dimanche 19 octobre 2008

Journée détente.

Samedi, c'était balade, toute la journée avec J. Occasion rare, d'autant plus appréciée.
9h30 chez moi. Un petit café pour démarrer, il paraît que je le fais bon. Dehors, il fait frisquet mais la journée s'annonce ensoleillée. Peut-être aurons-nous le même temps que l'an dernier, lors de notre escapade en Bourgogne.

Après avoir assisté au tournage d'une scène de cinéma ou de téléfilm au pont de la Guillotière, nous prenons la direction du nord, par le Val de Saône. J. se laisse conduire et commence à mitrailler le paysage qui sort à peine des brumes matinales. Sur la rivière, de nombreuses embarcations: l'aviron s'y pratique et compte beaucoup de clubs le long des berges. C'est pour moi l'occasion d'apprendre que J. s'y est essayé il y a de nombreuses années. Ce J.! Toujours à ménager des surprises!


Nous sommes tous les deux d'excellente humeur. La journée s'annonce bien. J'avais proposé la visite de Trévoux puis celle de Villefranche et de quelques petits villages fortifiés en redescendant sur Lyon. Nous nous garons au pied des terrasses de l'ancienne capitale de la Dombes et commençons la visite par les bords de Saône. Là encore, j'apprends un petit bout inédit de l'enfance de J. J'aime bien ces échappées sur le passé de quelqu'un auquel je tiens, comme de minuscules morceaux d'un puzzle qui ne sera jamais complet.

Sur le pont enjambant la Saône, belle vue sur un sportif local, arrêté dans son effort par son portable intempestif. A la maison du tourisme, sur le quai, nous avons la chance d'être accueilli par un jeune homme à la fois charmant et compétant qui (pourquoi?) se met peu à peu à rougir au cours de l'entretien. Peut-être a-t-il senti tous les non-dits de la situation.

Un coup d'œil sur la tour à lanternon de l'hôpital fondé par la Grande Mademoiselle en 1686 et nous commençons à grimper dans les rues en pente des vieux quartiers. La ville possède un certain nombre de bâtiments intéressants, hélas pas tous très bien entretenus. Le nom des rues rappellent souvent leur rôle économique d'autrefois, même si la rue Juiverie s'appelle aujourd'hui rue de l'Hôpital. Un peu plus loin sur la terrasse où s'étage la ville, nous côtoyons de nombreux hôtels particuliers, de Beauséjour, de Messimy, de Fontbleins, la place de la Terrasse, celle de l'église où se tient le marché de fin de semaine, des rues pittoresques, comme la rue Casse-Cou qui mérite bien son nom.

L'église où, me semble-t-il, le curé d'Ars a un moment officié, ne présente guère d'intérêt artistique. Nous n'entrerons pas non plus dans l'Hôtel du Gouvernement ni dans le parlement de Dombes. Tous ces monuments ne semblent pas accueillir de visiteurs. Un coup d'œil lointain au château-fort qui domine l'ensemble, mais nous n'aurons pas le courage de monter jusque là-haut. Il est plus de midi. Les rues se vident à une allure impressionnante. Il faut songer à déjeuner, si nous ne voulons pas rester affamés: nous ne sommes pas à Lyon, ici!

(a suivre ...)

Une soirée conviviale.

Le repas d'hier soir, maintenant. Je n'avais plus envie d'y aller au moment de partir. Et cela s'est accentué par la suite lorsque j'ai compris que le mari de Marie-Claire serait sans doute présent. Marie-Claire, une ancienne collègue, a épousé un homme qui a du mal à passer, tant parfois il impose son personnage de voyageur de commerce qui a réussi. Nous avons pris la route avec Kikou dans la campagne du sud de l'Isère à la recherche de cette "petite ferme retapée" qui s'est avérée être une magnifique demeure restaurée avec beaucoup de goût et sans doute autant d'argent.

Après la visite des lieux, 280 mètres carrés de tableaux choisis et de beaux meubles, nous avons regagné le salon pour le champagne puis le repas. Un régal: saumon sauvage mariné à l'aneth, ris de veau, poisson (que je n'ai pas reconnu) accompagné de chou vert, vins blanc et rouge, un Saint-Joseph à se mettre à genoux, et mousse au chocolat dont j'ai repris quatre fois tant elle était légère!

Le champagne a sans doute fait rapidement son effet car j'ai vite oublié mon a priori sur le monsieur. Je crois bien d'ailleurs que souvent dans la soirée je l'ai oublié lui-même. Pourtant, hier soir, il m'a paru supportable et même intéressant lorsqu'il évoquait son ancien travail. Bien sûr, j'étais autrement intéressé par les retrouvailles entre Marie-Claire et Kikou, qui ne s'étaient pas vues depuis des années. Les sujets de discussions ont fusé, enjoués, passionnés, amicaux, comme si nous nous étions quittés la veille.

Quand j'ai prévenu Kikou qu'il commençait à se faire tard, il était minuit. Nous somme partis à 1h30. La mousse avait beau être légère, je me sentais lourd de chocolat et de vapeurs d'alcool, dont j'ai perdu l'habitude. Au lit à 2h15. J'ai à peine entrouvert mon livre, et ce matin, c'est Kikou qui m'a réveillé à 9 heures en m'appelant depuis le couloir.

Je dors toujours bien chez elle. En ouvrant les volets, j'avais devant les yeux les collines de vignes dorées et, sur la droite, un peu caché par la brume, les premières pentes du mont Pilat. L'air acide et frais comme une pomme m'a tout de suite mis de bonne humeur.

Plaisirs simples.

Il y a des jours où l'on n'a presque rien à dire, d'autres où les notations affluent, serrées comme la grêle en mars. C'est le cas ce soir. Entre une bonne journée dehors avec J., une soirée entre amis autour d'un excellent repas, et une scène matinale touchante, par quoi vais-je commencer?

Par le plus rapidement évocable. La scène date de ce matin. J'ai dormi chez Kikou, à la campagne. Couché tard, j'ai émergé vers 9 heures, pris avec elle mon petit déjeuner et fait comme les autres fois un petit tour du propriétaire. Cette fois-ci étaient là aussi son mari et son fils cadet, malade du sida et en trithérapie depuis de nombreuses années. Après quelques déboires quant à l'heure et au lieu de rendez-vous, nous avons fini par nous retrouver hier soir devant mon immeuble pour que je le redescende dans la vallée du Rhône. J'ai d'ailleurs, alors que je le craignais vraiment, beaucoup apprécié ce voyage avec lui, qui pourtant d'ordinaire n'est pas très loquace: il m'a parlé de lui, de ses rapports avec sa mère et son beau-père, de sa maladie, de sa vie.
Ce matin, j'ai pris Kikou par le bras et nous avons marché un peu dans les vignes rousses. Son fils regardait une vieille maison de pierres au fond du jardin, heureux du soleil du matin. Ce squelette debout appréciait la caresse chaude. Georges, le mari, était juché sur un escabeau pour tenter d'attraper sur le figuier de la voisine les fruits qu'elle ne ramasse plus depuis les nombreuses années où elle ne vient plus à la campagne.
Cette scène familiale m'a touché et je n'arrive pas à la rendre touchante par les mots. J'ai l'impression que les miens pèsent des tonnes. Je voyais une famille dont deux des trois membres sont gravement malades qui goûtait pourtant les plaisirs simples de la vie: sentir la chaleur du soleil sur sa peau, se réjouir à l'évocation des futures confitures et regarder par transparence les veines rouges d'une feuille de vigne sur un cep isolé.

vendredi 17 octobre 2008

Pureté.

Soleil levant, ce matin, dans ma classe.

La cage s'est ouverte.

Je me suis évadé.
(Âmes prudes et sensibles, ne pas lire.)

Un vélov en bon état de marche à la station et j'enfilai les rues en direction du parc. Je devais sourire sans m'en apercevoir car plusieurs passants me rendirent ce sourire. Je revois encore ce soir les yeux étonnamment bleus d'une femme qui me fixa le temps de mon passage. Je faillis m'arrêter pour lui dire combien je la trouvais belle. Est-ce possible? Comment aurait-elle réagi? Je ne voulais rien d'elle, seulement lui dire le plaisir de mes yeux. Je me sentais bien, je me sentais beau.

Malgré le soleil, le vent frisquet s'immisçait sous mon vêtement de sport mis à même la peau, comme j'aime qu'il me caresse. Douce sensation de chaleur et de frisson retenu. Dans une voiture que je côtoie longtemps grâce au jeu des feux rouges, un sportif musclé en short et débardeur sur lequel ma vue plonge depuis mon vélo plus haut placé. Ses cuisses un peu dans la pénombre semblent encore bronzées et s'écartent lorsqu'il relâche les pédales. Il me regarde: beau visage bien plein de jeune mec de la trentaine. Nous nous sourions. La chaleur monte, le frison frissonne. Je le perds de vue en arrivant au parc.

Mais d'autres courent, cet après-midi. Les tenues de sport sont encore estivales. J'enchaîne mon pas sur celui d'un autre, au short un peu court qui laisse voir à chaque foulée un petit espace de peau blanche, fragilité de cet univers cuivré et musqué. Je me délecte de ses jambes aux chevilles fines et bien dessinées, aux mollets apparents sans être agressifs, aux courbes de la cuisse qui appellent ma main à caresser le duvet qui s'y colle sous la sueur. Qu'y a-t-il sous ce bout de tissu synthétique? Quelle moiteur y découvrir? Dans quel parfum y plonger? Je le suis jusqu'à la voûte de Stalingrad, où il quitte le parc en direction du Tonkin.

Arrivé près de la salle de l'Amphithéâtre, je décide moi aussi de quitter le parc et de prendre le chemin de la Feyssine par les bords du Rhône. La température, ma température a augmenté. Sur l'île que j'aborde sans trop me mouiller les pieds, presque personne. J'observe un instant la parade érotique de deux mâles prêts à conclure mais je les laisse vite seuls consommer leurs désirs. Je n'ai pas encore envie de me refroidir.

Je poursuis en direction des bosquets, mi courant mi marchant. Un autre coureur aperçu de loin au bout de la piste change son itinéraire pour croiser le mien, mais il ne m'inspire pas. Je continue et descends me perdre dans les fourrés encore assez fournis en cette saison. Le premier tour se passe solitaire: pas l'ombre d'un homme à l'horizon. Pourtant, il fait beau! Mais il est encore tôt dans l'après-midi.

Je retourne sur l'île. L'eau a encore un peu monté mais j'arrive à passer. Un autre inconnu est arrivé, jeune et mince, le teint mat. Peut-être propice à éteindre mon feu. Mais il ne semble pas savoir ce qu'il veut. Je quitte l'île, d'autant plus vite que l'eau monte encore et qu'il me faut, cette fois-ci , me tremper les chaussures.

Après quelques kilomètres de course, je refais une incursion dans les fourrés. J'y débusque ma proie, visiblement consentante. Les préambules se limitent à peu de choses. Il me demande ce que j'attends de lui, je le lui dis et il ne fait pas de manière pour me satisfaire. J'aime cette franchise dans le désir sexuel. J'aime aussi comme il prend son temps pour faire monter mon désir, par de petits coups de langue, de profondes aspirations, de sinueuses reptations sur mon sexe dressé, de plus en plus dur, à m'en faire mal, pendant que je caresse, tout en le dirigeant, son crâne un peu dégarni à la peau bien douce. Alors, lorsqu'il sent que je suis prêt, il se retourne et m'offre ma jouissance que je parviens, pour son plaisir, à retarder encore. Je le tiens par les reins, fermement, et nous accordons nos saccades, nos respirations haletantes jusqu'au râle final, quasi simultané.

Ensuite, il ne s'enfuit pas. Nous sourions et engageons un début de conversation sympathique et sans prétention. Il n'y est pas question de nos prénoms, de nos lieux d'habitations, de nos activités. Rien de tout cela. Simplement du plaisir donné et reçu, partagé simplement. Nous resterons des inconnus, heureux d'avoir été un instant à l'unisson intime. Après une dernière tape sur l'épaule, je reprends en courant le chemin du parc, léger, léger...

Alors qu'en fin de course, je fais mes étirements, je remarque que je laisse pas indifférent un beau brun de type méditerranéen, comme disent nos amis des renseignements généraux. Je n'ai guère de temps à lui consacrer, puisque je dois bientôt rejoindre ma mère, mais je ne repousse pas sa stratégie d'approche. J'apprendrai ainsi qu'il habite en Algérie mais qu'il réside en ce moment chez un ami, à cinquante mètres de l'entrée du parc, que cet ami n'est pas là cet après-midi et qu'il m'invite volontiers à venir prendre ma douche chez lui. Je fantasme un instant sur la scène ( chaleur, vapeur, moiteur) et sa suite (essuyage, massage, pas sage), bien attrayante il est vrai, mais je refuse l'invitation, par manque de temps. Uniquement par manque de temps, car je me sens encore suffisamment d'appétit pour un deuxième service. Un autre jour peut-être, si nos chemins se recroisent.

Il y a des jours comme ça, où il suffit de sourire...

jeudi 16 octobre 2008

Lectures.

Beaucoup de mal en ce moment à me concentrer suffisamment sur mes lectures pour leur trouver le charme et la grâce que je leur découvre habituellement. Chose plus rare encore, j'ai trois ouvrages sur le métier, c'est à dire près de mon lit.

L'un, commencé depuis bien longtemps, a fini par me lasser, dans sa description détaillée du Pékin du XIX° siècle: ce n'est pas inintéressant mais je n'en ai pas envie en ce moment. Le récit n'en arrivant pas assez vite aux épisodes vécus lors de la traversée de la Mongolie à pied, j'ai préféré arrêter momentanément.

Le deuxième, que j'avais choisi volontairement tout petit et bien mince est consacré à trois essais sur la psychanalyse. Arrêté aussi car souvent trop ardu pour moi, surtout en période de fatigue, lorsqu'on s'endort au premier bas de page, quand les paupières n'ont même plus le courage de remonter la pente.

Enfin, le troisième, entamé hier soir, paraît plus dans mes cordes actuelles. Il s'agit bien entendu d'un japonais qu'Anna avait, me semble-t-il, bien apprécié.

Je voudrais en ce moment retrouver la joie de me fourrer au fond d'un grand fauteuil confortable et d'y passer une soirée entière en écoutant, en fond musical, une œuvre qui me plaît. Là encore, rêve de ventrée, de mots celle-ci, d'histoires, d'aventures, comme revivre le bonheur de lire pour la première fois L'Ile au Trésor.
Je dois avoir un côté marmotte: l'hiver approchant, je ressens le besoin de faire des provisions. Gourmand, va!

Boîtes aux lettres.

Ce n'est pas encore aujourd'hui que j'ai savouré le repos.

Grosse journée de cours (6 heures), suivie de corrections de copies pendant plus de trois heures en attendant le conseil de classe que je devais animer en tant que professeur principal (1 heure, parce que, l'ayant préparé, je l'ai mené tambour battant). Si je compte bien, cela doit faire dix heures pour aujourd'hui, sans, bien entendu, compter le temps du repas, celui des trajets et celui, ce soir, de trouver une place de stationnement.

Parti ce matin à 7h20, je suis entré dans mon appartement à 20h30: treize heures dehors. Je ne me plains pas du tout, j'ai aimé ma journée, efficace et dynamique. Je donne simplement un exemple à ceux qui pensent que, dans l'enseignement, on se la coule douce. J'ai pu voir qu'il pleuvait lorsque je suis sorti du bâtiment pour appeler J., à treize heures. Le reste de la journée, je ne sais pas le temps qu'il a fait.

En arrivant devant les boîtes à lettres, ce soir, j'ai eu l'heureuse surprise de voir qu'elle était vide de publicité (qu'elles étaient, plus exactement, puisque j'en possède deux, une à mon nom, l'autre à celui de Pierre). Bonheur rare ces derniers jours car d'ordinaire, particulièrement le lundi, elles débordent de publicités bourrées à en faire péter la porte: des pour les courses alimentaires, des pour les travaux de rénovation de l'appartement, des pour acheter mon appartement, des pour les pizzas, des pour l'électroménager, des Carrechan, des Aufour, des Casiprice, des Leaderno, etc, etc, etc.

Mais la nouveauté de ces jours derniers, ce sont les catalogues de jouets. Oui, mi- Octobre, on commence à mettre les petits souliers devant la cheminée. J'ai vu qu'Olivier Autissier en ressentait la même exaspération que moi. On va donc nous bassiner pendant deux bons mois avec ça! Et je parie même qu'il existera cette année des jouets bio, écolo ou commerce équitable. Bientôt les guirlandes apparaîtront dans les rues, et vogue la consommation abusive, pour ceux qui en ont les moyens bien sûr.

Il faudra bien un jour que je supprime la deuxième boîte. Je m'y sens prêt et recule encore le moment par souci du courrier qui arrive encore parfois au nom de Pierre. D'ordinaire des invitations lancées par des organismes avec qui il a travaillé et dont les fichiers informatiques n'ont pas été mis à jour. Cela, je n'en ai rien à faire. Parfois un courrier du notaire de sa famille, qui n'a pas encore compris que l'adresse pour ces envois avait changé. Je fais suivre à sa sœur qui, je l'espère, existe encore, ce que je ne peux certifier, n'en ayant plus jamais eu de nouvelles, ni de remerciements.

Une fois, une seule, une lettre d'une de ses amies perdue de vue qui lui souhaitait un prompt rétablissement après ses ennuis de santé. Elle avait indiqué son adresse. Je l'ai informé de la mort de Pierre. Pour cette lettre seulement, je ne regrette pas d'avoir laissé le nom et la boîte. Mais maintenant, cela fait plus de trois ans que Pierre n'est plus là et son nom reste, ainsi que sur la porte d'entrée. Ça n'a plus de sens. Je me sens prêt, je vais le faire.