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mardi 31 mars 2026

Visages à contre-jour

Tout à l'heure, en essayant de m'assoupir pour la sieste, j'ai repensé au village où j'ai passé mon enfance, sous la haute autorité de ma grand-mère maternelle. Au village et à ses habitants. Et me sont venus à l'esprit non pas des noms ni des prénoms amis des surnoms tirés des uns ou des autres ou d'une particularité physique. 

Le premier à paraître fut le Firmin, qui aidait mon père à égorger les cochons. Mais, quand on parlait de lui en son absence, on disait le Bègue et, pour son frère le Boiteux. Le premier était une bonne pâte, le second un peu plus teigneux. Ils vivaient dans une ferme très sale où les poules couraient et chiaient dans la cuisine. Tous deux se querellaient ^sans cesse et en arrivaient souvent aux coups. Mais, pour rien au monde, ils ne se seraient séparés. 

Et puis d'autres apparurent, en un long cortège que j'ai vu défilé devant mes yeux fermés. A vous de les imaginer, ces personnages de ma petite enfance.

La Titine (sur la place Marquise), la Rèrette (qui recueillait les chiens errants) , La Dya (une vague cousine de ma mère), La Loulousse (celle-ci est encore bien de ce monde), le Meji (qui vivait avec la Périne et était toujours saoul), le Grojo (qui tenait un bar), le Coco-bel-œil (celui qui, du haut d'une cerisier dont il cueillait les fruits pour me les donner, me cracha sa chique sur les mains), le Tètel (qui tenait un autre bar), La Fine (je ne croit pas qu'il y ait de rapport avec l'alcool, mais plutôt avec Joséphine),  le Tite et la Gate (dont on me parlait mais que je ne me souviens pas avoir connus), Le Zazieu (le père de mon ami d'enfance Yvon), la Gau (elle était bien enveloppée), le Mimile (un ami de mon père), le Toine (le conducteur du car), Le La Fraise (aussi appelé La Bugne (un cousin d'Yvon dont il ne voulait pas entendre parler), la Nènette (mère de La Fraise), La Mie (prononcer comme gentille, ma mère).

Tous (à l'exception de la Loulousse qui était plus jeune) sont morts aujourd'hui. Ma somnolence les a fait revivre ... un peu. 



mardi 24 mars 2026

Juste pour le dire ....

Je les trouve beaux, les prénoms des femmes de ma famille, femmes à travers les âges !

Marie, Elisabeth, Christine, Jeanne, Reine-Augusta, Jeanine, Arlette, Nicole, Emilie, Antoinette, Marguerite, Augustine, Séraphie (et pas Séraphine), Clémence, Lisa..., 

Pour les hommes, ce fut  beaucoup plus banal : beaucoup de Pierre et de Jean et un Jean-Pierre, Maurice, Robert, Guy, Bernard, Honoré (tout de même), Antonin, ...

Les femmes, pour la beauté du son, l'emporte largement !

lundi 23 février 2026

Ca, c'est le Pon Pon !

Ne soyez pas inquiets pout mon orthographe ! C'est simplement que ce matin au réveil ma première pensée fut : tu en as oublié un ! Un chien, bien sûr.

Celui est arrivé tout seul à la ferme, un beau jour et ne semblait pas vraiment décidé à la quitter. Nous avons bien sûr cherché à savoir à qui il appartenait. Recherches infructueuses ! D'où venait-il ? Cela resta toujours un mystère. Il était brun clair, élégant et surtout adorable. Quand nous comprîmes que son installation chez nous était définitive, il nous fallut bien lui trouver un nom. On en essaya plusieurs, fréquents pour les chiens. Aucune réaction de sa part, jusqu'au jour où ....

Un soir, ma mère était devant la télé quand la chaîne diffusa une émission sur le président Pompidou. Ma mère s'écria : "Tiens, c'est Pon 'Pon. Le chien, qui était couché à ses pieds, se leva d'un bond, émit un doux aboiement et calla sa tête ses ses genoux. Voilà, elle avait trouvé : c'était Pon Pon ! Ce nom lui resta et semblait bien lui convenir.

Quelques temps plus tard, mes parents trouvèrent un emploi dans une épicerie dans une petite ville aux abord de Saint-Etienne. Le logement y était minuscule et il durent laisser une bonne partie de leurs meubles. Afin de sécuriser les lieux, ils laissèrent le chien dans un petit local dans le jardin. Mon père, à la fin de sa tournée, lui apportait chaque sa pitance puis repartait avec son Tub Citroën. 

Un matin, alors qu'il s'apprêtait à remplir les rayons du véhicule pour entamer sa nouvelle tournée, il vit sortir de sous les roues un chien tout joyeux : c'était Pon Pon qui, tout seul (à l'odeur ?) avait trouvé le chemin du nouveau logement. De ce jour-là, il dormit dans l'épicerie pour avertir en cas de vol des commandes qui le livreur laissait sur le trottoir. Ces vols étaient assez fréquents à l'époque. Mais, dès son boulot achevé, le chien, qui avait la liberté bien encrée dans ses gènes, partait en vadrouille jusqu'au soir. 

A la sortie de la petite ville, déjà dans la campagne, il y avait un restaurant réputé dont les tenanciers s'approvisionnaient souvent à l'épicerie de mes parents. Ces derniers y allèrent plusieurs fois manger et furent toujours satisfaits de l'accueil et de la nourriture. Un jour, le chien ne revint pas. Parallèlement, suite à des plaintes et à une enquête de police, tout le monde, sidéré, apprit que les restaurateurs étaient en fait des voleurs qui pillaient consciencieusement tous les magasins d'alimentation des environs. Nous ne sûmes jamais si Pon Pon avait décidé de reprendre sa vie d'errance ou si ces voleurs l'avaient éliminé car trop gênant pour eux ...

dimanche 22 février 2026

Des vies de chiens

Le premier chien que j'ai connu dans ma vie, ce fut Astor, le chien de mon père que, lui, je n'ai pas connu. Il était encore dans la ferme de ma grand-mère. Il n'était plus tout jeune et je ne me souviens pas d'avoir jamais joué avec lui, mais j'aimais son nom et penser que mon père l'avais caressé.

Quand mes parents reprirent la ferme, nous eûmes un chien dont j'ai oublié le nom, puis la Muguette, le vrai chien de mon enfance. Bien, elle ne dormait pas dans la maison, mais dans une niche à l'extérieur. Elle était douce et se laissait faire tout ce que nous voulions. Mon frère, par exemple, s'amusait à la piéger sous une cloche grillagée dont, autrement nous nous servions pour isoler une poule qui venait d'avoir des poussins. Il faisait la même chose avec une fille un peu simplette de la voisine. A chaque fois, elle se laissait toujours prendre.

Puis vint Mickey qui suivit mes parents dans leurs nombreuses pérégrinations liées à leur travail : aux magasins d'abord dans la Loire puis à Lyon. Totalement noir, il ressemblait à une sorte de saucisse, ce qui fit répondre par mon père à une cliente qui lui demandait de quelle race il s'agissait : "un basset sénégalais. Vous ne connaissez pas ?". (Tous les chiens que nous avons eus étaient des bâtards, évidemment). 

Pendant ce temps, Pierre et moi, nous avions trouvé Ciccio sur le bord d'une autoroute italienne, un croisé de doberman et de beauceron. Lorsque nous partions en vacances, nous le confiions souvent à mes parents. Les deux chiens s'entendaient très bien, bien que de taille et de vitalité différente. Mickey mourut, très âgé. Ciccio aussi. Depuis sa mort, je n'ai jamais repris de chien (par fidélité ?). Parfois me manque une présence canine ....

samedi 14 février 2026

Il faut bien le faire de temps en temps ...

Que faire quand il fait froid et qu'il pleut ? Téléphoner à ,un ou deux amis que j'on n'a pas joint depuis assez longtemps. Et puis faire ce que l'on reporte au moindre rayon de soleil, au moindre fourmillement dans les jambes. Et de ce côté-là, je suis le roi de la procrastination ! Allons-y ! Mais, comme je suis aussi le roi du papillonnage, au bout de peu de temps, je me lance dans tout autre chose que ce que j'avais prévu. 

 Aujourd'hui, ce fut donc razzia dans mes classeurs de paperasses et dans les tiroirs de mon bureau. Côté paperasses, déchiquetage de relevés de banque (on dit les garder dix ans !). Par précaution, je ne m'en débarrasse jamais dans la poubelle à papiers de l'immeuble mais enfermés dans un sac avec les déchets ménagers. 

Pour les tiroirs de mon bureau, ce fut un peu (beaucoup) plus long. J'ai retrouvé des photos de mon frère, envoyées il y a longtemps pour les vœux. Une de ses phrases était : "Il ne nous reste plus qu'à être heureux." Là où il se trouve (si ce "lieu" existe) , je lui souhaite de l'avoir trouvé après les tortures de son cancer. Des photos plus  anciennes et plus heureuses du mariage d'Anne-Marie, une des amies de fac que je vois toujours. Une des rares photos où j'apparais en costume-cravate, pates d'éléphant le costume. Beaucoup plus jeune mais ridicule aujourd'hui, à mon avis. Et des cheveux plus longs et plus sombres que ceux qui ont eu l'élégance de me rester sur la tête ! Et puis des photos d'Amédé à une fête du côté d'Avignon, avec des gens que je ne connais (ou ne reconnais ,plus). A voir ces photos, je suis toujours un peu barbouillé (il n'y en a aucune de visible dans mon appartement, j'ai depuis longtemps fait disparaître tous les cadres. J'ai réussi à ne pas m'attarder.

Et de nombreuses cartes de vœux, offertes par des associations de bienfaisances que j'aide parfois financièrement , et jamais envoyées. J'ai tout déchiré et jeté. Qui, aujourd'hui, envoie encore des cartes de vœux ? 

Pour finir, et j'en ai eu honte, des une bonne centaine de briquets de l'époque où je fumais, dont la plupart vides. Pourquoi étaient-ils encore là ? Ma procrastination à jeter, sans doute : il est plus rapide d'en prendre un autre pur allumer ma xième cigarette. Ensuite, j'oubliais. J'ai tout de même gardé ceux qui fonctionnent encore, on ne sait jamais ...

Bref un après-midi aux occupations ,futiles mais utiles. Et j'ai un peu mieux classé  ce qui restait. Demain, si le temps ne change pas, je me lance dans le nettoyage du dessus des bibliothèques, en faisant gaffe sur mon haut escabeau : je n'ai plus vingt ans !



jeudi 30 octobre 2025

Une journée en deux parties

Aujourd'hui, c'était la tournée des tombes, dans la Loire (Pierre, à Lyon, ce sera demain). Cette année, je l'avoue, je vivais çà un peu comme un pensum. Trimballer des pots (avec mon mal au dos), les installer sur les tombes, revoir au fil des allées des noms d'autrefois, des parents, des amis, des voisins : ça ne m'enchantait guère d'autant que, allez savoir pourquoi, j'imaginais la journée pluvieuse, au mieux grisonnante. 

Première bonne surprise : le soleil brillait aujourd'hui. Pour la première fois, nous retrouvons le cousin germain et faisons la tournée ensemble. Ayant vécu plus de vingt -cinq ans à Toulon, il ne connait pas trop les tombes familiales et pose des questions : qui était cet Antonin ? Et cette Clémence, on et parent comment ? Du coup, nous restons plus longtemps que d'habitude et, ensuite, allons boire un café dans le seul bar restant dans le village. 

La deuxième partie de la journée, c'était la visite à la cousine (la sœur de cousin) qui, il y a peu, a fait un AVC et est encore hospitalisée. A l'entendre au téléphone, je ne m'en serais jamais douté. La surprise fut totale quand elle m'a dit pourquoi elle m'appelait : elle avait toujours sa voix joyeuse.

Sa maison de soins ne permettant les visites qu'à partir de 16 heures, nous sommes allés déjeuner puis avons tenté le coup en prétendant venir de très loin ! Et ça a marché ! Une bonne heure donc, à se remémorer des souvenirs de notre enfance, chacun y allant de son anecdote, déjà connue et découverte à ce moment-là. 

Et pour rentrer à Lyon, nous avons le plus possible emprunté les petites routes. 

Récapitulatif : une journée pleine de soleil, un bon repas partagé avec le cousin (ce qui est rare), une ,cousine qui n'a perdu ni son sourire ni son optimisme et, finalement, la joie de retrouver la famille.



mardi 3 septembre 2024

Séraphie, Augustine et Julie

Ma grand-mère maternelle et ses deux sœurs, mes grandes tantes donc ! 

Augustine m'a élevé : je men souviens assez bien donc. Elle est morte quand j'avais huit ans, et j'ai alors rejoins le cercle familial. Mais j'en ai déjà parlé. 

Julie était physiquement aussi sèche qu'Augustine. Visiblement, elle n'aimait pas vraiment les enfants, au moins mon frère qui montait dans les arbres pour lui faire des grimaces. Son mari était une pâte d'homme, fasciné par les rouages des horloges et des montres devant lesquels il pouvait rester des heures. 

Séraphie est celle dont je me souviens le moins : elle a dû mourir quand j'étais très jeune. La maison où elle habitait existe toujours dans le village : seul le bien haut et le bien raide escalier extérieur a disparu. Nous devions sans doute lui rendre visite en allant à la messe, à pieds et à jeun sur les kilomètres. D'où sans doute aussi mon souvenir du haut escalier ....

vendredi 5 juillet 2024

L'objet



J'ai encore celle de mon grand-père, un peu cabossée mais vivante. C'est sans aucun doute l'objet auquel je tiens le plus. 
 

jeudi 6 juin 2024

Encore une histoire de bombardements

Ces histoires-là, je les tiens plus particulièrement de ma mère qui m'en a raconté bien d'autres.

Dans un hameau voisin du sien, une femme qui regardait le "feu d'artifices" de son balcon n'a jamais vu le bouquet final : une bombe (ou son souffle ?) l'a encastrée dans ledit balcon. 

Lors de ces attaques aériennes, ma mère et ma grand-mère ne se réfugiaient pas dans les caves. Elles fuyaient dans la campagne, plus exactement dans un grand pré au-dessus du village, proche d'un bois (où d'autres ont trouvé la mort). Ma mère souffrait alors d'une maladie de peau qui l'obligeait à s'enrouler tout autour du corps des bandelettes enduites d'une pommade grasse. Une vraie momie égyptienne ! Alors, quand l'alerte résonnait, il fallait faire vite pour se "déballer". J'ai toujours ri de cette histoire mais ça ne devait pas être très drôle !

jeudi 18 avril 2024

Deux jours de vacances (5)

Pour rentrer à Lyon, nous passons par les Monts du Lyonnais, en particulier par Fontanès (42), où mon père faisait ses tournées de fruits et légumes. En fait, je découvre, car, à l'époque où je l'accompagnais, je ne connaissais que la place du marché. 

A 900 mètres d'altitude, le château, dans sa forme actuelle, date du XVIIIème siècle. Il s'agit d'une résidence seigneuriale de grande importance : 2 200 m² de surface bâtie ; le parc  s'étend sur 5, 5 hectares.

On pénètre dans le parc par un beau portail datant du XVIème siècle. Il s'ouvre sur une allée de tilleuls, larges et élancés, de plus de 150 ans qui conduit à l'église (XIII°). 

L'étymologie du nom de ce village (dont on ne prononce pas le "s" final était en latin  fontanesium, du bas latin fontana = source, féminin substantivé de l'adjectif classique fontanus = de source, formé sur le latin classique fons, fontis = source, fontaine. Ici encore, on retrouve les sources (comme à St-Jean-Bonnefonds). 

Le château est attestée depuis 1090 par la présence des chevaliers du château. Le suzerain en était l'archevêque de Lyon, possesseur de tout le Jarez. En 1173, Louis VII mit Fontanès sous la suzeraineté du comte du Forez, avec Saint-Héand, La Fouillouse et La Tour-en-Jarez. Les Saint-Priest conservèrent le titre de seigneurs de Fontanès sous les Bourbons.






mardi 16 avril 2024

Deux jours de vacances (3)

A Saint-Jean-Bonnefonds, même s'ils ont commencé à détruire près de l'église les anciennes maisons hautes des passementiers, l'essentiel pour moi est toujours là : la croix de fer face à l'église et le bar juste derrière où les hommes buvaient un coup en attendant que les femmes (un fichu sur la tête) sortent de la messe ; l'autre bar du centre, anciennement face au monument aux morts où les familles vont souvent boire un coup après les enterrements ; le coiffeur où j'allais me faire couper les cheveux et où j'ai découvert les bandes dessinées (interdites à la maison) ; la pâtisserie où ma grand-mère m'achetais un gâteau après le jeûne pour recevoir la communion (et ce après quelques kilomètres à pied avec montées et descentes du Crêt Beauplomb. ). La petite échoppe où j'ai acheté mes premiers livres (bibliothèques rose et verte) est devenue un bureau d'assurances mais elle est toujours là. De l'autres côté du bourg, le groupe scolaire (qui s'appelle maintenant Lamartine) où je suis allé peu de temps en maternelle et où les maîtresses étaient de vrais bourreaux ...

Nous sommes ensuite passés par le château de Nantas pour rejoindre le Fay par le Crêt Beauplomb.. Le château fut depuis 1662 la propriété des barons Bernou de Rochetaillée. Il  fut détruit par un incendie en 1894. Des fouilles entreprises depuis 1966 sur le site de l’hôpital ont permis de retrouver au lieu-dit " les Murs ", les ruines d’un château féodal antérieur au XVème siècle, et qui serait le premier et le plus ancien château de Nantas. Les recherches permettent d’estimer que ce château féodal antérieur au XVème siècle a lui-même été édifié sur les substructures d’une antique construction militaire romaine " castrum murorum " : d’où la dénomination de " Château des Murs ". 

Arrivés au sommet du Crêt, après avoir longé le Bois du Baron, nous plongeons sur le Fay. Là se trouvait près du puits de mine la ferme de la branche paternelle. 


Et la maison de ma grand-mère maternelle, au lieu-dit le Château : simples maisons construites sur l'emplacement de l'ancien château féodal; Ce château fut un enjeu de la puissance des comtes du Forez sur la région. Etienne Blanc, un bourgeois lyonnais, le reçut en fief du comte du Forez en 1273. Il le fortifia malgré l’accord passé entre le comte du Forez et l’archevêque de Lyon lors du traité de 1173 qui délimitait leurs possessions respectives. Repris en main par le comte du Forez, puis possession royale à partir du XVIème siècle, le château permettait d’entreposer une garnison apte à défendre la frontière avec le Lyonnais et représentait une marche d’accès au Forez. 

Balade sur la Place Marquise (qui n'a de noble que son nom...), dans les rues du village (qui portent maintenant des noms), jusqu'à mon ancienne école toujours là mais pas pour longtemps car une toute neuve est prévue dans ce qui s'appelle maintenant le Pôle Sportif et festif du Fay !!!! Les prés et terres alentour sont tous occupés aujourd'hui par des villas. Le mur du "barrage" a été détruit mais le pré de ma grand-mère (j'en suis maintenant propriétaire en indivision) est toujours vert et surmonté par les trois poiriers de mon enfance. 

Petit détour dans la campagne en direction d'Izieux pour revoir (sans doute pour le dernière fois vu son état) la Maison du Diable. Je n'ai jamais su pourquoi on l'appelai ainsi. 

lundi 15 avril 2024

Deux jours de vacances (2)

Nous rejoignons ensuite Saint-Jean-Bonnefonds, commune limitrophe avec Saint-Etienne mais qui n'a jamais voulu être annexée par la grande ville. C'est là que mes parents tenaient un temps une épicerie-buvette-jeux de boules. Moi, j'habitais à l'autre Fay, hameau de la commune, chez ma grand-mère maternelle. Le centre du village n'a pas trop changé mais sa population est passé de 4585 en 1962 à près de 7000 en 2021. Tout ce que, enfant, j'ai connu en prés est maintenant construit. Après un petit tour au cimetière (très belle vue sur le massif du Pilat) pour vérifier l'état des tombes familiales, nous descendons vers l'église. 


Le toponyme "Bonnefonds" signifie "bonne source". Les fouilles lors de la construction de l’hôpital en 1966 au Colombier ont mis au jour les vestiges d'une occupation gauloise puis gallo-romaine du site (un four circulaire gaulois ou gallo-romain, un four tuilier et un déversoir romain, un bassin et une réserve d’eau). La mention dans un acte de donation de 868 de l'église Saint-Jean ("in Garensi ecclesiam in honore Sancti Johannis") correspond vraisemblablement à Saint-Jean-Bonnefonds et donne sa première mention écrite connue au Jarez. "Sanctus Joannes Bonorum Fontium", est citée en 984 dans les possessions de l'église de Lyon. Elle est également mentionnée en 1173 dans la permutation réalisée lors de la séparation des comtés du Lyonnais et du Forez. À la suite de cet acte, Saint-Jean-Bonnefonds fit partie d'une enclave directement dépendante du chapitre de Lyon, aux confins du Jarez et du Forez et finalement rendue au Forez en 1278.

Au milieu du XIXe siècle, Saint-Jean, qui s'étire de Rochetaillée à Sorbiers sur plus de 2 800 hectares, pour une population approchant 9 000 habitants, est l'une des communes les plus étendues de France. Mine et passementerie sont les principales activités économiques. La construction de la ligne Lyon-St Étienne et l'ouverture d'une gare, amènent l'essor de la sidérurgie — hauts fourneaux à Terrenoire. Des déplacements de population se produisent alors. Le déséquilibre démographique et la pression des maîtres de forges aboutissent, en 1866, à la création de la commune de Terrenoire. En 1872, Saint-Jean, avec Sorbiers, est une nouvelle fois amputée de son territoire, par la création de la commune de La Talaudière, où se concentre une importante activité minière. Au début du XX° siècle, population et activités traditionnelles déclinent,

L'église paroissiale Saint-Jean de Saint-Jean-Bonnefonds

L'église paroissiale Saint-Jean comporte un chœur aux voûtes romanes du XII°siècle, avec aménagement renaissance. À l'intérieur, se trouvent un grand bénitier de pierre et un retable du XVI° siècle. Le dernier agrandissement remonte à 1772. Le presbytère de l'église présente un fragment de mur romain. 




A partir de là, envahi par mes souvenirs d'enfance, j'oublierai totalement de prendre des photos.

vendredi 12 avril 2024

Mon vieux

La pudeur encombrante

Comme il est difficile de parler de son père ! Cette vieille pudeur qu'il a toujours observé dans la manifestation des sentiments et qu'i m'a refilée. J'avais tendu la perche à Bleck qui l'a saisie. Je ne peux faire moins que de lui rendre la pareille. 

Mon père était toujours absent et, quand il était là, il dormait. Gros boulot : mineur et déchargeur de camions au halles de Saint-Etienne. En plus, nous avions la ferme et il était aussi le tueur de cochons de tout le village (et alentours). Quand il était là, j'avais du mal à supporter son autorité, ce qui, longtemps, me le fit mal comprendre. Il aimait le grand air, j'aimais lire. Il aimait bricoler, j'avais deux mains gauches. Il voulait qu'on se bouge, je rêvassais. 

Pourtant, c'est lui qui m'a poussé à continuer mes études, contre vents et marées. Pas question que j'arrête même s'il devait pour assurer ça se saigner aux quatre veines. Quand je suis parti à Lyon, je me suis éloigné de lui, avant de me rapprocher de lui. A la mort de mon copain d'enfance, Yvon, il m'a bouleversé : pas un mot, juste une petite tape sur l'épaule. Une infinie tendresse. Lorsque ils sont venus s'installer à Lyon, j'ai eu très peur. Pas pour moi : j'étais déjà indépendant. Mais pour eux qui n'avait jamais vécu dans une grande ville. Un coup de veine : il a dégoté un poste de jardinier dans une clinique avec un grand parc. J'aimais allé avec lui dans la vieille serre. Il m'a appris, mine de rien, à aimer la nature, les plantes, la vie dehors. Lui a commencé à lire. deuxième immense émotion : il m'a un jour demandé mon avis sur l'achat d'une maison de campagne. J'existais.

A sa mort, j'étais près de lui. Quelques jours avant, je l'avais remercié, brisant ainsi la dernière barrière de cette pudeur des sentiments, origine de mon incompréhension. J'ai longtemps été con avec lui. Maintenant je sais que je lui ressemble, immensément.

dimanche 31 mars 2024

Père et mère

Ma mère aurait cent ans hier. J'arrive à peine à y croire. Bizarrement, je pense moins souvent à elle (que j'ai adoré) qu'à mon père (avec qui j'ai eu parfois quelques différences d'approche). Est-ce parce qu'elle est morte un peu perdue, alors que mon père avait encore toute sa tête ? Peut-être. Mais je crois plutôt que c'est parce que, en vieillissant, je me trouve beaucoup plus de points communs avec lui. L'amour de la nature, d'une certaine forme d'humour, la sensibilité politique, le côté "cause toujours, tu m'intéresses", le fait de, peu à peu, me ficher totalement de la façon de m'habiller.  .... Bref, la liberté d'être soi.

samedi 2 mars 2024

Ma grand-mère aurait peut-être pu se trouver au milieu de ces gens ...

Les immigrants arrivant à Ellis Island en 1902. 

dimanche 25 février 2024

La serre de mon père

Ma sœur m'avait prévenu que les travaux étaient terminés sur le site de l'ancienne clinique où travaillaient mes parents. J'ai voulu voir et j'y suis allé hier matin, à pied. Les promoteurs ont préservé quelques bâtiments, dont l'entrée principale et une grosse maison bourgeoise où logeaient des malades. Tout le reste semblait avoir disparu et puis, comme un voleur, je me suis introduit par un portillon ouvert. Et, au fond, j'ai retrouvé l'ancien château d'eau au pied duquel un bâtiment bas abritait de grands baquets (probablement d'anciens lavoirs) où mon père, un temps, éleva des truites. A travers les grandes fenêtres, j'ai vu que les bassins avaient été remplacés par des tables de ping-pong.



Mais ce que je voulais revoir avant tout, c'est la belle serre de mon père où il cultivait ses plantes à massifs et où, parfois, il s'enfermait pour avoir une paix royale (comme je me retrouve aujourd'hui dans ce geste !). Par une rue latérale qui n'existait pas à l'époque, je l'ai aperçue au milieu de tous ces bâtiments neufs. Un habitant qui rentrait chez lui a bien voulu me laisser pénétrer sur la propriété. Ainsi je me suis retrouvé devant ce sanctuaire miraculeusement conservé et toujours consacré à l'horticulture : elle abrite des ateliers florales pour enfants. Mon père en aurait été ravi, lui qui avait un contact immédiat avec les gamins. 


En tournant le dos à la serre, j'ai constaté avec joie que plusieurs arbres sans doute centenaires avaient au aussi échappé au massacre. C'est là que nous promenions ma mère dans son fauteuil roulant. Maintenant une grande statue de cerf trône au milieu. La serre et le cerf .... 

dimanche 7 janvier 2024

Soulagement

La clinique privée où mes parents ont travaillé (et habité) a été démolie en grande partie pour faire place à des immeubles d'habitation. Derrière la façade sur rue, il y avait un grand et magnifique parc dont mon père s'occupait et où, ma sœur et moi, nous promenions souvent ma mère dans son fauteuil roulant. Je ne passe plus guère devant et ai même tendance, s'il le faut, à changer mon itinéraire pour ça. 

Ma sœur, vendredi, a reçu une amie stéphanoise d'adolescence et l'après-midi, elles y ont fait un petit tout à pied. Elle m'a tenu au courant : beaucoup de bâtiments ont été démolis, mais la serre que j'aimais tant a été conservée. C'est là que mon père faisait ses boutures et où, aussi, il se réfugiait quand il n'avait pas trop envie de parler. Un havre de paix pour lui ... 

J'ai été ému que cette serre existe toujours et, au premier soleil, je vais aller faire un tour par là-bas ! Tant pis pour l'émotion.

mardi 19 décembre 2023

A propos de la liberté de la presse

Lorsque ma petite sœur est morte, à Palavas,  mes parents avaient décidé de prévenir ma grand-mère "en présentiel", comme on dit aujourd'hui. Un coup de téléphone leur avait sans doute (et avec raison) paru trop rude. Mais à l'arrivée à Saint-Etienne, avec le cercueil, ils constatèrent qu'elle était déjà au courant. La presse locale en avait fait un article. Qui les avait prévenus, comment l'avaient-ils su, nous ne l'avons jamais su. Et de quel droit avaient-ils écrit cet article, sans aucun contact avec la famille ? Ma pauvre grand-mère l'avait reçu en pleine poire, sans 'y attendre puisqu'il s'agissait d'un accident. Alors, bien que totalement favorable à la liberté de la presse, je pense que, parfois, un peu de décence ne ferait pas de mal.

samedi 4 novembre 2023

Rencontres familiales (5)

Départ pour Lyon en début d'après-midi. J'ai l'intention de passer par Saint-Bonnet-le-Château (Loire)  pour revoir la Collégiale et, mais sans espoir, ses momies. Je les ai vues étant enfant mais depuis de nombreuses années, vues leurs dégradations suite aux respirations des visiteurs, elles ne sont plus montrées au public. 

Jusqu'en 722, l'agglomération gallo-romaine s'appelle Castrum Vari alors que s'y arrête le cortège funèbre des  reliques de saint Bonnet, ancien évêque auvergnat, allant de Lyon à Clermont-Ferrand. La ville le prend alors comme « parrain » et devient Saint-Bonnet-le-Castel.

En 1562, le baron des Adrets, chef protestant, s'empare de la ville ; il saccage l'église, en brûle les archives ; il pille, incendie la ville et massacre la population. En 1754, le contrebandier Mandrin passe à Saint-Bonnet et y rançonne les notables et les employés de la ferme générale. Une porte ancienne rappelle son passage. La Révolution de 1789 touche Saint-Bonnet comme le reste de la France ; la ville s'appelle alors Bonnet-la-Montagne. Au XXe siècle, les travailleurs du fer, maintenant leur longue tradition, inventent et exploitent la boule à jouer, en acier (la boule Obut). 

La Collégiale Saint-Bonnet est mentionnée dès 1225. L'édifice actuel est construit à partir du , date gravée dans la crypte. Elle comporte plusieurs chapelles, un ancien couvent et une grande salle. Elle est surtout connue pour ses peintures murales du XVe siècle et pour sa bibliothèque renfermant de nombreux incunables. Elle comporte, en outre, la plus riche collection d'ornements religieux anciens du département et abrite des "momies". Si la plupart de ses caveaux ont été violés et pillés à la Révolution, on retrouve, lors de réparations en 1817, dans celui de la dernière chapelle, une quarantaine de squelettes conservés grâce à l'alun et à l' arsenic du sol (on ne sait pas qui sont ces corps ni pourquoi ils se trouvent là, ni même depuis quand ils y sont). Il pourrait s'agir de victimes du baron des Adrets qui sévit dans la région en 1562. Des recherches au carbone 14 montrent que les momies dataient des XVe, XVIe et XVIIe siècles. Il s'agit du caveau d'une famille de notables locale.

Las ! Non seulement je ne reverrai pas les momies mais la Collégiale elle-même ne se visite que les samedis et dimanches ..... et nous étions mardi !









Au loin, la plaine du Forez







Cette photo est exposée sur une placette près de la Collégiale