jeudi 5 novembre 2026

Je me souviens (5)

Je me souviens du car :

- Je me souviens du car qui nous transportait à Saint-Etienne. Il y avait deux départs le matin, à une heure d'écart, deux le soir (même intervalle) et un à midi. Il était conduit par le patron, le Toine, gracieux comment une porte de prison ou par son employé, adipeux et libidineux avec les dames. Je l'ai raté une seule fois et un copain d'école primaire m'ai emmené en mobylette jusqu'à l'arrêt suivant où j'ai pu y monter. Inutile de dire que ma mère n'en a jamais rien su ! Mais étais-je plus en danger qu'avec ces conducteurs plutôt portés sur le litron, surtout le gros.

- L'arrêt était en bordure d'un bois, sans lumière bien sûr, et, lorsque j'étais seul, j'avais peur. Pendant quelques années, il y eut avec moi, la fille d'une vague cousine de ma mère, mais elle était plus vieille que moi et, un jour, elle ne prit plus le car. Solitude encore et une des frayeurs de ma vie : j'avais vu, la veille à la télévision, un film de Sherlock Holmes particulièrement sombre. Le matin, j'attendais le car sous un arbre. Il y avait du vent et une branche vint me frôler l'épaule. Cette fois-là, j'ai vraiment senti mes cheveux se dresser sur ma tête. 

- Entre mon village et Saint-Etienne, il y a une forte pente entre Méons et le quartier du Soleil (où je suis né, il va sans tarder y avoir 74 ans !). Le car était une antiquité et, un jour, il refusa de monter la pente. Tous les passagers durent descendre pour l'alléger et purent seulement remonter au sommet. Ce car crachait tellement qu'un jour, ma mère me soupçonna de fumer en cachette, tant mes vêtements étaient imprégnés des rejets de l'antiquité. 

-  Dans ce car, j'étais le plus jeune avant qu'Yvon ne me rejoigne. Les grands (deux ou trois ans de plus) en profitaient pour m'enquiquiner dès qu'ils le pouvaient. J'étais un peu leur souffre-douleur. Un jour, une dame, une vieille fille très digne, s'en aperçut et me réserva toujours la place à côté d'elle. Elle n'était pas très intéressante dans ce qu'elle me racontait: elle était plutôt bigote Et je regrettais bien vite de ne pouvoir m'asseoir à côté d'Hélène, une fille dont j'étais amoureux ! On ne peut pas tout avoir !

1 commentaire:

Cornus a dit…

Je me souviens que tu nous avais déjà raconté, un peu plus en détail, le coup de la branche qui t'avait fait peur à l'arrêt de car.
Personnellement, je n'ai réellement pris le car (à outrance) que les deux premières années de mes études à Tours car je n'avais pas de voiture. C'était assez pénible et long pour se déplacer.