lundi 10 mai 2010
Domenico
J'écoute les Sonates de Domenico Scarlatti enregistrées au début des années 50 par Marcelle Meyer au piano(EMI Classics). Quelle virtuosité! Je parle aussi bien de l'interprète que de la musique. Si certaines sentent encore un peu l'ancien, d'autres me sidèrent pas leur romantisme (Sonate en Si mineur, Kk.27) ou leur modernité ( Sonate en Mi majeur, Kk.380). Je ne les ai jamais entendues comme ce soir.
Troisième jour de correction
Le travail avance. Les humeurs s'égalisent: ceux qui parlaient haut et fort au début, pour qui rien ne posait problème parce qu'ils avaient réponse à tout, se sont fatigués et travaillent maintenant en silence. Il n'y a plus que les enseignants de français à terminer leurs paquets de copies, les autres (bio, math, histoire) ont déjà terminé, bien avant nous comme d'habitude.
Les discussions sur la répartition des points tournent parfois au n'importe quoi. Cela m'a rappelé une assemblée générale, ou une conversation dans la salle des professeurs: tout le monde parle en même temps, plus fort que le voisin si possible, personne ne s'écoute, si l'on voit l'attention de son interlocuteur faiblir, on se tourne vers un autre pour finir sa phrase. Comme il n'écoute pas non plus, ça n'est pas très gênant. Au bout d'un quart d'heure/vingt minutes de bazar, on finit par trouver, réflexion ou lassitude, que la première proposition énoncée n'était après tout pas si mauvaise et le silence revient, bientôt interrompu par le distrait de service qui demande ingénument: " Bon, alors, qu'est-ce qu'on décide?"
Ma binôme travaille au même rythme que moi, c'est-à-dire lentement. Lorsque nous ne sommes pas d'accord sur la double correction, nous reprenons l'exercice et relisons, pendant que d'autres partagent simplement la poire en deux. Nous échangeons nos copies et ne les corrigeons pas simultanément.. Il me semble que c'est le minimum que l'on puisse faire pour tenter d'approcher une certaine objectivité. Quelques-uns me paraissent pas s'en soucier beaucoup.
Mercredi matin, ce sera l'harmonisation définitive. On parle cette année 2010 d'une autre cession en septembre. Sans moi, merci!
En rentrant, une belle enveloppe carrée dans la boîte aux lettres. Il est né. Il s'appelle Paul-Émile. Le fils d'un couple de jeunes amis. En voilà un que je n'aurai pas en classe! Oui, en principe, Monsieur le Président....
dimanche 9 mai 2010
Villa triste
Il faut contourner, ce côté est réservé à l'entrée des colocataires occupant les deux étages. Le maître des lieux habite en bas. Derrière, le jardin est plus grand. Au milieu, une piscine, remplie d'eau verte et de feuilles. Reste des tortures d'autrefois? Un appentis où l'on a installé tant bien que mal (plutôt mal) un barbecue. Nous ne mangerons pas dehors, c'est trop incertain. Le vieux grigou nous accueille et tient à nous montrer l'étendue de son domaine et ses deux arbres à kiwis, l'un mâle l'autre femelle comme il ne manque pas de préciser (délicatesse?). Il porte un pull-over à bandes de couleurs, la seul chose qui aurait pu être gaie si les couleurs n'étaient passées depuis de nombreux lavages. De profil, il ressemble au Père Grandet. Habillons-le de noir et l'illusion sera parfaite. Les mains aussi, maigres et crochues, que j'observerai plus tard quand il nous infligera un concert que personne n'a réclamé.
Il sent, le bougre, que ça n'intéresse que lui, alors il fait durer et tous les poncifs y passent: Jeux Interdits, la sonate Clair de Lune, une valse de Chopin, un peu de Mozart, bien sûr. Il nous dit, faussement modeste, qu'il n'a fait que quelques heures de piano dans sa jeunesse et qu'il s'y est remis seulement à la retraite. Pas besoin de préciser, on l'avait remarqué. Sauf un flagorneur parmi nous qui, telle Madame Verdurin chez Proust, n'en finit pas d'applaudir la qualité de l'interprétation et la fluidité du phrasé! C'est grotesque.
Ne pas trop s'étendre sur le décor, surchargé et d'un goût même pas douteux. D'ailleurs peut-on encore parler de goût? Ne rien dire non plus sur le repas, nourriture et conversation, de notre hôte. Deux exemples simplement: le kir était fait avec du sirop, les grâtons étaient flasques. Cerise sur le gâteau, cette phrase inoubliable: "Les noirs, ça sent mauvais!". J'avais envie de fuir ou de hurler. J'ai réussi à faire semblant, à sourire de temps en temps. Je le sais: j'étais installé à table en face du miroir et je déteste ça.
Pas très gentil, mon billet, pour quelqu'un qui m'avait invité? Non, pas gentil. J'aurais pu manger avec un immense plaisir une simple boîte de sardines chez quelqu'un qui me l'offrait chaleureusement et dont je savais les moyens financiers limités. Mais un vieil Harpagon qui fait semblant, qui veut faire grand style (ah! les assiettes en carton doré que l'on met sous les autres!) et qui se prend pour Chopin à Nohant, moi, j'ai du mal. J'étais de mauvaise humeur? Oui, et alors, ça se voit tant que ça?
Heureusement, j'adore la femme dont il se sert de maîtresse!
samedi 8 mai 2010
Le marronnier
J'aime bien apprendre des choses, et aujourd'hui, c'est le cas: j'ai appris quelque chose, grâce à une émission du début de l'après-midi sur France Inter, émission consacrée à la nature.
Je croyais que la marronnier avait toujours fait partie des paysages de nos campagnes occidentales et que peut-être même les enfants romains s'étaient amusés avec ces fruits à l'automne, soit pour se les lancer dessus, soit pour en faire des animaux ou de petits bonshommes à l'aide de quelques allumettes. Cet arbre fait tellement partie de nos villes et de nos campagnes que l'on n'y prête guère attention sauf à l'automne et au printemps, à l'époque où il fleurit. Eh bien, je me trompais du tout au tout!
Le premier marronnier de France, dont l'espèce vient d'Orient, a été introduit chez nous, à Paris en 1615: il a été planté dans le marais, à l'Hôtel de Soubise, par un certain Monsieur Bachelier. C'est un arbre très résistant puisqu'il en existe, paraît-il, un exemplaire de plus de 400 ans dans le Cantal.
Mais je n'étais pas au bout de mes découvertes. Chez le marronnier, le fruit n'est pas du tout ce que l'on pense: la partie sombre et dure dont les enfants s'amusent tant est en fait la graine. Le fruit, c'est ce que j'appelais jusqu'à aujourd'hui la coque, c'est à dire l'enveloppe vert pâle assez épaisse et hérissée de piquants. A noter que dans la châtaigne, ce n'est pas du tout la même chose: la partie extérieure qui pique, et qu'il faut, semble-t-il nommée cupule, est une enveloppe destinée à protéger le fruit qui se trouve à l'intérieur et constitue la partie comestible.
Lorsque le public occidental a découvert cet arbre et particulièrement ses fleurs en grappes dressées, ce qui n'est pas si fréquent, il en a été grandement surpris et cette floraison a donné lieu a de nombreuses discussions et nombreux écrits, d'où l'expression actuelle de "marronnier" pour désigner un sujet récurant, en principe toujours à la même époque de l'année, sous la plume des journalistes (comme par exemple, le soi-disant absentéisme des enseignants!).
Dernière précision enfin: un des pétales de la fleur du marronnier a une importante tache jaune destinée à attirer les abeilles (qui sont, paraît-il, très sensibles à cette couleur). Lorsque la pollinisation est faite, la tache jaune est remplacée par une autre, rouge celle-là (les abeilles ne voient pas le rouge) et bientôt la fleur se fane et se détache, formant les beaux parterres que l'on voit en ce moment sous les marronniers.
Je laisse à l'expert en la matière, Maître Cornus, le soin de rectifier des erreurs s'il y en a et le prie, si c'est le cas, de ne pas m'en vouloir car je transcris de mémoire ce soir. Mais voilà, en apprenant tout ça, j'ai l'impression de ne pas avoir totalement perdu mon temps.
Je croyais que la marronnier avait toujours fait partie des paysages de nos campagnes occidentales et que peut-être même les enfants romains s'étaient amusés avec ces fruits à l'automne, soit pour se les lancer dessus, soit pour en faire des animaux ou de petits bonshommes à l'aide de quelques allumettes. Cet arbre fait tellement partie de nos villes et de nos campagnes que l'on n'y prête guère attention sauf à l'automne et au printemps, à l'époque où il fleurit. Eh bien, je me trompais du tout au tout!
Le premier marronnier de France, dont l'espèce vient d'Orient, a été introduit chez nous, à Paris en 1615: il a été planté dans le marais, à l'Hôtel de Soubise, par un certain Monsieur Bachelier. C'est un arbre très résistant puisqu'il en existe, paraît-il, un exemplaire de plus de 400 ans dans le Cantal.
Mais je n'étais pas au bout de mes découvertes. Chez le marronnier, le fruit n'est pas du tout ce que l'on pense: la partie sombre et dure dont les enfants s'amusent tant est en fait la graine. Le fruit, c'est ce que j'appelais jusqu'à aujourd'hui la coque, c'est à dire l'enveloppe vert pâle assez épaisse et hérissée de piquants. A noter que dans la châtaigne, ce n'est pas du tout la même chose: la partie extérieure qui pique, et qu'il faut, semble-t-il nommée cupule, est une enveloppe destinée à protéger le fruit qui se trouve à l'intérieur et constitue la partie comestible.
Lorsque le public occidental a découvert cet arbre et particulièrement ses fleurs en grappes dressées, ce qui n'est pas si fréquent, il en a été grandement surpris et cette floraison a donné lieu a de nombreuses discussions et nombreux écrits, d'où l'expression actuelle de "marronnier" pour désigner un sujet récurant, en principe toujours à la même époque de l'année, sous la plume des journalistes (comme par exemple, le soi-disant absentéisme des enseignants!).
Dernière précision enfin: un des pétales de la fleur du marronnier a une importante tache jaune destinée à attirer les abeilles (qui sont, paraît-il, très sensibles à cette couleur). Lorsque la pollinisation est faite, la tache jaune est remplacée par une autre, rouge celle-là (les abeilles ne voient pas le rouge) et bientôt la fleur se fane et se détache, formant les beaux parterres que l'on voit en ce moment sous les marronniers.
Je laisse à l'expert en la matière, Maître Cornus, le soin de rectifier des erreurs s'il y en a et le prie, si c'est le cas, de ne pas m'en vouloir car je transcris de mémoire ce soir. Mais voilà, en apprenant tout ça, j'ai l'impression de ne pas avoir totalement perdu mon temps.
vendredi 7 mai 2010
Deuxième jour de correction
Nous avions le chauffage, et un peu de soleil, l'après-midi. Nous sommes, en français, installés dans le travail, au moins jusqu'à mercredi. Ceux de math ont déjà terminé.
Quel galimatias que ce vocabulaire employé par les linguistes et que les candidats régurgitent sagement, parfois sans le comprendre: segmentation de la chaîne écrite, procédure épellative, analyse phonographique experte, démarche logographique, procédure phonographique! Ça vous dit? Mon correcteur d'orthographe en est tout excité et souligne de rouge la moitié de ces mots! C'est la dedans que je suis condamné à nager pour quelques jours encore.
En Français, nous étions 21 à avoir été convoqués. 13 sont présents effectivement. Une fille que je connais est en congé maternité. Mais où sont passés les 7 autres à qui l'on devrait rappeler un peu plus fort que ces corrections font partie de leurs obligations de service. Il va falloir, comme d'habitude, se partager les copies restantes.
Un bel adulte de trente ans aujourd'hui, devant la machine à café. Un. Mais c'est vrai, j'ai autre chose à faire!
Deux binômes ont déjà terminé leur premier paquet et attaque le second. Comment peut-on sérieusement corriger aussi vite? Appât du gain, pourtant bien minime? Loterie institutionnalisée? Capacités hors norme de se concentrer? Envie de se débarrasser au plus vite. Ont-ils conscience que derrière ces copies anonymisées se cachent des êtres réels, dont certains ont beaucoup travaillé pour tenter de réussir à cet examen?
Si j'en croisais quelques-uns, je leur dirais qu'il faut être fous pour se lancer dans une pareille aventure. Sans même prendre en compte la part énorme de hasard dans l'attribution d'une note, même avec les barèmes les plus précis, le nombre ridicule de postes proposés in fine frise le mépris.
Quel galimatias que ce vocabulaire employé par les linguistes et que les candidats régurgitent sagement, parfois sans le comprendre: segmentation de la chaîne écrite, procédure épellative, analyse phonographique experte, démarche logographique, procédure phonographique! Ça vous dit? Mon correcteur d'orthographe en est tout excité et souligne de rouge la moitié de ces mots! C'est la dedans que je suis condamné à nager pour quelques jours encore.
En Français, nous étions 21 à avoir été convoqués. 13 sont présents effectivement. Une fille que je connais est en congé maternité. Mais où sont passés les 7 autres à qui l'on devrait rappeler un peu plus fort que ces corrections font partie de leurs obligations de service. Il va falloir, comme d'habitude, se partager les copies restantes.
Un bel adulte de trente ans aujourd'hui, devant la machine à café. Un. Mais c'est vrai, j'ai autre chose à faire!
Deux binômes ont déjà terminé leur premier paquet et attaque le second. Comment peut-on sérieusement corriger aussi vite? Appât du gain, pourtant bien minime? Loterie institutionnalisée? Capacités hors norme de se concentrer? Envie de se débarrasser au plus vite. Ont-ils conscience que derrière ces copies anonymisées se cachent des êtres réels, dont certains ont beaucoup travaillé pour tenter de réussir à cet examen?
Si j'en croisais quelques-uns, je leur dirais qu'il faut être fous pour se lancer dans une pareille aventure. Sans même prendre en compte la part énorme de hasard dans l'attribution d'une note, même avec les barèmes les plus précis, le nombre ridicule de postes proposés in fine frise le mépris.
jeudi 6 mai 2010
Premier jour de correction
Temps gris, pluvieux, locaux à une température glaciale. Ils finiront par accepter de les chauffer en fin d'après-midi. Pourquoi faut-il que l'on nous fasse corriger des sujets d'examens que, pour la plupart d'entre nous, nous ne réussirions pas? L'épreuve de cette année porte sur le niveau maternelle. C'est dire si je suis compétant! Mon binôme de l'an dernier, la douce Hélène, est en congé maternité. Cette année, elle s'appelle Carole, est tout aussi douce et a une voix modulée et plutôt grave. Condition sine qua non, pour moi, pour un travail d'équipe. Je n'aurais supporté ni la pie ni le geai.
Bon rendement, tous les deux: elle ne fume pas, ne parle pas, n'a même pas l'air de draguer. Moi non plus (bon, d'accord, parfois, je parle un peu). Mais elle sourit et n'est ni stupide ni prétentieuse, ce qui, après tout, n'est pas, dans le milieu enseignant, aussi courant qu'on le croit. Nous avons toutes nos chances de ne pas travailler le jeudi lendemain de l'Ascension. Ce qui n'est que justice, puisque, personnellement, je l'ai déjà rattrapé.
Me suis coincé l'index gauche dans une porte vitrée récalcitrante à s'ouvrir. Je voulais aller au fond du jardin admirer la vue magnifique sur Lyon. Ça m'apprendra! Résultat: un ongle virant au violet sombre ce soir et pour rien, car, avec le temps, au fond du jardin, il n'y avait pas grand chose à voir. Et puis, il y faisait trop froid.
Dernière notation pour aujourd'hui: si l'on aime les beaux hommes, ce n'est pas dans l'enseignement qu'il faut chercher!
Bon rendement, tous les deux: elle ne fume pas, ne parle pas, n'a même pas l'air de draguer. Moi non plus (bon, d'accord, parfois, je parle un peu). Mais elle sourit et n'est ni stupide ni prétentieuse, ce qui, après tout, n'est pas, dans le milieu enseignant, aussi courant qu'on le croit. Nous avons toutes nos chances de ne pas travailler le jeudi lendemain de l'Ascension. Ce qui n'est que justice, puisque, personnellement, je l'ai déjà rattrapé.
Me suis coincé l'index gauche dans une porte vitrée récalcitrante à s'ouvrir. Je voulais aller au fond du jardin admirer la vue magnifique sur Lyon. Ça m'apprendra! Résultat: un ongle virant au violet sombre ce soir et pour rien, car, avec le temps, au fond du jardin, il n'y avait pas grand chose à voir. Et puis, il y faisait trop froid.
Dernière notation pour aujourd'hui: si l'on aime les beaux hommes, ce n'est pas dans l'enseignement qu'il faut chercher!
Petit lexique à l'usage de tous (sauf de mes élèves) (7)
Et c'est reparti pour la ménagerie:
CHATTE: câline, attentionnée, et je m'arrêterais là, sauf peut-être à évoquer deux d'entre elles qui m'ont particulièrement marqué: l'Anglaise Beauty avec ses Peines de Cœur, d'après une nouvelle de Balzac mise en scène par Alfredo Arias et Marilù Marini, et celle qui se chauffait les pattes Sur un Toit brûlant chez Tennessee Williams d'abord puis chez Richard Brooks.
DINDE: encore un mot féminin, dira Lancelot. Mais qu'y puis-je si la plupart de ces expressions n'existent pas au masculin? Une petite dinde ou une grosse dinde, c'est une femme prétentieuse et surtout idiote. Une cruche, si l'on veut. Étrange comme, en terme de synonymes, on passe d'un monde à l'autre sans sourciller. Je ne peux, en parlant de la dinde, m'empêcher d'évoquer le petit film de Mr. Bean où, en attendant sa dulcinée pour le repas de Noël, il farcit une dinde et se retrouve la tête coincée dans les entrailles du volatile. Je sais, c'est stupide mais ça me fait rire (à condition de ne pas le voir trop souvent).
MAQUEREAU (à rapprocher du suivant): proxénète. Cela s'explique par le fait que ce poisson accompagne les bancs de jeunes harengs. Cela vient peut-être aussi de ce que les proxénètes portaient des costumes sombres à raies blanches (comme la peau des maquereaux). C'est actuellement un des poissons les moins chers. Amédé, lorsqu'il venait à Lyon, m'en préparait toujours un plat, marinés au citron et mis au frais dans la gelée.
MORUE (à rapprocher du précédent): prostituée. (Dans le sens de "femme", il me semble largement détrôné par "meuf".) Est-ce parce qu'il faut la dessaler pour qu'elle soit comestible? Petit salut en passant aux Terre-Neuvas qui ont inspiré tant de romans autrefois.
MULE: une tête de mule, c'est quelqu'un d'entêté. Inutile d'expliquer pourquoi. Ainsi donc on se souviendra de la mémoire de celle du pape qui retarda de longues années sa vengeance mais sut la goûter le moment venu et l'on conviendra qu'il y a peut-être à l'origine de cette histoire une confusion entre l'animal et le chausson douillet et souvent empomponné de rose ou de bleu pâle que portaient autrefois ces dames sous leurs déshabillés froufroutants. Je ne sais pourquoi me vient en tête immédiatement la silhouette et la voix si particulière d'Edwige Feuilllère dans un de ces films où elle joua toujours la bourgeoise femme de banquier prospère (excusez le pléonasme) ou de juge de grande instance. Petit clin d'œil au passé avec cette expression qui sent bon ses années: "A vieille mule, frein doré", que l'on employait pour désigner une vieille femme qui se fardait pour plaire, ou plus généralement pour évoquer tout ce que l'on maquille pour le rendre plus attractif. Il me semble qu'en ce jour de troisième anniversaire, je ne pouvais faire moins que de la ressortir
CHATTE: câline, attentionnée, et je m'arrêterais là, sauf peut-être à évoquer deux d'entre elles qui m'ont particulièrement marqué: l'Anglaise Beauty avec ses Peines de Cœur, d'après une nouvelle de Balzac mise en scène par Alfredo Arias et Marilù Marini, et celle qui se chauffait les pattes Sur un Toit brûlant chez Tennessee Williams d'abord puis chez Richard Brooks.
DINDE: encore un mot féminin, dira Lancelot. Mais qu'y puis-je si la plupart de ces expressions n'existent pas au masculin? Une petite dinde ou une grosse dinde, c'est une femme prétentieuse et surtout idiote. Une cruche, si l'on veut. Étrange comme, en terme de synonymes, on passe d'un monde à l'autre sans sourciller. Je ne peux, en parlant de la dinde, m'empêcher d'évoquer le petit film de Mr. Bean où, en attendant sa dulcinée pour le repas de Noël, il farcit une dinde et se retrouve la tête coincée dans les entrailles du volatile. Je sais, c'est stupide mais ça me fait rire (à condition de ne pas le voir trop souvent).
MAQUEREAU (à rapprocher du suivant): proxénète. Cela s'explique par le fait que ce poisson accompagne les bancs de jeunes harengs. Cela vient peut-être aussi de ce que les proxénètes portaient des costumes sombres à raies blanches (comme la peau des maquereaux). C'est actuellement un des poissons les moins chers. Amédé, lorsqu'il venait à Lyon, m'en préparait toujours un plat, marinés au citron et mis au frais dans la gelée.
MORUE (à rapprocher du précédent): prostituée. (Dans le sens de "femme", il me semble largement détrôné par "meuf".) Est-ce parce qu'il faut la dessaler pour qu'elle soit comestible? Petit salut en passant aux Terre-Neuvas qui ont inspiré tant de romans autrefois.
MULE: une tête de mule, c'est quelqu'un d'entêté. Inutile d'expliquer pourquoi. Ainsi donc on se souviendra de la mémoire de celle du pape qui retarda de longues années sa vengeance mais sut la goûter le moment venu et l'on conviendra qu'il y a peut-être à l'origine de cette histoire une confusion entre l'animal et le chausson douillet et souvent empomponné de rose ou de bleu pâle que portaient autrefois ces dames sous leurs déshabillés froufroutants. Je ne sais pourquoi me vient en tête immédiatement la silhouette et la voix si particulière d'Edwige Feuilllère dans un de ces films où elle joua toujours la bourgeoise femme de banquier prospère (excusez le pléonasme) ou de juge de grande instance. Petit clin d'œil au passé avec cette expression qui sent bon ses années: "A vieille mule, frein doré", que l'on employait pour désigner une vieille femme qui se fardait pour plaire, ou plus généralement pour évoquer tout ce que l'on maquille pour le rendre plus attractif. Il me semble qu'en ce jour de troisième anniversaire, je ne pouvais faire moins que de la ressortir
Inscription à :
Articles (Atom)