? Il n'a pas le téléphone.
Un peu plus tard, nous décidons, Pierre et moi, d'aller voir ce qui se passe. Sa porte de garage est fermée de l'intérieur: je m'en rends compte immédiatement. Il est donc à l'intérieur. Nous l'appelons: pas de réponse. Et puis je me souviens qu'il m'avait parlé d'un mec rencontré à Paris, je crois, et qui, éventuellement, pouvait le rejoindre pendant ces vacances de Noël: ils sont donc en train de baiser et n'ont rien à faire de nous.
Nous rentrons. Pour revenir un peu plus tard, vraiment inquiets. Nous forçons la porte du garage (par lapsus, j'avais tapé la porte du courage). Yvon est là, au bas de son escalier, pendu, mort. Je ne crie même pas. Fin de tout.
Je viens d'écrire tout cela très vite. Je ne me relirai pas. Tant pis pour le style. Il fallait que ça sorte, il fallait que je m'en débarrasse, que ce souvenir aussi soit classé, et que je passe définitivement à autre chose. C'est ce que je souhaite.
lundi 12 novembre 2007
Abécédaire (Y,re)
Yvon (Chapitre 4: l'âge d'être grand)
A l'Ecole Normale d'Instituteurs (où je ne l'ai pas accompagné), Yvon fit la connaissance de garçons un peu "jetés", partisans d'expériences encore plus radicales.
A défaut de jouer avec les drogues (ce n'était pas encore la mode à l'époque), on jouait avec sa vie. Ainsi le suicide était vécu comme un jeu auquel il fallait absolument participer un jour ou l'autre. Yvon devint un maître à ce jeu-là. Il fit plusieurs tentatives avant de quitter St Etienne pour me rejoindre à Lyon.
Il me parlait avec fierté de ce flirt avec la mort. Je n'ai jamais compris ni partagé cette attirance. Encore aujourd'hui, même au milieu des ennuis, je préfère voir le positif, ou vouloir le positif, même à grands coups de pied à son propre derrière.
La vie nocturne lyonnaise nous offrait évidemment de très nombreuses occasions de satisfaire nos désirs glandulaires ou amoureux. Nous confondions d'ailleurs souvent les deux, prenant le premier beau cul qui passait et savait se mettre en valeur pour l'amour de notre vie.
Yvon me présentait fidèlement toutes ses conquêtes. J'enviais son aisance en boîte de nuit, moi qui me trouvais si gauche dans les soirées (J'ai su plus tard, après sa mort, qu'il avait la même sensation vis à vis de moi: je lui paraissais beaucoup plus "désirable" que lui).
Si le mec qu'il me présentait ne me plaisait pas, c'était, pour lui, que j'étais jaloux de sa conquête; si au contraire, il me semblait sympathique, c'était pire: j'allais le lui prendre, attention (ce qui arriva effectivement au moins une fois) !
A de rares occasions, nous poussâmes l'audace (défiant le tabou) jusqu'à baiser à trois, ou à quatre. Mais jamais, dans ces parties-là, nous ne nous touchions, jamais nous ne nous embrassions.
Bien sûr, nous écrivions tous les deux. Yvon, chez lui, préparait des petits pois au roux et nous passions la soirée à les manger ( pas grand chose d'autre: nous n'avions pas d'argent.) en nous lisant nos textes avec Barbara en musique de fond.
Nos brouilles étaient peu fréquentes, nous nous voulions blasés et revenus de tout.
A l'automne 72, peu avant mes vingt ans, je rencontrai Pierre ( un vendredi 13, dans la nuit précédant son anniversaire). Trois jours plus tard, je le rejoignais en Bourgogne où il travaillait. Je n'avais prévenu personne de mon départ.
Mon absence dura une semaine. Mes amies de fac m'imaginaient déjà mort. C'est vrai que j'avais beaucoup parlé, moi aussi, de suicide l'année universitaire précédente, après le décès accidentel de ma petite soeur. Yvon, lui, était moins inquiet, mais tout de même. Lorsque je réintégrai un soir la cité universitaire, il m'y attendait dans le couloir. Les premiers mots que je lui dis furent: "Je suis amoureux."et il me répondit, me connaissant bien: "Ça ne va pas durer!" Ça a duré 33 ans, jusqu'à la mort de Pierre.
D'abord, Yvon essaya de m'éloigner de lui: qu'est-ce que je lui trouvais? Ce n'était pas du tout mon style de mec habituel (ça, c'était vrai.), je n'allais pas me laisser ficeler, liberté, liberté chérie. Allez, viens, on va écumer la nuit.
Puis il se lia d'une réelle amitié réciproque avec Pierre. Bientôt il fut presque tous les soirs dans l'immense appartement que nous occupions, des amis de Pierre et moi, en communauté dans un quartier chic de Lyon (Pierre, lui, était encore pour un an encore en Bourgogne).
Mais ces changements n'avaient pas pour autant mis un terme à l'ambiguïté des rapports entre Yvon et moi. Je me souviens qu'à cette époque, il ne pouvait paradoxalement accepter que j'aie un sexe et que je m'en serve "réellement". Peut-être cela le protégeait-il d'une vision trop crue de mes rapports avec Pierre. Je vivais très mal cette situation.
Alors, un soir, dans ma chambre, alors qu'Yvon était à mon bureau en train d'écrire, sans rien lui dire, je me suis entièrement déshabillé, je me suis installé sur le canapé et je me suis mis à me masturber en l'incitant à me regarder. Je voulais lui faire comprendre que tout cela avait une réalité, une consistance, et que lorsque je me masturbais, c'était bien du sperme, chaud et blanc qui giclait à mes pieds.
Yvon comprit très bien le message: il me dit que ce que j'avais fait était très beau et très pur. C'est bien ainsi que je l'avais voulu.
Alors, nous connûmes pour quelques temps une période de calme relatif: je vivais heureux avec Pierre, et Yvon passait de rencontre en rencontre, tout fier de la liberté qu'il avait réussi à sauver, lui, et essayant sans "débander" le pouvoir de séduction dont il savait parfaitement jouer.
Tout à mon amour pour Pierre, je n'ai pas vu venir le dernier orage.
A l'Ecole Normale d'Instituteurs (où je ne l'ai pas accompagné), Yvon fit la connaissance de garçons un peu "jetés", partisans d'expériences encore plus radicales.
A défaut de jouer avec les drogues (ce n'était pas encore la mode à l'époque), on jouait avec sa vie. Ainsi le suicide était vécu comme un jeu auquel il fallait absolument participer un jour ou l'autre. Yvon devint un maître à ce jeu-là. Il fit plusieurs tentatives avant de quitter St Etienne pour me rejoindre à Lyon.
Il me parlait avec fierté de ce flirt avec la mort. Je n'ai jamais compris ni partagé cette attirance. Encore aujourd'hui, même au milieu des ennuis, je préfère voir le positif, ou vouloir le positif, même à grands coups de pied à son propre derrière.
La vie nocturne lyonnaise nous offrait évidemment de très nombreuses occasions de satisfaire nos désirs glandulaires ou amoureux. Nous confondions d'ailleurs souvent les deux, prenant le premier beau cul qui passait et savait se mettre en valeur pour l'amour de notre vie.
Yvon me présentait fidèlement toutes ses conquêtes. J'enviais son aisance en boîte de nuit, moi qui me trouvais si gauche dans les soirées (J'ai su plus tard, après sa mort, qu'il avait la même sensation vis à vis de moi: je lui paraissais beaucoup plus "désirable" que lui).
Si le mec qu'il me présentait ne me plaisait pas, c'était, pour lui, que j'étais jaloux de sa conquête; si au contraire, il me semblait sympathique, c'était pire: j'allais le lui prendre, attention (ce qui arriva effectivement au moins une fois) !
A de rares occasions, nous poussâmes l'audace (défiant le tabou) jusqu'à baiser à trois, ou à quatre. Mais jamais, dans ces parties-là, nous ne nous touchions, jamais nous ne nous embrassions.
Bien sûr, nous écrivions tous les deux. Yvon, chez lui, préparait des petits pois au roux et nous passions la soirée à les manger ( pas grand chose d'autre: nous n'avions pas d'argent.) en nous lisant nos textes avec Barbara en musique de fond.
Nos brouilles étaient peu fréquentes, nous nous voulions blasés et revenus de tout.
A l'automne 72, peu avant mes vingt ans, je rencontrai Pierre ( un vendredi 13, dans la nuit précédant son anniversaire). Trois jours plus tard, je le rejoignais en Bourgogne où il travaillait. Je n'avais prévenu personne de mon départ.
Mon absence dura une semaine. Mes amies de fac m'imaginaient déjà mort. C'est vrai que j'avais beaucoup parlé, moi aussi, de suicide l'année universitaire précédente, après le décès accidentel de ma petite soeur. Yvon, lui, était moins inquiet, mais tout de même. Lorsque je réintégrai un soir la cité universitaire, il m'y attendait dans le couloir. Les premiers mots que je lui dis furent: "Je suis amoureux."et il me répondit, me connaissant bien: "Ça ne va pas durer!" Ça a duré 33 ans, jusqu'à la mort de Pierre.
D'abord, Yvon essaya de m'éloigner de lui: qu'est-ce que je lui trouvais? Ce n'était pas du tout mon style de mec habituel (ça, c'était vrai.), je n'allais pas me laisser ficeler, liberté, liberté chérie. Allez, viens, on va écumer la nuit.
Puis il se lia d'une réelle amitié réciproque avec Pierre. Bientôt il fut presque tous les soirs dans l'immense appartement que nous occupions, des amis de Pierre et moi, en communauté dans un quartier chic de Lyon (Pierre, lui, était encore pour un an encore en Bourgogne).
Mais ces changements n'avaient pas pour autant mis un terme à l'ambiguïté des rapports entre Yvon et moi. Je me souviens qu'à cette époque, il ne pouvait paradoxalement accepter que j'aie un sexe et que je m'en serve "réellement". Peut-être cela le protégeait-il d'une vision trop crue de mes rapports avec Pierre. Je vivais très mal cette situation.
Alors, un soir, dans ma chambre, alors qu'Yvon était à mon bureau en train d'écrire, sans rien lui dire, je me suis entièrement déshabillé, je me suis installé sur le canapé et je me suis mis à me masturber en l'incitant à me regarder. Je voulais lui faire comprendre que tout cela avait une réalité, une consistance, et que lorsque je me masturbais, c'était bien du sperme, chaud et blanc qui giclait à mes pieds.
Yvon comprit très bien le message: il me dit que ce que j'avais fait était très beau et très pur. C'est bien ainsi que je l'avais voulu.
Alors, nous connûmes pour quelques temps une période de calme relatif: je vivais heureux avec Pierre, et Yvon passait de rencontre en rencontre, tout fier de la liberté qu'il avait réussi à sauver, lui, et essayant sans "débander" le pouvoir de séduction dont il savait parfaitement jouer.
Tout à mon amour pour Pierre, je n'ai pas vu venir le dernier orage.
dimanche 11 novembre 2007
Abécédaire (Y toujours)
Yvon ( chapitre 3: Adolescence )
Après une longue brouille due au dégoût que nous nous inspirions mutuellement à cause de nos rapports sexuels non assumés, nous nous retrouvâmes encore. Et cette fois-ci, nous en avions, des secrets à nous raconter!
Nous avions fait la même expérience chacun de notre côté: la première relation avec un adulte, lui avec un légionnaire marié à une voisine, moi avec un parisien trentenaire rencontré par hasard en vacances dans le Jura . Loin de nous traumatiser, cette expérience nous avait révélé à nous mêmes. Finie la honte de nos actes puisque d'autres nous ressemblaient, et des adultes en plus. Nous ne pensions qu'à renouveler le plus vite possible cette pratique et bien sûr, à le raconter illico à l'autre.
Du coup, nous devînmes extrêmement complices: c'est à celui qui aurait le plus de rencontres, à celui qui donnerait le plus de détails sur ses agissements, sur ses découvertes. De réprouvés, nous devenions collectionneurs, tout surpris que les autres n'aient pas accès à ce monde de plaisirs extrêmes. De larves, nous en vînmes à nous croire sans doute supérieurs à une grande partie de l'humanité, ou en tout cas appelés à de vastes devenirs. La vie ne serait que sexe, plaisirs et expériences enrichissantes.
Évidemment, cela ne se passa pas tout à fait ainsi. Il s'instaura d'abord entre nous une espèce de concurrence assez malsaine. Pour épater l'autre dans la narration qu'on en ferait, nous étions prêts à accepter n'importe quelle pratique: il fallait tout essayer, tout goûter, jouir absolument. (En cela, nous n'étions pas très différents d'une immense partie de la jeunesse de cette époque, 68 oblige.)
D'où parfois, quelques rencontres à oublier, vite, quelques expériences à ne pas renouveler. Je me souviens particulièrement du jour où j'osai demander de l'argent à l'homme avec qui je venais de coucher: pour m'acheter des livres, j'étais prêt à tomber dans la prostitution. Les quelques pièces de monnaie (seulement!) que l'individu jeta sur la table et la honte que j'éprouvais suite à ma requête m'en éloignèrent, Dieu merci, à tout jamais.
A ce jeu, à ces jeux, nous perdîmes cependant beaucoup de notre naïveté, de notre fraîcheur et, pour Yvon plus sans doute que pour moi, de notre confiance en l'humain.
J'avais fait une rencontre qui compta un peu plus que les autres. Yvon m'avoua au bout de quelques mois qu'il connaissait aussi cet homme et qu'il couchait avec. Tous les deux me l'avaient bien caché pendant tout ce temps. J'en souffris beaucoup, à cause du mensonge et aussi parce que Yvon semblait considérer cette situation comme totalement naturelle et me jugeait très "vieille France" d'en souffrir. Je rompis avec l'homme et nos rapports avec mon camarade prirent à nouveau une orientation franchement hostile.
Pourtant je suis sûr aujourd'hui qu'à travers toutes ces expériences que nous nous racontions sans aucune pudeur, à travers le désir (que j'éprouvais souvent moi aussi) de vouloir sans cesse baiser avec celui avec qui l'autre couchait, c'est notre désir de l'un pour l'autre que nous manifestions: nous nous touchions par personnes interposées, nous faisions l'amour à travers les mots, sans le savoir. Et ainsi le tabou qui s'était installé entre nous n'était pas violé.
Après une longue brouille due au dégoût que nous nous inspirions mutuellement à cause de nos rapports sexuels non assumés, nous nous retrouvâmes encore. Et cette fois-ci, nous en avions, des secrets à nous raconter!
Nous avions fait la même expérience chacun de notre côté: la première relation avec un adulte, lui avec un légionnaire marié à une voisine, moi avec un parisien trentenaire rencontré par hasard en vacances dans le Jura . Loin de nous traumatiser, cette expérience nous avait révélé à nous mêmes. Finie la honte de nos actes puisque d'autres nous ressemblaient, et des adultes en plus. Nous ne pensions qu'à renouveler le plus vite possible cette pratique et bien sûr, à le raconter illico à l'autre.
Du coup, nous devînmes extrêmement complices: c'est à celui qui aurait le plus de rencontres, à celui qui donnerait le plus de détails sur ses agissements, sur ses découvertes. De réprouvés, nous devenions collectionneurs, tout surpris que les autres n'aient pas accès à ce monde de plaisirs extrêmes. De larves, nous en vînmes à nous croire sans doute supérieurs à une grande partie de l'humanité, ou en tout cas appelés à de vastes devenirs. La vie ne serait que sexe, plaisirs et expériences enrichissantes.
Évidemment, cela ne se passa pas tout à fait ainsi. Il s'instaura d'abord entre nous une espèce de concurrence assez malsaine. Pour épater l'autre dans la narration qu'on en ferait, nous étions prêts à accepter n'importe quelle pratique: il fallait tout essayer, tout goûter, jouir absolument. (En cela, nous n'étions pas très différents d'une immense partie de la jeunesse de cette époque, 68 oblige.)
D'où parfois, quelques rencontres à oublier, vite, quelques expériences à ne pas renouveler. Je me souviens particulièrement du jour où j'osai demander de l'argent à l'homme avec qui je venais de coucher: pour m'acheter des livres, j'étais prêt à tomber dans la prostitution. Les quelques pièces de monnaie (seulement!) que l'individu jeta sur la table et la honte que j'éprouvais suite à ma requête m'en éloignèrent, Dieu merci, à tout jamais.
A ce jeu, à ces jeux, nous perdîmes cependant beaucoup de notre naïveté, de notre fraîcheur et, pour Yvon plus sans doute que pour moi, de notre confiance en l'humain.
J'avais fait une rencontre qui compta un peu plus que les autres. Yvon m'avoua au bout de quelques mois qu'il connaissait aussi cet homme et qu'il couchait avec. Tous les deux me l'avaient bien caché pendant tout ce temps. J'en souffris beaucoup, à cause du mensonge et aussi parce que Yvon semblait considérer cette situation comme totalement naturelle et me jugeait très "vieille France" d'en souffrir. Je rompis avec l'homme et nos rapports avec mon camarade prirent à nouveau une orientation franchement hostile.
Pourtant je suis sûr aujourd'hui qu'à travers toutes ces expériences que nous nous racontions sans aucune pudeur, à travers le désir (que j'éprouvais souvent moi aussi) de vouloir sans cesse baiser avec celui avec qui l'autre couchait, c'est notre désir de l'un pour l'autre que nous manifestions: nous nous touchions par personnes interposées, nous faisions l'amour à travers les mots, sans le savoir. Et ainsi le tabou qui s'était installé entre nous n'était pas violé.
samedi 10 novembre 2007
Abécédaire (Y, encore)
Yvon (Chapitre 2: Préadolescence)
Les années suivantes ont été beaucoup plus troubles. Fini le vert paradis des amours enfantines. Peu à peu, nous avons découvert ensemble notre corps, assez tôt, vers dix ou onze ans.
Alors nous avons joué avec ce nouvel archet. Le début du concerto était toujours très nerveux, très tendu: Yvon venait chez moi, nous montions rapidement sous un prétexte quelconque dans la petite chambre près du grenier, interdisant à tous de nous suivre, sous prétexte que nous allions travailler nos devoirs. Nous nous mentions à nous mêmes aussi: il fallait que nous nous jouions la comédie du dernier poème à lire (j'écrivais de poèmes à l'époque) ou d'un quelconque prétexte littéraire.
Au bout de quelques minutes pourtant, le poème était oublié, le pantalon baissé et nos activités n'avaient rien de littéraires. Le tempo s'accélérait en allegro vivace. Nous malaxions nos sexes, nous nous essayions à la pénétration (sans jamais y parvenir), mais je n'ai pas le souvenir que nous sucions. Pourquoi?
Après la jouissance, nous en arrivions à la musique minimaliste. Finis les faux prétextes, fini l'après-midi ensemble aussi. Dégoûtés l'un par l'autre, nous remontions nos pantalons, sans nous nettoyer, nous bafouillions sans nous regarder de vagues prétextes pour nous séparer et Yvon s'enfuyait. Ma mère était toujours surprise de le voir partir si vite mais pensait qu'avec mon mauvais caractère, je l'avais sans doute vexé.
La gêne durait quelques jours, deux semaines au plus, et puis le désir remontait, le corps reprenait ses droits et nous recommencions la même comédie, en nous imaginant que personne d'autre au monde ne s'adonnait à ce genre de pratiques, que nous étions des monstres (l'autre, le tentateur, surtout).
Quand nous ne pouvions nous rencontrer dans la chambre, nous profitions du retour de la messe le dimanche pour répandre notre sperme dans les champs bordant le chemin du retour. (Est-ce pour cette raison que j'ai toujours préféré faire l'amour à l'extérieur?)
Il nous fallut encore quelque temps pour découvrir d'autres semblables, d'autres "frères de turpitude", et beaucoup plus de temps bien sûr pour ne plus avoir honte de notre nature et pour l'accepter et la vivre pleinement.
Pourtant c'est sans doute pendant cette période trouble, qui se termina par une longue brouille, que nous avons scellé notre pacte: dans le monde qui nous entourait, nous étions les deux seuls à pouvoir nous comprendre. Que nous serait-il arrivé sans l'autre, l'alter ego si repoussant parce que si désirable dans sa ressemblance avec soi? Et lorsque, des années plus tard, Yvon se suiciderait, n'avais-je pas unilatéralement rompu ce pacte en rencontrant et en aimant Pierre?
Les années suivantes ont été beaucoup plus troubles. Fini le vert paradis des amours enfantines. Peu à peu, nous avons découvert ensemble notre corps, assez tôt, vers dix ou onze ans.
Alors nous avons joué avec ce nouvel archet. Le début du concerto était toujours très nerveux, très tendu: Yvon venait chez moi, nous montions rapidement sous un prétexte quelconque dans la petite chambre près du grenier, interdisant à tous de nous suivre, sous prétexte que nous allions travailler nos devoirs. Nous nous mentions à nous mêmes aussi: il fallait que nous nous jouions la comédie du dernier poème à lire (j'écrivais de poèmes à l'époque) ou d'un quelconque prétexte littéraire.
Au bout de quelques minutes pourtant, le poème était oublié, le pantalon baissé et nos activités n'avaient rien de littéraires. Le tempo s'accélérait en allegro vivace. Nous malaxions nos sexes, nous nous essayions à la pénétration (sans jamais y parvenir), mais je n'ai pas le souvenir que nous sucions. Pourquoi?
Après la jouissance, nous en arrivions à la musique minimaliste. Finis les faux prétextes, fini l'après-midi ensemble aussi. Dégoûtés l'un par l'autre, nous remontions nos pantalons, sans nous nettoyer, nous bafouillions sans nous regarder de vagues prétextes pour nous séparer et Yvon s'enfuyait. Ma mère était toujours surprise de le voir partir si vite mais pensait qu'avec mon mauvais caractère, je l'avais sans doute vexé.
La gêne durait quelques jours, deux semaines au plus, et puis le désir remontait, le corps reprenait ses droits et nous recommencions la même comédie, en nous imaginant que personne d'autre au monde ne s'adonnait à ce genre de pratiques, que nous étions des monstres (l'autre, le tentateur, surtout).
Quand nous ne pouvions nous rencontrer dans la chambre, nous profitions du retour de la messe le dimanche pour répandre notre sperme dans les champs bordant le chemin du retour. (Est-ce pour cette raison que j'ai toujours préféré faire l'amour à l'extérieur?)
Il nous fallut encore quelque temps pour découvrir d'autres semblables, d'autres "frères de turpitude", et beaucoup plus de temps bien sûr pour ne plus avoir honte de notre nature et pour l'accepter et la vivre pleinement.
Pourtant c'est sans doute pendant cette période trouble, qui se termina par une longue brouille, que nous avons scellé notre pacte: dans le monde qui nous entourait, nous étions les deux seuls à pouvoir nous comprendre. Que nous serait-il arrivé sans l'autre, l'alter ego si repoussant parce que si désirable dans sa ressemblance avec soi? Et lorsque, des années plus tard, Yvon se suiciderait, n'avais-je pas unilatéralement rompu ce pacte en rencontrant et en aimant Pierre?
vendredi 9 novembre 2007
Abécédaire (Y)
Yvon (Chapitre 1: Enfance.)
Quand nous sommes- nous vus pour la première fois? Aucune idée. Dans les premières années, peut-être les premiers mois de notre vie ( nous avions six mois d'écart, Yvon étant le plus jeune). Où? A coup sûr dans le petit village du F., au lieu-dit Le Château (les vieilles maisons d'ouvriers alignées devant une placette en arc de cercle auraient été construites avec les pierres du château du seigneur local). Nos grand-mères étaient amies, nos mères étaient amies, nous fûmes plus qu'amis: nous fûmes frères.
Un de mes plus anciens souvenirs le met en scène: nous sommes assis sur la placette (à l'époque, aucune voiture, donc personne pour surveiller les jeux des enfants), déjà tous les deux, déjà isolés des autres. Il me demande de ne pas parler trop fort car un vieillard est mort dans une de ces maisons: on ne parle pas fort quand on est près d'un mort. Sans doute ai-je culpabilisé à ce moment-là car je me souviens très bien de la scène, alors que nous devions avoir autour de quatre ou cinq ans.
Pour jouer, nous n'acceptions avec nous que deux personnes: une fille un peu plus âgée et grosse qui avait l'air d'exciter Y., et une adolescente qui, quand ses parents n'étaient pas là , nous emmenait chez elle pour nous préparer des goûters: elle aimait encore jouer à la maman et nous adorions nous faire dorloter. Un jour, alors que nous jouions à nous cacher, je me suis enfermé avec la grosse fille dans les cabinets extérieurs en bois, croyant avoir trouvé la cachette idéale.
Yvon, effectivement, ne nous repéra pas. C'est ma grand-mère qui nous dénicha, allant s'imaginer que nous nous livrions à je ne sais quelle turpitude. Je devais avoir six ou sept ans. Nouvelle culpabilisation, cette fois-ci plus grave car concernant le sexe.
Nous n'étions pas ensemble à l'école: j'étais toujours dans la classe supérieure à la sienne, du fait de mes six mois de plus. Aucun souvenir lié à l'enseignement donc . Nous nous retrouvions dans la cour de récréation, la plupart du temps à jouer avec les filles à la Clef de Saint Georges, à l'Epervier ou aux Anglais, beaucoup plus rarement aux billes avec les garçons. Nous en avions pourtant pris un sous notre protection, sans qu'il en ait, me semble-t-il aujourd'hui, réellement besoin, mais pour le plaisir de le toucher, en particulier le fin duvet qu'il avait sur la nuque, les joues et les bras. J'avais toujours envie de le serrer contre moi et de l'embrasser. Nous avions, Yvon et moi, environ huit ans ( ce garçon un de moins). Etait-ce déjà les prémices de notre orientation sexuelle future? Sans doute.
Le Sou des Ecoles organisait un voyage annuel, dans les petites classes une journée à Lyon pour voir la "Place des Pigeons" (des Terreaux) et le Parc de la Tête d'Or (déjà, oui!), dans les grandes deux ou trois jours pour une destination plus lointaine: Paris, les Châteaux de la Loire ou la Côte d'Azur. Chaque fois nous nous donnions rendez-vous sur la Place Marquise (il faut la voir, dans ce tout petit village, pour saisir tout le comique de cette appellation!), et chaque fois je devais aller tirer Yvon du fond de son lit, au risque de manquer le départ. De toute sa vie, il n'a jamais su être à l'heure.
Un dernier souvenir: à huit ans, je réintégrai ma famille qui, peu avant la mort de ma grand-mère qui m'avait élevé, était venue s'installer dans le même village, un peu plus loin dans la campagne. C'est à cette époque que j'ai fait vraiment la connaissance de mon frère et de ma soeur et que j'ai vu le ventre de ma mère s'arrondir d'une future naissance. Mais mon vrai frère à moi, c'était Yvon qui, lui, habitait toujours au Château. Quand, en hiver, nous sortions de l'école (ou peut-être du catéchisme), il nous fallait regagner nos maisons dans la presque obscurité. Jusqu'à la Place Marquise, il y avait bien un ou deux lampadaires avares d'une maigre lueur orange, mais ensuite, c'était la plongée dans le grand noir. Yvon me raccompagnait jusqu'à l'extrême limite de la lumière. Ensuite, je courais pour franchir le plus vite possible les quelques cinq cents mètres qui me séparait de la maison. Un jour, mon père(P2), pris d'un scrupule ( le temps était-il particulièrement couvert cette nuit-là?), a fait la moitié du chemin pour venir à ma rencontre. Ainsi aurais-je moins peur. Or c'est le contraire qui se produisit. Nous ne reconnûmes ni l'un ni l'autre la silhouette que nous vîmes surgir de l'ombre à l'improviste, et nous détalâmes en hurlant, lui jusqu'à chez lui, moi sur les genoux du vieil épicier encore ouvert sur la place. En reparlant de cette immense peur le lendemain avec Yvon, nous nous aperçûmes que nous avions vu la même chose: un homme inconnu au visage à moitié mangé par une immense barbe blanche. Mon père n'a jamais eu de barbe, encore moins blanche à cette époque. Peu de temps avant sa mort, il me rappelait cet épisode et en riait encore.
Quelques confettis d'une enfance commune qui scella notre amitié. Pourquoi lui? Pourquoi moi? Pourquoi pas!
Quand nous sommes- nous vus pour la première fois? Aucune idée. Dans les premières années, peut-être les premiers mois de notre vie ( nous avions six mois d'écart, Yvon étant le plus jeune). Où? A coup sûr dans le petit village du F., au lieu-dit Le Château (les vieilles maisons d'ouvriers alignées devant une placette en arc de cercle auraient été construites avec les pierres du château du seigneur local). Nos grand-mères étaient amies, nos mères étaient amies, nous fûmes plus qu'amis: nous fûmes frères.
Un de mes plus anciens souvenirs le met en scène: nous sommes assis sur la placette (à l'époque, aucune voiture, donc personne pour surveiller les jeux des enfants), déjà tous les deux, déjà isolés des autres. Il me demande de ne pas parler trop fort car un vieillard est mort dans une de ces maisons: on ne parle pas fort quand on est près d'un mort. Sans doute ai-je culpabilisé à ce moment-là car je me souviens très bien de la scène, alors que nous devions avoir autour de quatre ou cinq ans.
Pour jouer, nous n'acceptions avec nous que deux personnes: une fille un peu plus âgée et grosse qui avait l'air d'exciter Y., et une adolescente qui, quand ses parents n'étaient pas là , nous emmenait chez elle pour nous préparer des goûters: elle aimait encore jouer à la maman et nous adorions nous faire dorloter. Un jour, alors que nous jouions à nous cacher, je me suis enfermé avec la grosse fille dans les cabinets extérieurs en bois, croyant avoir trouvé la cachette idéale.
Yvon, effectivement, ne nous repéra pas. C'est ma grand-mère qui nous dénicha, allant s'imaginer que nous nous livrions à je ne sais quelle turpitude. Je devais avoir six ou sept ans. Nouvelle culpabilisation, cette fois-ci plus grave car concernant le sexe.
Nous n'étions pas ensemble à l'école: j'étais toujours dans la classe supérieure à la sienne, du fait de mes six mois de plus. Aucun souvenir lié à l'enseignement donc . Nous nous retrouvions dans la cour de récréation, la plupart du temps à jouer avec les filles à la Clef de Saint Georges, à l'Epervier ou aux Anglais, beaucoup plus rarement aux billes avec les garçons. Nous en avions pourtant pris un sous notre protection, sans qu'il en ait, me semble-t-il aujourd'hui, réellement besoin, mais pour le plaisir de le toucher, en particulier le fin duvet qu'il avait sur la nuque, les joues et les bras. J'avais toujours envie de le serrer contre moi et de l'embrasser. Nous avions, Yvon et moi, environ huit ans ( ce garçon un de moins). Etait-ce déjà les prémices de notre orientation sexuelle future? Sans doute.
Le Sou des Ecoles organisait un voyage annuel, dans les petites classes une journée à Lyon pour voir la "Place des Pigeons" (des Terreaux) et le Parc de la Tête d'Or (déjà, oui!), dans les grandes deux ou trois jours pour une destination plus lointaine: Paris, les Châteaux de la Loire ou la Côte d'Azur. Chaque fois nous nous donnions rendez-vous sur la Place Marquise (il faut la voir, dans ce tout petit village, pour saisir tout le comique de cette appellation!), et chaque fois je devais aller tirer Yvon du fond de son lit, au risque de manquer le départ. De toute sa vie, il n'a jamais su être à l'heure.
Un dernier souvenir: à huit ans, je réintégrai ma famille qui, peu avant la mort de ma grand-mère qui m'avait élevé, était venue s'installer dans le même village, un peu plus loin dans la campagne. C'est à cette époque que j'ai fait vraiment la connaissance de mon frère et de ma soeur et que j'ai vu le ventre de ma mère s'arrondir d'une future naissance. Mais mon vrai frère à moi, c'était Yvon qui, lui, habitait toujours au Château. Quand, en hiver, nous sortions de l'école (ou peut-être du catéchisme), il nous fallait regagner nos maisons dans la presque obscurité. Jusqu'à la Place Marquise, il y avait bien un ou deux lampadaires avares d'une maigre lueur orange, mais ensuite, c'était la plongée dans le grand noir. Yvon me raccompagnait jusqu'à l'extrême limite de la lumière. Ensuite, je courais pour franchir le plus vite possible les quelques cinq cents mètres qui me séparait de la maison. Un jour, mon père(P2), pris d'un scrupule ( le temps était-il particulièrement couvert cette nuit-là?), a fait la moitié du chemin pour venir à ma rencontre. Ainsi aurais-je moins peur. Or c'est le contraire qui se produisit. Nous ne reconnûmes ni l'un ni l'autre la silhouette que nous vîmes surgir de l'ombre à l'improviste, et nous détalâmes en hurlant, lui jusqu'à chez lui, moi sur les genoux du vieil épicier encore ouvert sur la place. En reparlant de cette immense peur le lendemain avec Yvon, nous nous aperçûmes que nous avions vu la même chose: un homme inconnu au visage à moitié mangé par une immense barbe blanche. Mon père n'a jamais eu de barbe, encore moins blanche à cette époque. Peu de temps avant sa mort, il me rappelait cet épisode et en riait encore.
Quelques confettis d'une enfance commune qui scella notre amitié. Pourquoi lui? Pourquoi moi? Pourquoi pas!
0
commentaires
Libellés :
Abécédaire,
Ecole,
Famille,
Homo,
Scènes,
Vibrations
mardi 6 novembre 2007
Abécédaire (X)
X (naissance sous): je ne peux pas admettre qu'un enfant soit définitivement privé du droit de savoir qui l'a mis au monde. Bien sûr, il faut prendre des précautions, bien sûr les géniteurs ont aussi des droits, mais pas celui de se cacher pour toujours.
Que peut espérer l'adulte qui recherche sa mère quand il se heurte à la connerie administrative, à un fonctionnaire tatillon qui ne voit pas plus loin que sa journée de travail? Se heurter à un mur est terriblement anxiogène et même les plus décidés, les plus tenaces finissent par s'y briser les dents. On laisse des gens "boiteux" (c'est ce que j'ai toujours ressenti de ne pas avoir connu mon père) à vie parce qu'une loi inhumaine qu'il est grand temps de changer l'a décidé! On sait que, quelque part, cette mère existe encore sans doute, qu'on la croise peut-être tous les jours dans la rue sans le savoir, et, par décision d'état, on ne peut pas avancer davantage. Moi, ça me tue!
Xanthippe: la femme de Socrate passe pour une mégère pas apprivoisée du tout. Où est la vérité là dedans? Etait-il réellement de tout repos d'être l'épouse d'un grand philosophe de l'Antiquité, occupé à passer ses journées avec de forts beaux jeunes gens? J'en doute. Même interrogation pour les épouses de Montesquieu ou de Rousseau. Alors, d'accord: hommage aux grands hommes, mais n'oublions pas sans cesse et surtout n'accablons pas toujours leurs petites femmes.
Que peut espérer l'adulte qui recherche sa mère quand il se heurte à la connerie administrative, à un fonctionnaire tatillon qui ne voit pas plus loin que sa journée de travail? Se heurter à un mur est terriblement anxiogène et même les plus décidés, les plus tenaces finissent par s'y briser les dents. On laisse des gens "boiteux" (c'est ce que j'ai toujours ressenti de ne pas avoir connu mon père) à vie parce qu'une loi inhumaine qu'il est grand temps de changer l'a décidé! On sait que, quelque part, cette mère existe encore sans doute, qu'on la croise peut-être tous les jours dans la rue sans le savoir, et, par décision d'état, on ne peut pas avancer davantage. Moi, ça me tue!
Xanthippe: la femme de Socrate passe pour une mégère pas apprivoisée du tout. Où est la vérité là dedans? Etait-il réellement de tout repos d'être l'épouse d'un grand philosophe de l'Antiquité, occupé à passer ses journées avec de forts beaux jeunes gens? J'en doute. Même interrogation pour les épouses de Montesquieu ou de Rousseau. Alors, d'accord: hommage aux grands hommes, mais n'oublions pas sans cesse et surtout n'accablons pas toujours leurs petites femmes.
lundi 5 novembre 2007
Abécédaire (W)
Week-end: J. m'a appris "samanche". Je l'ai adopté. Je n'ai rien contre les mots anglais, mais le dimanche n'est pas la fin de la semaine: c'est le début.
Washington: - C'est une des plus belles villes du monde, avec Paris et Prague. m'a dit un jour un photographe lyonnais. Pour ces deux dernières, je suis d'accord. Pour Washington, je ne connais pas. Peut-être le "commentateur" américain de J. pourrait-il me renseigner?. De toutes façons, je rajoute Rome à la liste, et en tête.
Wilhelmine: non, pas la reine des Pays-Bas. Une jeune hollandaise rencontrée à Utrecht lors d'un voyage d'un mois là-bas.
Je logeais chez deux homos débusqués par Pierre en boîte de nuit dans le midi de la France ( il avait fini au petit matin dans le camp naturiste d'Agde, sûrement pas très à l'aise). L'un était très gentil, genre nounours, l'autre à priori plus beau mais totalement nymphomane (ce mot peut-il s'employer pour les hommes?). J'étais parti le premier (Pierre m' a fait attendre pratiquement un mois pour des problèmes de voiture) et ce mec a failli me dégoûter à tout jamais des rapports sexuels: tous les jours la même assiette, ça finit par écoeurer, surtout si aucun sentiment ne vient se surajouter au cul. En contrepartie, j'ai eu l'occasion de sillonner en long et en large le pays ( extraordinaire trains Intercity!) et de visiter de fabuleux musées.
Will était une fille adorable. Nous avions en commun la langue italienne, mais elle me priait sans cesse de lui parler en français parce que, disait-elle, c'était encore plus beau que l'italien. J'étais très fier, prenant un peu du compliment destiné à la langue pour la douceur de mon propre organe...!
Elle avait un ami, dont j'ai totalement oublié le prénom, avec qui je me suis plusieurs fois envoyé en l'air (et avec grand plaisir pour celui-là), mais c'est elle qui reste dans ma mémoire. Elle nous avait écrit l'année suivante à Lyon depuis Paris où elle séjournait quelques jours: une carte postale où n'apparaissaient que mon prénom et celui de Pierre (aucun de nos deux noms), le nom de la rue (aucun numéro) et le nom de la ville (aucune mention de l'arrondissement). Cette carte postale est arrivée jusqu'à nous! Bravo la poste! Et bisous, Will. On ne sait jamais.
Woolf: une écrivain que je n'ai pas encore réussi à apprivoiser.
Washington: - C'est une des plus belles villes du monde, avec Paris et Prague. m'a dit un jour un photographe lyonnais. Pour ces deux dernières, je suis d'accord. Pour Washington, je ne connais pas. Peut-être le "commentateur" américain de J. pourrait-il me renseigner?. De toutes façons, je rajoute Rome à la liste, et en tête.
Wilhelmine: non, pas la reine des Pays-Bas. Une jeune hollandaise rencontrée à Utrecht lors d'un voyage d'un mois là-bas.
Je logeais chez deux homos débusqués par Pierre en boîte de nuit dans le midi de la France ( il avait fini au petit matin dans le camp naturiste d'Agde, sûrement pas très à l'aise). L'un était très gentil, genre nounours, l'autre à priori plus beau mais totalement nymphomane (ce mot peut-il s'employer pour les hommes?). J'étais parti le premier (Pierre m' a fait attendre pratiquement un mois pour des problèmes de voiture) et ce mec a failli me dégoûter à tout jamais des rapports sexuels: tous les jours la même assiette, ça finit par écoeurer, surtout si aucun sentiment ne vient se surajouter au cul. En contrepartie, j'ai eu l'occasion de sillonner en long et en large le pays ( extraordinaire trains Intercity!) et de visiter de fabuleux musées.
Will était une fille adorable. Nous avions en commun la langue italienne, mais elle me priait sans cesse de lui parler en français parce que, disait-elle, c'était encore plus beau que l'italien. J'étais très fier, prenant un peu du compliment destiné à la langue pour la douceur de mon propre organe...!
Elle avait un ami, dont j'ai totalement oublié le prénom, avec qui je me suis plusieurs fois envoyé en l'air (et avec grand plaisir pour celui-là), mais c'est elle qui reste dans ma mémoire. Elle nous avait écrit l'année suivante à Lyon depuis Paris où elle séjournait quelques jours: une carte postale où n'apparaissaient que mon prénom et celui de Pierre (aucun de nos deux noms), le nom de la rue (aucun numéro) et le nom de la ville (aucune mention de l'arrondissement). Cette carte postale est arrivée jusqu'à nous! Bravo la poste! Et bisous, Will. On ne sait jamais.
Woolf: une écrivain que je n'ai pas encore réussi à apprivoiser.
3
commentaires
Libellés :
Abécédaire,
Homo,
Littérature,
Mots,
Pierre,
voyages
samedi 3 novembre 2007
Abécédaire (V)
Vache: c'est beau, les yeux d'une vache. Chez les grecs de l'Antiquité, un des plus beaux compliments que l'on pouvait faire à une femme, c'était de lui dire qu'elle avait des yeux de vache. Essayez aujourd'hui!
Vergobret: allez vite dans le dictionnaire consulter le sens de ce mot avant qu'il ne disparaisse dans les oubliettes de notre inculture. Je m'étonne d'ailleurs de le voir toujours là. (Je précise, pour ne pas passer pour un prétentieux, que je ne le connaissais pas moi non plus.)
Vestibule: encore un mot, avec corridor, dont les élèves ignorent le sens. A la place, ils emploient hall et couloir. Un jour, un petit 6°, pour me faire plaisir, a levé la main pour me donner la signification de corridor: c'est un monsieur qui fait des corrida. Bien trouvé! Au moins, j'ai ri.
Volterra: cette petite ville étrusque proche de Sienne et de San Gimignano, mais beaucoup moins connue que ses deux voisines, me fascine (pour les mêmes raisons que me fascine aussi Syracuse, en Sicile) : c'est une ville de mystères.
Dans une Toscane ici moins policée, moins cartes postales, plus proche de l'Ombrie par les paysages, au milieu de collines presque pelées, elle se dresse au sommet d'un piton, altière à l'intérieur de ses remparts, fragile au bord de ses falaises qui s'effritent (les balze). Elle est belle et lépreuse, comme la plupart des villes d'Italie. Très ancienne, elle fut d'abord étrusque avant de devenir romaine.
Je l'ai découverte en 1981, pendant l'été que j'ai passé à Peruggia pour suivre volontairement des cours à l'Université pour Etrangers, été qui reste pour moi la période la plus belle de ma vie. Mais je l'avais déjà "pressentie" dans un film de Visconti, Sandra en français, Vague Stelle dell'Orsa en Italien (titre tiré d'un poème de Giacomo Leopardi). Un film mystérieux également dont il ne me reste rien que ce ressenti de mystère et quelques images fugaces en noir et blanc tournées au pied des remparts. Je crois me souvenir que l'actrice principale en est Dominique Sanda et son protagoniste un très bel homme, Julien Sorel je crois (mais je risque de me laisser entraîner par Stendhal!).
A quoi tient cette sensation de mystère? Je n'en sais rien, encore une fois. Décidément, il avait bien raison, ce prof de fac, de me traiter d'impressionniste. Mais être impressionniste comme l'était Visconti, ça ne me dérange pas.
Vergobret: allez vite dans le dictionnaire consulter le sens de ce mot avant qu'il ne disparaisse dans les oubliettes de notre inculture. Je m'étonne d'ailleurs de le voir toujours là. (Je précise, pour ne pas passer pour un prétentieux, que je ne le connaissais pas moi non plus.)
Vestibule: encore un mot, avec corridor, dont les élèves ignorent le sens. A la place, ils emploient hall et couloir. Un jour, un petit 6°, pour me faire plaisir, a levé la main pour me donner la signification de corridor: c'est un monsieur qui fait des corrida. Bien trouvé! Au moins, j'ai ri.
Volterra: cette petite ville étrusque proche de Sienne et de San Gimignano, mais beaucoup moins connue que ses deux voisines, me fascine (pour les mêmes raisons que me fascine aussi Syracuse, en Sicile) : c'est une ville de mystères.
Dans une Toscane ici moins policée, moins cartes postales, plus proche de l'Ombrie par les paysages, au milieu de collines presque pelées, elle se dresse au sommet d'un piton, altière à l'intérieur de ses remparts, fragile au bord de ses falaises qui s'effritent (les balze). Elle est belle et lépreuse, comme la plupart des villes d'Italie. Très ancienne, elle fut d'abord étrusque avant de devenir romaine.
Je l'ai découverte en 1981, pendant l'été que j'ai passé à Peruggia pour suivre volontairement des cours à l'Université pour Etrangers, été qui reste pour moi la période la plus belle de ma vie. Mais je l'avais déjà "pressentie" dans un film de Visconti, Sandra en français, Vague Stelle dell'Orsa en Italien (titre tiré d'un poème de Giacomo Leopardi). Un film mystérieux également dont il ne me reste rien que ce ressenti de mystère et quelques images fugaces en noir et blanc tournées au pied des remparts. Je crois me souvenir que l'actrice principale en est Dominique Sanda et son protagoniste un très bel homme, Julien Sorel je crois (mais je risque de me laisser entraîner par Stendhal!).
A quoi tient cette sensation de mystère? Je n'en sais rien, encore une fois. Décidément, il avait bien raison, ce prof de fac, de me traiter d'impressionniste. Mais être impressionniste comme l'était Visconti, ça ne me dérange pas.
0
commentaires
Libellés :
Abécédaire,
Ecole,
Eté,
Italie,
Littérature,
Mots,
voyages
vendredi 2 novembre 2007
Abécédaire (U)
Urubu: pabo, pabo!
Us: combien de crimes a-t-on commis en leurs noms?
Utérin: j'en suis un, en tant que frère. Étonnant comme je ne me reconnais pas dans ce mot.
Ulysse: comme Thésée ou Jason, un des grands niais de la mythologie grecque. Combien plus intéressantes sont les femmes: Pénélope, Phèdre ou Médée! Ce sont elles qui en avaient deux, "et bene pendentes" (traduction du latin: et bien pendantes).
Uzès: j'y ai fait de nombreux séjours dans la résidence secondaire de mon ami P., parisien genevois, juif polono-autrichien, homme de lettres et traducteur. Sans doute l'être, avec Pierre, dont intellectuellement, je me suis senti le plus proche dans ma vie.
Il avait acheté une toute petite maison (une pièce par étage) coincée entre ses semblables du Castelet: je crois que c'est ainsi que l'on appelait cet alignement de bicoques mitoyennes (sur le tracé des anciens remparts?). Je l'y rejoignais pour une semaine chaque été, avant que ses difficultés à marcher et à monter un escalier ne l'obligent à la vendre.
Et nous avons des nuits plus belles que vos jours. Cette citation de Racine gravée sur la promenade aux platanes, je l'ai lu chaque soir où j'abandonnais P., trop âgé pour les plaisirs que je me proposais de ces nuits, je l'ai vécu quelquefois, accoudé seul sur la balustrade à contempler la campagne gardoise, avec ses lumières clignotantes dans la pénombre brumeuse, ou enlacé, embrassé, bousculé, tourneboulé un peu plus loin au milieu de la garrigue et des oliviers, dans les bras d'un compagnon de passage.
J'ai prévenu P. de la mort de Pierre, en 2005. Il ne pouvait pas se déplacer et ne quittait plus Paris: je lui ai promis alors de monter le voir à de prochaines vacances. Trois mois plus tard, je l'ai appelé: plus d'abonné à ce numéro. Étant parvenu à joindre sa nièce, dont par hasard j'avais conservé le numéro à Genève , j'ai alors appris sa mort: il s'est éteint doucement à l'hôpital, à peine un mois après Pierre. Cette manie qu'ont mes amis de disparaître sans rien dire pendant que je tourne le dos!
Us: combien de crimes a-t-on commis en leurs noms?
Utérin: j'en suis un, en tant que frère. Étonnant comme je ne me reconnais pas dans ce mot.
Ulysse: comme Thésée ou Jason, un des grands niais de la mythologie grecque. Combien plus intéressantes sont les femmes: Pénélope, Phèdre ou Médée! Ce sont elles qui en avaient deux, "et bene pendentes" (traduction du latin: et bien pendantes).
Uzès: j'y ai fait de nombreux séjours dans la résidence secondaire de mon ami P., parisien genevois, juif polono-autrichien, homme de lettres et traducteur. Sans doute l'être, avec Pierre, dont intellectuellement, je me suis senti le plus proche dans ma vie.
Il avait acheté une toute petite maison (une pièce par étage) coincée entre ses semblables du Castelet: je crois que c'est ainsi que l'on appelait cet alignement de bicoques mitoyennes (sur le tracé des anciens remparts?). Je l'y rejoignais pour une semaine chaque été, avant que ses difficultés à marcher et à monter un escalier ne l'obligent à la vendre.
Et nous avons des nuits plus belles que vos jours. Cette citation de Racine gravée sur la promenade aux platanes, je l'ai lu chaque soir où j'abandonnais P., trop âgé pour les plaisirs que je me proposais de ces nuits, je l'ai vécu quelquefois, accoudé seul sur la balustrade à contempler la campagne gardoise, avec ses lumières clignotantes dans la pénombre brumeuse, ou enlacé, embrassé, bousculé, tourneboulé un peu plus loin au milieu de la garrigue et des oliviers, dans les bras d'un compagnon de passage.
J'ai prévenu P. de la mort de Pierre, en 2005. Il ne pouvait pas se déplacer et ne quittait plus Paris: je lui ai promis alors de monter le voir à de prochaines vacances. Trois mois plus tard, je l'ai appelé: plus d'abonné à ce numéro. Étant parvenu à joindre sa nièce, dont par hasard j'avais conservé le numéro à Genève , j'ai alors appris sa mort: il s'est éteint doucement à l'hôpital, à peine un mois après Pierre. Cette manie qu'ont mes amis de disparaître sans rien dire pendant que je tourne le dos!
0
commentaires
Libellés :
Abécédaire,
Eté,
Homo,
Littérature,
Mots,
mythologie,
Pierre,
voyages
jeudi 1 novembre 2007
Abécédaire (T, encore)
Toussaint: c'est le jour ou jamais d'en parler.
Beaucoup, en France et ailleurs, confondent la Toussaint, fête de tous les saints le 1er novembre et le Jour des morts, le 2 novembre. Dans ma famille, on n'échappe pas à cette confusion et c'est comme tout le monde que nous fleurissons les tombes pour le 1er novembre.
Plus exactement, nous veillons à ce qu'elles soient déjà fleuries ce jour-là, et, pour éviter la foule, nous nous rendons au(x) cimetière(s) quelques jours auparavant (et quelques jours plus tard pour nettoyer les caveaux). Pour éviter la foule et aussi, comme nous sommes des sauvages de père en fils et de mère en filles, pour ne pas avoir à rencontrer telle ou telle ancienne connaissance dont notre chemin s'est depuis longtemps largement éloigné.
Habituellement, c'était mon père aidé de mon frère qui se chargeait de cette tâche. Moi, je n'ai jamais beaucoup aimé les cimetières, non parce que ce seraient des lieux morbides, mais parce qu'ils sont vides, ne me parlent pas, ou ne me parlaient pas jusqu'à la mort de Pierre.( A ce moment-là, et pendant plus d'un an, il m'est devenu indispensable de m'y rendre plusieurs fois par semaine.)
Cette année, mon père est mort et mon frère a entamé hier une série de chimios pour la récidive de son cancer. J'ai pris le relais, en achetant les chrysanthèmes et en allant dimanche dernier les placer sur les tombes. Et, autre changement par rapport au cérémonial habituel, nous sommes retournés aujourd'hui au cimetière.
J'ai vu tous ces gens qui arrivaient nombreux avec les bras chargés de pots, en groupes de quatre ou cinq la plupart du temps, auxquels s'adjoignait parfois un vieillard qui semblait penser que la fois prochaine, c'est lui qu'on viendrait fleurir, parlant haut, dévisageant ceux qu'ils croisaient ("Tu crois que c'est...., le fils de.... ? Regarde, des lyonnais: ça doit être les.....! Ils sont partis depuis combien de temps? Si c'est lui, comme il ressemble à son père..."), comparant la grosseur des plantes offertes, les comptabilisant sur les caveaux: "ça, c'est celle de Janette, et celle-ci celle de Fernand. Les Dubon ne sont pas encore passés: ils mettent toujours une bruyère...", échangeant des commentaires sur la décoration de la tombe d'à côté, apostrophant une famille amie (ou alliée) aperçue à l'autre bout de l'allée, s'étonnant que le cantonnier n'ait pas mis plus d'arrosoirs (des barils lessive en plastique) à disposition, trouvant que ce n'est pas un temps de Toussaint mais qu'on le payerait plus tard, en décembre, cherchant vainement la tombe de quelqu'un qu'ils ont connu autrefois ("Pour une fois qu'on vient ici, on n'a vraiment pas de chance!"), riant d'un rire sonore, tout contents d'être vivants et finalement en assez bonne santé. J'ai même été surpris, avec le beau temps, de ne pas en voir pique-niquer.
Et dans tout ça, la fête des Saints? la fête des Morts? Rien. On vient là pour se montrer, pour se donner bonne conscience facilement une fois par an, pour se réjouir d'être encore en vie alors que la liste s'allonge sur le marbre des voisins. Je suis injuste, sans doute, mais c'est l'impression que ça donne. Cet après-midi, j'ai vu prier une seule famille, entraînée par la mère, un groupe de gens simples venus eux pour se recueillir et honorer leurs morts.
Dans un mois, au plus tard, il ne restera de cette avalanche de fleurissement que des pots cassés renversés par le vent, des tiges séchées de ne jamais avoir été arrosées, des bouquets en plastique courant le long des allées au gré des bourrasques. Le cimetière aura retrouvé son calme, sali comme la place centrale d'un village après la foire aux bestiaux, mais dans les foyers on préparera déjà la prochaine réjouissance, plus attractive celle-ci: la débauche de Noël et des fêtes de fin d'année!
Humanité, je t'aime.
Beaucoup, en France et ailleurs, confondent la Toussaint, fête de tous les saints le 1er novembre et le Jour des morts, le 2 novembre. Dans ma famille, on n'échappe pas à cette confusion et c'est comme tout le monde que nous fleurissons les tombes pour le 1er novembre.
Plus exactement, nous veillons à ce qu'elles soient déjà fleuries ce jour-là, et, pour éviter la foule, nous nous rendons au(x) cimetière(s) quelques jours auparavant (et quelques jours plus tard pour nettoyer les caveaux). Pour éviter la foule et aussi, comme nous sommes des sauvages de père en fils et de mère en filles, pour ne pas avoir à rencontrer telle ou telle ancienne connaissance dont notre chemin s'est depuis longtemps largement éloigné.
Habituellement, c'était mon père aidé de mon frère qui se chargeait de cette tâche. Moi, je n'ai jamais beaucoup aimé les cimetières, non parce que ce seraient des lieux morbides, mais parce qu'ils sont vides, ne me parlent pas, ou ne me parlaient pas jusqu'à la mort de Pierre.( A ce moment-là, et pendant plus d'un an, il m'est devenu indispensable de m'y rendre plusieurs fois par semaine.)
Cette année, mon père est mort et mon frère a entamé hier une série de chimios pour la récidive de son cancer. J'ai pris le relais, en achetant les chrysanthèmes et en allant dimanche dernier les placer sur les tombes. Et, autre changement par rapport au cérémonial habituel, nous sommes retournés aujourd'hui au cimetière.
J'ai vu tous ces gens qui arrivaient nombreux avec les bras chargés de pots, en groupes de quatre ou cinq la plupart du temps, auxquels s'adjoignait parfois un vieillard qui semblait penser que la fois prochaine, c'est lui qu'on viendrait fleurir, parlant haut, dévisageant ceux qu'ils croisaient ("Tu crois que c'est...., le fils de.... ? Regarde, des lyonnais: ça doit être les.....! Ils sont partis depuis combien de temps? Si c'est lui, comme il ressemble à son père..."), comparant la grosseur des plantes offertes, les comptabilisant sur les caveaux: "ça, c'est celle de Janette, et celle-ci celle de Fernand. Les Dubon ne sont pas encore passés: ils mettent toujours une bruyère...", échangeant des commentaires sur la décoration de la tombe d'à côté, apostrophant une famille amie (ou alliée) aperçue à l'autre bout de l'allée, s'étonnant que le cantonnier n'ait pas mis plus d'arrosoirs (des barils lessive en plastique) à disposition, trouvant que ce n'est pas un temps de Toussaint mais qu'on le payerait plus tard, en décembre, cherchant vainement la tombe de quelqu'un qu'ils ont connu autrefois ("Pour une fois qu'on vient ici, on n'a vraiment pas de chance!"), riant d'un rire sonore, tout contents d'être vivants et finalement en assez bonne santé. J'ai même été surpris, avec le beau temps, de ne pas en voir pique-niquer.
Et dans tout ça, la fête des Saints? la fête des Morts? Rien. On vient là pour se montrer, pour se donner bonne conscience facilement une fois par an, pour se réjouir d'être encore en vie alors que la liste s'allonge sur le marbre des voisins. Je suis injuste, sans doute, mais c'est l'impression que ça donne. Cet après-midi, j'ai vu prier une seule famille, entraînée par la mère, un groupe de gens simples venus eux pour se recueillir et honorer leurs morts.
Dans un mois, au plus tard, il ne restera de cette avalanche de fleurissement que des pots cassés renversés par le vent, des tiges séchées de ne jamais avoir été arrosées, des bouquets en plastique courant le long des allées au gré des bourrasques. Le cimetière aura retrouvé son calme, sali comme la place centrale d'un village après la foire aux bestiaux, mais dans les foyers on préparera déjà la prochaine réjouissance, plus attractive celle-ci: la débauche de Noël et des fêtes de fin d'année!
Humanité, je t'aime.
0
commentaires
Libellés :
Abécédaire,
Automne,
Famille,
Pierre,
Scènes
mercredi 31 octobre 2007
Abécédaire (T)
Tacon: je savais ce que voulait dire ce nom, j'ignorais jusqu'à aujourd'hui qu'il venait du gaulois.
Ils sont bien peu nombreux, ces mots de notre langue primitive à avoir survécu peu ou prou dans notre langage moderne. Tous ou presque ont rapport à la nature. Ça me plaît assez qu'il en soit ainsi.
Targette: son mécanisme a longtemps représenté dans mes discours le symbole de l'ingéniosité humaine. Je dois être très naïf, voire un peu simplet, mais transformer un mouvement rotatif en mouvement rectiligne, moi ça m'épate et je dis bravo à celui qui a trouvé le système. On devrait ériger une stèle à l'inventeur (anonyme?) de la targette.
Téléphone: il n'y a rien de plus mal élevé. Vous êtes en train d'exposer votre problème à un employé lambda, son téléphone sonne, et vous devez attendre que l'appelant obtienne son renseignement pour espérer avoir le vôtre.
De même cette nécessité moderne de pouvoir être joint n'importe où, à n'importe quel moment! Quelle angoisse, si je ratais un coup de fil! Eh bien, tu rappelles, coco. Il y a parfois mieux à faire que de décrocher son téléphone. Moi, j'adore parfois passer inaperçu.
Tendresse: jamais assez.
Terrier: cela me fait penser à un très beau roman pour la jeunesse qu'il faut lire même adulte: La Rencontre, de Allan W. Eckert (Le livre de Poche Jeunesse n°810), rencontre de deux solitudes: celle d'un jeune garçon et d'une mère blaireau.
Théodolite: juste pour la belle sonorité du mot.
Toucan: une petite statuette de cet oiseau d'Amérique est toujours sur mon bureau depuis des années, depuis qu'une élève, de retour d'un voyage au Brésil, me l'a offerte comme porte-bonheur.
La Tempête(de Giogione): quel étrange petit tableau (Academia, Venise): en arrière plan, une ville italienne avec un pont; plus près, un pan de remparts et de grand arbres; au premier plan, de chaque côté d'un ruisseau deux (ou plutôt trois) personnages: à gauche, sur le chemin, un promeneur (pèlerin?), tenant à la main un grand bâton de marche sur lequel il s'appuie, le visage tourné vers l'autre rive; à droite, un peu plus haut, une femme à moitié nue allaitant un enfant qu'elle tient à côté d'elle et non dans son giron, laissant ainsi exposée ta toison pubienne. Que regarde le marcheur? Qui sont ces gens? Pourquoi cette femme est-elle autant dévêtue? Que signifie cette scène? Un très mauvais roman (espagnol, si je me souviens bien) voudrait l'expliquer par une représentation de la sainte famille: Marie allaitant Jésus et Joseph veillant à l'intimité du moment. Cette explication me semble totalement absurde.
De fait, je n'ai jamais oublié ce tableau depuis la première fois où je l'ai vu et où il m'a durablement impressionné (comme est impressionnée une rétine).
Théramène: c'est son monologue que j'ai présenté oralement au bac, longue tirade où il explique comment a succombé Hippolyte, sur la grève, assailli par un monstre marin convoqué par son père trompé par les paroles de Phèdre . Si j'avais été à la place de ce jeune homme, combien, au lieu de me glacer à l'amour platonique d'une Aricie, me serais-je volontiers brûlé à la braise de la passion de Phèdre! Et tant pis pour Thésée: il n'est pas lui-même exempt de tous reproches!
Ils sont bien peu nombreux, ces mots de notre langue primitive à avoir survécu peu ou prou dans notre langage moderne. Tous ou presque ont rapport à la nature. Ça me plaît assez qu'il en soit ainsi.
Targette: son mécanisme a longtemps représenté dans mes discours le symbole de l'ingéniosité humaine. Je dois être très naïf, voire un peu simplet, mais transformer un mouvement rotatif en mouvement rectiligne, moi ça m'épate et je dis bravo à celui qui a trouvé le système. On devrait ériger une stèle à l'inventeur (anonyme?) de la targette.
Téléphone: il n'y a rien de plus mal élevé. Vous êtes en train d'exposer votre problème à un employé lambda, son téléphone sonne, et vous devez attendre que l'appelant obtienne son renseignement pour espérer avoir le vôtre.
De même cette nécessité moderne de pouvoir être joint n'importe où, à n'importe quel moment! Quelle angoisse, si je ratais un coup de fil! Eh bien, tu rappelles, coco. Il y a parfois mieux à faire que de décrocher son téléphone. Moi, j'adore parfois passer inaperçu.
Tendresse: jamais assez.
Terrier: cela me fait penser à un très beau roman pour la jeunesse qu'il faut lire même adulte: La Rencontre, de Allan W. Eckert (Le livre de Poche Jeunesse n°810), rencontre de deux solitudes: celle d'un jeune garçon et d'une mère blaireau.
Théodolite: juste pour la belle sonorité du mot.
Toucan: une petite statuette de cet oiseau d'Amérique est toujours sur mon bureau depuis des années, depuis qu'une élève, de retour d'un voyage au Brésil, me l'a offerte comme porte-bonheur.
La Tempête(de Giogione): quel étrange petit tableau (Academia, Venise): en arrière plan, une ville italienne avec un pont; plus près, un pan de remparts et de grand arbres; au premier plan, de chaque côté d'un ruisseau deux (ou plutôt trois) personnages: à gauche, sur le chemin, un promeneur (pèlerin?), tenant à la main un grand bâton de marche sur lequel il s'appuie, le visage tourné vers l'autre rive; à droite, un peu plus haut, une femme à moitié nue allaitant un enfant qu'elle tient à côté d'elle et non dans son giron, laissant ainsi exposée ta toison pubienne. Que regarde le marcheur? Qui sont ces gens? Pourquoi cette femme est-elle autant dévêtue? Que signifie cette scène? Un très mauvais roman (espagnol, si je me souviens bien) voudrait l'expliquer par une représentation de la sainte famille: Marie allaitant Jésus et Joseph veillant à l'intimité du moment. Cette explication me semble totalement absurde.
De fait, je n'ai jamais oublié ce tableau depuis la première fois où je l'ai vu et où il m'a durablement impressionné (comme est impressionnée une rétine).
Théramène: c'est son monologue que j'ai présenté oralement au bac, longue tirade où il explique comment a succombé Hippolyte, sur la grève, assailli par un monstre marin convoqué par son père trompé par les paroles de Phèdre . Si j'avais été à la place de ce jeune homme, combien, au lieu de me glacer à l'amour platonique d'une Aricie, me serais-je volontiers brûlé à la braise de la passion de Phèdre! Et tant pis pour Thésée: il n'est pas lui-même exempt de tous reproches!
0
commentaires
Libellés :
Abécédaire,
Littérature,
Mots,
mythologie,
Peinture,
Scènes,
Sons
lundi 29 octobre 2007
Abécédaire (S)
Salières: Que les baisers y sont doux, comme au creux des poignets ou au pli de l'aine! Il faut y rajouter la nuque et le parfum de .... Mais je m'égare!
Saponaire: comme nous avons joué, enfants, avec ces plantes qui, si on les mouille, font de la mousse. Nous étions épicier à tour de rôle et vendions aussi du cacao préparé avec de la brique pilée et du vin provenant de grappes de sureau écrasées.
Sexe: un des plus grands plaisirs, une des plus importantes occupations et en même temps une des plus ténébreuses questions de ma vie. Entre les premiers émois de préadolescent avec Y. et mes pratiques de quinquagénaire, qu'y a-t-il de commun? Tout et rien.
Tout parce que c'est toujours au coeur de mes pensées, qu'aucune relation avec un homme (mâle) ne peut faire l'économie de ce sous-entendu, qu'il suffit que l'occasion se présente pour que je saute dessus, que j'aime toujours autant ça et que je ne conçois pas un instant qu'il faudra sans doute un jour s'en passer.
Rien parce que j'ai vécu l'histoire d'amour de ma vie avec P., que j'ai eu la chance de côtoyer quelqu'un journellement pendant 33 ans, avec tout ce que ça implique de grand et aussi de bassement quotidien, banal, que cette relation n'a que très peu été fondée sur le sexe, dont j'allais assouvir la tyrannie ailleurs.
Le sexe est à la fois central et totalement périphérique dans ma vie. Je ne peux m'en passer mais ce n'est pas ce que je privilégie dans une relation que je veux ou que je trouve profonde.
Est-ce un refus du côté animal en moi, refus découlant d'une éducation judéochrétienne assez poussée? Je ne crois pas si je songe un instant aux positions prises et aux cris poussés parfois pendant que je fais l'amour.
Simplement le sexe n'est que le sexe. Jamais (ou seulement quelques petits mois) je n'ai été fidèle sexuellement à Pierre. A ceux qui me le reprochaient, je disais que s'ils mettaient la fidélité au niveau du cul, ils la mettaient bien bas. Après le cul (simultanément parfois, pour quelques temps), il y a la tendresse, la sensualité (qui n'est pas la même chose que le sexe), la connivence, la complicité et la douceur des souvenirs communs. Tous points qui me provoquent plus que du plaisir: du bonheur. Alors que j'ai souvent envie de baiser lorsque je suis très tendu ou angoissé, comme si j'obéissais à une loi animale très ancienne qui voudrait que, face au mystère de la mort, je veuille participer, par instinct de survie, à la propagation de l'espèce.( Attention: il m'arrive aussi de baiser en plein bien être!)
Alors? Je ne choisirai pas entre le janséniste et l'épicurien, quitte à passer pour un homme bourré de contradictions.
Les Sabines: tableau de L. David qui, par le magnifique cul de romain qu'il présente au centre, a largement participé à l'éveil de mes sens autour de mes douze ans.
Saint-Exupéry (Antoine de ): ras le bol de la PetitPrinçolâtrie actuelle. D'accord, ce livre est mignon, mais ce n'est tout de même pas le chef-d'oeuvre du siècle. Moi, à regarder tous ceux qui en parlent tant, je ne vois bien souvent que mièvrerie et pauvreté littéraire.
Saint-Saëns (Camille): c'est Pierre qui m'a fait connaître sa symphonie avec orgue. Il l'avait découverte en écoutant la radio à Briançon, alors qu'il se relevait difficilement, dans une maison de convalescence, d'une terrible hépatite qui avait failli le tuer.
Assis dans sa chambre du "Bois du Loup" (comment, pourquoi le nom de cette maison de convalescence est-il resté dans ma mémoire depuis tant d'années?), il avait entendu cette symphonie, à jamais liée pour lui au sentiment de déréliction qui l'habitait alors.
Maurice et moi étions descendus le voir un samanche d'hiver. De ce séjour, je me souviens particulièrement du retour pour une raison bien précise: la neige empêchait pratiquement tout déplacement en voiture. Maurice et moi avons été parmi les rares entêtés à poursuivre notre chemin coûte que coûte. Huit heures pour rentrer à Lyon. Mais, pendant ce temps, Maurice m'a fait découvrir les idées de Teilhard de Chardin et ses conceptions sur l'évolution . Je me suis promis d'approfondir (à la retraite, sans doute).
C'est au retour de cette cure que nous avons décidé, Pierre et moi, de quitter la communauté dont nous partagions la vie pour nous installer tous les deux, seuls dans un appartement à nous.
Je n'ai jamais eu conscience à l'époque du pas immense que je faisais faire à Pierre en l'engageant ainsi ouvertement à mes côtés. Je sais aujourd'hui ce qu'il a dû lui en coûter de stress et de questionnement intérieur.
Saponaire: comme nous avons joué, enfants, avec ces plantes qui, si on les mouille, font de la mousse. Nous étions épicier à tour de rôle et vendions aussi du cacao préparé avec de la brique pilée et du vin provenant de grappes de sureau écrasées.
Sexe: un des plus grands plaisirs, une des plus importantes occupations et en même temps une des plus ténébreuses questions de ma vie. Entre les premiers émois de préadolescent avec Y. et mes pratiques de quinquagénaire, qu'y a-t-il de commun? Tout et rien.
Tout parce que c'est toujours au coeur de mes pensées, qu'aucune relation avec un homme (mâle) ne peut faire l'économie de ce sous-entendu, qu'il suffit que l'occasion se présente pour que je saute dessus, que j'aime toujours autant ça et que je ne conçois pas un instant qu'il faudra sans doute un jour s'en passer.
Rien parce que j'ai vécu l'histoire d'amour de ma vie avec P., que j'ai eu la chance de côtoyer quelqu'un journellement pendant 33 ans, avec tout ce que ça implique de grand et aussi de bassement quotidien, banal, que cette relation n'a que très peu été fondée sur le sexe, dont j'allais assouvir la tyrannie ailleurs.
Le sexe est à la fois central et totalement périphérique dans ma vie. Je ne peux m'en passer mais ce n'est pas ce que je privilégie dans une relation que je veux ou que je trouve profonde.
Est-ce un refus du côté animal en moi, refus découlant d'une éducation judéochrétienne assez poussée? Je ne crois pas si je songe un instant aux positions prises et aux cris poussés parfois pendant que je fais l'amour.
Simplement le sexe n'est que le sexe. Jamais (ou seulement quelques petits mois) je n'ai été fidèle sexuellement à Pierre. A ceux qui me le reprochaient, je disais que s'ils mettaient la fidélité au niveau du cul, ils la mettaient bien bas. Après le cul (simultanément parfois, pour quelques temps), il y a la tendresse, la sensualité (qui n'est pas la même chose que le sexe), la connivence, la complicité et la douceur des souvenirs communs. Tous points qui me provoquent plus que du plaisir: du bonheur. Alors que j'ai souvent envie de baiser lorsque je suis très tendu ou angoissé, comme si j'obéissais à une loi animale très ancienne qui voudrait que, face au mystère de la mort, je veuille participer, par instinct de survie, à la propagation de l'espèce.( Attention: il m'arrive aussi de baiser en plein bien être!)
Alors? Je ne choisirai pas entre le janséniste et l'épicurien, quitte à passer pour un homme bourré de contradictions.
Les Sabines: tableau de L. David qui, par le magnifique cul de romain qu'il présente au centre, a largement participé à l'éveil de mes sens autour de mes douze ans.
Saint-Exupéry (Antoine de ): ras le bol de la PetitPrinçolâtrie actuelle. D'accord, ce livre est mignon, mais ce n'est tout de même pas le chef-d'oeuvre du siècle. Moi, à regarder tous ceux qui en parlent tant, je ne vois bien souvent que mièvrerie et pauvreté littéraire.
Saint-Saëns (Camille): c'est Pierre qui m'a fait connaître sa symphonie avec orgue. Il l'avait découverte en écoutant la radio à Briançon, alors qu'il se relevait difficilement, dans une maison de convalescence, d'une terrible hépatite qui avait failli le tuer.
Assis dans sa chambre du "Bois du Loup" (comment, pourquoi le nom de cette maison de convalescence est-il resté dans ma mémoire depuis tant d'années?), il avait entendu cette symphonie, à jamais liée pour lui au sentiment de déréliction qui l'habitait alors.
Maurice et moi étions descendus le voir un samanche d'hiver. De ce séjour, je me souviens particulièrement du retour pour une raison bien précise: la neige empêchait pratiquement tout déplacement en voiture. Maurice et moi avons été parmi les rares entêtés à poursuivre notre chemin coûte que coûte. Huit heures pour rentrer à Lyon. Mais, pendant ce temps, Maurice m'a fait découvrir les idées de Teilhard de Chardin et ses conceptions sur l'évolution . Je me suis promis d'approfondir (à la retraite, sans doute).
C'est au retour de cette cure que nous avons décidé, Pierre et moi, de quitter la communauté dont nous partagions la vie pour nous installer tous les deux, seuls dans un appartement à nous.
Je n'ai jamais eu conscience à l'époque du pas immense que je faisais faire à Pierre en l'engageant ainsi ouvertement à mes côtés. Je sais aujourd'hui ce qu'il a dû lui en coûter de stress et de questionnement intérieur.
1 commentaires
Libellés :
Abécédaire,
Hiver,
Homo,
Musique,
Pierre,
Tendresse
vendredi 26 octobre 2007
Abécédaire (R)
Recklinghausen (maladie de):neurofibromatose.
A quoi sert ce genre d'articles dans le dictionnaire? Les patients atteints de cette maladie ont sans doute d'autre sources de renseignements plus intéressantes et surtout plus précises. Les autres, ça ne les concerne pas, et, à supposer qu'ils soient curieux, ils ne trouveront guère leur pitance dans cette définition tout aussi hermétique que le nom de la maladie.
Rêve: en voici un que j'ai fait de nombreuses nuits quand j'étais enfant, particulièrement en période de maladie et de fièvre.
Devant moi, rien d'autre qu'une fenêtre de chalet, avec ses petits carreaux et ses montants de bois. A l'extérieur, sur le rebord, un pot de fleurs, ou plutôt un pot de fleur, car il n'en contenait qu'une, inconnue de moi, à longue tige, sans feuilles. Je regardais fixement cette fenêtre et cette plante, sans aucune perception du reste du décor.
Peu à peu résonnait un bruit sourd de pas qui se rapprochaient lentement: des pas d'éléphant, lourds et pesants. Je savais que ces pas se dirigeaient vers la fenêtre, mais je ne pouvais rien faire, spectateur de l'inéluctable. Lorsque les pas étaient tout proches, l'image de la fenêtre et de la fleur se troublait: elle se mettait comme en surbrillance, et se décomposait en milliers de petites points noirs qui fourmillaient, donnant l'impression désagréable d'une volonté d'hypnose, rappelant les photographies dans les anciens journaux. Alors, juste avant que je me réveille en sueur, la patte de l'éléphant écrasait la fleur.
On m'a dit (qui?) que ce rêve était lié à la peur de la castration. Les psys sans doute en feraient leurs choux gras. A moi, il suffit que ce cauchemar ait disparu depuis bien des années.
Robinier: en fait, c'est ce que nous appelons abusivement acacia. Il paraît qu'il n'y a pas de vrais acacias en France: est-ce vrai?
Ruelle: j'aime bien rappelé qu'outre une petite rue, il s'agit aussi de l'espace, en général étroit, entre les côtés du lit et le mur. On peut dire que j'y ai souvent "fait le trottoir"!
Racine (Jean): s'il fallait tout laisser et partir sur une île déserte avec un seul livre, je crois bien qu'encore aujourd'hui, ce serait Phèdre. Pour moi, il contient tous les autres.
Ravachol: un gars bien de chez moi.
Rome: non, je n'en parlerai pas, ce serait trop long, et pas du tout objectif: c'est mon vrai chez moi, ma patrie, ma terre. La plus belle ville au monde, quoi! Un simple conseil: si vous vous déambulez Place Navone, passez derrière l'église Ste Agnès d'Agone, rendez vous Via della Pace, vous y trouverez un petit café reconnaissable à son gros pied de glycine. Installez-vous: c'est presque la campagne, et chaque fois que je m'y suis arrêté, dégustant une bonne bière bien fraîche à la terrasse, j'étais entouré d'hommes tous plus beaux les uns que les autres. ( Mais peut-être ne suis-je encore une fois pas tout à fait objectif!)
A quoi sert ce genre d'articles dans le dictionnaire? Les patients atteints de cette maladie ont sans doute d'autre sources de renseignements plus intéressantes et surtout plus précises. Les autres, ça ne les concerne pas, et, à supposer qu'ils soient curieux, ils ne trouveront guère leur pitance dans cette définition tout aussi hermétique que le nom de la maladie.
Rêve: en voici un que j'ai fait de nombreuses nuits quand j'étais enfant, particulièrement en période de maladie et de fièvre.
Devant moi, rien d'autre qu'une fenêtre de chalet, avec ses petits carreaux et ses montants de bois. A l'extérieur, sur le rebord, un pot de fleurs, ou plutôt un pot de fleur, car il n'en contenait qu'une, inconnue de moi, à longue tige, sans feuilles. Je regardais fixement cette fenêtre et cette plante, sans aucune perception du reste du décor.
Peu à peu résonnait un bruit sourd de pas qui se rapprochaient lentement: des pas d'éléphant, lourds et pesants. Je savais que ces pas se dirigeaient vers la fenêtre, mais je ne pouvais rien faire, spectateur de l'inéluctable. Lorsque les pas étaient tout proches, l'image de la fenêtre et de la fleur se troublait: elle se mettait comme en surbrillance, et se décomposait en milliers de petites points noirs qui fourmillaient, donnant l'impression désagréable d'une volonté d'hypnose, rappelant les photographies dans les anciens journaux. Alors, juste avant que je me réveille en sueur, la patte de l'éléphant écrasait la fleur.
On m'a dit (qui?) que ce rêve était lié à la peur de la castration. Les psys sans doute en feraient leurs choux gras. A moi, il suffit que ce cauchemar ait disparu depuis bien des années.
Robinier: en fait, c'est ce que nous appelons abusivement acacia. Il paraît qu'il n'y a pas de vrais acacias en France: est-ce vrai?
Ruelle: j'aime bien rappelé qu'outre une petite rue, il s'agit aussi de l'espace, en général étroit, entre les côtés du lit et le mur. On peut dire que j'y ai souvent "fait le trottoir"!
Racine (Jean): s'il fallait tout laisser et partir sur une île déserte avec un seul livre, je crois bien qu'encore aujourd'hui, ce serait Phèdre. Pour moi, il contient tous les autres.
Ravachol: un gars bien de chez moi.
Rome: non, je n'en parlerai pas, ce serait trop long, et pas du tout objectif: c'est mon vrai chez moi, ma patrie, ma terre. La plus belle ville au monde, quoi! Un simple conseil: si vous vous déambulez Place Navone, passez derrière l'église Ste Agnès d'Agone, rendez vous Via della Pace, vous y trouverez un petit café reconnaissable à son gros pied de glycine. Installez-vous: c'est presque la campagne, et chaque fois que je m'y suis arrêté, dégustant une bonne bière bien fraîche à la terrasse, j'étais entouré d'hommes tous plus beaux les uns que les autres. ( Mais peut-être ne suis-je encore une fois pas tout à fait objectif!)
0
commentaires
Libellés :
Abécédaire,
Homo,
Littérature,
Rêves,
violence,
voyages
jeudi 25 octobre 2007
Abécédaire (Q)
Quadragésime: mot à la belle sonorité dont j'ai mis longtemps à connaître le sens.
Queue: moi, je trouve que c'est un beau mot pour nommer le sexe masculin. Bite me va aussi. Mais il y a dans queue la référence à l'animal qu'il me plaît de rappeler que nous sommes (même supérieurs).
L'instinct sexuel n'est que nature: les uns l'assouvissent avec des mâles, les autres avec des femelles: quelle différence? On ne peut pas définir un homme (humain) que par la direction où le porte sa queue. Pourquoi alors ne pas le cataloguer par ses opinions politiques ou le fait qu'il apprécie ou non les épinards?
J'ai du mal à me dire homo, non parce que je ne l'assume pas mais parce que je ne suis pas que cela: c'est une partie de moi, certes importante, mais qui ne me définit pas totalement: je suis aussi quinquagénaire, prof, gourmand, coureur à pied, fils de ma mère, frère de mon frère, piéton, automobiliste, vacancier, emmerdeur publique, câlin, copropriétaire, client, usager du métro, lecteur, mélomane, bricoleur (si, si, ça arrive!), et que sais-je encore. Finalement très proche de celui qui, en face, va se dire hétéro. Une certitude: je ne suis pas gay.
La manie actuelle de tout classer, de vouloir à tout prix que tous rentrent dans une case ou une autre, m'exaspère: je suis, nous sommes tous, multiple(s), et souvent contradictoire(s) parce qu'en marche. Alors, messieurs les "archivistes", arrêtez de faire des vivants des objets d'exposition de musée avec une belle étiquette pour expliquer(même en latin) ce qu'ils sont (ou ce qu'ils étaient).
N'ayons pas peur d'être "plusieurs" à soi tout seul.
J'étais partie pour parler de la queue de l'homme, et puis voilà, on s'excite, on s'excite...
Quinctius Cincinnatus (Lucius): j'ai toujours aimé ce vieux romain de la République qui, après avoir assumé les plus hautes charges à Rome (consul puis dictateur à deux reprises), n'a jamais hésité à regagner sa campagne pour y vivre tranquillement "le reste de son âge" au milieu de ses troupeaux et de ses labours. Il faudrait que tous nos hommes politiques sachent, le moment venu, se retirer avec autant d'humilité.
Queue: moi, je trouve que c'est un beau mot pour nommer le sexe masculin. Bite me va aussi. Mais il y a dans queue la référence à l'animal qu'il me plaît de rappeler que nous sommes (même supérieurs).
L'instinct sexuel n'est que nature: les uns l'assouvissent avec des mâles, les autres avec des femelles: quelle différence? On ne peut pas définir un homme (humain) que par la direction où le porte sa queue. Pourquoi alors ne pas le cataloguer par ses opinions politiques ou le fait qu'il apprécie ou non les épinards?
J'ai du mal à me dire homo, non parce que je ne l'assume pas mais parce que je ne suis pas que cela: c'est une partie de moi, certes importante, mais qui ne me définit pas totalement: je suis aussi quinquagénaire, prof, gourmand, coureur à pied, fils de ma mère, frère de mon frère, piéton, automobiliste, vacancier, emmerdeur publique, câlin, copropriétaire, client, usager du métro, lecteur, mélomane, bricoleur (si, si, ça arrive!), et que sais-je encore. Finalement très proche de celui qui, en face, va se dire hétéro. Une certitude: je ne suis pas gay.
La manie actuelle de tout classer, de vouloir à tout prix que tous rentrent dans une case ou une autre, m'exaspère: je suis, nous sommes tous, multiple(s), et souvent contradictoire(s) parce qu'en marche. Alors, messieurs les "archivistes", arrêtez de faire des vivants des objets d'exposition de musée avec une belle étiquette pour expliquer(même en latin) ce qu'ils sont (ou ce qu'ils étaient).
N'ayons pas peur d'être "plusieurs" à soi tout seul.
J'étais partie pour parler de la queue de l'homme, et puis voilà, on s'excite, on s'excite...
Quinctius Cincinnatus (Lucius): j'ai toujours aimé ce vieux romain de la République qui, après avoir assumé les plus hautes charges à Rome (consul puis dictateur à deux reprises), n'a jamais hésité à regagner sa campagne pour y vivre tranquillement "le reste de son âge" au milieu de ses troupeaux et de ses labours. Il faudrait que tous nos hommes politiques sachent, le moment venu, se retirer avec autant d'humilité.
Inscription à :
Articles (Atom)