vendredi 6 novembre 2026

Je me souviens (6)

Je me souviens de mes deux grand-mères :

- Je n'ai jamais connu mes deux grands-pères, morts bien avant ma naissance, mais j'ai eu la chance de connaître, et longtemps, mes deux grands-mères. Elles habitaient toutes deux dans le même village, l'une en plein centre, un tout petit appartement de deux pièces (la cuisine et la chambre, l'autre à la sortie du bourg, dans la ferme dont j'ai déjà parlé. On ne peut imaginer physiques et caractères plus différents. Ma grand-mère maternelle, qui m'a en partie élevé, est morte alors que j'allais avoir huit ans. J'étais adulte lorsque ma grand-mère paternelle nous a quitté. 

- Ma grand-mère maternelle m'a pris chez elle après la naissance de mon frère et de ma sœur après le remariage de ma mère. Les deux nouveaux enfants n'avaient que onze mis d'écart et mes parents tenaient une épicerie-buvette-bar-jeu de boules et ne savaient plus où donner de la tête. Augustine (la "Gustine") était maigre et un peu rigide, en particulier quand il s'agissait de religion. Au moins deux prières pas jour et messe tous les dimanches, même s'il fallait faire à pied (et à jeun) plusieurs kilomètres pour parvenir à l'église. J'avais tout de même droit à une pâtisserie après la messe. 

- Ma grand-mère paternelle , "la Reine", c'était son prénom) était physiquement beaucoup plus épaisse (je me souviens de sa poitrine sur laquelle tombaient les miettes quand elle mangeait. Veuve assez jeune, elle vécut avec plusieurs hommes différents que nous appelions "tontons"; Je ne l'ai jamais vue travailler, mais elle était un peu handicapée à cause de ses ulcères variqueux aux deux jambes.  J'aimais aller chez elle pour la taille de la ferme et la nature qui l'entourait.  Mon jeu préféré avec elle était de faire semblant d'être mort. Cela l'a effrayée la première fois, après ça n'a plus marché, bien sûr.

- Je ne crois pas qu'elles s'aimaient beaucoup, d'ailleurs elles se fréquentaient peu. Mais jamais je ne les ai entendu dire du mal l'une de l'autre. Parfois, ma grand-mère paternelle venait chez l'autre avec un gâteau pour moi, ce qu'à St- Etienne on appelle un "pâté":  Il s'agit d'un chausson à pâte levée, doré et fourré aux fruits (pommes, poires, abricots, etc.) ou à la crème pâtissière. Elle attendait toujours que je l'ai terminé pour s'en aller, ce qui exaspérait la "Gustine" ("On dirait qu'elle a peur que je le mange moi")

Pâté forézien, ou pâté de la batteuse (il en existait des individuels, plus petits)

4 commentaires:

  1. Tu as déjà parlé plus amplement de temps que tu avais vécu chez ta grand-mère maternelle.
    Je pense en avoir déjà parlé, mais ma grand-mère maternelle était la reine du pâté car elle en faisait sans cesse, une à deux fois par semaine, avec les fruits de saison. Elle a fait cela jusqu'à une âge très avancé. Le plus classique était le pâté aux pommes. Ceux qu'elle faisait étaient bien plus grands et beaux que celui de la photo. J'ai déjà dit que la recette, le tour de main étaient un mystère. Ma mère n'a jamais réussi à faire aussi bien (ma tante encore moins) et pourtant cela devait être extrêmement simple et le résultat était toujours le même. J'en suis arrivé à la conclusion qu'elle devait mettre du saindoux en plus du beurre dans sa pâte. Repenser à ce pâté est une énorme émotion pour moi, tant cela m'évoque de souvenirs de joie, de partage, de tendresse, de magie.

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    1. C'est quand je suis arrivé que j'ai su que ça, ce n'était pas un pâté mais un chausson. Mais pour moi, ça restera toujours un pâté !

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  2. Très intrigué par le gâteau, tu t'en doutes.

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    1. Demande à Cornus quand tu le verras : c'est simple mais excellent.

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