Un carton de photographies rempli de mes mimines hier: souvenirs de moments heureux, naissances, mariages, communions, voyages, datant de chaque décennie jusqu'à nous, beaucoup en noir et blanc, avec le bord dentelé, certaines en couleurs que l'orange du temps est venu peu à peu affadir. Des sourires, des costumes du dimanche, des robes d'été, un chien qui gambade, un arbre en fleurs à l'ombre duquel on prend l'apéritif...
En les empilant pour les sauver, j'en regardais quelques-unes et j'ai eu cette impression que tout cela était plus triste que les cimetières où la plupart de ceux qui fixaient l'objectif sont enterrés aujourd'hui. Comment se fait-il que je n'aime pas les photographies de famille ? Chaque fois que j'essaie de me forcer et d'en prendre pour les "grandes occasions", elles sont ratées, ou floues ou mal cadrées. Le premier appareil que j'avais acheté, c'était dans l'idée de faire des portraits en noir et blanc. Je n'en ai jamais pris aucun.
Lorsque, seul à Lyon, je louais une petite chambre anonyme dans une cité universitaire, j'avais accroché à l'un des murs tout ce que j'avais pu emporter de chez mes parents, y compris des clichés d'aïeux que je n'avais jamais connus. Une femme de ménage, en les décollant et en les jetant sur mon lit, m'avait fait comprendre qu'en cité universitaire, à l'époque, on ne devait pas sortir de l'anonymat. Profondément ulcéré à l'époque, je lui donne raison aujourd'hui: il y a bien longtemps que toutes ces têtes un peu figées dans un sourire de circonstance ont été englouties dans un des tiroirs de ma commode. Il n'y a plus aucune photos visibles chez moi, à l'exception de quelques actrices de cinéma italiennes magnétisées sur la porte de mon réfrigérateur.
Les gens m'intéressent, me troublent, me séduisent parce qu'ils sont vivants. Les morts, je n'ai pas besoin de les avoir sous les yeux à chacun de mes mouvements. Je me les reconstruis, à l'intérieur, même si, souvent, la photo finit par être "arrangée".
mardi 30 avril 2013
lundi 29 avril 2013
En caisses
Ce soir, je rentre fourbu. Une nouvelle journée à vider la maison de la tante de Frédéric. Pas de fatigue physique aujourd'hui, c'est autre chose. Nous avons vidé des papiers, entassés depuis des années, parfois triés, parfois en vrac, en faisant attention à ne rien jeter d'important. Ensuite, les deux grands sacs poubelle de 130 litres, pleins à craquer, il faudra les brûler dans le jardin un jour où il fera meilleur.
Je me suis retrouvé quelques années en arrière, quand j'ai dû mettre le nez dans toutes les paperasses qu'avait accumulées Pierre, bien souvent sans raison. Depuis ce jour, je me suis promis que ceux qui viendraient après ma mort n'auraient pas ce boulot ingrat à faire.
Et puis, j'ai pensé à mes livres, sans doute la seule chose que je regretterai (si je suis en "état" de regretter quelque chose!). Que vont-ils devenir ? Je sais que mon neveu a toujours fui devant le plus petit roman qui, par hasard, lui tombait entre les mains. Quant à ma nièce, elle m'est pour ainsi dire trop étrangère pour que je sache quoi que ce soit de ses goûts. Ma sœur lit beaucoup mais que conservera-t-elle si elle me survit ? Je doute que tous les volumes d'auteurs antiques, par exemple, la passionnent.
J'ai eu un moment de grande tristesse en voyant, tout à coup, devant mes yeux, des mains inconnues les prendre en brassées dans mes bibliothèques et les entasser dans des caisses destinées à des brocanteurs ou, plus vraisemblablement, à des œuvres de charité. S'ils peuvent donner du plaisir à d'autres, je n'ai rien contre, bien au contraire. Ce que je n'aime pas penser, c'est que tous seront considérés comme des objets encombrants dont il sera urgent de se débarrasser. Alors que chacun a une histoire, depuis son achat jusqu'à sa lecture, depuis son classement sur les rayons jusqu'au moment où je l'en ressors pour le feuilleter, relire une page marquée, revoir une couverture qui m'avait plu au point de me souvenir presque toujours du lieu et du moment où je m'étais procuré l'ouvrage.
Ce qui me console, c'est qu'une grande part de ce que je suis, je le tiens d'eux, qu'ils m'ont formé (ou déformé) tout aussi sûrement que les événements de la vie quotidienne et que ça, personne ne pourra le mettre en caisses. Peut-être mon cercueil en sera-t-il seulement un peu plus lourd, et encore...
Je me suis retrouvé quelques années en arrière, quand j'ai dû mettre le nez dans toutes les paperasses qu'avait accumulées Pierre, bien souvent sans raison. Depuis ce jour, je me suis promis que ceux qui viendraient après ma mort n'auraient pas ce boulot ingrat à faire.
Et puis, j'ai pensé à mes livres, sans doute la seule chose que je regretterai (si je suis en "état" de regretter quelque chose!). Que vont-ils devenir ? Je sais que mon neveu a toujours fui devant le plus petit roman qui, par hasard, lui tombait entre les mains. Quant à ma nièce, elle m'est pour ainsi dire trop étrangère pour que je sache quoi que ce soit de ses goûts. Ma sœur lit beaucoup mais que conservera-t-elle si elle me survit ? Je doute que tous les volumes d'auteurs antiques, par exemple, la passionnent.
J'ai eu un moment de grande tristesse en voyant, tout à coup, devant mes yeux, des mains inconnues les prendre en brassées dans mes bibliothèques et les entasser dans des caisses destinées à des brocanteurs ou, plus vraisemblablement, à des œuvres de charité. S'ils peuvent donner du plaisir à d'autres, je n'ai rien contre, bien au contraire. Ce que je n'aime pas penser, c'est que tous seront considérés comme des objets encombrants dont il sera urgent de se débarrasser. Alors que chacun a une histoire, depuis son achat jusqu'à sa lecture, depuis son classement sur les rayons jusqu'au moment où je l'en ressors pour le feuilleter, relire une page marquée, revoir une couverture qui m'avait plu au point de me souvenir presque toujours du lieu et du moment où je m'étais procuré l'ouvrage.
Ce qui me console, c'est qu'une grande part de ce que je suis, je le tiens d'eux, qu'ils m'ont formé (ou déformé) tout aussi sûrement que les événements de la vie quotidienne et que ça, personne ne pourra le mettre en caisses. Peut-être mon cercueil en sera-t-il seulement un peu plus lourd, et encore...
dimanche 28 avril 2013
La bien bonne du dimanche
Encore une du Marquis, celui qui sait tout et qui en boit encore davantage:
"Jésus était arachnéen! C'est la langue qu'il parlait et qui a disparu aujourd'hui!"
"Jésus était arachnéen! C'est la langue qu'il parlait et qui a disparu aujourd'hui!"
vendredi 26 avril 2013
Le poste à galène
Je rencontre souvent, dans l'immense parking souterrain où je gare ma voiture, un homme d'une petite cinquantaine d'années en train de bricoler devant son box ouvert. Il répare des vélos anciens dont il semble faire une collection. Il ne pouvait pas ne pas arriver qu'au delà du simple bonjour de politesse, nous n'engagions un jour une discussion plus fournie.
C'est un passionné de cyclisme, prêt à passer des heures pour récurer une pièce encrassée ou redresser un mécanisme abîmé. Mais, l'autre jour, ce qui a retenu davantage mon attention, ce n'est pas ce qu'il me disait (je ne connais rien aux vélos) mais ce que je voyais sur une étagère de son box: un vieux poste radio en bois, carré, massif, un modèle des années quarantaine sans doute, à galène. Lorsqu'il était enfant, me dit cet homme, il écoutait la radio sur ce poste, dans la maison familiale en l'île de Jersey.
La voisine de ma grand-mère, prénommée Victoire, en possédait également un lorsque j'étais élevé par mon aïeule , et je me souviens encore de la fascination qu'il exerçait sur moi chaque fois que j'avais la chance d'apparaître à un moment où il fonctionnait. Il m'arrivait même de demander à Victoire de l'allumer, non que je m'intéresse à cet âge-là aux informations ni à la musique qu'il diffusait mais parce que son gros œil bleu m'attirait comme s'il était doté d'un pouvoir magique. Je le fixais attentivement pendant de longues minutes, essayant d'entrer dans cette pupille énorme, de voir ce qu'il y avait derrière, quel monstre bleuté qui ne me faisait pas peur, bien au contraire. Parfois, j'avais l'impression d'y parvenir et me retrouver emporté dans l’œil d'un cyclone comme la Dorothée du Magicien d'Oz.
Quand l'instrument était muet et froid, je m'installais tout de même devant et lisais soigneusement les noms des villes inscrits sur la plaque de verre qui barrait l'écran: je ne savais pas où se situaient ces stations mais leurs noms me faisaient rêver. L'un d'entre eux, en particulier, était mon préféré: Sottens. Pourquoi celui-ci ? Parce qu'il avait une sonorité qui me plaisait, à la fois douce, mystérieuse et aux multiples possibilités de prononciation. Je sais aujourd'hui que Sottens est un ville du canton de Vaud, en Suisse. Mais lorsque je l'ai revu, l'autre soir, j'ai encore éprouvé cette même sensation de bien-être et de sérénité.
(C'est ton dernier billet, Plume, qui m'a remémoré ce souvenir. Merci à toi!)
C'est un passionné de cyclisme, prêt à passer des heures pour récurer une pièce encrassée ou redresser un mécanisme abîmé. Mais, l'autre jour, ce qui a retenu davantage mon attention, ce n'est pas ce qu'il me disait (je ne connais rien aux vélos) mais ce que je voyais sur une étagère de son box: un vieux poste radio en bois, carré, massif, un modèle des années quarantaine sans doute, à galène. Lorsqu'il était enfant, me dit cet homme, il écoutait la radio sur ce poste, dans la maison familiale en l'île de Jersey.
La voisine de ma grand-mère, prénommée Victoire, en possédait également un lorsque j'étais élevé par mon aïeule , et je me souviens encore de la fascination qu'il exerçait sur moi chaque fois que j'avais la chance d'apparaître à un moment où il fonctionnait. Il m'arrivait même de demander à Victoire de l'allumer, non que je m'intéresse à cet âge-là aux informations ni à la musique qu'il diffusait mais parce que son gros œil bleu m'attirait comme s'il était doté d'un pouvoir magique. Je le fixais attentivement pendant de longues minutes, essayant d'entrer dans cette pupille énorme, de voir ce qu'il y avait derrière, quel monstre bleuté qui ne me faisait pas peur, bien au contraire. Parfois, j'avais l'impression d'y parvenir et me retrouver emporté dans l’œil d'un cyclone comme la Dorothée du Magicien d'Oz.
Quand l'instrument était muet et froid, je m'installais tout de même devant et lisais soigneusement les noms des villes inscrits sur la plaque de verre qui barrait l'écran: je ne savais pas où se situaient ces stations mais leurs noms me faisaient rêver. L'un d'entre eux, en particulier, était mon préféré: Sottens. Pourquoi celui-ci ? Parce qu'il avait une sonorité qui me plaisait, à la fois douce, mystérieuse et aux multiples possibilités de prononciation. Je sais aujourd'hui que Sottens est un ville du canton de Vaud, en Suisse. Mais lorsque je l'ai revu, l'autre soir, j'ai encore éprouvé cette même sensation de bien-être et de sérénité.
(C'est ton dernier billet, Plume, qui m'a remémoré ce souvenir. Merci à toi!)
jeudi 25 avril 2013
De la nostalgie, M'sieurs-Dames (1)
Allez, une nouvelle série! Des tubes des années lointaines où j'étais (plus) jeune, des musiques, des voix qui chantaient dans la radio ou sur les vinyles de l'époque, pas forcément des chefs-d’œuvre, pas forcément des textes profonds. Juste des choses que j'ai aimées.
The Mamas § the Papas: California Dreamin' (1965)
The Mamas § the Papas: California Dreamin' (1965)
Momentini
- Marie-Claire vient de m'appeler. Aujourd'hui, c'est la Saint-Marc. Délicate attention. Souvenir. Il y a tout juste un an, nous dînions ensemble à La Tassée. Pourquoi pas, chaque année, fêter ce jour, comme une revanche ironique sur les espérances déçues? Après tout, nous le valons bien!
- Le dernier roman de John Irving vient de sortir en France. Combien de temps avant le poche ? J'attendrai.
- Monsieur de La Palice n'est pas mort! Dialogue à la récupération de ma voiture au garage, lundi :
- Qu'est-ce que vous avez fait?
- On l'a réparée!
- Toujours sidéré par la nuance de vert de la Loire du sud, dans la région de Saint-Étienne: un vert acide que je n'ai jamais vu ailleurs, acide comme le jaune des fleurs de colza (enfin, je me comprends). Je l'ai sans doute déjà dit, mais je le dis encore. Il faudrait que Gilles aille y faire un tour, pour ses tableaux.
- A tous les hommes qui ont un problème avec leur prostate: mettez-vous au soleil! Le manque de vitamine D favoriserait le développement de ce cancer.
- Deux mots entendus aujourd'hui à la radio, et qui me font rêver: échauguette et escarbille.
- Le dernier roman de John Irving vient de sortir en France. Combien de temps avant le poche ? J'attendrai.
- Monsieur de La Palice n'est pas mort! Dialogue à la récupération de ma voiture au garage, lundi :
- Qu'est-ce que vous avez fait?
- On l'a réparée!
- Toujours sidéré par la nuance de vert de la Loire du sud, dans la région de Saint-Étienne: un vert acide que je n'ai jamais vu ailleurs, acide comme le jaune des fleurs de colza (enfin, je me comprends). Je l'ai sans doute déjà dit, mais je le dis encore. Il faudrait que Gilles aille y faire un tour, pour ses tableaux.
- A tous les hommes qui ont un problème avec leur prostate: mettez-vous au soleil! Le manque de vitamine D favoriserait le développement de ce cancer.
- Deux mots entendus aujourd'hui à la radio, et qui me font rêver: échauguette et escarbille.
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Encore un! Cet après-midi, le temps était splendide sur l'autoroute. Comment imaginer que l'on se rend à un enterrement? J'ai trouvé sans trop de difficultés cette petite église de la vallée du Gier, au pied des contreforts du Pilat, là où la nature est si belle. Une église sans prétention au milieu de maisons sans prétention. Il y avait foule autour du cercueil pour rendre un dernier hommage à la cousine de ma mère: des gens marqués, comme le sol qu'ils piétinent, par des années, des décennies, des siècles, de travail très dur, dans les mines ou les aciéries, des visages creusés de vieux avant l'âge et dont même les enfants portent les stigmates. Des "gueules" émouvantes d'ouvriers, croyants encore, croyants toujours malgré une vie de souffrance. Des gens chantants, des gens souriants, des humains. Rien que pour cela, je n'ai pas regretté d'avoir fait le déplacement.
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