mercredi 30 avril 2025
samedi 4 novembre 2023
dimanche 29 octobre 2023
Attentats, morts, violences et guerres
- 1390 : premier procès en sorcellerie à Paris. Jugée par le Parlement, Jeanne de Brigue sera brûlée vive.
- 1567 : la conspiration de Meaux déclenche la deuxième guerre française de religion (1567-1568)
- 1618 : accusé de trahison envers le roi Jacques Ier, Walter Raleigh est exécuté à Londres.
- 1709 : expulsion des religieuses de Port-Royal des Champs.
- 1922 : le roi d'Italie Victor-Emmanuel III demande à Mussolini de former un nouveau gouvernement.
- 1948 : résolution n° 60 du Conseil de sécurité des Nations unies sur la Palestine.
- 1955 : naufrage du cuirassé de la marine soviétique Novorossiisk dans le port de Sébastopol, à la suite de l'explosion d'une mine marine allemande de la seconde guerre mondiale, entraînant la mort de 608 marins
- 1956 : conformément aux accords de Sèvres, l'armée israélienne envahit la bande de Gaza et le Sinaï
- 1965 : enlèvement à Paris de Mehdi Ben Barka, chef de l'opposition marocaine, dont le corps n'a jamais été retrouvé.
- 1972 : des Palestiniens détournent un avion de ligne ouest-allemand et obtiennent la libération de trois des terroristes responsables du massacre des athlètes israéliens aux J-O de Munich
- 1999 : le cyclone d'Orissa ravage une partie de l'État d'Orissa, sur la côte est de l'Inde, causant plus de 10 000 morts.
- 2005 : attentats à New Delhi, capitale officielle de l'Inde.
- 2020 : en France, un attentat terroriste islamiste au couteau fait trois morts à la Basilique Notre-Dame de Nice.
- 2022 : en Corée du sud, une bousculade fait plus de 150 morts à Séoul, lors d'une célébration d'Hallowenn
- 2022 : en Somalie, des attentats à Mogadiscio, capitale du pays, tuent au moins 100 personnes
jeudi 4 mai 2023
mardi 16 août 2022
Chicago sur Rhône
Quand je pense que je passe des soirées devant des séries policières ! Maintenant, il me suffira d'ouvrir mes volets !
mercredi 29 juillet 2020
dimanche 22 mars 2020
Ironie du calendrier
D'un autre côté, ce dessin me fait penser à tous ceux qui sont, encore ce soir, dans la rue, et dont personne n'a l'air de guère se soucier. Une pensée pour Claude, aussi, qui n'est plus sur son banc et dont personne ne sait où il a atterri.
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lundi 4 mars 2019
Momentini
- Alléluia : les travaux de plomberie dans l'appartement à côté sont enfin terminés. Les miens vont pouvoir commencer ! Enfin, pas tout de suite, puisque je vais m'absenter quelques jours (pour faire comme ceux de Roland Garros, mais en simple).
- Alors que je faisais mes courses, tout à l'heure, deux jeunes ont voulu quitter le supermarché par la sortie sans achats et se sont fait intercepter par les vigiles. Ils ont pourtant réussi à s'enfuir. Quand je vois le prix des fruits et légumes dans ce magasin, je pense que les plus grands voleurs ne sont pas ceux que l'on pense.
vendredi 16 novembre 2018
L'homme est un loup pour l'homme
- Il tue la femme de son compagnon de cellule pour récupérer un magot et s'achète un château avec.
- Parce qu'il a le droit d'en avoir, il s'achète des armes et fait un massacre, au hasard.
- Elle dépose son bébé sur la plage à la marée montante et s'en va, tranquillement.
- Il masse les pieds de ses secrétaires, mais c'est pour leur bien.
- Il n'a pas de nouvelles de son voisin, les volets sont fermés depuis des semaines, mais ce n'est pas son affaire.
N'est-on pas trop sévère avec le loup ?
samedi 26 mai 2018
lundi 9 novembre 2015
Dichautomnie
J'ai choisi mon camp !
jeudi 16 mai 2013
Propice
Il y a quelques années, un convoyeur de fonds, après avoir détourné le contenu de son camion, avait abandonné son véhicule deux rues plus loin et caché une partie de son butin (la seule retrouvée à ce jour) dans un garage loué tout près.
Cette fois-ci, c'est un incendie qui a ravagé une partie de l'usine désaffectée investie par des roms, incendie qui a fait trois morts en fin de semaine dernière. Le plus surprenant, c'est que ce ne sont pas les anciens ateliers qui ont brûlé mais les bureaux, la seule partie en dur des bâtiments.
mardi 29 novembre 2011
Momentini
- Un enfant de trois ans dans un lave-linge pour le punir de sa conduite à l'école! Le roman que je lis en ce moment sur l'épopée des premiers cow-boys est moins violent que ça.
- Ce soir, je clique, à droite, à gauche, je lis les autres, je commente, et je n'ai rien à dire. Il a pourtant fait beau aujourd'hui.
- C'est confirmé: Victor Hugo est bien né en 1802. (message subliminal).
- Je n'ai plu que 4 minutes pour aller chez Georges, pour notre rendez-vous de 22h22. Plus que trois. Allez, je me dépêche.
samedi 28 août 2010
La caravane
Les chiens étaient des chiennes dont l'une aux tétines gonflées et pendantes, ce que je fis remarquer quand nous eûmes engagé la conversation après l'éternelle question de savoir si j'avais une petite pièce à leur donner. Alors, comme un couple de parents heureux de faire découvrir à un ami leur progéniture nouvellement née, on me rabattit la capote pour que j'admire ce qui dormait à l'intérieur: une dizaine de petits tuyaux de poils (oui, pas des boules: la taille un peu au-dessus) pressés les uns contre les autres.
"Papa", un grand lascar maigre au piercing pas trop agressif me dit qu'ils logeaient sous le bâtiment du Grand Lyon et que si je connaissais des gens qui voulaient des chiens, mais attention, pas n'importe qui: avec des prés ou un jardin, je pouvais toujours le trouver là. "Maman", moins grand mais plus hirsute et sans doute un peu aviné ou sous l'effet de substances illicites ( que j'adore l'hypocrisie de cette expression!), tint à me présenter par leur nom les quatre chiennes (oui, finalement, elles étaient quatre) dont la mère. L'une d'entre elle était un croisé de beauceron et, malgré sa carrure nettement plus imposante, me rappela mon chien, Ciccio, avec qui j'ai partagé 17 ans de ma vie.
Quand nous nous sommes quittés, je me suis retourné pour les voir disparaître au fond de la rue, en direction du Grand Lyon où des couvertures cachées dans une anfractuosité du bâtiment les attendaient sûrement. Une forme de bonheur, sans doute et malgré tout. En tout cas en cette saison.
mardi 8 juin 2010
Aimable
Ce n'est pas la première fois, mais cette élève-là, je la connais: je l'ai eu cette année en latin. Une fille intelligente et vive, souriante et provocatrice avec ceux qu'elle apprécie (et dont j'ai eu la chance de faire partie), agressive et incontrôlable avec ceux qu'elle n'aime pas. J'ai tenté toute l'année de ne pas trop briser le fragile lien qu'elle avait avec moi, comme deux ou trois autres professeurs l'ont fait également. Ne jamais la brusquer, ne jamais y aller dans le mauvais sens du poil, être ferme sans être rigide. C'était parfois difficile car, certains jours, elle n'était vraiment pas bien. Quelques bruits de couloir laissent entendre qu'elle aurait fait une tentative de suicide ces derniers temps.
Son malaise lui vient de loin: son père n'a jamais accepté de la reconnaître et les a abandonnées, elle et sa mère. Plus tard, sa mère s'est suicidée et personne n'a voulu de cette petite fille, à part une tante qui l'a recueillie sans trop en connaître le mode d'emploi et qui a fait ce qu'elle a pu pour rendre cette enfant heureuse. Peine perdue. Et aujourd'hui, c'est nous qui la renvoyons.
Je ne suis pas en train de hurler au scandale, je crois qu'il n'y avait guère d'autre solution. Mais, malgré tout, je considère toujours que le départ d'un élève dans ces conditions est un échec, non pas seulement personnel, mais du collège et surtout de l'institution. Même si la solution à son mal être est sans doute chez un psychiatre ou un psychologue, que pouvons-nous, nous les enseignants, apporter à ce genre d'adolescents? Que faire pour que certains collègues ne se comportent plus, face à de semblables situations, comme des êtres pervers et psychorigides, uniquement soucieux d'asseoir leur autorité sans se soucier vraiment de savoir sur quoi ils se sont assis.
Pour Isa, je vois deux pistes d'avenir: ou elle réitère sa tentative de se supprimer et y parvient, et alors, à part la brave tante, il n'y aura pas grand monde pour la regretter, ou alors elle est forte, suffisamment forte pour passer outre en s'endurcissant encore un peu et j'espère que, parvenue à l'âge adulte, elle n'aura pas le cœur trop réfractaire aux autres, à ces autres parmi lesquels, certainement, il s'en trouvera un pour l'aimer. Car elle est aimable, Isa.
vendredi 9 avril 2010
Mise au poin(g)t
Aussitôt dit, aussitôt fait, on réunit des Assises, on regroupe quelques censés "spécialistes" autour d'une table ronde pour ne vexer personne, on débat pendant quelques jours et on publie ses conclusions. Et cette fois encore, la montagne a accouché d'une souris: face à la montée de la violence dans les établissements scolaires, la solution préconisée est de mieux former les enseignants à ce genre de situations. Bravo: bel effort de réflexion, cela valait sans doute le coup (et le coût) de se réunir en grandes pompes. Je suggère une application ultra-rapide de cette conclusion: pourquoi ne pas nous offrir une armure ou des gilets pare-balles renouvelables chaque année au frais de l'Éducation Nationale? Je suggère aussi des couleurs différentes pour les différents cycles d'enseignement ou, si l'on préfère, pour les différents grades d'enseignants: or, bien sûr, pour les agrégés qui ne sont plus à l'abri de se prendre une gifle, rouge sang pour les capésiens, vert pour les professeurs des écoles.
Pour redevenir sérieux, je ne comprends pas que l'annonce faite aujourd'hui des conclusions de cette commission ne fasse pas hurler de rire la France entière. Ainsi une meilleure formation des enseignants à la gestion des conflits suffirait à endiguer le mal? Mais de qui se moque-t-on? Je crois d'abord qu'il faudrait s'entendre sur ce que l'on appelle la violence à l'école. Est-ce celle, hypermédiatisée par des journalistes que Jean- Luc Mélenchon n'a pas tout à fait tort de traiter comme il les traite, qui explose régulièrement mais heureusement rarement de ci de là suite à l'intrusion de bandes extérieures aux établissements et se solde parfois par la mort d'un lycéen? Ce n'est pas à cette violence-là que les enseignants ont à faire journellement. La répression de ces actes criminels est du ressort de la police, pas de l'école.
L'autre violence, celle de tous les jours, plus insidieuse mais omniprésente, me semble beaucoup plus dangereuse à long terme: jeux dangereux, coups violents, insultes en direct ou via internet constituent bien trop souvent l'ordinaire des établissements aujourd'hui. Et que l'on ne me réponde pas que ce phénomène est circonscrit à quelques zones dites sensibles et épargne la plupart des lycées et collèges: c'est faux. Je travaille dans un établissement privé qui recrute dans un milieu encore relativement favorisé, dans la banlieue de Lyon la plus taxée par l'ISF, et je vois, de jour en jour, d'année en année, la situation se dégrader entre les élèves et même entre élèves et enseignants. Les filles se traitent de sales putes et ne s'en formalisent pas plus que cela, on croirait même parfois que c'est un signe d'amitié. On a de plus en plus de mal à ne pas se faire envahir pendant les cours par les casquettes vissées sur les têtes et les portables allumés. Une de mes collègues s'est fait insulter par des élèves du collège sur Face Book et lorsqu'elle a voulu porter plainte, on lui a rétorqué, au commissariat, que sa plainte n'était pas recevable et que ce genre d'affaires devait se régler en interne à l'établissement. Je pourrais accumuler les exemples de mépris, de violence, de rébellion insultante.
Et l'on nous dit qu'il faudrait que nous soyons mieux préparés à gérer ce genre de conflits! Mais pourquoi la gestion de ces problèmes reviendrait-elle à l'école? Elle a déjà un lourd bagage à porter, l'école, en ce moment: c'est à elle que revient la charge de la formation à la sécurité routière, à la vie sexuelle, à la prévention des conduites à risque et bien sûr, quand il reste du temps, aux fondamentaux de sa discipline. Un enseignant, tout à l'heure à la radio, disait que, sur une heure de français, s'il parvenait à sauvegarder un petit quart d'heure pour mettre en application le métier pour lequel il a été formé, il était ravi de l'aubaine.
Il me semble que le véritable problème, ce n'est pas l'école, qui fait ce qu'elle peut malgré des critiques incessantes et où de nombreux enseignants s'usent la vie à gérer quotidiennement l'ingérable, c'est bien plutôt la société actuelle qui continue à préconiser un certain enseignement tout en adoptant des valeurs opposées à celles qu'elle voudrait que l'on croit siennes: valeurs de respect, d'écoute, d'entraide, de solidarité. Où sont-elles, ces valeurs, dans la société actuelle? Le malade est bien plus atteint qu'on ne le croit. Il faudrait, plutôt que de chercher des méthodes pour résister au mal, en trouver d'autres qui permettent de l'éradiquer et ne pas nous faire chaque fois le coup de la petite fée Clochette qui règle tout d'un mouvement de sa baguette magique.
mercredi 7 avril 2010
Le vieux monsieur n'est plus là.
J'ai eu une seule fois l'occasion de parler avec lui: une voix claire, qui ne chevrotait pas, un peu précieuse sans doute mais n'avait-il pas été professeur de Lettres Classiques? La fréquentation assidue des Anciens peut avoir cet effet sur certains! Il semblait avoir une culture frisant l'érudition mais vivait dans ce monde-là, visiblement bien éloigné des contingences actuelles. Le soir, je le voyais souvent dans ce qui devait être sa cuisine, penché dans un coin de la pièce où se trouvait sûrement l'évier. Il frottait, frottait, frottait je n'ai jamais su quoi.
Depuis longtemps, cette fenêtre de l'entresol restait désespérément sombre et se couvrait de poussière et de coulures, comme toutes les autres de son appartement, à tel point qu'il aurait été désormais difficile d'apercevoir réellement l'intérieur des pièces. Il y a une quinzaine de jours, en passant, j'ai vu la vitre fracturée, le battant poussé, la pièce toujours plongée dans l'obscurité. Que s'est-il passé? L'appartement a-t-il été cambriolé pendant l'absence de son occupant (mais où est-il, d'ailleurs, depuis si longtemps?) ou bien a-t-il été découvert mort depuis de longs mois dans sa salle de bains ou son couloir? A le voir ainsi dans la rue, je suis bien certain qu'il ne devait pas fréquenter beaucoup de monde et qu'il menait une vie totalement solitaire. Il est possible que personne n'ait remarqué son décès.
Mais, comme me l'a dit J., je suis capable, à partir de cette vitre fracassée, d'inventer un roman avec enquête, suspects et découverte de la vérité. De ma vérité, bien sûr. Je ne saurai sans doute jamais ce qui s'est passé. Je vois simplement disparaître là encore une des figures emblématiques du quartier. J. m'avait également conseillé ironiquement de prendre une photo de ladite fenêtre. Voilà qui est fait!
vendredi 2 avril 2010
Sursis
Cette nouvelle ne m'a pas laissé indifférent. Bien sûr, je peux percevoir la détresse de cette jeune fille sans doute totalement seule face à ce qui lui arrivait: ni le don juan de service ni la famille directe n'ont été là pour l'aider. Il faut avoir touché le fond du désespoir pour en arriver à un tel acte. En même temps, je me demande de plus en plus souvent si cette façon de penser qui est la mienne n'est pas celle d'un autre âge, totalement révolu aujourd'hui, que ne partagent que quelques spécimens rares de dinosaures attardés. En effet, il me semble que ces crimes abominables sont de plus en plus fréquents, ou alors, sensationnalisme oblige, on tient davantage à nous les mettre sous le nez.
Des nouveaux nés de quelques heures se retrouvent dans un sac plastique au fond d'une poubelle ou enfouis dans un congélateur. Des naissances refusées parce qu'elles risquent de bouleverser la vie d'un adulte ou d'une famille. Si l'on considère que la pilule est aujourd'hui un moyen de contraception largement répandu et à la portée de tous, on ne peut qu'être surpris par la multiplication de ces situations extrêmes. Plusieurs causes à cela, probablement: ignorance de certains, malgré tout, quant aux possibilités de contraception, infantilisme des nouvelles générations face à des actes graves comme la procréation et les devoirs qu'elle suppose, égoïsme forcené devant quelque devoirs que ce soit. L'important, c'est moi et ma vie. Dans un tout autre domaine, je ressens cela aussi au sein de l'école, dans mon métier que, bien que l'ayant véritablement adoré, je ne voudrais pas avoir à exercer dans une dizaine d'années.
Face à cela, que dit la justice? La loi permet la réclusion criminelle à perpétuité, ce qui revient, dans l'état actuel des choses, à transformer cette jeune femme en croûton oublié de tous et destiné à moisir loin des regards. Le tribunal en a jugé autrement: cinq ans dont trois années de sursis. Mais saisit-on l'horreur de ce mot "sursis" dans une telle circonstance? Il me semble que cela veut dire que cette peine s'ajoutera à une nouvelle s'il y a récidive. Or comment peut-on envisager la récidive d'un tel acte? Que l'on puisse recommencer à voler, à braquer, à boire, cela peut se concevoir. mais recommencer à baiser sans précaution pour ensuite, en pleine connaissance de cause cette fois, faire disparaître le résultat des ébats en lui plantant un couteau dans le cœur et en le faisant patienter, coincé entre le colin d'Alaska et les escalopes cordon bleu, je ne comprends plus!
A-t-on fait prendre conscience à cette fille de la gravité de son acte, l'a-t-on aidée à en percevoir les contours exacts, et non pas seulement une sorte de rapport quantifié entre la faute commise et la punition attendue? J'allais dire que, dans le meilleur des cas, c'est-à-dire celui de la repentance, la jeune femme a devant elle une vie fichue. Dans le meilleur des cas car cela voudrait dire qu'elle a compris ce qu'elle avait fait. Mais je n'en suis pas sûr.
Je ne suis pas en train de réclamer plus de répression. Je fais simplement le constat de mon effarement face à une société où cette répression est la seule réponse apportée, alors qu'à mon avis, même si elle est nécessaire, elle ne peut, seule, être considérée comme une réponse ou une solution. On m'a jadis appris que, lorsqu'on punissait un élève, pour quelque raison que ce soit, on devait ne pas le faire à chaud, sous le coup de la colère, et d'autre part prendre le temps d'expliquer la faute, d'en envisager avec l'élève concerné aussi bien les conséquences que les façons de remédier à ce moment difficile. Je crois que c'est cette démarche qui allie une forme d'éducation à la répression nécessaire, qui fait cruellement défaut dans nos sociétés modernes.
vendredi 1 janvier 2010
Pour clore
Comme prévu, je suis parti à pied. La ville était étonnamment calme et vide. Même les abords du centre commercial de la part-Dieu, d'ordinaire si bouillonnants, étaient hier quasiment déserts. Un homme m'a abordé, un homme d'une cinquantaine d'années, un homme ordinaire, pas un SDF, un homme seul. Il m'a demandé si je connaissais un bar ouvert dans le quartier. Il avait déjà choisi de sortir de 2009 par la porte embrumée, celle où l'on croit, en soulevant le voile, découvrir une horizon radieux et qui s'avère chaque fois déboucher sur une impasse. Une manière comme une autre d'oublier sa solitude.
La soirée fut sympathique et animée chez Jean-Claude. Frédéric avait prévu un excellent repas, nourriture et boisson, et les convives, que je connaissais presque tous, se sont une fois de plus révélés être des gens rieurs, ouverts et intelligents. J'ai fait la connaissance de Louis, l'ami de Lucienne, qui, d'abord, a pris le temps de m'observer, en bon descendant de la ruralité de l'Ain, avant de m'admettre dans sa confiance. Gérard est également resté avec nous pour l'apéritif avant d'aller souper avec des amis sortant d'un spectacle lyrique.
Aujourd'hui, le repas fut plus calme (mais tout aussi excellent) en compagnie de ma sœur, de ma mère et d'une amie fidèle qui, sans cela, se serait retrouvée seule chez elle.
Les fêtes tirent à leur fin, en tout cas pour nous, tous ceux qui en ont eu. Lundi, c'est le retour au travail, ce sont les premiers pas dans cette nouvelle année, ni plus belle ni pire sans doute que les précédentes. Je n'ai pas envie de faire un bilan de 2009: il serait, comme pour tous, composé de tristes et de beaux moments, d'enthousiasme et de mélancolie, de découvertes et de pertes irrémédiables. Mais est-ce réellement original? Non, bien sûr. Je n'ai pas non plus l'intention de prendre quelque résolution que ce soit pour 2010 si ce n'est celle d'en extraire la belle moelle, de m'en réjouir et de m'en satisfaire, de garder, comme je l'ai dit dans le billet précédent, les yeux ouverts, pour voir les merveilles du monde et pour en combattre les horreurs. Pour le reste, nous verrons bien.
mercredi 18 novembre 2009
Peau-Rouge
Pour comprendre, il faut remonter loin en arrière. J'avais découvert, quand j'étais prof dans un LEP, un roman qui m'avait beaucoup plu et dont j'ai très vite vu le bénéfice pédagogique que je pouvais en tirer. J'en ai déjà parlé ici: il s'agit de La Cicatrice, de Bruce Lowery. Je n'ai jamais su pourquoi ce petit livre m'a tant marqué, et je ne veux pas le savoir. Peut-être par la découverte d'une culpabilité que je partageais encore un peu à l'époque.
A la fin de la période d'étude de ce roman, j'improvisais un procès, celui de Jeff, le héros, jugé pour la mort accidentelle de son frère dans l'escalier après des mots durs de sa part. La question suivante était posée: "Pensez-vous que Jeff soit responsable de la mort de Bubby?" Oui ou non, aucune autre réponse n'était acceptée. Certaines années, Jeff était condamné mais le plus souvent les élèves tenaient compte du caractère accidentel de cette mort et acquittait Jeff, avec cependant un jugement sévère sur l'attitude qu'il avait prise vis à vis de son petit frère.
L'étude de ce livre était en tout cas l'occasion de débattre de nombre de sujets, dont un des principaux était l'acceptation de la différence de l'autre: Jeff, en effet, a un bec de lièvre depuis sa naissance et ce sont les réactions agressives ou moqueuses des autres, de ses camarades de classe en particulier, qui vont le rendre lui-même agressif et violent, au point de ne plus voir dans l'amour immense que lui porte son frère qu'un poids inutile et encombrant.
Quand j'ai quitté le LEP pour le collège, j'ai emporté le livre dans mes bagages. Il a autant plu à ces élèves qu'aux précédents. Davantage même car ces enfants, un peu moins blindés face à leurs émotions que ne l'étaient les "durs" du LEP, n'hésitaient pas à exprimer leur indignation face aux quolibets et aux injures dont Jeff était victime. Ils trouvaient tous qu'une telle attitude n'était pas digne d'enfants civilisés. La même émotion les gagnait quand ils lisaient les pages relatant la mort de Bubby et ils se laissaient souvent aller ensuite à condamner Jeff pendant le simili-procès.
Une année, j'eus affaire à une classe de cinquième particulièrement vertueuse. Chacun de plaindre Jeff autant que Bubby, de jeter l'anathème sur Ronald et les autres "méchants", de le dire avec des mots qui sentaient la bonne conscience et la compassion. J'en étais d'autant plus content que, cette année-là, dans cette classe, il y avait une fille dont j'avais remarqué, outre une grande timidité, qu'elle cachait sous des manches de chemisier toujours longues (et jamais de T-shirt) des bras tâchés de plaques de couleur sombre: des angiomes (ou naevus, je ne sais plus quel est le terme médical le plus juste). J'étais sûr, à voir la réaction au roman de ses camarades, qu'elle n'aurait aucun problème, au moment des beaux jours, à exposer ses avant-bras et qu'aucun des élèves de la classe ne se permettrait la moindre remarque.
C'est bien ce qui se passa. Charlotte (appelons-la ainsi) arriva un jour avec un joli chemisier à manches courtes qu'elle semblait vraiment heureuse de porter, et je la vis aussi rayonnante que le printemps nouveau. Comme prévu, aucun commentaire désobligeant devant ses taches que, maintenant, plus personne n'ignorait. J'étais assez fier de moi et de la réussite de ma mission éducative. Sauf que... Sauf que, quelques jours plus tard, Charlotte ne vint pas. Malade sans doute. Rien de grave, elle serait bientôt de retour. Une semaine passa puis deux. Bientôt la maman ne put plus, au téléphone, cacher la véritable raison de l'absence de sa fille: celle-ci ne voulait plus mettre les pieds au collège.
Mais pourquoi? Elle qui paraissait si heureuse, qui avançait sereinement dans son année d'études, pour la réussite de qui je ne me faisais aucun souci! Un jour, à force d'insister, nous parvînmes à convaincre la mère de venir avec sa fille en dehors des heures de cours, à un moment où elles étaient sûres de ne rencontrer personne d'autre. Nous voulions comprendre et surtout tenter de redonner le sourire à cette pauvre adolescente. Ce qu'elle nous dirent toutes deux nous stupéfia: Charlotte était terriblement malheureuse depuis qu'elle avait mis ce chemisier à manches courtes, car, dès cet instant, elle n'eut plus une minute de répit tant ses camarades de classe, dans leur grande majorité, ne cessaient de la traiter de "peau-rouge". Les autres, deux ou trois, s'ils ne participaient pas activement à l'entreprise de démolition, se rendaient complice par leur silence.
Je crois que jamais de ma vie, je n'ai eu de colère aussi profonde vis à vis de mes élèves, une colère froide, raisonnée, méprisante. Je ne leur pardonnais pas ce qu'ils venaient de faire. Non seulement ils m'avaient berné mais bien plus grave: par leur ostracisme, ils rejetaient leur ancienne amie dans le monde des ridicules, des anormaux, des monstres à montrer dans un cirque. Je me sentis aussi coupable, dans une certaine mesure: si je n'avais pas étudié ce roman et lancé les débats que nous venions de connaître quelques temps auparavant, jamais Charlotte n'aurait d'elle même mis ce chemisier. Certains se seraient peut-être rendu compte de sa particularité physique mais peu, et progressivement. Alors qu'à cause de moi, elle s'était innocemment livrée aux crocodiles.
Ma colère indignée dut fortement marquer les élèves, ou bien se mirent-ils à craindre bien pire de ma part, car, quelques jours plus tard, la jeune fille, les yeux au sol, fit son entrée dans la classe avec moi à ses côtés, des mitraillettes à la place du regard, et personne ne broncha. Je n'en entendis plus jamais parler. Aujourd'hui, j'ai honte: j'ai complètement oublié son vrai nom, je ne me souviens plus d'elle que par ses mots: Peau-Rouge.
"L'homme naît bon, comme disait l'autre, c'est la société qui le pervertit". Très vite alors!

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