lundi 8 juin 2009

Toute la lumière sur l'affaire Lancelot

Notre ami Calyste vient de me confier qu'il se trouve trop éprouvé pour poursuivre ainsi, en direct, la narration de son séjour cauchemardesque au bord de la grande bleue qui, pour lui, a eu ces deux jours la couleur de larmes amères. Je vais donc tenter de prendre sa suite, en essayant bien sûr de retranscrire aussi fidèlement que possible ce que, dans un souffle, il m'a confié avant de se pâmer dans un proche sofa.

L'après-midi du samedi, nos deux escogriffes avaient encore raffiné leurs supplices. Calyste perdant d'heure en heure des forces qui lui auraient été précieuses pour tenter d'échapper à leurs immondes tentacules, ils n'hésitèrent pas à le promener pendant des siècles (il me dit en avoir encore mal au dos) dans les rues de la ville où déambulait une faune bigarrée et cosmopolite d'où émergeaient principalement des joueurs de trombones et autres instruments à coulisse et à cordes simultanément, et quelques spécimens indécis qui venaient de participer à la Gay Pride, une sorte de défilé comme au 14 Juillet, mais pour les sans-culottes.

Le ciel déversa ses cascades sur la ville et ils ne renonçaient pas. Où voulaient-ils en venir, à la fin? Calyste les supplia, à genoux: - Achevez-moi, leur dit-il, à bout. Mais il ne parvint à tirer de leurs sombres faciès qu'un rictus de plus. Alors notre bon Calyste s'abandonna à son destin. Tel Sissi lâchement poignardée sur les bords du Léman et n'ayant pu compter sur l'aide de sa chambrière pour délasser un instant le corset qui compressait sa tendre poitrine percée d'une dague assassine (tiens, c'est joli!), notre tendre âme rentra en lui-même et mit en marche, à vitesse accélérée (sinon, c'était un peu long) les images de sa vie, depuis sa naissance, charmant bambin sur qui tous se retournaient tant sa grâce naturelle illuminait les lieux touchés par ses premiers pas, jusqu'à son adolescence, où même les boutons d'acné lui conféraient un charme supplémentaire et n'empêchaient pas en tout cas certains (oui, pas -taines, me demande-t-il avec insistance de préciser en se relevant à demi du sofa) de se retourner encore et toujours sur cet éphèbe callipyge, voire de le suivre dans quelque venelle sombre et, hélas, parfois malodorante, jusqu'à sa maturité, rayonnante de virilité tranquille, qui préférait se masquer un peu plutôt que d'éblouir ceux qui, malgré tout, continuaient à se retourner sur son passage, jusqu'à...

Veuillez excuser cette interruption de la narration. Je reçois à l'instant un coup de fil d'un certain Christophe, de Paris, qui dit en avoir assez de cette digression sur le passé glorieux et au combien sensuel de Calyste et voudrait que l'on en revienne à nos révélations fulgurantes sur le sieur Lancelot et Tinours le tout aussi pervers. Ce fidèle lecteur semble d'ailleurs prêt à nous confier quelques secrets supplémentaires sur le couple maudit qu'il semble bien connaître lui aussi.

Revenons donc à nos moutons. Ou plutôt à nos monstres sanguinaires, car ils n'en avaient toujours pas fini avec leur victime expiatoire. Le soir venu, ils voulurent reprendre le jeu du "je te gave tant que je peux avec des mets délicieux" (Au cas où vous seriez hermétiques à la poésie, je vous signale que ça rime!) qui leur avait tant plus la veille et l'emmenèrent jusqu'à un repaire hispano-tzigane où les plats défilèrent au son de guitares andalouses toujours aussi discrètes et où Calyste osa le seul geste de révolte qu'il eut le courage de tenter ce soir-là. Excédé par ce sadisme outrancier, il réussit à renverser son verre de vin (oui, on le fit boire encore à ce repas-là) sur le pantalon de Lancelot qui n'eut pas le réflexe assez rapide (ben oui, il n'est plus tout jeune) et en fut réduit à se tamponner d'eau claire pour éviter la tache. Mais Calyste souriait faiblement: il avait eu une petite vengeance. On aurait dit un de ces sourires énigmatiques qu'arborent les vierges à l'enfant lorsqu'elles pressent contre leur sein virginal le sauveur de ce monde!

Après le repas, on le fit déambuler dans les ruelles sombres du village, au pied d'un tertre d'où s'élançaient dans la nuit des voix fantomatiques semblant jaillir des ténèbres et comme enfantées par elles et les goules qui s'y terraient sans doute. Il fallut ensuite affronter la deuxième nuit de captivité, et Calyste, avant de sombrer dans ses propres bras (car Morphée n'avait bien sûr pas été convié), se résigna à tracer dans le plâtre de la chambre, en un endroit discret que ses bourreaux ne repéreraient pas trop vite, les premières marques verticales de son calendrier de captivité. Un instant, il repensa à sa maîtresse d'école qui distribuait des bûchettes de couleur aux enfants sages et bien apprenant. On échangeait ensuite les bûchettes contre une image représentant Jeanne Hachette ou le Camp du Drap d'Or et... Oui, d'accord, Christophe, je vois où tu me les mets les bûchettes. Pas la peine de s'énerver, je reprends.

Mais non car, derrière moi, Calyste me réclame avec autant d'insistance que Nelson Monfort les sportifs sortant de compétition. A tout à l'heure pour la fin de ce reportage au pays des succubes.

Début des révélations

Le temps est venu de faire les révélations annoncées précédemment. Nous tenons d'abord à insister sur le fait que, cette histoire étant parfois violente,elle comporte des éléments qui risquent de choquer un lectorat trop jeune ou insuffisamment informé des tristes réalités de la vie. Nous ne saurions trop conseiller aux parents de tenir leurs enfants éloignés de ces pages et aux âmes sensibles de s'abstenir de les lire.

L'histoire que vous allez découvrir est pourtant le compte rendu objectif du voyage de Calyste en terre occitane, en cette triste fin de semaine de juin. Donnons-lui sans tarder la parole et réservons-nous le droit, lorsque les mots lui feront défaut ou lorsque l'émotion ne pourra être contenue, de le relayer pour apporter quelques lumières dans ces ténèbres trop épaisses. A vous donc, Calyste.

A peine sorti de la gare, je me retrouvai cerné par deux individus à la mine patibulaire qui disaient être Lancelot et Tinours. Comment croire que ce que je voyais pouvait être l'image véritable de ce fier chevalier auquel j'avais rêvé et de son fidèle compagnon? Sans me laisser le temps de réfléchir davantage, ils prirent la peine, en faisant claquer sur mes joues trois bises sonores chacun, de donner le change aux autres voyageurs quittant la gare et tout surpris de me voir ainsi apeuré par l'accueil. Puis ils m'entraînèrent malgré moi dans le sombre sous-sol d'un parking glauque dans la noirceur duquel était garé leur véhicule. Je crus alors que ma dernière heure était arrivée et que j'allais rendre ici mon dernier soupir au milieu des bouteilles vides de bière-téquila et des relents d'ammoniaque urinaire.

Mais nos deux lascars avaient échafaudé d'autres plans plus pervers: pourquoi en finir aussi vite? Pourquoi ne pas faire durer ce petit jeu des chats et de la souris? (Note de l'éditeur: vous aurez sans doute compris, sans qu'il soit besoin de le préciser, que la pauvre souris prisonnière des griffes des deux vauriens n'est autre que notre Calyste bien aimé). On me fit donc monter devant, à côté du conducteur, à la place du mort que je serais sans doute bientôt et l'on se mit à quitter la ville par des routes détournées. Quand l'engin freina devant un portail métallique, celui-ci s'ouvrit de lui-même, probablement actionné par des complices déjà dans la place.

Je vous passerai quelques détails (sinon, on y est encore demain, et je ne suis pas sûr de tenir question imagination jusque là). Le repas du soir se profila bientôt. Moi qui avais cru finir dans le ventre de Montpellier, dans ce sous-sol sordide, voilà que je découvrais le supplice qui m'achèverait: le ventre justement, mais le mien. On me força à manger plus que de raison, moi qui suis connu pour mon appétit d'oiseau. On avait même poussé le vice jusqu'à mitonner des plats excellents, dont un gratin de pâtes au saumon que j'aurais sans doute davantage apprécié si je n'avais eu la gorge à ce point nouée et si l'on ne m'avait forcé (ça, c'est celui qui disait être Lancelot) à en prendre deux énormes rations.

Pourtant ce premier repas pantagruélique ne suffit pas à me mener au trépas. On avait pris soin de me faire manger à l'intérieur, de peur que mes cris éventuels ne finissent par alerter quelque voisin. Mais cela non plus ne put être mené à bien, car l'orage qui s'abattit ce premier soir sur la région aurait eu tôt fait de couvrir même mes cris les plus virils. Et puis, dehors, il y avait cette piscine, si profonde, aux eaux si troubles que l'on n'en apercevait qu'à peine le fond, et ils auraient bien été capables de m'y noyer après m'y avoir maintenu fermement la tête sous l'eau jusqu'à épuisement de ma réserve d'oxygène (J'ai beau pratiqué le sport de haut niveau, faut ce qui faut, question oxygène!).

Le vin qu'ils me firent ingurgiter de force m'aida à trouver le sommeil et c'est le cœur un peu plus léger que je me réveillai le lendemain matin: j'avais survécu. Le soleil était là et rendait mes deux geôliers plus souriants. Ils ne pouvaient échapper à une obligation dans les environs ce matin-là: leur absence à l'inauguration de la médiathèque n'aurait pas été comprise (Note de l'éditeur: bien qu'étant de dangereux énergumènes, tous deux passent dans leur entourage pour de charmants garçons pleins de prévenance et de gentillesse!). Me voilà une nouvelle fois emmené manu militari jusqu'à la construction flambant neuf où je ne pus non plus alerter quiconque, ayant sans cesse une arme camouflée dans un parapluie pliant braqué sur mon flanc droit (Note de l'éditeur: Lancelot semble ne pas connaître sa droite de sa gauche, car, comme chacun sait, le cœur, organe vital s'il en est, se trouve à gauche.)

Il me sembla alors que je pourrais fléchir plus facilement le deuxième malandrin: Tinours semblait plus accessible à la pitié. Mais ce n'était qu'une impression. Son cœur était comme l'autre: du marbre froid comme la glace. Comment me sortir de leurs griffes?....


C'est sur cette question insoutenable que nous allons quitter Calyste un instant, histoire de lui laisser le temps de soulager sa vessie (à son âge, c'est plus fréquent) et de se remettre de toutes ces émotions dont l'évocation le secoue encore beaucoup.

L'Attentat.

Entamé avec assez d'enthousiasme, ce livre, comme je l'ai dit, n'a pas pour moi tenu ses promesses jusqu'au bout.

Autant les premières pages consacrées à l'attentat (aux attentats) en lui-même puis à la douleur de cet homme, le narrateur, dont la femme s'est fait exploser au milieu d'un groupe d'enfants, m'a tenu attaché à la lecture, autant la suite, la recherche de la vérité, du pourquoi de ce sacrifice au nom d'une cause sacrée m'a paru parfois, souvent même, trop intellectuelle et donc en inadéquation avec les sentiments du narrateur à ce moment-là. On sent trop l'écrivain derrière le "je". Le message est intéressant et hautement respectable, pour la paix, contre les extrémismes, quel que soit le bord d'où ils partent, israélien ou palestinien, mais la "mise en émotion" me semble manquée. On aurait voulu, j'aurais voulu, des tripes là où souvent la théorie a tendance à affleurer.

Des larmes me ravinent les joues... "Celui qui t'a dit qu'un homme ne doit pas pleurer ignore ce qu'homme veut dire", m'avoua mon père en me surprenant effondré dans la chambre mortuaire du patriarche. "Il n'y a pas de honte à pleurer, mon grand. Les larmes sont ce que nous avons de plus noble." Comme je refusais de lâcher la main de grand-père, il s'était accroupi devant moi et m'avait pris dans ses bras. "Ça ne sert à rien de rester ici. Les morts sont morts et finis, quelque part ils ont purgé leurs peines. Quant aux vivants, ce ne sont que des fantômes en avance sur leur heure..."

SCOOP

BIENTÔT EN EXCLUSIVITÉ SUR POTOMAC: TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR LANCELOT, SES DÉSIRS LES PLUS SECRETS, SES RÊVES LES PLUS INTIMES, SES FANTASMES LES PLUS TORRIDES, SES PRATIQUES LES PLUS CACHÉES, SA VIE, SES ŒUVRES...

NE MANQUEZ PAS NOTRE ARTICLE DE CE SOIR. VOUS Y APPRENDREZ TOUT CE QUE VOUS RÊVIEZ DE DÉCOUVRIR SANS OSER ESPÉRER Y PARVENIR UN JOUR. CALYSTE A MENÉ POUR VOUS L'ENQUÊTE L'ESPACE D'UN WEEK-END ET EST REVENU AVEC DES RÉVÉLATIONS FRACASSANTES QU'IL VOUS LIVRERA CE SOIR.

A BIENTÔT, AMIS LECTEURS. SOYEZ AU RENDEZ-VOUS. VOUS NE SEREZ PAS DÉÇUS!

dimanche 7 juin 2009

Avant

(Écrit dans le train, le vendredi 5 juin)

Quand le train est parti tout à l'heure, il y a juste une heure, la première chose que je me suis dite, c'est: " Sois là, sois au bon endroit, au bon moment. Ni dans le passé, ni dans la projection, ni ailleurs." Et je songeais déjà à écrire, belle façon d'échapper à la contrainte à peine édictée.

J'ai vu passer le parc de la clinique. Ma mère était là, tout près. Et puis, j'ai fermé les yeux. j'ai sombré. Un filet de salive qui descendait en direction de mon menton m'a réveillé. J'avais fait plus que m'assoupir. La femme à côté de moi, que l'attribution de ma place a séparée de son mari, lit un roman de Fred Vargas et ferme parfois les yeux, elle aussi. Le train s'est arrêté à la gare TGV de Valence. Je n'en ai pas vu grand chose, elle semble s'encastrer dans une faille creusée dans le sein d'une petite colline.

C'est à ce moment-là, sans doute encore légèrement ensommeillé, que j'ai ressenti un furtif pincement. Qu'est-ce que je fais là? J'ai dit ma destination à Evelyne, ce matin pendant la récréation. Elle n'a pas voulu paraître surprise mais je la connais: je suis certain qu'elle l'était. Bizarrement, elle a dévié (mais pour elle était-ce vraiment dévier?) la conversation sur une amie commune qui fréquente les réseaux de rencontre et y a déjà connu heurs et déboires. Je ne sais que penser de cette transition. Que penser d'ailleurs de ma décision d'entreprendre ce voyage d'un week-end? Je n'ai pas voulu réfléchir trop longtemps et je ne le regrette d'ailleurs pas.

Ce petit moment de flottement n'a pas duré. J'ai vu l'impressionnante tour carrée, ce qui reste du château féodal de Crest, au bord de la Drôme, qui servit de prison sous différents régimes. J'ai vu les éoliennes, de plus en plus nombreuses et qui ne me semblent pas défigurer le paysage où elles sont placées, en tout cas pour le moment.

Je voyage à l'aller en première. Pas par choix. Il n'y avait pas d'autres places. Je n'ai jamais beaucoup aimé les premières: ce n'est pas mon monde. Je vois bien qu'au fil des années tout cela s'est considérablement démocratisé mais tant pis: je reste irrémédiablement attaché à mes convictions. Et puis les dossiers des fauteuils y sont trop hauts pour permettre d'apercevoir ses voisins de compartiment. Un seul avantage: les enfants en bas âge n'y sont pas légion.

Le roman de Yasmina Khadra, L'Attentat, que je lis actuellement m'intéresse moyennement. Après un début prometteur, je m'y ennuie un peu. Mais rares maintenant sont les romans où je ne m'ennuie pas. J'en ai emporté deux autres, un japonais bien sûr, et un De Luca. Il est rare que je sois déçu dans l'une ou l'autre de ces directions.

Je pense à mon arrivée, tout à l'heure, en gare de Monpellier. Paradoxalement, je vais d'abord rencontrer Tinours, que je ne connais pas du tout, lui. Lancelot, quand je descendrai du train, sera encore au lycée. Je ne sais toujours pas ce que nous réserve la météo. La radio annonçait orages et pluies, mais ils tardent à se déclarer. En soirée, peut-être!
La vision de ces paysages provençaux que j'ai tant connus ne me gêne pas. c'est la mort d'Amédé qu'inconsciemment je n'ai pas encore acceptée. Revoir les pays où nous avons pérégriné ne m'est pas douloureux, au contraire. le ciel s'est beaucoup couvert depuis ce matin. Dans une demi-heure je serai arrivé. Je retourne à ma lecture.

Se souvenir qu'à Nîmes il y a un lycée Ernest Hémingway.

De quel nom va-t-il m'appeler? Calyste ou bien...

jeudi 4 juin 2009

Non et oui

Et voilà: tout à l'heure, j'étais K.O, H.S, tout ce qui peut donner l'idée d'une grande fatigue. Je me suis même profondément endormi dans la chambre de ma mère. Il faut dire que plusieurs nuits un peu courtes et une journée de six heures de cours, complétée par une réunion importante à midi et ma visite à la clinique ce soir, ça peut suffire à expliquer quelques "faiblesses".

Je m'étais promis de me coucher tôt. Et puis, je fais le tour des blogs, j'écris un peu, je furète à droite à gauche, je poste quelques photos sur Flickr et me voilà maintenant en pleine forme. Décidément, l'informatique est une drogue excitante. Je ne me suis jamais endormi devant cet écran, par exemple, alors que devant la télé, à l'époque où je la regardais, je ne vous raconte même pas...

Je suis donc complètement dépendant d'Internet? Sans doute. Je n'imagine pas rester longtemps sans lire les billets des uns ou des autres, encore moins passer trop de temps sans écrire. Pourtant, demain je n'écrirai rien ici. Je suis à la fois tout excité (dans le bon sens du terme) et un peu anxieux (même remarque) de ce voyage. Rencontrer de nouveaux êtres est toujours un peu délicat. Vont-ils me plaire? Vais-je leur plaire? Les premiers contacts tendent à le confirmer. Mais si tout se passait mal, si l'ambiance ne décollait pas, si je les décevais... Je ne suis pourtant pas très inquiet. Le plus gros point d'interrogation reste la météo. Pour une fois que je quitte Lyon, je mérite bien un peu de soleil, non? Eh, là-haut! Pas d'accord avec moi?

Oui et non

Il y a des jours entièrement gris, où les canaux se pendent, d'autres gorgés de soleil à fendre les grenades. Certains, plus rares, alternent ombre et lumière, comme un ciel nuageux reflétant ses états d'âme sur le sable du chemin.

Aujourd'hui fait partie de la dernière catégorie, offrant le plus et le moins, la joie et la tristesse, à tour de rôle, comme des jumelles antithétiques.

D'abord au téléphone. Deux messages reçus, l'un sur mon portable, l'autre sur mon fixe, et qui ne m'étaient destinés ni l'un ni l'autre. Sur le fixe, une femme qui remerciait un ami d'avoir pris de ses nouvelles "l'autre jour" et à qui elle expliquait qu'on allait lui faire des prélèvements dans la gorge pour savoir si une chimio s'imposait. Sur le portable, ce charmant SMS qui n'atteindra jamais sa cible: "Sa va ma cherie tu passe ce soir j ai une surprise pour toi." (Peut-être s'est-il inscrit à des cours d'orthographe!)

Ensuite au travail. Nicolas ne sera pas avec nous l'an prochain. Le directeur avait 36 demandes pour ce poste vacant. Il ne pouvait pas trouver d'arguments valables pour les éliminer toutes. Nicolas n'était pas prioritaire, voilà le hic. J'avoue que ça me touche beaucoup, même si je mets à part la perte du plaisir des yeux. J'espère le conserver dans mes relations, mais sous quel prétexte? A l'inverse, ce soir, une élève de sixième me rejoint dans le couloir à la fin du cours et me tend un paquet accompagné d'un petit mot de ses parents et d'elle-même. Je ne peux pas reproduire le message ici car je passerais pour un prétentieux qui aime se mettre en avant. Je dirai simplement qu'il contient quelques phrases d'une gentillesse extrême et que l'on est content de lire quelquefois dans sa carrière. Le paquet: du chocolat du meilleur chocolatier de Sainte-Foy-lès-Lyon. J'ai déjà entamé: délicieux.

Enfin, kicou qui assume l'ombre et la lumière à elle seule. On la dirigerait, "momentanément" vers un service de soins palliatifs de Lyon ou des environs. Elle en est ravie et m'assure que ce n'est pas signe de fin de vie, qu'il y a les services de soins palliatifs extrêmes, comme celui où j'avais essayé en vain de faire accepter Pierre, et ceux comme celui qu'on lui propose qui accueillent pour un temps et permettent diverses activités, artistiques par exemple. J'avoue être dubitatif. Si quelqu'un parmi ceux qui vont lire ce billet a des lumières là-dessus, qu'il n'hésite pas à m'en faire part en commentaire.

Et le ciel, lui aussi, suit l'alternance. Aujourd'hui grand soleil, demain orage et pluie. Mais demain, je prends le train.