- Je me souviens de la vieille ferme de ,famille (elle était la propriété des mines qui, des années plus tard, décidèrent de la démolir. Elle avait abrité plusieurs générations. On la considérait un peu comme nôtre. Avant qu'elle ne le soit, j'y étais allé un jour, en cachette de tous et avais cassé à l'intérieur tout ce que j'avais pu. Les larmes me brouillaient la vue mais je tapais le plus fort possible, de rage et avec un grand respect : je ne voulais pas que ce soit des étrangers qui le fassent.
- Je me souviens que, par une cour en pente, on accédait à l'écurie, en sous-sol. Nous y eûmes des vaches, des chèvres, des moutons et des cochons. C'est là que nous mettions la laine une fois les moutons tondus. Après avoir été cardée, elle servait à rembourrer nos matelas et nos oreillers. J'ai encore aujourd'hui deux de ces oreillers. C'est là aussi qu'une nuit, une truie mit bas quatorze petits porcelets dont seulement quatre survécurent. On pouvait accéder à cette écurie par un escalier donnant dans la chambre de mes parents.
- Je me souviens de la mare, la boutasse, dans le creux du pré d'en bas, où j'allais essayer de surprendre les grenouilles. Elles sautaient quand j'arrivais mais, si je restais un moment immobile, je revoyais pointer leurs têtes à la surface. Les têtards, eux, étaient plus faciles à capturer : il suffisait d'un seau assez grand. Je les observais un moment avant de les relâcher. Je n'ai jamais de ma vie tuer volontairement quelque animal que ce soit. A côté, il y avait le puits où nous allions chercher l'eau jusqu'à ce que mon père, plus tard installe l'eau "courante";
Je me souviens du rez-de-chaussée, un peu en contrebas de la route, avec la grande cuisine, la salle-à-manger dont nous ne nous servions que rarement, pour les grandes occasions, ma communion par exemple, avec le seul tableau de la maison, une nature morte représentant des fruits (où est-il passé ,) la chambre de mes parents où couchaient aussi mes deux sœurs et où il était interdit d'entrer en leur absence, et notre chambre, à mon frère et à moi, que nous désertions en hiver tant elle était froide (nous étions alors installés à la "salle" (la salle à manger)Quand nous fûmes plus grands, nous eûmes droit à une petite pièce à côté des greniers.
- Je me souviens de la grange, dans la cour, où mon père, qui l'avait transporté à dos d'homme, tant la pente du pré était raide, nous faisait tasser le foin, prétexte à jeux et grande rigolade avec mon frère. Sous cette grange, il y avait une sorte de petit conduit où disparaissait régulièrement une cane avant, quelques temps plus tard, de réapparaître, suivie avec sa couvée, bien alignée derrière elle. Sitôt sortie, elle prenait la direction de ma mare. Moi qui ne savais pas nager, j'étais ébahi devant la facilité avec la quelle les canetons s'y jetaient et barbotaient joyeusement.
- Je me souviens des clapiers dans la cour où les lapines confectionnaient de leurs poils un lit douillet pour leurs lapereaux. Dès que je passais un doigt à travers le grillage de la cage, la lapine devenait agressive et je devais vite enlever mon doigt. Régulièrement mon père tuait un des lapins qu'il n'avait pas pu vendre au marché des Ursules et les dépeçait et l'accrochant à la porte de l'écurie. Je n'ai jamais pu supporter ce spectacle, alors que mon frère s'en régalait et y participait même. Les peaux étaient vendues à un ambulant qui les récoltait : le "patère".
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| (La photo n'est pas de mon époque ....) |

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