mercredi 3 juin 2009

Juste un mot

Rien ce soir sur les rives du Potomac? Mais que se passe-t-il? Que fait Calystee?

Il bavarde, il bavarde avec un autre bavard, et ce n'est pas désagréable, loin de là. Alors forcément, le temps de l'écriture est un peu limité, et le sera encore davantage quand les deux bavards vont se rencontrer ce week-end. Probablement trois jours sans billets! Vais-je tenir le coup?

Mais pour les plus curieux, vous avez un petit moment de ma journée raconté chez mon ami Tef. Oui, oui, son blog a repris une activité plus régulière. Pour moi, ce soir, ce sera tout. Il faut tout de même que je dorme, de temps en temps.
PS. Ne rêvez pas: l'activité plus fatigante dont parle Tef pour moi en fin d'après-midi était de la course à pied. Promis, juré!

mardi 2 juin 2009

C'est quoi, le bonheur?

C'est quoi, le bonheur? Une clope, un café bien tassé, entre ombre et soleil, à la pause? Une concomitance des corps, assis sur un banc, sans qu'il soit besoin de parler? Écouter le chant des oiseaux tout près, au dessus de la tête, et les rumeurs de la ville au loin avec parfois le bruit d'un train entrant en gare? Le meuglement des sirènes qui martèle le temps un mercredi par mois? Le souvenir de tous ces riens, qui firent la journée, le soir, en s'apaisant?

Instants, petits moments, rayons inattendus, sourires et regards, parfois figés sur le papier? Éraillement d'une voix inconnue qui fait se retourner, nuque à renverser de tendresse, chaleur sur la peau, comme une louange? Trois notes d'une musique dont on inventera la suite, parfum d'une inconnue qui vous replonge en enfance, à l'école, quand la maîtresse sentait bon? Le souvenir de tous ces riens, qui firent la journée, le soir, en s'apaisant?

La fierté d'un élève qui a bien répondu, le plaisir d'un repas que l'on va partager, les yeux qui interrogent bien au-delà des mots? La chair qui s'abandonne et celle qui offre tout, les matins de fraîcheur, seul sur son oreiller, les soirs d'intensité à quémander la main? La goutte qui prévient que l'ondée sera froide, les photos réussies et celles que l'on aime? Le souvenir de tous ces riens, qui firent la journée, le soir, en s'apaisant?

Retrouver une rime après trente ans passés, imaginer demain et l'attendre confiant, dire deux mots de prière devant une lavande? Voir sourire la malade qui oublie où elle est, s'entendre travailler et trouver qu'on est bon, enfourcher un vélo, goûter le frais du vent? Ne plus trouver quoi dire et se sentir compris, croire en tout amour humain, y croire et le vouloir? Le souvenir de tous ces riens, qui firent la journée, le soir, en s'apaisant?

C'est quoi, le bonheur? Peut-être écrire sa question et savoir que l'on a déjà sa réponse. Pour un moment.

lundi 1 juin 2009

Deux pensées

Avant d'aller dormir, deux pensées de l'abbé Pierre, tirées de l'éphéméride posé sur la table de la chambre de ma mère, à la clinique.

La première, sublime de concision: "La fraternité n'est pas autre chose qu'un éblouissement partagé."

Et la seconde, qui semble bien d'actualité: " Qu'on ne me dise pas avec fatalité que la domination des plus riches sur les plus faibles se justifie par la loi naturelle. Si l'homme est un animal doué de raison, c'est qu'il peut maîtriser ses instincts."

Mes hommes.- 2: de la grande muette.

Lui, je ne l'ai jamais oublié. Rencontré au même endroit, exactement que le précédant et que J. Un endroit magique? Pourtant rien de particulier dans ce parterre de fleurs et cette pelouse parfois jaunissante qui encerclent la statue de De Boissieu, le célèbre botaniste, au parc de la Tête d'Or.

Ce qui m'avait frappé d'abord, c'est son aspect très dur, silhouette sans un pouce de graisse, cheveu court, en brosse, visage fin et "serré" et aucun sourire aux lèvres qu'il tenait hermétiquement closes comme s'il redoutait de mordre. Il n'était pas très grand mais avait la beauté d'un modèle plus élancé, un peu comme un bonsaï reproduit dans ses proportions plus réduites l'arbre de dimensions classiques. Il n'était pas petit non plus. Tout juste parfait dans les proportions.

Comment aborder une telle bête, si belle et si fière? C'est lui qui fit le premier pas. Sans doute ma jeunesse d'alors (je devais avoir tout au plus vingt-cinq ans) réussit-elle à le convaincre. A moins que ce ne soit la feinte indifférence que je jouais à quelques pas de lui alors que je bouillais à l'intérieur. Un premier pas un peu brusque et froid, comme un reproche, mais un premier pas tout de même. C'est à ce moment-là que j'ai remarqué ces yeux, en harmonie parfaite avec le personnage: des yeux d'un bleu de glace, comme on en voit sur les sommets quand le soleil brille sur les névés. Un bleu à vous pétrifier, qui avait dû en intimider plus d'un, en refroidir bon nombre. A moi, il ne fit rien de cela. Je le trouvais beau, simplement, et il l'était.

Il m'emmena chez lui, tout près d'un centre de recrutement des armées, et ce chemin jusqu'à sa chambre, je le fis maintes fois ensuite, seul, sans besoin de guide, sans me tromper. Il ne se dérida pas pendant le trajet. D'ailleurs, n'avions-nous pas chacun notre voiture. Quoi qu'il en soit, l'individu sur le palier était le même que celui du parc, sans un sourire de plus, sans un signe d'une quelconque attirance. Mais lorsque nous nous retrouvâmes près du lit, la froideur se transforma en ouragan, d'une virilité incroyable, presque violente et pourtant pas.

J'ai tout de suite adhéré à sa façon de faire. Elle me convenait et retrouvait la mienne propre, celle de ma vraie nature. Nous étions à la fois semblables et complémentaires, on aurait dit que nos deux corps se connaissaient depuis longtemps et qu'ils savaient comment se faire plaisir, comme se faire geindre ou sourire. Car il sourit alors, et quel sourire! Il me remerciait: il m'avait testé et j'avais réussi l'épreuve. Ce qu'il voulait, c'était un homme dans son lit, pas quelqu'un prêt à n'importe quel compromis pour se "faire" un si beau spécimen. Visiblement, j'avais réussi l'examen de passage.

J'eus donc plusieurs fois pour moi seul ce grand aryen dans son lit. Caresser ce corps parfait, ces muscles allongés et gracieux, ce ventre plat, ce sexe vivant, embrasser ce marbre qui pour moi prenait vie, sentir son odeur légère, me dire que j'avais là sans doute un des plus beaux mâles de la place de Lyon, et recevoir de lui l'identique de mes caresses et de mes recherches hasardeuses ou conquérantes, ce bonheur-là peut-être en ai-je plus conscience aujourd'hui qu'au moment où je le vivais, tant on finit dans la vraie vie par trouver normal ce qui nous a semblé au départ extraordinaire.

A aucun moment, notre désir réciproque ne faiblit. Nous arrêtions parfois nos joutes érotiques pour parler un moment. J'en sus ainsi un peu sur lui, des anecdotes, par exemple le fait qu'il ait travaillé un temps pour Mireille, celle du Petit Conservatoire, et qu'il ne l'ait pas du tout appréciée. Mais il resta toujours assez vague sur ce qu'il était réellement. Cela me convenait d'ailleurs. C'est un trait caractéristique du monde homosexuel, un que j'apprécie, que de ne pas avoir besoin de certificat de naissance ni de curriculum vitae pour être bien, un moment ou plus longtemps, avec quelqu'un.

Un jour, il me dit qu'il allait déménager. Je ne lui ai pas demandé sa nouvelle adresse, dans une autre ville. Il n'a pas proposé de me la donner. Cette histoire avait été belle ainsi, comme une parenthèse qu'il fallait ne pas oublier de refermer si l'on ne voulait pas en perdre au vent tout le fragile contenu. Il disparut donc de ma vie. Je sus plus tard de façon presque certaine qu'il était militaire, gradé, et que son "déménagement" devait en fait être dû à une autre affectation.

Je ne sais plus son prénom, mais mettez-moi en face de lui dans la rue, et je vous dirai: c'est lui. Il m'appelait "son petit soldat". Moi seul (et lui), je sais pourquoi.

dimanche 31 mai 2009

Un vieux pachyderme

Il est vieux, très vieux sans doute. Il s'installe toujours au même endroit, face au lac, le vélo appuyé contre un arbuste qui le masque du chemin. Il se déplace avec tout ce qu'il lui faut: tapis de sol, serviette de bain, panier pique-nique, bouteille d'eau fraîche, lecture, journaux.

Il doit faire cela depuis des années. Lorsque je viens en fin de matinée, il est déjà installé. Je l'ai vu partir l'autre jour vers cinq heures. Je l'ai aperçu plus tard sur son vélo, sur la piste cyclable quand elle borde la route au pont de Croix-Luizet.

Sa peau est parcheminée, on dirait celle d'un pachyderme, d'une couleur uniformément caramel, pendante comme les seins d'une vieille africaine que j'avais aperçue au Togo essayant d'occuper un bébé avec ces tétines effondrées. Il lui reste quelques cheveux vaguement roux tout autour de la tête. Son visage aussi semble attiré peu à peu vers le sol, ainsi que ses fesses qui n'ont plus rien d'érotique. Il s'apparente au pachyderme également par ses oreilles, qu'il a grandes et très découpées et peut-être (mais je n'ai jamais observé de si près un éléphant) par son sexe long et ses testicules chauves qui accompagnent et précèdent son mouvement vers le bas.

Beaucoup le saluent en passant, quelques-uns s'arrêtent pour échanger deux ou trois propos civils. Je ne l'ai jamais vu occupé à autre chose qu'à sa lecture ou à prendre le soleil. Jamais de gestes équivoques, jamais de tentative d'approche. Je me place souvent non loin de lui quand je vais au lac, sûr d'avoir un voisin à ma convenance, c'est à dire discret et tranquille.

J'ai voulu savoir quelle lecture, en dehors des journaux locaux, il apportait pour accompagner ses longues heures de farniente. Je me suis penché un peu et j'ai vu: le Manuel d'Epictète. Je pense, à le regarder vivre au bord de ce lac, qu'il doit en appliquer les sentences.

Cache-sexes

Ce matin, à la radio (France Inter, évidemment), capté un petit morceau d'émission sur les réserves du Musée du Quai Branly, à Paris.

Le responsable interviewé présentait certains objets, dont, chose rare, des cache-sexes amérindiens datant de la découverte du Nouveau Monde, ou peu s'en faut.

Les amérindiens, à qui les conquérants offraient des perles de pacotille en échange de leur or et de leur nourriture, s'en étaient fait des cache-sexes. Des cache-sexes en perles de pacotille. Il y aurait beaucoup à analyser pour un historien ou un sociologue, entre foutage de gueule pur et simple de leur part ou intégration obligée, mais embellie, de la pudibonderie bondieusarde de l'Europe occidentale.

Zigzags

Si la matinée d'hier fut sous le signe de l'harmonie, il n'en fut pas de même l'après-midi.

Ma mère ne pouvant plus que très difficilement faire la sieste dans les anciens fauteuils de son salon, trop bas d'assise et trop profonds, je m'étais mis en chasse d'une chaise à accoudoirs confortables et à dossier haut, où l'on puisse appuyer la tête. Ma sœur m'avait indiqué une piste à Castorama mais le fauteuil en question ne pouvait convenir.

Pendant que j'étais, mercredi après-midi, dans cette zone de la banlieue est de Lyon où se concentrent moult grandes surfaces alimentaires ou sportives et tout aussi moult magasins de meubles et de bricolage, je prospectai donc plusieurs autres enseignes et finis par trouver mon bonheur chez Ikea: la hauteur, la profondeur, l'assise, l'aspect robuste, tout convenait. Mais, mais, mais, il ne restait que le modèle d'exposition et l'on ne voulut pas me le céder. Il fallut donc reprendre la route de cette banlieue sinistre hier après-midi, une fois vérifié l'arrivage d'un nouveau stock. J'étais cependant surpris que, sur Internet, le prix indiqué soit de vingt euros supérieur à celui affiché deux jours plus tôt en magasin. Bien décidé à en faire la remarque, je tombai sur un vendeur très attentif et aimable qui, heureusement, me confirma l'ancien prix et m'indiqua où je pouvais retirer le meuble.

Et c'est là que les choses se sont singulièrement gâtées. La partie exposition du magasin est à l'extrémité sud, et la partie self-service bien sûr à l'extrémité nord. Ce n'est pas ce qui m'aurait fait peur. Non, j'ai été exaspéré par la configuration même dudit magasin. Pas de ligne droite du sud au nord, obligation de zigzaguer sans cesse, de passer devant tous les rayons,de s'arrêter parce que bouchon devant promotions "exceptionnelles", de voir tout ce que le magasin propose à l'œil concupiscent du consommateur moyen un samedi après-midi. Et une fois arrivé à une sorte d'entrepôt, s'entendre dire par un jeune con, parce qu'on ne trouve pas le produit, que les numéros d'allées sont indiqués au-dessus de chacune d'entre celles et qu'il ne reste plus qu'à lever la tête.

Il restait aussi à tenter de saisir le fauteuil en kit sans faire tomber le reste de la pile, à le transporter, et il n'est pas léger, par ses propres moyens jusqu'à la caisse la plus proche (c'est un euphémisme), à exercer son ironie naturelle rien qu'à l'intérieur de soi en lisant que le magasin s'engageait à ce qu'il n'y ait pas plus de trois clients en attente à chaque caisse alors que nous étions douze à celle que j'avais choisie, à enfin regagner son véhicule où l'on découvre que quelqu'un d'honnête mais se trompant de voiture, tente vainement de l'ouvrir et ne comprend pas du tout, mais pas du tout, l'humour que vous employez pour le lui faire remarquer (c'était d'ailleurs la deuxième fois de la journée, la première juste après l'épisode du triathlonien), à chercher au milieu de centaines de véhicules où pouvait bien se cacher la sortie en direction de Lyon et à se glisser, presque avec soulagement, dans le flot des voitures entrant dans la ville en ce début de soirée.

J'en connais une qui n'aura jamais conscience de l'épreuve endurée pour que ses fesses soient confortablement installées. Si ce genre de meuble n'était pas si difficile à dénicher, j'aurais d'ailleurs laissé tomber en cours de route. Avant de la reprendre, cette route, je me suis défoulé en faisant quelques photos de ce qui constitue la sortie traditionnelle du samedi après-midi en famille. Nous vivons une époque moderne!

P.S.: J'avais ressenti la même impression d'être pris pour un gogo aux Musées du Vatican, il y a quelques années, quand j'avais voulu accéder à la Chapelle Sixtine!