Arletty (1898-1992)
vendredi 6 juin 2014
mercredi 4 juin 2014
Ecoute la pluie
Elle, Michèle Lesbre, je ne la connaissais pas avant de la voir à la Grande Librairie, un jeudi soir où elle m'avait fait forte impression. Elle y parlait de ce livre, Écoute la pluie, en des termes qui ne pouvaient qu'émouvoir.
Las, l'ouvrage, paru dans une petite maison d'édition, me parut trop cher pour sa petite centaine de pages. En attendant qu'il paraisse en poches, j'en ai lu un autre, du même auteur : La Petite Trotteuse, qui m'avait touché.
Écoute la pluie est maintenant sorti en poches. Ce roman correspond parfaitement à l'image que je m'étais faite de celle qui l'a écrit. A partir d'un fait-divers tragique, un vieillard qui se jette sous la rame de métro après lui avoir souri, Michèle Lesbre raconte sa nuit d'errance dans la ville, à la recherche d'un calme mis à mal et analysant sa relation avec son compagnon du moment.
Petit livre nostalgique et doux, rarement dur malgré ce qu'il aborde, au style lisse, sans effet littéraire recherché, il était le bienvenu après le bruit et la fureur du précédent que je venais de terminer.
( Michèle Lesbre, Écoute la pluie. Ed. Gallimard.)
Las, l'ouvrage, paru dans une petite maison d'édition, me parut trop cher pour sa petite centaine de pages. En attendant qu'il paraisse en poches, j'en ai lu un autre, du même auteur : La Petite Trotteuse, qui m'avait touché.
Écoute la pluie est maintenant sorti en poches. Ce roman correspond parfaitement à l'image que je m'étais faite de celle qui l'a écrit. A partir d'un fait-divers tragique, un vieillard qui se jette sous la rame de métro après lui avoir souri, Michèle Lesbre raconte sa nuit d'errance dans la ville, à la recherche d'un calme mis à mal et analysant sa relation avec son compagnon du moment.
Petit livre nostalgique et doux, rarement dur malgré ce qu'il aborde, au style lisse, sans effet littéraire recherché, il était le bienvenu après le bruit et la fureur du précédent que je venais de terminer.
( Michèle Lesbre, Écoute la pluie. Ed. Gallimard.)
lundi 2 juin 2014
Momentini
- Rempoté quelques plantes qui végétaient ces derniers temps, dont une fougère, la seule que j'aie pu garder si longtemps, et un lierre qui, comme le précédant qui gela un hiver, n'avait plus que des racines dans le pot.
- Ce soir, à la télévision, Le Juge et l'assassin, de Bertrand Tavernier, et Orfeo negro, de Marcel Camus. Cruel dilemme, quant au choix.
- Rencontré hier dans la rue une des anciennes voisines, de mon appartement précédant. Une infirmière à la retraite qui m'a appris le décès de son mari médecin. Nul n'est à l'abri. C'étaient des gens bien dans le profil, à l'époque, de cet immeuble des beaux quartiers : charmants mais discrets et réservés. Ensuite sont venus les nouveaux riches, et je suis parti.
- L'hortensia de la cour, sectionné à la base par un habitant de l'allée à côté, repart. Mais sans doute pas de fleurs cette année.
- Ma mère est tombée de son fauteuil roulant hier, alors que sa "dame de compagnie" la promenait dans le parc. Une plaie entre les deux yeux, là où les lunettes ont tapé, et une autre sur le nez. Encore un bel hématome en perspective, mais rien de cassé. Il était bon, le matériel, à cette époque !
- Ce soir, à la télévision, Le Juge et l'assassin, de Bertrand Tavernier, et Orfeo negro, de Marcel Camus. Cruel dilemme, quant au choix.
- Rencontré hier dans la rue une des anciennes voisines, de mon appartement précédant. Une infirmière à la retraite qui m'a appris le décès de son mari médecin. Nul n'est à l'abri. C'étaient des gens bien dans le profil, à l'époque, de cet immeuble des beaux quartiers : charmants mais discrets et réservés. Ensuite sont venus les nouveaux riches, et je suis parti.
- L'hortensia de la cour, sectionné à la base par un habitant de l'allée à côté, repart. Mais sans doute pas de fleurs cette année.
- Ma mère est tombée de son fauteuil roulant hier, alors que sa "dame de compagnie" la promenait dans le parc. Une plaie entre les deux yeux, là où les lunettes ont tapé, et une autre sur le nez. Encore un bel hématome en perspective, mais rien de cassé. Il était bon, le matériel, à cette époque !
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Marthe
Vous ai-je déjà parlé de Marthe ? Elle était buraliste tout près de chez moi et j'y allais acheter mes cigarettes, de préférence au bureau de tabac plus proche mais dont les tenanciers n'avaient rien pour attirer la sympathie. Marthe, au contraire, m'avait tout de suite plu quand je l'avais connue. Une dame mince, frisant la maigreur, à la taille élancée, à la voix forte et à la gouaille toute lyonnaise (en tout cas dans le quartier de la Guillotière).
Parfois, elle était secondée par son fils, mais je préférais tomber sur elle : toujours souriante, toujours un mot gentil à chacun, une mère pour la moitié du quartier. A ceux qui étaient un peu à court, elle faisait crédit, mais jamais personne ne l'a volé, tant on la respectait. Je ne sais rien de plus sur elle et, lorsqu'elle a vendu son commerce, une partie de l'âme de cette rue s'en est allée. Ses successeurs n'avaient pas son charisme.
Parfois, je la croise dans les alentours où elle doit toujours habiter. Ce fut le cas cet après-midi et nous avons bavarder un moment. Elle va bien et garde encore sa bonne humeur malgré une quasi cécité qui la handicape beaucoup. Me reconnaît-elle vraiment ? Je ne sais pas : elle avait toujours beaucoup de monde dans son magasin. Mais, quoi qu'il en soit, elle aime la compagnie et m'a fait promettre de ne jamais hésiter à l'aborder quand je la verrai, car, elle, hélas, ne peut plus voir les gens que lorsqu'ils sont tout près d'elle. Allez, Marthe, à bientôt.
Parfois, elle était secondée par son fils, mais je préférais tomber sur elle : toujours souriante, toujours un mot gentil à chacun, une mère pour la moitié du quartier. A ceux qui étaient un peu à court, elle faisait crédit, mais jamais personne ne l'a volé, tant on la respectait. Je ne sais rien de plus sur elle et, lorsqu'elle a vendu son commerce, une partie de l'âme de cette rue s'en est allée. Ses successeurs n'avaient pas son charisme.
Parfois, je la croise dans les alentours où elle doit toujours habiter. Ce fut le cas cet après-midi et nous avons bavarder un moment. Elle va bien et garde encore sa bonne humeur malgré une quasi cécité qui la handicape beaucoup. Me reconnaît-elle vraiment ? Je ne sais pas : elle avait toujours beaucoup de monde dans son magasin. Mais, quoi qu'il en soit, elle aime la compagnie et m'a fait promettre de ne jamais hésiter à l'aborder quand je la verrai, car, elle, hélas, ne peut plus voir les gens que lorsqu'ils sont tout près d'elle. Allez, Marthe, à bientôt.
Wilderness
Rarement, je suis sorti aussi fourbu de la lecture d'un roman. La seule fois que cela m'était arrivé, c'était pour La Femme des sables, de Abé Kôbô, et pour les mêmes raisons : la souffrance absolue du personnage principal. Ici, un vieil homme, Abel Truman qui, après la guerre de Sécession, était parti, suite à la mort de sa femme et de sa fille, dans l'ouest américain, au bord du Pacifique, pour tenter d'oublier.
Mais sa mémoire le poursuit et, à la fin de sa vie, malade, il décide de faire le chemin inverse, en égrenant, tout au long de la route, les atrocités vécues lors de cette guerre civile américaine, en particulier au moment de la bataille de la Wilderness, une des plus sanglantes entre nordistes et sudistes.
Comme toujours dans les romans publiés par Gallmeister, la nature joue un rôle prépondérant dans l'action et la psychologie des personnages. Mais plus que d'habitude, ce sont ici ces personnages qui poignent, les bons comme les méchants, sans que l'on puisse dire parfois qui se situe de quel côté. Un premier roman magistral dont, je le redis, on ne sort pas indemne.
(Lance Weller, Wilderness. Ed. Gallmeister. Trad. de François Happe.)
Mais sa mémoire le poursuit et, à la fin de sa vie, malade, il décide de faire le chemin inverse, en égrenant, tout au long de la route, les atrocités vécues lors de cette guerre civile américaine, en particulier au moment de la bataille de la Wilderness, une des plus sanglantes entre nordistes et sudistes.
Comme toujours dans les romans publiés par Gallmeister, la nature joue un rôle prépondérant dans l'action et la psychologie des personnages. Mais plus que d'habitude, ce sont ici ces personnages qui poignent, les bons comme les méchants, sans que l'on puisse dire parfois qui se situe de quel côté. Un premier roman magistral dont, je le redis, on ne sort pas indemne.
(Lance Weller, Wilderness. Ed. Gallmeister. Trad. de François Happe.)
dimanche 1 juin 2014
Absence immobile
J'aime ces moments de somnolence où, étendu sur le lit après le repas, on sent le bras qui, sans qu'on l'ait décidé, va se ranger le long du flanc en prenant bien soin de ne pas lâcher le livre entrepris, pour garder la page, pour éviter qu'il ne tombe, et où l'on plonge soi-même dans un entre-deux, où les yeux fermés gardent encore le souvenir de la chambre, de la fenêtre en face du lit et de la cour de l'autre côté, où un homme, torse nu, fume nonchalamment sa cigarette en laissant le soleil caresser sa peau blanche des jours de l'hiver passé.
Ce moment où l'on est encore là et où l'on n'y est plus, où l'on sait que le bruit que l'on a entendu est celui de la voisine dans sa cuisine qui finit de ranger la vaisselle du repas et où l'on se retrouve dans un pré, en plein été, au pied des Alpes, avec en bas une maison fermée dont le jardin propose un généreux hortensia aux fleurs d'un bleu encore jamais vu.
Ou bien à Sienne, sur la place du Palio, assis à la terrasse d'un café encore dans l'ombre mais que le soleil va bientôt toucher dans sa course autour des murs ocres, à regarder la tache laissée au fond de la tasse par un espresso trop vite dégusté. Où l'on sait que l'on est étendu sur son couvre-lit dont on sent la fraîcheur un peu rêche du velours noir, que Sienne est dans le livre que l'on vient d'abandonner et que seul son personnage visite la Toscane mais où la contradiction n'empêche pas d'apprécier le corsé du breuvage.
Au réveil, la montre marque une demi-heure de plus. Où a-t-on voyagé dans son errance immobile ? Quel lointain souvenir est revenu, que l'on a déjà à nouveau perdu ? Les images s'estompent, vite, comme les paysages entrevus à la vitre d'un train que même la beauté ne parvient pas à arrêter et que l'on aura oublié lorsque le grincement des roues nous avertira de la gare. La cour est revenue, inondée de soleil, et la façade de l'immeuble d'en face, si belle dans sa banalité.
Ce moment où l'on est encore là et où l'on n'y est plus, où l'on sait que le bruit que l'on a entendu est celui de la voisine dans sa cuisine qui finit de ranger la vaisselle du repas et où l'on se retrouve dans un pré, en plein été, au pied des Alpes, avec en bas une maison fermée dont le jardin propose un généreux hortensia aux fleurs d'un bleu encore jamais vu.
Ou bien à Sienne, sur la place du Palio, assis à la terrasse d'un café encore dans l'ombre mais que le soleil va bientôt toucher dans sa course autour des murs ocres, à regarder la tache laissée au fond de la tasse par un espresso trop vite dégusté. Où l'on sait que l'on est étendu sur son couvre-lit dont on sent la fraîcheur un peu rêche du velours noir, que Sienne est dans le livre que l'on vient d'abandonner et que seul son personnage visite la Toscane mais où la contradiction n'empêche pas d'apprécier le corsé du breuvage.
Au réveil, la montre marque une demi-heure de plus. Où a-t-on voyagé dans son errance immobile ? Quel lointain souvenir est revenu, que l'on a déjà à nouveau perdu ? Les images s'estompent, vite, comme les paysages entrevus à la vitre d'un train que même la beauté ne parvient pas à arrêter et que l'on aura oublié lorsque le grincement des roues nous avertira de la gare. La cour est revenue, inondée de soleil, et la façade de l'immeuble d'en face, si belle dans sa banalité.
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