lundi 3 novembre 2008

Arlette Chabot.

Arlette Chabot est une journaliste politique que j'apprécie beaucoup. Aussi, ce matin, quand j'ai entendu qu'elle était interviewée dans une émission de France-Inter que je suivais d'une oreille, j'ai tendu l'autre aussitôt pour écouter les réponses de la dame.

La première chose à dire, c'est que je n'ai pas reconnu sa voix et, à travers sa voix, son physique. Journaliste de télévision depuis déjà de nombreuses années, elle a une telle présence, à mon avis en tout cas, une tête si réfléchie et intelligente qu'on la reconnaît tout de suite lorsqu'elle apparaît. C'est donc plus son physique que sa voix qui marque.

Mais à la radio, rien de cela. La voix seule, et les traits, le visage que l'on imagine alors tout autrement. Arlette Chabot, à la radio, n'a pas la voix de son physique. En revanche, c'est bien elle dans la justesse, la précision de ses réponses et la qualité du français impeccable qu'elle emploie à l'antenne, qualité pour laquelle d'ailleurs elle vient de recevoir un prix (dont j'ai oublié l'intitulé).

Ce qui me plaît également chez elle, outre son professionnalisme, c'est qu'elle ne se prend pas pour une star du petit écran. Elle a dit ce matin que le journalisme politique était son métier et que, comme tout métier que l'on aime, elle le faisait avec sérieux. Mais cela reste un métier et pas une façon d'accéder à la notoriété. Elle fait son métier, elle ne fait que ça, mais elle elle le fait bien.
Certains devaient en prendre de la graine!

dimanche 2 novembre 2008

Où?


Qui pourra dire où se trouve cette tête énigmatique que j'ai croisée dans mes déambulations lyonnaises?

Du bout des lèvres.

Je m'en faisais une joie, en supposais à l'avance les plaisirs partagés, donnés autant que reçus, conjecturais possibilités, probabilités et fantasmes. Bref, j'attendais avec un peu de fébrilité ce dimanche après-midi où je devais retrouver Raphaël et son ami pour nous rendre ensemble au sauna bleu. Ce qui fut fait. L'endroit est propre et agréable, même si on met un certain temps à s'habituer à la grande pénombre qui y règne, surtout pour des gens comme moi qui doivent ôter leurs lunettes. Des cabines, un sauna, un hammam, un bain à remous, encore des cabines, des coins plus sombres, des salles de télévision et de projection: tout pour être heureux.

A treize heures, quand nous sommes arrivés, pas grand monde. A seize heure trente, quand je suis parti, on se bousculait presque. J'ai renoué ainsi aujourd'hui avec une vieille passion que j'avais abandonnée il y a une vingtaine d'années au moment du développement alarmant du sida et du début des années noires pour Pierre (et donc pour moi). Je me souviens de l'excitation que cela me procurait à l'époque, des débauches assouvies à deux, à trois ou à beaucoup, des moments plus tendres d'isolement en tête à tête dans une cabine, des rencontres parfois riches et intéressantes, même si sans lendemain (mais j'avais mon lendemain).

Je n'ai pas retrouvé ça aujourd'hui. J'étais là sans y être, avec le regard, les pensées ailleurs, me regardant regarder ces corps dénudés, me surprenant à ne pas être émoustillé par les positions prises, les actes entrepris. Le pire, c'est que j'aurais voulu l'être, présent et excité. Pour dire la vérité, je l'ai été peut-être un petit quart d'heure, quand la population a commencé à augmenter. Cela ne m'a pas empêché de participer à la fête charnelle, un peu, du bout des doigts et du bout des lèvres.

Pourquoi? Je n'en sais rien. Perte d'habitude? Vieillissement? Anxiété de la nouveauté? J'avais l'impression d'avoir, cet après-midi, une libido totalement dégonflée. Ce n'est pourtant pas mon comportement habituel. Peut-être vais-je, avant de reprendre le travail, tenter une nouvelle expérience dans l'autre sauna digne de ce nom sur la place de Lyon.

En quittant les lieux, alors que je finissais de me rhabiller dans le vestiaire, j'ai eu un bref instant l'impression de voir arriver Nicolas. Était-ce réellement lui? Je n'en sais rien. Nicolas, quand tu me liras, éclaire ma lanterne.

Inondations.

Vues à la télévision des images des inondations dans la région Rhône-Alpes.
Beaucoup de dégâts dans la Loire (Rive-de-Gier), l'Ardèche et le Rhône. Villefranche-sur-Saône a été en partie inondée par la crue du Morgon, cette gentille petite rivière qui traverse souterrainement la ville et que nous avions photographiée pendant notre escapade avec J.. Notre-Dame-des-Marais a vu son pavement envahi par les eaux. La croix dessinée au sol que j'avais mise en illustration du billet sur la mort de Sœur Emmanuelle était immergée en partie.
Anse a eu son pont sur l'Azergue coupé presque toute la journée. J'ai adressé une pensée émue à Ginette, dont le restaurant est tout à côté. Cette brave femme ne mérite pas de subir les gros dommages occasionnés par les intempéries. Et le monsieur du castrum que nous intriguions tant, a-t-il pu aujourd'hui rentré chez lui avec de nouveaux gâteaux?

samedi 1 novembre 2008

Les femmes de ma vie (2): la colle.

Un souvenir pénible que la rencontre de cette femme-là.

Tout avait pourtant bien commencé. J'étais monté à Paris, il y a une vingtaine d'années, je pense, pour y voir une exposition de peintures qui m'intéressait, une rétrospective de je ne sais plus quel peintre, et retrouver d'anciens amis lyonnais. Arrivé devant le musée, portes closes: le syndicat des gardiens avait lancé un ordre de grève. Je me retrouve devant la grille avec deux ou trois personnes tout aussi dépitées que moi. Une jeune femme en colère m'adresse la parole: "En plus, moi je viens de province!". Je la reprends gentiment en lui précisant que, pour ma part, je viens de Lyon.

Bien sûr, la conversation s'engage: elle vient de Touraine, est professeur d'allemand et s'intéresse un peu à tout. Je me présente à mon tour, car elle a l'air sympathique. Lorsque je fais mine de m'éloigner, elle me demande ce que je compte faire: visiter la maison de Victor Hugo, place des Vosges. "Puis-je vous accompagner? Je ne connais pas et cela me ferait plaisir." Pourquoi pas: j'aime parler, échanger des impressions devant des œuvres d'art. Pourquoi pas avec elle?

Mais en sortant de chez Victor Hugo, nous mangeons ensemble un sandwich le long du canal d'Hôtel du Nord, puis allons ensemble à Beaubourg voir une exposition Tinguely.
Sa compagnie ne me pèse pas trop encore, mais je trouve un peu lourde sa façon de s'imposer. Dans l'après-midi, je lui dis vouloir rentrer chez les amis qui m'hébergent et n'habitent pas tout près. Où? A la Bastille. Justement, elle doit passer par là pour je ne sais quelle course. Nous voilà partis, à pied car j'espère bien la fatiguer rapidement. Que nenni: elle tient le coup, la charogne.

Je suis excédé par cette présence ininterrompue. Elle m'a déjà expliqué toute sa vie, en particulier qu'elle a été mariée, qu'elle est maintenant divorcée et qu'elle vit avec ses deux filles. Je commence à flairer l'affaire: encore une qui croit avoir trouvé le benêt pour se recaser et lui faire élever sa progéniture! A la Bastille, elle trottine toujours à côté de moi. Je ne veux surtout pas qu'elle monte chez mes amis. Quand elle me demande où exactement je loge, je fais un vague geste en direction du Boulevard Richard Lenoir, puis lui dis avoir changé d'avis et vouloir maintenant me rendre au cinéma. Quand je lui tends la main, elle me susurre qu'elle aussi, finalement, reporte sa course et vient avec moi.

Je ne comprends pas aujourd'hui comment j'ai fait pour être à l'époque aussi patient. Sans doute trop bien élevé et trop poli! Nous voilà assis dans le noir. On projetait La Vouivre, avec Lambert Wilson. Mais je n'en suis même pas certain, tant, à ce moment-là, le cauchemar atteignit son paroxysme. Elle prend l'idée de frotter son genou contre le mien. Je me pousse un peu, elle s'étale encore davantage. Là, ma décision est prise. Politesse ou pas, je l'envoie paître dès la fin du film. (Étant déjà à l'époque un peu radin, je ne veux pas sortir avant la fin.) Je ne supporte pas en effet d'être physiquement touché par quelqu'un qui ne me plaît pas. C'est encore vrai aujourd'hui.

J'arrive enfin, le filme terminé, à m'en débarrasser. La rançon à payer est mon adresse à Lyon, mais je compte bien ne jamais avoir de ses nouvelles. J'en eus le lendemain matin! Alors que je prenais mon petit déjeuner chez mes amis, on sonna à la porte. Celui qui alla ouvrir vint me prévenir que l'on me demandait. Moi? Mais personne ne savait que j'étais dans cet appartement! Si, elle! Suite à mon geste vague de la veille, elle avait entrepris dès tôt le matin, de faire toutes les entrées du début du boulevard Lenoir et de demander aux concierges pour tenter de me retrouver.

Là, la coupe était pleine. Je lui fis comprendre sans ménagement, poliment mais fermement, que je n'appréciais guère sa façon de faire, qu'il n'était pas question que je passe une nouvelle journée avec elle et que, n'étant pas chez moi, je ne pouvais permettre ce genre d'intrusion. Elle dut repartir sans pénétrer dans l'appartement. Mes amis, à qui je racontai mon aventure, en rirent beaucoup.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Quelques temps plus tard, je reçus à Lyon une carte postale d'Allemagne où elle effectuait un séjour avec un groupe d'élèves. Je ne répondis pas. Deuxième carte postale, de je ne sais plus où, deuxième silence de ma part. Première lettre, s'étonnant de mon silence, celui-ci ne fit que croître. Enfin l'ultime courrier qui m'abreuvait d'injures, m'accusant d'avoir tout fait pour la séduire et de maintenant la laisser tomber lamentablement. Je ne répondis pas davantage. Inutile de dire que Pierre, pendant ce temps, buvait du petit lait et riait sous cape. Voilà ce qui arrive quand on veut toujours être gentil avec tout le monde. Rassurez-vous: ce genre de femmes, maintenant, je les vois venir, et d'ailleurs elles ne viennent plus guère!

Premier novembre au confluent.

Avec J.






Elles

C'est le titre du livre que je viens de terminer: Elles, de Jean-Bertrand Pontalis.

Cela aurait d'ailleurs aussi bien s'appeler Ils car, dans ces pages, il n'y a pas de Elles sans Ils, et parfois le IL est un Je qui se cache à peine. Difficile de résumer cet ensemble de textes plus ou moins courts, parfois drôles, parfois tragiques, qui parlent tous d'amour reçu, espéré, fini ou refusé. Amour de comédiennes, de personnages de romans, de vraies femmes rencontrées dans la vie ou dont des amis ont parlé.

Jamais, dans ses ouvrages précédents, il me semble, Pontalis ne s'est autant livré, jamais il n'a été plus près du tout un chacun qui se démêle comme il peut des fils des sentiments comme la fourchette de ceux d'une fondue savoyarde. Image triviale mais juste, je crois, pour donner une idée de la diversité des formes que peuvent prendre ces sentiments amoureux selon les âges et selon les rencontres.

Je ne peux citer de passage précis car je risquerais de donner une idée erronée du contenu de ce livre. Disons pour finir que c'est son titre, avant que je ne commence à lire, qui m'a soufflé l'idée de la galerie de femmes que j'ai entrepris de dépeindre ici, et que la nostalgie sur le temps qui passe et la vieillesse qui approche comprise dans les tout derniers textes n'est pas ce que je préfère chez cet auteur.