dimanche 16 mars 2008

J'ai tué mon maître.

Entendu à la radio ce matin cette nouvelle époustouflante (pour moi, en tout cas). On sait qui a descendu l'avion de Saint-Exupéry en Août 44.

Il y a quelque temps, un pêcheur a remonté dans ses filets la gourmette du père du Petit Prince. Ensuite, des chercheurs ont réussi à localiser l'épave de l'appareil.

Et c'est là qu'apparaît notre homme: un allemand engagé dans la Luftwaffen, encore vivant aujourd'hui. Il a, en Août 44, abattu un avion français dans le périmètre concerné, et espérait jusqu'à maintenant ne pas être le responsable de la mort de l'écrivain.

Aujourd'hui, il n'a plus aucun doute et vit apparemment très mal son geste, pourtant ancien et dicté par une logique de guerre. Pourquoi? C'est en lisant les traductions en allemand des ouvrages de Saint-Exupéry qu'il avait découvert sa vocation d'aviateur.

On peut parler là d'ironie du sort.

Chansonnette.

Je parlais hier de l'ourlet d'or qu'ont les nuages parfois dans un ciel d'orage. Cela me rappelait une chanson de mon enfance, sans que je puisse réellement la faire ressurgir de ma mémoire.

Ce matin, au réveil, elle était là, parole, musique, contexte, tout, comme si j'avais inconsciemment passé la nuit à y réfléchir. Génie de la machine cerveau!
C'est une chansonnette de rien du tout, apprise en colonie, à Usson-en-Forez. Je n'aimais pas l'atmosphère de la colonie, comme sans doute, plus tard, je n'aurais pas aimé le mode de vie en caserne, si j'y avais été exposé. Je me réfugiais alors dans le rêve, dans l'amourette (d'une petite fille) et dans la chanson apprise en veillée. Mon lit était mon véritable nid: je n'ai jamais pu faire semblant et me comporter comme certains de mes compagnons, en futurs caïds et machos convaincus m'était tout bonnement impossible. Mon lit était donc le seul endroit où je retrouvais ce que j'aimais le plus au monde à ce moment-là: la solitude.

Est-ce pour ces raisons que j'ai retenu autant de chants appris alors? Comme nous ne pouvions lire au delà d'une certaine heure, les seuls mots à disposition quand je le voulais étaient des paroles de chansons. Mention spéciale pour la plus belle: Les Crapauds, que je trouve toujours aussi poétique aujourd'hui.

Voici quelques vers de la chansonnette évoquée hier.

Le front penché vers la terre,
J'allais triste et soucieux
Quand j'entendis la voix claire
D'un petit oiseau joyeux.
Il me dit: "Ne sois pas triste,
L'espérance est un trésor.
Même le plus noir nuage
A toujours sa frange d'or.



Cet oiseau, si vieux maintenant, je l'entends encore souvent.

Dimanche des Rameaux (bis)

Toujours au marché Saint-Louis, conversation avec le producteur à qui j'achète régulièrement mon miel.

Il vient de l'Ain, au pied du Cerdon, et a sans doute été forcé d'arborer une magnifique moustache à la gauloise, s'il voulait être distingué comme le mâle (dominant?) face à sa femme fort bien pourvue elle aussi en système pileux facial.

Mais c'est cette dame, fort moustachue donc et trop bien en chair, qui m'a appris quelque chose ce matin. Elle était très contente que souffle le vent du sud et, devant mon étonnement, a rajouté que c'était bon pour eux. Comme elle voyait que je ne comprenais rien, elle s'est lancée dans l'explication, avec la tête d'un patient pédagogue devant un disciple un peu demeuré.

Le vent qu'il fait le jour des Rameaux sera, selon la tradition populaire,et qu'elle m'a dit avoir vérifiée, le vent dominant de l'année. Ainsi, selon elle, l'année ne sera pas forcément pluvieuse mais humide. Si, ce jour-là, le vent vient du nord, ce n'est pas bon signe, car ce vent-là dessèche le nectar des fleurs et les abeilles ont alors du mal à le récolter.

Je suis rentré un peu moins ignorant, comme le "quidam des Rameaux", en espérant que cette culture-là n'allait pas disparaître en même temps que la dame à la moustache et ses semblables.

Pâques Fleuries.

Dimanche des Rameaux. Il y a trente deux ans, nous étions à Paris, Pierre et moi,pour installer ma soeur qui venait d'y être nommée. Ma mère faisait partie du voyage.
Nous pensions la fatiguer dans la journée pour ensuite profiter de notre soirée librement, et peu sagement. C'est elle qui fut la plus résistante et en réclamait encore alors que nous ne tenions plus debout. Son meilleur souvenir de ce voyage: lorsque, en métro pour Pigale, un inconnu lui mit la main au derrière. Elle, la si prude, n'en revenait pas d'avoir encore un tel succès. On ne connaît jamais assez bien ses parents!

Aujourd'hui, sur le marché Saint-Louis, entendu la conversation entre un vendeur et un client. Le chaland, un homme d'une trentaine d'années, demandait ce que c'était que le Dimanche des Rameaux. Le marchand a dû lui expliquer l'entrée du Christ à Jérusalem, l'âne et les palmes, le lien avec Pâques, l'autre dénomination de Pâques Fleuries. Il lui a parlé de l'habitude de faire bénir ce jour-là dans les églises des rameaux de buis, que la superstition populaire utilisait ensuite pour protéger sa maison du malheur, en attachant ces rameaux contre le crucifix pendu au-dessus du lit conjugal. Lorsque nous étions enfants, ma mère, en temps de violent orage, nous regroupait dans son grand lit et faisait brûler une de ses branches jusqu'à ce que le temps se calme. Moi qui étais fasciné par les éclairs, inutile de préciser que je n'avais pas le droit de m'approcher de la fenêtre.

Étonnant qu'un homme de cet âge, d'une intelligence apparemment bien développée, ne sache pas ce que sont les Rameaux. Il me semblait que de telles connaissances étaient sorties du domaine purement religieux pour intégrer la culture française et plus généralement occidentale. Ainsi aucun écho en lui quand il nomme les pâquerettes, pour ne rien dire de l'expression Faire Pâques avant les Rameaux, situation qu'il a peut-être, comme Monsieur Jourdain, vécue sans en connaître la périphrase, ou de la rencontre ce jour-là de Jean-Jacques avec "Maman". Une telle absence de culture, liée sans doute à un manque de curiosité (qu'est-ce qui est le plus grave?) n'est pas loin de me choquer chez un adulte (encore que celui-ci se renseignait justement). Je souhaite pouvoir un jour dire: "Je m'en lave les mains.", mais n'y crois guère.

samedi 15 mars 2008

La dame du Vélodrome.

A quoi pense cette dame nue, assise depuis si longtemps sur son piédestal, à regarder passer les coureurs? Et quel drôle de chapeau!

Promenade.

Cet après-midi, bien que fatigué, promenade au parc de la Tête d'Or. Je n'imaginais pas passer ce temps seul chez moi.


Beaucoup de monde, comme prévisible. Des familles, des enfants, des vélos, des barbes à papa, des cris, des chutes, des pleurs, des enthousiasmes devant les animaux, des à cheval sur les épaules, des tu m'achètes une glace, des crêpes à n'importe quoi (et très cher), la vie quoi.


Je me suis réfugié d'abord dans le jardin botanique et la serre des plantes carnivores.


Ensuite, à l'Orangerie, j'ai demandé, sans succès bien évidemment, si je pouvais photographier les oeuvres du couple de sculpteurs dont j'ai déjà parlé. Ai remarqué au passage que, de toutes ces oeuvres, je préférais les deux représentant un couple homme/femme debout ou assis, dont les corps semblent scarifiés, mais tendrement, la peau comme de la terre craquelée sous la sécheresse, attendant la main de l'autre qui en polira la surface.


Puis, ayant dépassé le lac et un coin de parc moins fréquenté, près du vélodrome, je suis sorti par la porte du Musée d'Art Contemporain, où l'exposition Keith Haring attire les foules.


Petit tour dans la Cité Internationale


avant de regagner le parc alors que la lumière baissait tout à coup et que le vent devenait furieux, m'obligeant à rentrer (joie du vélo sous les brusques rafales!).


Les parcs se suivent et ne se ressemblent pas. Moisson de photos ce soir. Il était temps d'ailleurs: les magnolias sont finissant.

Entraînement.

Ce matin, pour le deuxième samedi consécutif, nous sommes allés, Gilles et moi, courir au parc de Miribel. Quand on s'inscrit pour le semi marathon de septembre, il faut bien commencer un jour à souffrir.

De souffrance point, pour ma part en tout cas, et Gilles est si secret qu'il n'en fait pas état. Mais la découverte d'un paysage magnifique. Il m'est arrivé, les années précédentes, de courir depuis la Doua jusqu'à l'entrée du parc, mais je rebroussais chemin une fois parvenu au gué. Maintenant Gilles m'a fait connaître le tour du lac (11 kms , avec la petite boucle supplémentaire). En ce moment, encore peu de verdure, les bords du lac déserts donc, car à découvert, ce qui m'évite d'avoir l'esprit détourné par les garçons qui s'y baignent nus et s'y rencontrent à la belle saison: Miribel est un haut lieu de la drague homo.

Non, la course, rien que la course. Bon tandem avec Gilles car de force à peu près égale: aucun n'est obligé de ralentir pour attendre l'autre, ce qui, à la longue, gâche un peu le plaisir. Peu à peu, nous rallongerons l'itinéraire pour parvenir aux 21 kms demandés. Cette semaine, nous irons deux fois: un seul entraînement le samedi ne suffit pas.

Si les arbres n'ont pas encore leurs feuilles, les fleurs, elles, ont envahi les prés et les bords de chemins. Ce matin, nous avons essuyé une tempête de pétales arrachés aux arbres par le vent qui se levait. Cette neige de fleurs est pour moi indissociablement liée à l'évocation du Japon de Kawabata. J'étais heureux de rire dans cette bourrasque parfumée. L'absence de verdure permet aussi d'avoir une vue dégagée sur l'ensemble du lac et de ses îles, spectacle nostalgique dans la légère brume de cette matinée.

Tout au long de l'entraînement, nous parlons beaucoup. Gilles est, je l'ai dit, quelqu'un d'assez secret, qui se laisse deviner mais ne se livre pas. Comme dans un ciel d'orage le soleil apparaissant un instant avant d'être englouti par les nuages mais qui les ourle d'une frange d'or (comme dans quelle chanson de mon enfance?).
Ce que j'ai déjà compris, c'est que la motivation pour la course est la même, qu'elle procède de la même démarche originelle, et que nous analysons de la même façon (comme déjà je l'ai découvert avec Christian en décembre) les sensations et les plaisirs éprouvés une fois la douleur des débuts dépassée.

Un seul regret: l'étroitesse des vêtements de sport ne me permet pas d'emporter avec moi mon appareil photos. Sinon, j'aurais, bien évidemment, composé les plaisirs.