mardi 5 avril 2016

Le crêt

Il y avait deux hauteurs dans le hameau de mon enfance : l'un, le terril, fabriqué de mains d'hommes, sur lequel il nous était interdit de monter et que nous escaladions pourtant , un peu pour se faire peur, surtout pour braver l'interdiction. L'autre était le Crêt qui séparait mon hameau du village.

La pente en était raide, surtout pour mes jambes de gamin lorsqu'il fallait, le dimanche matin, parcourir à jeun les quatre kilomètres qui nous séparaient de l'église. Ma grand-mère maternelle m'accompagnait ce jour-là mais il fallait, dans la semaine, aller à confesse, et là, j'étais seul. Parfois, Yvon faisait le chemin avec moi et nous en profitions, une fois la pente bordée de champs ou de cultures avalée, pour nous aventurer un peu dans les bois qui occupaient le sommet.

De là-haut, je voyais le hameau, pauvres maisons de mineurs qui sont toujours là aujourd'hui, envahies de constructions nouvelles remplaçant les champs anciens. Je voyais la ferme de ma grand-mère paternelle, où je vécus ensuite, un peu isolée, un peu rude, comme les fermes de cette région, dominée par le cône du terril.

L'été, il y faisait chaud, aucun arbre avant le sommet. L'hiver, on y avait très froid. Ma mère nous glissait de vieux journaux entre le maillot de corps et la chemise, pour couper la bise et il fallait aussi enfiler des gants et un bonnet, ce dont j'ai toujours eu horreur. Parfois, les congères, au bord de la route, étaient plus hautes que nous. Alors le hameau disparaissait  et nous ne voyions plus que les murs de neige et, dépassant devant nous, la cime des sapins et des châtaigniers.

Ma mère avant moi avait aussi, enfant, emprunté cette route, deux fois par jour, pour se rendre à l'école libre où l'avait inscrite ma grand-mère et où on l'acceptait, malgré sa pauvreté, contre quelques travaux fatigants. A elle le lessivage des parquets, à genoux sur le sol rugueux, comme dans la toile de Caillebotte. Malgré sa foi profonde, elle m'avait inscrit, moi, à la laïque, qui se trouvait au bout du hameau, à l'opposé de la ferme.

Quand je me rends aujourd'hui sur la tombe familiale, je rentre toujours par cette route, même si elle me détourne un peu. Parfois, j'arrête la voiture sur le crêt et je retrouve ce paysage qui fut devant mes yeux pendant de nombreuses années. La ferme a disparu, les prés de ma grand-mère, en contrebas de la route, comblés et remplacés par un terrain de sports, ceux du haut intacts où se profilent encore les trois poiriers qui en marquent la limite et où nous disputions les fruits aux guêpes. Le terril n'a pas bougé mais il ne me fait plus peur, comme si, en vieillissant, il s'était un peu tassé, il avait pris du ventre.

Je ne reste pas longtemps. Ce paysage ne m'est plus rien, pas plus que celui vu dans mon enfance. Le seul, réel à mes yeux, vivant, plein du bruit des insectes, de la fuite des vipères dans les buissons de mûres, du braiement d'un âne qui a soif, de l'odeur du sureau noir, de la putréfaction des feuilles de peupliers, du crissement de la neige sous nos pas, celui-ci est ici, dans mon souvenir.

Le Chuchoteur

Des petites filles disparaissent. Cinq au début du roman, et l'on apprendra bientôt qu'une sixième a aussi été enlevée. Mais, contrairement à ce qui se passe d'ordinaire dans ce genre d'affaires, le mystère ne vient pas de leurs disparitions successives mais bien plutôt de leurs réapparitions successives, toutes mortes, avec le bras gauche en moins.

Un criminologue et son équipe ainsi qu'une experte en affaires d'enlèvement enquêtent sur ces réapparitions qui semblent, chaque fois, les mener sur la trace de dangereux individus à qui l'horreur ne fait pas peur.

Donato Carrisi, l'auteur de ce thriller inspiré de faits réels, ne fait pas dans la dentelle mais son art de raconter fait tout passer. Intrigue très bien maîtrisée et grande maestria pour distiller l'angoisse. C'est peu dire que je n'ai guère lâché ce livre pendant quelques nuits qui s'en sont trouvées singulièrement écourtées.
(Donato Carrisi, Le Chuchoteur. Ed. Calmann-Lévy. Trad. de Anaïs Bokobza.)

lundi 4 avril 2016

Repas des vieux

C'était hier. Nous étions neuf. Comme d'habitude, gibier (civet de lièvre) et cochonnailles. Pourtant, quelque chose n'était pas tout à fait comme d'habitude : il en manquait deux, Janette et Janine, parties rejoindre leurs ancêtres. Et même si la journée fut agréable et enjouée, il m'a semblé parfois que le vide était là.

 Les Dupond(t) étaient présents : l'un pérorant comme à l’accoutumé, l'autre buvant à satiété et riant gras. Jean-Claude se taisait, comme toujours. Frédéric pensait à sa reprise du travail aujourd'hui, à la fois content et anxieux, me semble-t-il. Mimi trônait en tête de table. Elle avait fait un effort, en allant chez le coiffeur et en se rasant la moustache. Colette faisait déjà des projets de voyages et de repas futurs. Lucienne, qui recevait, avait, comme chaque fois, perdu la tête : où est mon plat long ? Mon lave-vaisselle est plein, je ne sais plus comment le mettre en route.... Louis, son vieil amant, jouait au maître de maison, mais avec plus d'humanité qu'autrefois : ses récents problèmes de santé l'ont un peu humanisé. Il a enfin compris qu'il n'était pas immortel.

Et moi ? Moi, j'observais, sans oublier de boire un petit coup. (En ce qui concerne la police de ce billet, un peu plus grande que d'habitude, ce n'est pas que ma vue a baissé par contamination ! C'est mon ordinateur qui fait des siennes et refuse de m'obéir !)

Comment faire du nouveau avec de l'ancien?

Découvert aujourd'hui ce groupe allemand et sa chanson d'amour (?) chantée à l'ancienne. Mais dans quelle langue ?



Mais oui, en latin ! Bon, même en latin, je ne suis pas transporté !

samedi 2 avril 2016

Résultat de recherche d'images pour "dessins de poisson d'avril"

Désolé pour ceux qui ont mordu à l'hameçon ! J'ai un peu honte de vous avoir fait croire que mes voisins allaient être remplacés par une famille nombreuse. Il n'en est heureusement rien, enfin pas que je sache. A ma décharge, j'ai essayé de vous mettre sur la voie avec la fausse Barbara. Mais, sauf Karagar qui préfère les manières expéditives, vous avez eu la bonté d'essayer de me consoler. Ceci dit, si c'était vrai, je serais vraiment contrarié !

vendredi 1 avril 2016

Imitation

Juste pour tenter de retrouver le moral !

Les locataires

Je m'apprêtais à concocter un petit billet poisson d'avril mais je n'y ai vraiment pas le cœur. J'ai aujourd'hui appris une nouvelle qui m'a fichu en l'air la journée.

Mon voisin du dessus, ce matin, m'a apporté les documents de la régie concernant l'état des comptes de la copropriété en vue de la prochaine assemblée générale du mois de mai. Et, en partant, il m'a prévenu que lui et sa femme allaient s'installer définitivement dans leur maison de campagne ardéchoise et que, pour leur appartement, ils avaient trouvé des locataires : une famille avec cinq enfants !

Bien sûr, je me suis parfois plaint du côté réfrigérant de cet homme, qui peut passer à vos côtés sans même vous saluer, alors que nous sommes voisins depuis plus de vingt ans, qui, chaque nuit, se lève à deux heures du matin pour se rendre aux toilettes et, bien sûr, n'oublie pas de tirer la chasse d'eau et d'utiliser bruyamment la balayette. Bien sûr, j'ai un jour créé entre nous un léger froid en demandant à sa femme, un peu simplette, ce qu'il pouvait avoir aux pieds pour que je le suive à la trace à chacun de ses placements au-dessus de ma tête.

Mais il avait l'avantage, en tant qu'ancien huissier, de s'y connaître un peu en paperasses et de parfaitement jouer son rôle comme président du syndic, m'évitant ainsi de m'investir trop dans ce boulot qui m'ennuie profondément et qui risque, maintenant, de me retomber dessus.

Et puis, rien qu'à penser aux cinq gosses qui vont bientôt batifoler là-haut, j'en ai des frissons d'angoisse ! Ça joue, les gosses, ça court dans tous les coins en hurlant, ça va à l'école et ça se lève tôt. Finies mes grasses matinées pour récupérer des couchers trop tardifs !

J'ai téléphoné à ma vieille voisine pour lui annoncer la nouvelle. Elle, ce qui la met hors d'elle, c'est "qu'il n'y a jamais eu un seul enfant dans l'immeuble" ! Elle imagine déjà les papiers de bonbons dans la cage d'escalier, les parties de skate ou de ballon dans la cour, les carreaux fracassés, les plantes martyrisées. Bref, l'apocalypse !

J'ai failli demander au voisin s'il me faisait une blague puisque nous sommes le 1er avril mais, vus sa tête et son caractère, j'en doute fortement. J'ai préféré me taire. Et le pire, c'est que je ne peux rien faire, à part devenir sourd, et rapidement !