dimanche 6 avril 2008

Un jour, mon Prince viendra.


J'ai passé la soirée d'hier soir à Saint-Laurent de Mure, là où habite maintenant mon amie Yveline.

Elle m'avait invité pour me présenter son nouveau compagnon, le propriétaire de la maison. Nous ne nous étions pas vus depuis près de deux ans. Pourtant nous sommes très proches. Après la mort de Pierre et celle de sa mère (formidable Adé!), il a fallu ce temps de repli à chacun de nous, ce temps de silence entrecoupé seulement de quelques coups de téléphone, pour se dire que l'on était quand même toujours là.

Quand elle m'a annoncé ce nouvel ami, j'ai été un peu inquiet, voire irrité. Encore un! Tu vas une nouvelle fois te faire avoir, Yveline. Tu n'as qu'un an de moins que moi, tu n'as plus l'âge de jouer les gamines. Si tu ne veux pas vieillir seule, accepte l'idée que le Prince Charmant n'existe pas.

Je suis arrivé chez elle dans cet état d'esprit, décidé à lui faire discrètement passer le message. Je l'ai trouvé heureuse, détendue comme jamais vu depuis longtemps, plus que détendue même: sereine. Son ami a exactement mon âge, et semble être l'homme qu'il lui fallait. Lui aussi a connu plusieurs expériences affectives malheureuses avant de la rencontrer.

Bref: ce qui m'apparaissait comme un rude moment à passer s'est transformé en une soirée chaleureuse et conviviale où j'ai bien peur, l'alcool aidant, d'avoir monopolisé souvent la parole. Je sais qu'ils vont lire ce billet, puisque je leur ai laissé l'adresse de ce site, ce qui n'est vraiment pas pratique courante chez moi. Alors tous les deux, merci pour le bon lapin au vin blanc, pour le limoncello dont j'ai bien allégé la bouteille, merci pour la chaleur de ce repas, pardon pour mes bavardages et tous mes voeux. Vous êtes bien ensemble, on le sent en arrivant chez vous. Fabriquez-vous du bonheur, il en rejaillit toujours un peu sur les autres. Je vous embrasse.

samedi 5 avril 2008

L'affaire est dans le sac.


La rédaction du précédent billet m'a remis la tête à l'endroit. Auparavant j'avais fait des courses au supermarché Casino le plus proche, en me maudissant déjà d'aller traîner dans des endroits pareils un samedi après-midi. Et j'en suis revenu passablement énervé.

Motif: non, pas la foule, peu importante cet après-midi. Il fait tellement beau! En arrivant à la caisse, je me suis rendu compte que mes achats dépassaient largement la capacité de contenance de mon caddie (eh oui, ça fait petit vieux mais c'est tellement pratique!), en particulier à cause des litres d'eau minérale qu'il faut acheter régulièrement à ma mère: Madame ne boit pas l'eau du robinet, pourtant bonne à Lyon. Et bien sûr, je n'avais pas emporté de sac supplémentaire.

Le client devant moi semblait être dans le même cas. Le caissier propose de lui donner quelques sacs plastique, bien cachés sous la caisse. Mon tour venu, je lui demande gentiment de faire de même pour moi. Il refuse, prétextant qu'il n'en a pas le droit. La loi a-t-elle changé pendant les quelques secondes écoulées entre mon passage et le précédent? Il veut me fourguer des sacs à 3 centimes l'unité, me précisant qu'ensuite, l'avantage, c'est qu'on peut s'en servir de sacs poubelle.
Alors là, j'ai un peu l'impression qu'il se fout de ma gueule et je m'énerve.

Je lui fais remarquer que l'idée du sac poubelle est excellente mais qu'elle n'a pas la fraîcheur que Casino exige, paraît-il, pour ses produits (Quand je vois certaines salades, j'en doute!). Je lui précise ensuite, en lui indiquant bien qu'il n'y est pour rien, que, lorsqu'on veut sauver la planète, il ne faut pas appliquer de demi-mesures: si on décide de ne plus fournir de sacs plastique, ce que j'approuve totalement, alors on n'en vend pas non plus. Je serais curieux de savoir combien Casino récolte en France chaque jour avec cette vente: 3 centimes d'euro, ce n'est rien. Multipliez-les par le nombre de clients, ça doit largement dépasser mon salaire mensuel de petit prof de collège! Enfin, j'imagine, je ne vais pas en plus me mettre à compter.

Cette bonne conscience à peu de frais (et à gains honorables) m'exaspère. Tout comme, par exemple, les opérations "Bol de riz" lancées chaque année au collège: je vais me priver de manger un repas complet à midi, être sur les nerfs l'après-midi (quand j'ai faim, je deviens vite hargneux), rabrouer les élèves, tout ça pour que tout le monde voit bien que je suis généreux et que je pense aux pauvres. Malheureusement, je n'aime pas penser sur commande, même aux pauvres, et je considère qu'il n'est pas décent d'étaler sur la place publique ce que l'on peut faire pour les uns ou les autres.

Rentré chez moi, après m'être excusé auprès du caissier, sans doute un étudiant exploité le samedi pour payer ses études et qui n'avait, à son dire, pas compris ma demande, j'ai retrouvé un de ces sacs à 3 centimes que l'on a réussi à me fourguer sans doute un jour de bonne humeur. Si Casino adopte comme tout le monde l'écolo-attitude, les sacs qu'il propose doivent probablement être fabriqués en matière recyclable.

Et là, encore une fois, je trouve qu'on prend le menu peuple pour des cons. Voilà ce qu'on peut lire sur cet emballage: DOUBLE USAGE. 1-Mettez vos courses dans ce SAC composé de 40% de matière recyclée. 2- Réutilisez-le en tant que SAC POUBELLE.
Que dire des 60% restant? Que dire de l'encre utilisée inutilement à énoncer une évidence dans le 2°? Et la matière recyclée est-elle, en fin de course, recyclable?
Comme disait un bon ami à moi: Nous vivons une époque formidable.

Quant à moi, je me rends compte qu'il y a encore des scories à expulser. J'ai pourtant couru pendant plus de deux heures ce matin avec Gilles. Que faut-il faire pour ne plus m'exposer à ces accès d'agressivité incontrolables? Je ne les aime pas: ils m'ébranlent, parfois durablement.

Routes de traverse.


Qu'il est difficile de refermer un livre tel que Traversée des Ombres, de Jean-Bertrand Pontalis!

Je ne l'ai pas lu, je l'ai dévoré, reprenant parfois des passages difficiles, ou d'autres que je venais de lire machinalement, mon esprit s'étant envolé à la suite d'une phrase, d'une idée précédente, parce que, je l'ai dit, avec lui, je me trouve en pays familier où j'aime vagabonder. Au fur et à mesure de mon avancée, je cornais davantage de pages, pour les identifier, les retrouver plus facilement. J'aurai pu, à la fin, les marquer toutes.

Ce livre, composé de textes déjà publiés puis remaniés et de textes inédits, est une pure merveille. Ce que j'aime chez cet homme, pourtant psychanalyste, c'est qu'il n'y a pas de barrière entre l'intellectuel, le professionnel et l'humain. Ainsi n'hésite-t-il pas, au coeur d'un chapitre ardu, à évoquer "le visage d'une mère, sous la lampe, occupée à sa couture, tandis qu'on jouait non loin d'elle aux dominos". Dans cette traversée des ombres, on sent que c'est la vie qui domine à chaque page. Si l'âme existe, il y en a assurément une magnifique chez Pontalis, même si lui-même préférerait la nommer autrement.

Alors, silence et place à ses mots à lui:
J'écris ces lignes sans me soucier de cohérence. Mais je les écris. Je soumets, que je le veuille ou non, les pensées qui me viennent à l'ordre du langage articulé, je respecte la syntaxe, je veille à la ponctuation, à l'orthographe. Souvent le langage, comme l'autoroute encombrée, n'est qu'une prison, n'est que contrainte. Il aliène ma liberté en excluant tout ce qui n'est pas lui, il exige les pleins pouvoirs. Mais parfois, grâce à lui, nous empruntons des routes de traverse, riches de sensations nouvelles ou oubliées, leur donnant même une intensité accrue. Il parvient à faire entendre l'inouï, à rendre visible l'invisible.

vendredi 4 avril 2008

De la musique avant toutes choses.

Je me suis, un temps, demandé si quelques vidéos ou un peu de musique ne seraient pas les bienvenues sur mon blog pour l'égayer un peu, le rendre moins cérébral, moins axé uniquement sur l'écriture.

Nous en parlions à table, ce midi, entre autres avec Stéphane qui, lui, serait favorable à l'idée. En matière de plaisanterie, je lui ai répondu que la musique, dans mon blog, c'étaient mes mots. Ce n'était pas prétentieux, juste un jeu, pour rire. Il m'a répondu que ce n'était pas tout à fait faux. (Attention, attention, message d'alerte du cerveau: ne pas oublier Rodomont et rodomontades! Message bien reçu!)

En fait, plusieurs raisons m'empêchent de le faire. La première est d'ordre technique: je ne sais pas comment il faut procéder. On me dit que c'est très simple. Moi, je veux bien, mais me l'expliquer ne sert à rien, il faut me montrer, lentement si possible. Tant que je n'ai pas vu, je ne comprends rien. (Ce "handicap" m'a beaucoup aidé dans mon métier et a considérablement marqué ma façon d'enseigner.)

La deuxième, c'est que les journées n'ont que vingt-quatre heures et que le temps passé à visionner, écouter et trier serait pris à autre chose. Or je ne suis prêt à rien sacrifier aujourd'hui de ce qui constitue mes loisirs et mes plaisirs.

Enfin, même si ma réponse à Stéphane était une sorte de boutade, elle n'en contient pas moins une vérité: je veux faire de la musique avec les mots, je veux entendre ma musique à travers mes mots, je veux assembler la musique de chaque mot dans une partition harmonieuse. Parfois, j'ai l'impression de m'en approcher, parfois c'est râté.

Mais j'ai toujours à l'esprit mon Potomac (1), le son dans ma tête, l'ouverture au concert des syllabes, la découverte d'un univers nouveau, le monde ouvert dans les pages d'un livre. Et c'est ma petite phrase de Vinteuil à moi. Il y a la Musique, et il y a ma musique.

(1)Potomac: mais si, vous savez bien, c'est le nom d'un blog célèbre. (Au fait, fanfaron, ça prend un -r- ou deux?)

Vantard, hâbleur et fanfaron.

Ce matin, au réveil, j'avais en tête, comme un air entendu et qui ne vous lâche plus de la journée, un drôle de mot, sans rapport, du moins je l'espérais, avec ma mauvaise nuit ou les événements de la veille, un mot qui, bien qu'accroché à moi comme un vampire assoiffé, n'a pas voulu disparaître avec la lumière du jour. Je l'ai alors classé dans un coin du cerveau, et en rentrant chez moi tout à l'heure, j'ai satisfait ma curiosité.

Ce mot bizarre, c'est rodomontade. Je l'ai eu en bouche tout le jour, le suçant, le polissant de la langue comme un de ces bonbons acidulés à la vague saveur citronnée dont on se demande si on les aime ou si on trouve cela écoeurant. C'est un mot que je vois rond, comme ce bonbon, légèrement oblong, sans beaucoup de goût mais lourd à déplacer entre les dents.

Rodomontade, cela m'évoque un gras chanoine regagnant son cloître en somnolant sur le dos de son âne efflanqué, une vieille motocyclette poussiéreuse abandonnée dans le coin du garage, mais que l'on ne peut se décider à jeter, que l'on caresse parfois au passage, parce que ce fut la première, un plat appétissant que l'on se faisait une fête de déguster mais dont les bords, trop tièdes, flottent déjà dans un peu de graisse figée. Cela commence comme un son incongru, formé avec la bouche arrondie, se poursuit avec deux syllabes qui copient la première, les lèvres toujours en cul de poule, et finit en éclatement, départ de mitraillette qui fait long feu.

Bien sûr, je connaissais le sens de ce mot, c'est sa sonorité qui me l'a fait conserver, et puis parce qu'il était ce matin sorti de son grenier et que je voulais le dépoussiérer, le refaire beau, avant, sans doute, de l'y replacer. Donc, dépoussiérons. Définition du Petit Larousse: fanfaronnade. On ne peut rêver plus court. Je cours justement à l'article fanfaronnade: action, parole de fanfaron. Superbe. Fanfaron est juste au-dessus. Voyons un peu: Qui vante exagérément ses qualités, ses réussites, réelles ou supposées, hâbleur, vantard.

Là, un petit pincement. Et si mon subconscient me reprochait une parenthèse de l'avant-dernier billet d'hier soir? Toute la nuit, il a dû m'envoyer des messages que je n'ai pas décryptés, ne rêvant pas depuis longtemps, ou plutôt ne gardant aucun souvenir de mes rêves. Alors, il s'est tapi là, tout près de la sortie, attendant que la porte s'entrouvre sur le réel, et m'a balancé sans crier gare ce gros caillou dans la tête: rodomontade. Non, pas vantardise ou façon de mec qui se la pète: je l'aurais oublié illico. Mon subconscient a du vocabulaire, il s'en sert. C'est donc rodomontade qu'il a choisi.

Plutôt que d'approfondir ce soir mon questionnement psy du matin, j'ai lâchement fui et me suis réfugié dans Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, de Alain Rey. Là, on trouve un peu plus de grain à moudre, en particulier sur le mot dont dérive rodomontade, le nom commun rodomont (fanfaron). A l'origine nom propre italien, Rodomonte, d'un roi d'Alger, fort brave et courageux mais aussi passablement fier et vaniteux, il apparaît entre autres dans le Roland Furieux, de l'Arioste. Ainsi donc, il se rapproche, dans son évolution, de son cousin espagnol Matamore (tueur de Maures), devenu lui aussi un nom commun désignant encore un fanfaron.

Rodomonte, prince d'Alger, et Matamore, tueur de Maures. La conclusion s'impose: la fanfaronnade est , semble-t-il, assez commune, en tout cas bien partagée, que ce soit d'un côté ou de l'autre de la Méditerranée. Gageons qu'en traversant l'Atlantique ou en tournant ses regards vers le soleil levant, on découvrirait encore bien d'autres sinistres clowns, vat-en-guerre décérébrés couverts du sang des autres. Dieu merci, nous n'avons pas ce genre d'articles en magasin chez nous, en France!

jeudi 3 avril 2008

Pour la nuit.

Allez, Stéphane, celui-ci n'est pas trop long, tu pourras le lire en entier!

ANDROMAQUE:

-Je passais jusqu'aux lieux où l'on garde mon fils.
Puisqu'une fois le jour vous souffrez que je voie
Le seul bien qui me reste et d'Hector et de Troie,
J'allais, Seigneur, pleurer un moment avec lui:
Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui.

Racine, Andromaque, I,4.

ANDROMAQUE:
- (...)
Il demanda son fils, et le prit dans ses bras:
"Chère épouse, dit-il, en essuyant mes larmes,
J'ignore quel succès le sort garde à mes armes;
Je te laisse mon fils pour gage de ma foi:
S'il me perd, je prétends qu'il me retrouve en toi.
Si d'un heureux hymen la mémoire t'est chère,
Montre au fils à quel point tu chérissais le père."

Racine, Andromaque, III,8

Nombrilisme

En jetant par hasard un coup d'oeil sur la colonne à droite du texte, je viens de me rendre compte que j'avais déjà écrit 357 billets. Depuis le 04 octobre 2007. Celui-ci est le 358ème.

Certains de mes amis prétendent que je peux être bavard. Je vais finir par les croire. Mais je suis ravi de ne pas rédiger celui-ci pour un anniversaire (déjà un an, deux ans,...!) ou pour une centaine ronde. Les commémorations obligées ne me plaisent pas beaucoup.

Dire simplement que je suis très content de l'avoir fait, (fier parfois?), que je ne savais pas en débutant où je pouvais bien aller, que je ne le sais toujours pas davantage, que ça n'a pour moi aucune importance tant que me plaira l'acte d'écrire, que j'ai, grâce à ces billets,"rencontré" des êtres auxquels je tiens maintenant, que j'aime lire, dans leurs billets, leurs commentaires ou leurs emails, que cela représente une somme d'heures assez considérables (demandez le compte exact à mon dos), mais que toutes m'ont apporté et continuent de m'apporter quelque chose qui ressemble de plus en plus à de la lumière effaçant d'anciennes ténèbres (cela ne contredisant en rien la conclusion du billet précédent). Alors, merci, à vous... et à moi aussi.