samedi 27 juin 2026

La passoire

Etrange comme certains souvenirs 'effacent et d'autres restent. On pourrait penser que ce sont les plus marquants, les plus importants qui restent et que les autres peu à peu s'estompent. Mais non. Tout à coup, le détail insignifiant resurgit, sans rapport avec ce que l'on vit à ce moment-là. On se demande alors pourquoi, pourquoi celui-ci, qui méritait d'être oublié, pour quoi à ce moment-là. Freud aurait peut-être la réponse ...

Les souvenirs les plus importants, je m'en méfie un peu : on les a racontés à ses amis, quelquefois ou souvent. On les a sans s'en rendre compte revisités, "récrits", mis en scène en quelque sorte, sans pourtant vouloir mentir sur ce que l'on a réellement vécu. Et, peu à peu, il me semble, la version revisitée prend la place de la vérité historique. 

Pourquoi toutes ces considérations ? Je passais il y a quelques jours par le couloir de mon appartement, couloir qui relie la partie chambres à la partie cuisine et salon. J'y passe des dizaines de fois par jour, sans rien de particulier. Ce jour-là, j'ai pensé à Pierre. Rien d'original jusque-là. Mais je me suis alors rendu compte que je n'avais plus aucun souvenir de Pierre en mouvement, physiquement, dans cet appartement. Nous y avons pourtant vécu ensemble pendant 14 ans. Peut-être que le fait qu'il n'y a aucune photo, volontairement de ma part, sur les murs ou sur les meubles en est-il la cause. Mais j'en doute. Les photos ne font pas tout. La preuve : Je me souviens très bien du matin où je l'ai trouvé par terre, au coin du frigo. Il avait eu un malaise et, incapable de se relever, m'appelait depuis un bout de temps alors que je dormais à l'autre bout de l'appartement. Il n'y a pourtant aucune photo de ce moment-là ...

2 commentaires:

  1. Ah que ce post m'a touchée, et un peu rassurée aussi!, je me sens moins seule du coup ! Je suis très troublée, et agacée, par la survenue de certains souvenirs, qui auparavant ne venaient pas m'occuper plus que ça, voire pas du tout, mais qui me colonisent la tête depuis que cette foutue maladie m'est tombée dessus. Au point que parfois j'en plaisante par devers moi en me disant que la polyarthrite ne touche pas que les articulations mais aussi le cerveau ! Le plus agaçant est que le plus souvent ces souvenirs n'ont aucun intérêt, des détails à la con qui se donnent de l'importance...Tout ça donne le sentiment qu'on ne maîtrise rien, qu'on part "en vrille"" et c''est chiant. Et stressant.
    J'ai été frappée aussi de ce que tu dis des souvenirs " revisités", racontés ou entendus mille fois et qu'on finit par considérer comme absolument véridiques tout en sachant qu' ils sont amplement brodés.
    Je sens que je vais le relire et le méditer, ce post...Et grand merci à toi pour cette occasion de faire bosser mes pauvres neurones !

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  2. Il m'arrive que des souvenirs, assez mineurs ressurgissent parce que des événements me les rappellent. Toutefois, cela ne me hante pas, mais c'est peut-être parce que je suis encore trop jeune, ou que je ne suis pas touché par ce problème. L'avenir le dira.

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