vendredi 7 novembre 2025

L'ours a décidé d'hiberner, définitivement.

 
Tcheky Karyo (1953 - 31 octobre 2025)

Liste de mes griefs (2)

Deuxième raison pour laquelle je n'aimais pas l'EPS : la piscine ! Nous en avions quelques séances dans l'année. La piscine n'était pas très loin du lycée, et nous nous y rendions à pied. Aux beaux jours, tout allait bien, mais en plein hiver ! Nous avions des cabines pour nous changer, donc pas de problème de pudeur. De plus, à l'époque, ma petite sœur n'était pas morte d'hydrocution et je ne regardais donc pas encore l'eau comme une ennemie sournoise. 

Non, le moment difficile,  c'était le retour, dans le froid avec les cheveux mouillés. Pas question d'attendre qu'il sèchent un peu : le prof suivant nous attendait déjà au lycée et aucun retard n'était accepté ! 

Le seul point positif de ce passage à la piscine fut pour l'épreuve du bac : en sortant de l'eau, je m'aperçus que j'avais la peau étrangement marbrée (et ce n'était pas le froid). Un médecin consulté décela une maladie qui, si elle n'avait pas été décelée et soignée, m'empêcherait de dialoguer avec vous aujourd'hui ....



jeudi 6 novembre 2025

Liste de mes griefs (1)

Quand je suis entré au lycée (qui, à l'époque, incluait le collège), je redoutais les cours de sport, et cela pour plusieurs raisons. 

La première, c'était qu'il fallait se déshabiller, enlever ses vêtements civils et enfiler la tenue de sport (il était interdit de venir déjà préparé, et aussi d'ailleurs de conserver sur soi cette tenue après le cours. J'ai compris pourquoi quand je suis moi-même devenu prof : une trentaine d'ados ayant sué pendant une heure, ça a tendance à vous chatouiller les narines ...). Pour moi, me déshabiller posait un double problème : d'abord, j'étais pudique et avait honte de mon corps, de mes jambes, en particulier, trop maigres. Ensuite, ma mère, en hiver, nous obligeait à porter un caleçon long sous notre pantalon. Ces caleçons, très épais, n'étaient pas beaux. Lorsqu'on enlevait son pantalon, on pouvait en même temps faire glisser le caleçon, mais le tour de passe-passe n'était pas possible en remettant le pantalon car le caleçon s'était tire-bouchonné !

Tiens, à l'instant même, j'entends que France-Inter parle de la même chose. Je vais écouter et reprendrai plus tard la liste de mes griefs contre les cours d'EPS.





mercredi 5 novembre 2025

Patata fria !

Ce matin, on a enterré Maria. Je ne suis pas allé au cimetière (j'irai tranquillement seul, un jour) mais à la cérémonie civile : cadre froid et insignifiant, "animateur" peu concerné (mais aurait-il pu l'être ?), musique attendue. Pourtant, l'émotion était là. Il y avait beaucoup de monde. Tout le monde l'aimait, Maria. A la fin, j'ai fait un signe de croix sur son cercueil, je me suis penché et, comme si je lui parlais à l'oreille, je lui ai dit ce que nous nous disions chaque fois au début de nos coups de téléphone : Maria ? Patata fria !".Et l'échange avait toujours lieu. Il me plaît de croire qu'aujourd'hui aussi.

lundi 3 novembre 2025

Prendre le large

C'est ce que j'ai fait cet après-midi, longtemps, tantôt marchant, tantôt lisant, sur un banc, tantôt rêvant devant le Rhône abondant, tantôt rendant le bonjour à un chien sympathique, tantôt rendant à des passants leur sourire et leur bonjour. J'ai vu la lumière changer, la fraîcheur descendre, et je suis rentré

Début d'après-midi
 
Fin d'après-midi

Manque sa rumeur

Mais qu'est-ce donc, là haut ?

Les feuilles tombées, il apparaît, l'énorme nid de frelons. 

dimanche 2 novembre 2025

Lointain souvenir de la peau

Russel Banks, c'est  De Beaux Lendemains, lu autrefois, apprécié mais oublié. Celui-ci, j'aurai du mal à l'oublier. Histoire d'un gamin (21 ans), le Kid, bracelet électronique à la cheville, qui vit avec d'autres rejetés, tous déviants sexuels, sous un viaduc de Floride avec son iguane  domestique prénommé Iggy (il aura ensuite une vieille  chienne, Annie, et un perroquet bizarre, Einstein). Le Kid suscite l'intérêt d'un professeur d'université, spécialisé dans la sociologie atypique des sans-abri, aussi intelligent que menteur. aux identités multiples. 

Voue êtes largués ? J'ai failli moi aussi l'être  au détour de l'une de ces 530 pages mais je suis chaque fois retombé sur mes pattes tant est bien analysé cet enfer de la "déviance et de l'exclusion. 

(La peau, c'est la surface après les ténèbres, la reconstruction progressive de l'être.)

(Russell Banks, Lointain souvenir de la peau. Ed Babel. Trad. de Pierre Furlan)

samedi 1 novembre 2025

Maria est morte

Elle ne savait ni lire ni écrire. Je lui avais proposé de lui apprendre mais elle se disait trop bête pour ça. En Espagne, aînée de la famille, elle n'était que peu allée à l'école : elle fallait bien s'occuper des autres ! ce qu'elle a fait toute sa vie : son mari, ses enfants, ceux chez qui elle faisait le ménage, puis ses petits enfants, voire ses voisins. 

Nos rapports avaient d'abord été froids : mon sale carafon et son ibère fierté ! Et puis grande amitié, tout un système pour se faire passer les messages quand nous ne nous voyions pas (je rappelle que pas question de petits mots sur la table de la cuisine ...)

Et puis mort de son mari, mort de Pierre. Elle venait toujours mais pour moins d'heures. Alors nous faisions le ménage à deux, tous les deux. Et, pour moi, c'était un plaisir immense, une grande joie. je crois que pour elle aussi. 

Et puis la mort de son plus jeune fils (celui que j'avais fait entrer à mon LEP). Avant, elle avait du diabète mais gardait le moral. Ensuite, elle s'est peu à peu laissé couler. Je passais parfois chez elle mais pas souvent. Nous nous téléphonions et riions beaucoup, puis je le lui téléphonais et nous riions un peu. 

Hier, je me promenais dans la campagne, sous le soleil, heureux.

Aujourd'hui, il pleut. 

Nous nous connaissions depuis plus de cinquante ans.