lundi 19 mai 2014

Un verre d'eau

Ma mère baisse peu à peu et je crois qu'elle s'en rend compte, ou plutôt que son inconscient s'en rend compte. A quelques jours de mourir, mon frère voulait quitter l'hôpital où il était soigné et rentrer chez lui. Depuis quelque temps, ma mère, dès que j'arrive, me prend la main et me dit : "Partons, emmène-moi."

Chaque fois, je tourne la conversation et je lui dis que c'est bientôt l'heure du repas, qu'elle va manger et qu'ensuite elle ira dormir. Alors, elle s'enferme dans le silence, sauf pour me dire, après deux ou trois bouchées : "Je n'en veux plus." Je lui demande de me faire plaisir et d'en prendre encore un peu. Elle accepte encore une cuillère puis repousse l'assiette. Je sais que je n'en obtiendrai pas plus.

Un des rites du soir consistait à lui donner un peu d'eau dans le lit, une fois que les aides-soignantes avaient fait leur travail. Depuis quelques jours, on la couche sur le côté, face contre le mur, à cause d'une irritation de peau qu'elle a attrapée dans le dos. Lorsque je reviens dans la chambre, elle dort déjà à moitié. Plus de verre d'eau. Étrange comme ce changement m'a ému. Je crois que lorsqu'elle sera partie, c'est ce genre de détails que je ne pourrai pas supporter.

5 commentaires:

Cornus a dit…

Je pense être sensible à de tels détails, parfois infimes, qui s'impriment pour longtemps et qui font naître des forme de nostalgie.
Courage.

Valérie de Haute Savoie a dit…

Cette partie là de la vie, celle où l'on sait que l'on va perdre ceux qui nous aiment depuis toujours, cette partie là me terrifie.

plumequivole a dit…

J'ai eu le sentiment avec les grands-oncles et tantes et mon père, qui sont décédés très âgés, qu'il arrive un moment où il savent. C'est comme une décision que prennent le corps et l'esprit, quelque soit le degré de lucidité que nous pensons voir chez eux, et d'une certaine façon leur attitude à ce moment-là m'avait rassurée. Pour eux évidemment d'abord. Pour nous c'est autre chose. Mais au fond moi aussi cela m'avait aidée.

CHROUM-BADABAN a dit…

Je t'aime Caliste pour tout ça...

Calyste a dit…

Cornus : la nostalgie viendra sans doute, après.

Valérie : et pourtant, elle est inévitable.

Plume : chez moi, c'est une sensation très mitigée.

Chroum : merci pour ton commentaire, qui me touche.