samedi 31 mars 2012

Le printemps, le vrai.

La température extérieure aidant, je ne ferme plus les volets de mon appartement. Six fenêtres ou portes-fenêtres, ça prend vite la tête. Mais le pire, c'est le matin, quand on évolue dans le noir et qu'il faut vire ouvrir pour savoir à quel temps s'attendre. Ce matin, rien de tel: après une bonne grasse matinée, j'ai été réveillé par le soleil à travers les doubles rideaux. Pas de bruit autour de moi. Il était pourtant presque dix heures. Alors là, je joue le lézard, je me tortille dans les draps, appréciant tour à tour la fraîcheur des endroits non encore explorés et la tiédeur de ceux qui ont abrité mon sommeil. Prendre le petit déjeuner en écoutant en direct le chant des oiseaux (oui, il y en a, dans le seul arbre de la cour), se dire que l'on est à jour, que l'on n'a rien d'important à faire, que rien ne presse, traîner en robe de chambre, arroser ses plantes avant de passer à la douche, regarder en face les voisins qui eux aussi émergent de leur nuit. Ça aussi, c'est le printemps, celui que j'aime.

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (92)

François Deguelt, Etre curé à la campagne.

Un petit tour en ville

Un petit tour en ville en fin d'après-midi. Vélo puis pedibus. Lyon devient une ville invivable. Pas question de flâner comme j'aurais aimé le faire: du monde partout, à boire, à manger n'importe quoi, à faire du bruit plus qu'il n'est nécessaire, à jouer de coudes pour imposer son chemin. On a sorti les tongs, les jambes se montrent, on a mis ses souliers clinquants, on s'est refait une coiffure, on joue les mectons, les fillasses, on se sert les boudins dans des robes trop courtes ou dans des T-shirt moulants, on klaxonne pour montrer sa décapotable . Les terrasses des cafés sont bondées, le moindre vélo'v s'arrache. La ville est sale, poubelles restantes, pollution, papiers gras, arbres déjà poussiéreux. Le printemps, quoi ! Pas pour moi, celui-ci.

Métamorphoses

Hier, c'était la découverte des Métamorphoses d'Ovide par les sixièmes. Galatée, Arachné, Dryopé, Dédale et Icare, Perdrix, Actéon... Dommage que je ne puisse pas photographier leurs têtes dans ces moments-là! Au fur et à mesure que les histoires se sont succédé, le silence s'est installé et j'ai vu réapparaître les mines des petits enfants qu'il sont encore. Tout juste si certains ne suçaient pas leur pouce... Les mots difficiles ne les gênaient pas. Eux, de la génération des jeux vidéos et d'Internet, étaient fascinés par ce qu'ils découvraient. Il y avait longtemps que je n'avais pas connu ça en cours.

Hallucinations auditives

Une petite vidéo que m'a envoyée Piergil en complément de l'un de ses commentaires. J'en ris encore. Attention: c'est du lourd!

Bonnes nouvelles

Deux nouveautés quasi concomitantes qui nous réjouissent tout autant l'un que l'autre, Frédéric et moi. L'un a été récemment promu cadre supérieur, avec un meilleur salaire à la clé, l'autre a appris officieusement que la retraite était peut-être plus proche qu'il ne le pensait. Je vous laisse deviner qui est qui! Le printemps se pare décidément cette année de bien jolies couleurs.

Pour Frédéric, c'est déjà arrosé (avec un très bon repas à l'appui). Pour moi, je vais attendre confirmation, en prenant rendez-vous, aux prochaines vacances, avec la caisse de retraite. Elle est pas belle, la vie!

jeudi 29 mars 2012

Trame

Étranges, les coïncidences que l'on découvre parfois dans sa vie de tous les jours. On ne s'intéresse pas vraiment à un sujet, on n'en entend pas parler pendant des mois, voire des années, et puis, tout à coup, c'est l'avalanche, sans que l'on y soit pour rien, sans qu'on l'ait prémédité. Pour moi, en ce moment, c'est Cuba. D'abord, j'achète un peu par hasard un roman de Graham Greene, Notre agent à la Havane. Je suis en train de le lire: un vrai plaisir. Ensuite le Pape et son voyage dans l'île sur les pas de son prédécesseur. Enfin, ce soir, en rentrant du travail, l'émission de France Inter L'Humeur vagabonde qui traite du même sujet. Occasion pour moi d'entendre cette musique que j'aime et la voix toujours aussi troublante de Kathleen Evin. Une bien belle façon qui m'est donnée de terminer une journée de dur labeur.

Parsifal

Deux mots tout de même sur le Parsifal de Wagner auquel j'ai assisté à l'Opéra de Lyon la semaine dernière. Six heures d'un spectacle (avec deux entractes) éblouissant. Une distribution très européenne ( Nikolai Schukoff : Parsifal, Elena Zhidkova : Kundry, Gerd Grochowski : Amfortas, Georg Zeppenfeld : Gurnemanz, Alejandro Marco-Buhrmester : Klingsor, Kurt Gysen : Titurel), l'orchestre dirigé par Kazushi Ono, les chœurs et la maîtrise de l'Opéra de Lyon. Une mise en scène et en lumière intelligente, des décors à rester la bouche ouverte, des voix toutes belles et égales en qualité (ah! le coffre de Elena Zhidkova, un petit gabarit pourtant!). Vous avez compris que j'ai aimé. Et la musique elle-même bien sûr, à laquelle pourtant j'étais profondément allergique il y a quelques années. A croire que certaines œuvres musicales, comme d'autres littéraires méritent d'attendre que l'on vieillisse un peu pour être appréciées. Mozart s'éloigne, Wagner en est à son levant. Pour mon plus grand plaisir. Et puis, bien sûr, j'ai été très sensible à cette histoire directement inspirée, entre autres, par le Perceval de Chrétien de Troyes.

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Rue andré Philipp, Lyon 3°

Momentini

- Semaine dernière surchargée de travail: fin de trimestre, notes à enregistrer, appréciations itou, évaluation pour note de vie scolaire, conseils de classe. Et puis deux sorties (sur mon temps libre) avec les élèves: le Musée africain du cours Gambetta, qui m'intéresse toujours autant, malgré les nombreuses venues, et un spectacle sur les fabliaux du Moyen-Age, assez quelconque, lui. Finalement, ma panne d'Internet est bien tombée!

- Et je me suis trouvé un jour nez à nez avec l'explosion du printemps: primevères, violettes, jonquilles, magnolias. Plein la vue, et surprise comme chaque année que tout pousse aussi vite.

- Un petit tour à l'opéra, pour Parsifal, de Wagner. Sublime, et pour les voix et pour la mise en scène. Je ne connaissais pas encore cet opéra. Je me demande si ce n'est pas le plus beau de Wagner. A mon avis, en tout cas.

- Avons souhaité, un peu en avance, ce dimanche, les 88 ans de ma mère. Tous invités chez moi. Calme et un peu triste. Mon frère n'est pas vraiment en grande forme.

- Grève des poubelles à Lyon. Ça brûle bien la nuit. Le matin, c'est dégoûtant.

- De moins en moins de patience avec les démarcheurs téléphoniques. Je les envoie allégrement balader maintenant, surtout le dernier de chez mon opérateur téléphonique qui voulait me forcer la main et me faire prendre des vessies pour des lanternes. Ça doit pourtant marcher parfois...

- Toutes les plantes sont sur mes balcons. J'ai donné l'extrême onction à certaines d'entre elles. Sans regrets.

mercredi 28 mars 2012

Le Ciel volé (Dossier Renoir)

Un petit livre très agréable lu dans le train pour Megève: Le Ciel volé, d'Andrea Camilleri. Pour une fois, le prolixe auteur italien s'est éloigné de son humour habituel et a plutôt donné dans la parodie. Parodie de roman épistolaire, où l'on voit un vieux notaire sicilien se faire gruger par une mystérieuse amatrice d'art dont il est, de loin, tombé éperdument amoureux. C'est très bien écrit, ça se déguste comme une tasse de café bien chaud, dont on ne sentirait qu'à la dernière gorgée l'amertume certaine. Décidément, ce diable d'homme a plus d'une corde à son arc!

( Andrea Camilleri, Le Ciel volé, Fayard. Trad. de Dominique Vittoz)

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (91)

Avouez que ça s'imposait!

Rina Ketty, J'attendrai.

Megève et alentours

Bon, alors, par où commencer ? Le plus simple, c'est sans doute par le début. Alors, voilà.
Le vendredi 16, départ en train pour Megève. Cinq heures de voyage pour quelques 200 kms. Qui dit mieux? Une heure trente de correspondance à Annecy. J'en profite pour revoir un peu la ville. Je m'y sens maintenant totalement étranger, mal à l'aise même. Je croise une "vieille" dame qui pourrait être une ancienne amie. Elle me jette un regard avant de poursuivre sa route. Elle non plus n'est sans doute pas sure de m'avoir reconnue. Des pages se sont tournées depuis six ans. Dans le deuxième train, beaucoup de jeunes pensionnaires qui rejoignent leur famille pour le week-end. Du bruit et du mouvement. A Sallanches, Frédéric et Jean-Claude m'attendent pour me conduire en voiture jusqu'à Megève. Je reprends vie. J'avais besoin de changer d'air. L'appartement, en rez-de-chaussée, sur les hauteurs du village est très agréable. Le soir, c'est fondue savoyarde, bien sûr. Douce nuit avec Frédéric qui est content de me retrouver. Et c'est bien réciproque.

Le lendemain, je pars faire une balade à raquettes avec Gérard, un des deux autres amis présents. Je tiens le coup malgré mon manque d'exercices physiques depuis quelque années. Le temps est mitigé et le Mont Blanc ne se découvrira pas de la journée. Au sommet, un grand moment de soleil, passé à la terrasse d'un chalet, à boire un délicieux vin blanc. En redescendant, visite de l'église de Combloux qui vient d'être restaurée. Il faudra qu'un jour nous prenions le temps de faire le circuit de toutes ces églises baroques de Savoie. Frédéric est parti pour la journée avec Jean-Claude pour skier. Moi, je ne skie pas. Ce sera promenade pédestre jusqu'au sommet du calvaire de Mégève (XIX° siècle).
Au retour, ils sont rentrés, Frédéric rouge à point. Le soir, déambulation dans la ville dont j'avais tout oublié sauf la petite placette devant l'Hôtel du Mont-Blanc qui abrita jadis la célèbre boîte des Enfants terribles, fréquentée par Cocteau, Marais et, plus tard, Bardot. Un vin chaud à la cannelle et une fondue bourguignonne et voilà votre Calyste tout près à se lover dans les bras de Morphée.

Le lendemain, dimanche, il faut rendre les clés de l'appartement. Le groupe se scinde en deux et nous mettons, J-C, Frédéric et moi, le cap sur Conflans, le vieux village d'Alberville. Assistons à l'arrivée d'un rallye de veilles voitures. Repas à l'Auberge du Vieux Bourg, sur la place centrale. Si vous passez par là, c'est là qu'il faut manger, très bien et pour pas cher. Nous renonçons, vu le temps (une bonne grosse pluie bien glacée), à prendre la route de Tamié, l'abbaye qui fabrique mon fromage préféré et faisons un petit détour par Aix pour embrasser Émile. Sur l'autoroute, le ciel se calme et à Lyon, les rues sont à peine mouillées.

Une brève escapade, pourtant bien remplie et o^combien agréable.

Résurrection

Eh? Hep! Y a quelqu'un? Oui, là, juste derrière l'écran? Allo! Répondez-moi! Je suis revenu! Non, non, rien de grave: je ne suis pas mort, ni malade, ni hospitalisé! Je ne faisais pas la tête! Rien qu'un problème d'informatique, un transformateur qui a rendu l'âme sans prévenir. Le temps de détecter d'où venait la panne (et je n'en avais pas beaucoup, avec les deux dernières semaines surchargées de travail), de bidouiller par moi-même, sans résultat aucun, de joindre mon service d'assistance, de recevoir un nouveau transformateur, et me revoilà. Avec des démangeaisons au bout des doigts que c'en est à ne pas croire, une frustration d'enfer, des idées plein la tête, des tonnes de choses à lire, tout autant à dire ou à montrer. Vous allez souffrir!

Je ne sais pas si je vous ai manqué (enfin, si, je le sais un peu!) mais à moi, vous avez manqué, et bigrement. Les deux premiers jours, c'était comme arrêter de fumer. Revenir sans cesse vers l'ordinateur pour voir si, par hasard, un petit miracle... Mais non, rien. Oublier que plus rien ne fonctionne et se dire en voyant l'écran: "Ah oui, c'est vrai!". Changer ses habitudes: terrible à mon âge! Du coup, plus de temps pour travailler, lire, regarder quelques films à la télé. On finit par s'habituer mais c'est dur.

Merci à tous pour vos commentaires inquiets et merci à Lancelot pour son billet suite à son coup de téléphone. Bon, en même temps, il faut être honnête: toutes vos alarmes m'ont sacrément fait plaisir. Ah! qu'il est bon de se sentir aimé....

Alors à ce soir. Enfin si tout va bien. Bises à tous.

jeudi 15 mars 2012

L'enfant et la marionnette










Vieux Lyon, Lyon 5°



(Cliquer sur la photo pour l'agrandir.)

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (90)

Jacques Brel, L'Air de la bêtise.

En rangs !

J'avais dit que je n'irais pas assister à cette mascarade. Je voulais lui écrire longuement, une lettre de grande amitié et de reconnaissance. Et puis, j'ai réfléchi. Mon absence aurait sans doute soulever plus de questions que je n'aurais voulu. Alors je me suis rendu ce soir au pot de départ de Gilles.

Gilles, c'est un collègue qui gérait le niveau de quatrième et organisait les innovations pédagogiques dans notre collège depuis plusieurs années. Un passionné de sociologie et d'art (il peint lui même). Un type rare, à l'intelligence vive et à l'amitié chaleureuse, avec qui je me suis entraîné et j'ai couru le semi marathon de Lyon il y a quelques temps.

Avec le changement de direction générale, sa tête dépassait un peu trop. On lui a fait clairement comprendre qu'il n'avait plus sa place parmi nous. Il a réussi à négocier son départ et j'en suis heureux pour lui. Mais il va me manquer, terriblement, pour les trimestres qu'il me reste à faire.

Ainsi, ils étaient tous là, ce soir, les bien pensants, les hypocrites, à faire son panégyrique comme s'ils regrettaient son départ. Lui même a parlé. Il voulait être saignant. Il s'est censuré. C'est dommage. Je n'oublierai pas la fin de son discours, consacré à dire son amour du flou, de la marge,de l'imagination, de l'humanité diverse, à l'opposé de ceux qui voudraient que nous nous ressemblions tous, si possible à leur image.

Je viens de perdre un de ceux qui me faisaient encore espérer que tout était possible.

mercredi 14 mars 2012

Qu'est-ce que c'est ?








A vous de le trouver !

Momentini

- Hier, en sixième, une séance de mise en voix d'une fable: diction, intonation, mimiques, tout y est passé. Nous nous en sommes donné à cœur joie avec une collègue en leur interprétant, pour exemple, Le Loup et l'agneau. J'étais le loup, elle l'agneau. Résultats des courses: une élève a dit à sa mère que, pendant tout le cours, je n'avais pas cessé de draguer ma compagne. En voilà une qui a tout compris!

- Le geste exténué d'une aide-soignante poussant un fauteuil comme on pousserait un diable chargé de cageots de légumes. La faute à qui ?

- Vendredi, je m'en vais. Deux jours à Megève. Besoin de quitter Lyon, de casser le train-train. Le soleil a intérêt à être du voyage. Au programme: une journée à raquettes, et de bons gueuletons le soir. Il me tarde.

- "Prouvez que vous n'êtes pas un robot" (en tapant les lettres qui apparaissent pour pouvoir valider un commentaire sur certains blogs). J'adore !

- Vingt-deux enfants belges morts dans un accident d'autocar en Suisse. C'est pour ça qu'il y a quelques années, j'ai définitivement mis un terme à mes voyages avec les élèves. Le dernier, en Italie, m'avait fait trop peur.

- Michel Dussauchoy et Pierre Schoendoerffer sont morts ces jours derniers. Ça ne me touche guère, je n'étais fan ni de l'un, ni de l'autre.

De la musique avant toute chose...

Ce soir, concert exceptionnel Salle Pleyel, à Paris. L'orchestre philharmonique de Radio France et l'orchestre de Corée du nord ensemble sous la direction de Myun Whun Tchung, un coréen du sud. C'est la première fois qu'un orchestre complet de Corée du Nord sort du pays pour jouer à l'étranger.

J'en suis heureux pour la musique. Mais qu'on ne tombe pas dans l'angélisme! Tous ces musiciens autorisés à quitter ce pays où sévit une des pires dictatures du monde, combien d'otages ont-ils laissés là-bas afin que Pyongyang soit assuré de les voir revenir? Combien de membres de leur famille en gage de leur retour ?

Je ne sais pas pourquoi, mais la musique, tout à coup, me paraît moins douce...

mardi 13 mars 2012

Cévennes

Avant: chant de berger




Après: Symphonie Cévenole, Vincent D'Indy (piano: Marguerite Long)

Pages marquantes (34)

La piste que j'avais suivie dans la soirée disparut bientôt et je continuai, au-delà d'une montée de gazon pelé, de me diriger d'après une suite de bornes de pierres pareilles à celles qui m'avaient guidé à travers le Goulet. Il faisait chaud déjà. J'accrochai ma veste au ballot et marchai en gilet de tricot. Modestine, elle- même tout excitée, partit dans un trottinement cahotant qui faisait valser l'avoine dans les poches de mon paletot. C était bien la première fois que cela arrivait.

La perspective à l'arrière sur le Gévaudan septentrional s'élargissait à chaque pas. A peine un arbre, à peine une maison apparaissaient-ils dans les landes d'un plateau sauvage qui s'étendait au nord, à l'est, à l'ouest, bleu et or dans l'atmosphère lumineuse du matin. Une multitude de petits oiseaux voletaient et gazouillaient autour de la sente. Ils se perchaient sur les fûts de pierre; ils picoraient et se pavanaient dans le gazon et je les vis virevolter par bandes dans l'air bleu et montrer, de temps à autre, des ailes qui brillaient avec éclat, translucides, entre le soleil et moi.

Presque du premier instant de mon ascension, un ample bruit atténué comme une houle lointaine avait empli mes oreilles. Parfois, j'étais tenté de croire au voisinage d'une cascade et parfois à l'impression toute subjective de la profonde quiétude du plateau. Mais, comme je continuais d'avancer le bruit s'accrut et devint semblable au sifflement d'une énorme fontaine à thé. Au même instant des souffles d'air glacial, partis directement du sommet, commencèrent de m'atteindre. A la fin, je compris. Il ventait fort sur l'autre versant de la Lozère et chaque pas que je faisais me rapprochait de l'ouragan.

Quoiqu'il eût été longuement désiré, ce fut tout à fait incidemment enfin que mes yeux aperçurent l'horizon par-delà le sommet. Un pas qui ne semblait d'aucune façon plus décisif que d'autres pas qui l'avaient précédé et "comme le rude Cortez lorsque, de son regard d aigle, il contemplait le Pacifique", je pris possession en mon nom propre d'une nouvelle partie du monde. Car voilà qu'au lieu du rude contrefort herbeux que j'avais si longtemps escaladé, une perspective s'ouvrait dans l'étendue brumeuse du ciel et un pays d'inextricables montagnes bleues s'étendait à mes pieds.
Robert-Louis Stevenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes.

Préhistoire

Je me souviens des violettes sauvages du Mont Gerbier de Jonc, des fleurs minuscules aux pétales ourlés d'un violet presque noir et au cœur de soleil. Je me souviens de l'eau qui coulait dans les herbes et que l'on osait à peine troubler de notre main, de sa ferme berceau, à cette Loire belle. Je me souviens du vent et de l'air si frais qu'on eut dit une douche, des odeurs rurales et des monts désolés, des chansons que nous braillions tout au long du chemin, nous les gosses de la mine qui disions nos vacances. Je me souviens de ces cris que l'immensité avalait avant qu'ils soient formés. Je me souviens de l'horizon, immense, des montagnes et des brumes, de ce mystère de pays inconnus encore à l'âge tendre, du bruit lointain des troupeaux et du silence des gens frustes qui nous donnaient du beurre. Je me souviens de l'enfant qui se taisait parce qu'il avait trouvé sa solitude. Cet enfant, c'était moi. A la préhistoire.

lundi 12 mars 2012

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (89)

Barbara, Les Boutons dorés.

Tête à claques

Pourquoi me revient-il en mémoire ce soir? Étranges détours de cette matière que l'on dit grise et qui pourtant nous éclaire. En nous aveuglant parfois de ses flashes improbables où nous ne pouvons que revivre le film sans décrypter le scénario à la manière de ces journaux tout-pensants.

Il avait déjà un an de retard en arrivant en sixième. Un gamin long et frêle à qui, d'emblée, l'on n'aurait pas fait confiance. De ces machos frêles qui font oublier leur maigreur par la grosseur de leurs mots. Mais lorsqu'on s'approchait de lui, il redevenait le gosse timide, la tête à claques, pas celles que l'on a envie de lui donner, celles qu'il a déjà reçues. J'ai oublié son nom, je ne l'ai pas oublié lui.

La mère s'arrachait les cheveux. Que va-t-il devenir ? Il n'est bon en rien. Mais elle n'a jamais dit: il est bon à rien. Du doute à en revendre. De la haine (ou de la crainte) pour cette machine à souffrir qui coince les genoux sous des tables déjà trop petites pendant des heures où l'on s'ennuie parce qu'on a toujours cru ne pas comprendre.

Un trimestre comme ça, et moi qui rôde autour comme un chat attendant que la souris lui sourit. Trois mois, ou presque, à guetter que la tête se relève, que l'œil s'éclaire un peu, au détour d'une phrase, d'un mot, comme le mien s'illumina un jour, avant son âge, sur les vastes étendues herbues que j'imaginais longer le Potomac. Il a fait le chemin et rencontré le mien.

L'année suivante, délégué de classe. Un an après, envoyé au Conseil municipal de jeunes. Je le suivais de loin. Ne pas effaroucher surtout. Garder sa place et voir la fleur grandir. Quelques sourires parfois, au détour d'un couloir, histoire de ne pas oublier que l'on existe encore. Une façon de dire merci. La plus belle pour moi.

Il est parti un jour, en apprentissage. Je savais qu'il reviendrait. Ce sont toujours ceux-là qui reviennent. Trois fois, je n'étais pas là. Il était heureux, m'a-t-on dit, et me demandait chaque fois. Aujourd'hui, il est parti. Compagnon. En Suède ou quelque part dans le nord. Il cuisine là-haut. J'envie ceux qui mangent ce qu'il fait. Je sais qu'un jour, je reverrais cette grande silhouette d'adulte mal fini, encombré par ses jambes et il me sourira encore en prononçant des mots banals qui cacheront mal la tendresse.

Il y a des jours où je ne voudrais pas être autre chose que ce que je suis.

dimanche 11 mars 2012

Bonne nuit

Si je commence, je vais m'exciter sur le clavier et me coucher à point d'heure. Je suis encore dans la bulle d'une soirée impromptue avec Frédéric. Pas envie d'en sortir. Alors des bisous à tous ceux que j'aime. Je vais retrouver Robert-Louis et Modestine dans les Cévennes. A demain.

samedi 10 mars 2012

Moi et moi






Dessin d'élève

L'accordéon

Ils sont entrés dans la rame, à la station de la gare. Lui avec, sur le ventre, sanglé à ses épaules, un accordéon trop lourd pour son jeune âge. Elle, elle devait avoir huit ans, tout au plus, un serre-tête brillant dans ses cheveux noirs, propre, avec un lainage rose.

Il s'est mis à jouer, dans mon dos, tout au fond. Ça ressemblait à une valse, ou bien à la musique du Parrain, ou bien encore, selon les moments, à des airs espagnols. Il s'est assis un instant, en continuant à effleurer les touches de son instrument. Personne ne le regardait. Écoutaient-ils ? La mine était la même que celle de la semaine, fermée, absente. Ils étaient moins nombreux, c'est tout.

Elle a à peine tendu sa casquette usée, ou bien était-ce un béret. J'ai entendu deux pièces se choquer dans le fond. A la station suivante, ils sont descendus. Elle n'avait pas souri. Lui a continué à jouer sur le quai, alors que les portes en se refermant rendaient la musique plus lointaine encore. Était-ce pour le plaisir ?

Au-delà des terres infinies

Décidément, je n'ai pas beaucoup de chance avec les livres lus ces derniers temps. Rien qui m'ait emballé, rien qui m'ait même un tant soit peu accroché. Et le dernier en date ne fait pas exception à la règle. Il s'agit du roman de Genyû Sôkyû, Au-delà des terres infinies. Bien beau titre pourtant et quatrième de couverture alléchante. Mais encore une fois les délices annoncées ne sont pas au rendez-vous.

Voici, par exemple, un extrait de ce qu'on nous y promet: Dans le quotidien de ce temple et des fidèles qui le fréquentent, la banale réalité côtoie de près l'inexplicable, avec une sereine simplicité. Et voici que ce petit livre, tel un kôan zen, vient bousculer nos certitudes et ouvrir notre esprit à des questions dont chacun doit trouver la réponse en lui-même.

Des certitudes bousculées? Que nenni. Un esprit qui s'ouvre ? Je n'ai pas remarqué. Des questions dont on doit trouver les réponses en soi-même ? Quelles questions ? Un seul mot me semble en accord avec ce que je pense de ce livre : banal.

Les livres sont devenus des objets de consommation courante que l'on nous incite à acheter par n'importe quel moyen, comme de la poudre à laver ou un masque antirides. Rien de plus.

vendredi 9 mars 2012

Ma première histoire d'amour








Deux des auteurs qui ont enchanté ma prime enfance.




(Cliquer sur la photo pour l'agrandir.)

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (88)

Ray Ventura, Tout va très bien, Madame la Marquise.

(Aucun rapport, bien sûr, avec le billet précédent!!!)

Les corbeaux savants

Voici une histoire bien de circonstance. Sa rédaction date pourtant de quelques seize siècles. C'est Macrobe qui nous la livre dans ses Saturnales. Il faut savoir qu'au début des hostilités entre Octave (le futur empereur Auguste) et Antoine, il était difficile de prévoir lequel des deux adversaires sortirait vainqueur de la guerre civile. Ce fut finalement Octave, grâce à la bataille d'Actium. Un dresseur d'animaux avait, lui, trouvé le moyen de ne pas prendre de risques, en jouant sur les deux tableaux.

Parmi les hommes qui, à Rome, félicitaient Auguste s'en trouvait un qui tenait un corbeau à la main. Il avait appris à l'animal à saluer ainsi: "Ave, Auguste, vainqueur, empereur!" (Il s'agissait donc plus vraisemblablement d'un mainate). L'empereur, plein d'admiration devant le savant volatile, l'acheta un grand prix. Mais l'associé de cet homme, qui n'avait dans l'affaire pas gagné le moindre denier, alla trouver Auguste et lui dit que le vendeur possédait un autre corbeau. Sur la demande de l'empereur, on exhiba le second oiseau qui se mit à réciter ce qu'on lui avait appris: "Ave, Antoine, vainqueur, empereur!". Auguste eut l'intelligence d'en rire mais ordonna que la somme reçue soit partagée entre les deux associés.

Combien parmi les thuriféraires politiques d'aujourd'hui auront changé de discours demain ? Combien ne l'ont-ils pas déjà fait ?

jeudi 8 mars 2012

Un prénom

Carl Philipp Emanuel (Bach), né le 8 mars 1714.

Solitaire







Elle a fleuri, seule, dans ma cuisine.

Un bouquet de tulipes

Ce matin, j'entre dans la salle des profs. Une immense salle qui appartenait autrefois aux religieuses, aux murs en partie couverts de belles boiseries et où trône encore le portrait un peu fané d'une ancienne supérieure à la mine sévère et recueillie à la fois. Un bel endroit s'il était correctement éclairé.

Après un bonjour à la cantonade (je m'y contrains chaque matin, par politesse, bien que peu de mes collègues répondent, pris déjà dans une conversation pédagogique la plupart du temps consacrée à descendre en flèche certains élèves, ou pas encore totalement réveillés), la première chose que je remarque, c'est un bouquet de tulipes posé sur l'une des tables débarrassée pour l'occasion des nombreux prospectus ou gobelets vides qui les encombrent habituellement. J'aime les fleurs, je ne pouvais pas le rater, d'autant que c'est le premier depuis de longues années.

A ma question, un collègue homme répond: "C'est parce que c'est la journée des femmes.", ceci dit avec un petit sourire de connivence. Délicate attention sans doute (de qui ?), mais pourquoi pas les autres jours, quelquefois, parfois, de temps en temps, voire à l'occasion ? Les hommes sont-ils encore censés ne pas être sensibles aux fleurs ?

mercredi 7 mars 2012

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (87)

Maurice Ravel, Pavane pour une infante défunte.

Momentini

- Un ami, retrouvé par l'intermédiaire de Frédéric et de Jean-Claude, m'avait demandé, il y a quelques jours, de l'emmener sur la tombe de Pierre. J'ai été surpris de sa part d'une idée aussi délicate. C'est chose faite depuis cet après-midi. J'en ai profité pour lui faire découvrir l'ancien cimetière de la Guillotière que j'aime tant.

- Poursuite avec Marie-Claire des séances pour arrêter de fumer. Une entrevue plus longue aujourd'hui. Elle me fait des trucs et des machins. J'ai décidé d'y croire. D'ailleurs, cette semaine, par deux fois, j'ai été écœuré par la cigarette. Frémissement ?

- Demain, en fin d'après-midi, réunion qui s'annonce batailleuse pour la répartition des heures d'enseignement de l'an prochain. Chaque équipe/matière devra trouver son modus vivendi. Je n'aime ni ces réunions ni cette façon de faire. Et en plus, ce sera la pleine lune !

- J'ai sorti sur le balcon les géraniums et les pervenches, plus une autre plante dont je ne connais pas le nom. Je mise sur l'optimisme.

- Le créateur de la chanson de Mary Poppins, Supercalifragilisticexpialidocious, est mort le 5 mars. Il s'appelait Robert Sherman. Il avait aussi travaillé sur Le Livre de la jungle.

Le boucher et la bouchère sont heureuses

Ça y est ! Les féministes ont enfourché un nouveau cheval de bataille. Elles ont maintenant du mal à accepter que l'on dise: "Le boucher et la bouchère" sont heureux. Elles voudraient que ce soit: "Le boucher et la bouchère sont heureuses." Ainsi donc, en ce moment, il n'y a rien de plus urgent, de plus important à revendiquer !

Le féminisme est un mouvement que j'estimais assez à une époque, parce qu'effectivement, il y avait du chemin à parcourir. Ce chemin est-il parcouru aujourd'hui ? J'en doute, malgré quelques avancées non négligeables. Mais, avec de telles revendications, elles sont ni plus ni moins en train de se couvrir de ridicule et de se discréditer aux yeux de beaucoup de gens, parmi lesquels pas mal de femmes.

J'espère simplement qu'il ne s'agit que d'un effet d'annonce, avec en perspective la journée de la femme pour demain, une façon de prouver que l'on existe encore, que l'on est toujours là. Mais alors, pourquoi ne pas refuser également "bouchère" puisque ce mot est formé à partir du masculin "boucher" ? Allez, Mesdames, à vos plumes. Vous trouverez bien encore autre chose!

mardi 6 mars 2012

Sous le pont








Quais de Saône, Lyon 2°


(Cliquer sur la photo pour l'agrandir.)

Pages marquantes (33)

Elsie, ma femme, dit avec une vivacité inouïe :
- Mais c’est stupide ! Comment pourront-ils nous exterminer puisque nous allons gagner la guerre ?

Je la regardais, béant. Je n’avais pas réfléchi à cela, je ne savais plus que penser. Je détournais la tête et je dis :
- C’est un ordre.
- Eh bien ! dit-elle à voix basse et avec une incroyable violence, il fallait refuser d’obéir.

Je criai presque :
- Mais, Elsie !... C’est contraire à l’honneur !
- Et ce que tu fais ?
- Un soldat, refuser d’obéir ! Et d’ailleurs, ça n’aurais rien changé ! Si j’avais refusé d’obéir, quelqu’un d’autre l’aurait fait à ma place !
- Oui mais toi, toi tu ne l’aurais pas fait.
- Tu n’as pas le droit de parler ainsi ! Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait sur ordre ! Je n’en suis pas responsable !
- C’est toi qui le fait !

Je la regardai, désespéré:
- Tu ne comprends pas, Elsie. Je ne suis qu’un rouage, rien de plus. Dans l’armée, quand un chef donne un ordre, c’est lui qui est responsable, lui seul. Si l’ordre est mauvais, c’est le chef qu’on punit, jamais l’exécutant.
- Ainsi, dit-elle, avec une lenteur écrasante, voilà la raison qui t’a fait obéir : tu savais que si les choses tournaient mal, tu ne serais pas puni.

Je criais :
- Mais je n’ai jamais pensé à ça! C’est seulement que je ne peux pas désobéir à un ordre. Comprends donc! Ça m’est physiquement impossible !
- Alors dit-elle avec un calme effrayant, si on te donnait l’ordre de fusiller tes enfants, tu le ferais!
- Mais c’est de la folie, jamais on ne me donnerait un ordre pareil!
- Et pourquoi pas? On t’a bien donné l’ordre de tuer des petits enfants juifs ! Pourquoi pas les tiens? Tu le ferais, dit-elle avec violence, tu le ferais!

Je ne sais pas ce qui se passa alors, je jure que je voulais répondre : " Naturellement pas ", je jure que j’en avais l’intention la plus nette et la plus formelle et au lieu de cela, les mots s’étouffèrent brusquement dans ma gorge et je dis :
- Naturellement. "

Robert Merle, La Mort est mon métier.

La Vague

Parmi les spécimens envoyés cette année au collège, un m'a attiré l'œil. Pour une fois que je n'avais pas droit à la xième mouture des Fourberies de Scapin (pièce, en plus, que je n'aime pas)! Il s'agit de La Vague, de Todd Srasser dont a été récemment été tiré un film. Ce roman raconte l'expérience menée par un professeur d'histoire étatsunien avec sa classe d'adolescents. Après un cours sur le nazisme, ses élèves se récrient tous que c'est de l'histoire ancienne et que de tels agissements ne peuvent se reproduire aujourd'hui.

Il décide donc de leur prouver le contraire et de créer, au sein du lycée, un mouvement baptisé La Vague, dont les slogans, vite trouvés, seront: La Force par la Discipline, La Force par la Communauté, la Force par l'action. Ce qu'il avait imaginé comme un jeu le dépasse vite et il se rend compte que les élèves, sans s'en apercevoir, se mettent à se comporter comme les jeunes allemands (en tout cas certains d'entre eux) embrigadés dans les jeunesses hitlériennes: besoin viscéral d'un leader incontesté, rejet de ceux qui n'adhèrent pas, emploi de la violence et de la discrimination.

Loin d'être un chef-d'œuvre d'écriture, ce roman, rédigé comme on tourne un téléfilm, pose tout de même des questions intéressantes et il me semble que les professeurs de français et d'histoire de troisième pourraient l'utiliser dans leurs cours. Pour ma part, je n'en ai vu que les ficelles, les facilités et une rapidité d'analyse à la limite du ridicule. Mais il a l'avantage d'être très explicite. Je lui préfère pourtant nettement L'Ami retrouvé, de Fred Uhlman, sur ce sujet très proche.

( Todd Strasser, La Vague. Ed. Jean-Claude Gawsewitch. Trad. de Aude Carlier.)

lundi 5 mars 2012

Au choix



Grésil et giboulée

Drôle de temps, aujourd'hui. Nettement rafraîchi avec pourtant, souvent, du soleil. Et puis, l'instant d'après, un gros nuage noir et quelques grains d'on ne sait quoi, ni pluie, ni neige, ni grêle: une sorte de grésil en miniature.

Du coup, j'ai eu le mot giboulée dans la tête toute la journée. C'est un beau mot, giboulée, un mot à l'ancienne comme les recettes les plus goûteuses, celle que l'on mitonne dans de vieux plats ébréchés. Un mot que l'on n'entend plus, parce qu'il faut simplifier, comprendre, être compris.

Et puis d'autres mots, entraînés par le premier, des bouts de poésies appris dans l'enfance (c'est étrange comme l'enfance est souvent liée à l'hiver, au froid), des rimes Gautier, de Charles d'Orléans, ces mots que je n'ai jamais oubliés malgré leur vieillerie:

"Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l'amandier."

"Rivière, fontaine et ruisseau
Portent, en livrée jolie,
Gouttes d'argent, d'orfèvrerie;
Chacun s'habille de nouveau.
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie"

Ça me suffit pour avoir chaud.

Il dit des mots, toujours des mots, les mêmes mots.

Cornus dit que j'ai déjà publié les mots les plus fréquents des recherches qui me parviennent via Gogol. Je crois qu'il confond avec ceux de Gogol images qui ne concernent que mes photos. Quoiqu'il en soit, voici les derniers du jour, tout frais pêchés il y a quelques minutes. Je ne mentionne pas ceux qui arrivent directement chez moi parce qu'ils ont l'adresse du blog.
- Autobiographie sur un souvenir d'enfance
- Potomac
- Autobiographie d'un souvenir d'enfance
- Potomac
- Autobiographie sur un souvenir
- Potomac
- Chausse Moyen-Age
- Potomac
- Tête renversée en arrière

Peu varié, comme vous pouvez voir. Si l'on remonte plus en arrière, les grands gagnants sont, outre le souvenir d'enfance:
- La description d'un lieu
- Giacommetti, L'Homme qui marche
- Michel Leiris
- Fermer les volets (et ne plus changer l'eau des fleurs)
- Faire le récit d'un événement historique.

Et, en perte de vitesse:
- Consors paterni luminis
- Tétramorphe
Un peu intello, tout ça, non ? Mais ça me va.

( Le dernier qui vient d'arriver pendant que j'écrivais:
- Croisement des lapins la femelle himalayenne avec 2 mâles correction.
Ça, je me demande bien quand j'y ai fait allusion !)

dimanche 4 mars 2012

Pages marquantes (32)

La Complainte Rutebeuf

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Rutebeuf (1230-1285)

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (86)

Beau Dommage, La Complainte du phoque en Alaska.

Complainte

Mais qu'est-ce que c'est que ces journées qui n'ont que 24 heures!? Sur lesquelles, en plus, il faut enlever celles de travail et de sommeil! Qu'est-ce qui reste, si l'on ajoute la famille, les courses et le ménage? Pas le temps de lire les autres, passer chez eux en disant: "Tiens, il y a un article aujourd'hui. Je ne veux pas gaspiller, je le lirai plus tard.". Et l'on se retrouve avec des tas de choses à lire, des tas de commentaires que l'on voudrait faire et développer (oui, je sais, là dessus, je n'aurai jamais la médaille d'or). On a envie d'écrire, des tas d'idées dans la tête, qui s'envolent le soir lorsqu'enfin, on a quelques minutes à soi. Et l'on se dit, consterné: "Comment faisais-je avant ?" Et en plus, je courais, deux ou trois fois par semaine (plus les deux douches, avant et après). Chronos, Chronos, arrête de nous bouffer! Laisse-nous vivre, nous étendre, développer, donner et recevoir du plaisir.

A moins, à moins qu'il y ait une vie en dehors du blog. c'est peut-être là que les choses ont changé ...

samedi 3 mars 2012

Première heure

Erri de Luca a appris l'hébreu pour lire les textes sacrés dans la langue. J'avais été enthousiasmé par son premier livre sur le sujet: Noyau d'olive. Celui-ci, Première heure, ne m'a pas autant touché, peut-être parce que l'auteur n'apparaît guère dans ces courts chapitres consacrés à tel ou tel psaume, à tel ou tel épisode de l'Ancien Testament. Par trois fois pourtant, il imagine un dialogue entre un homme et une femme (A et Z): le premier consacré à l'interprétation des rêves, en particulier par Joseph et Daniel, le deuxième à Samson et Dalila, le troisième à David et Goliath. Et là, je le retrouve, malgré une tendance un peu affichée à la pédagogie. Il n'en restera pas moins que c'est n'est pas mon livre préféré de cet auteur.

( Erri de Luca, Première heure. Gallimard. Trad. de Danièle Valin.)

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (85): années 60

Ronnie Bird, Les Filles en sucre d'orge, 1967

Momentini

- Matinée bien remplie avec la deuxième porte ouverte. Du monde, cette fois-ci, des gens charmants pour la plupart. Ils n'ont plus qu'à inscrire leurs enfants chez nous! Joie aussi de revoir d'anciens élèves, en fac maintenant.

- Un monsieur m'a pris pour un parent de sixième. Il y avait longtemps! Je n'en suis pas encore remis, même après une bonne sieste!

- Vu le film Le Pianiste l'autre soir. Très beau et poignant. Et puis, il y avait Bach et Chopin.

- A Lyon, aujourd'hui, c'était l'été. Ce soir, anniversaire de Frédéric. Nous allons faire péter les bouchons. Au menu, fruits de mer, je crois.

- La moitié du parking souterrain où je me gare n'a plus l'électricité. Pratique pour aller chercher sa voiture dans le noir complet. Et ça dure depuis une semaine.

- L'affichage électoral sauvage commence à envahir mon quartier. Les affiches des uns sont immédiatement déchirées par les partisans des autres. Lamentable et cracra.

- Vu ce matin ma collègue adorée d'histoire/géo: "C'est formidable ce que vous faîtes, tous ces panneaux!" Comme d'habitude! La flatterie est moins fatigante que le travail. Mais elle connaît beaucoup mieux la première que le second.

vendredi 2 mars 2012

Et j'en parle encore

Je m’endors sur la table, je me réveille un peu avant l’aube.

Je dois recommencer à m’habituer aux journées, la bouche fermée.

Je prends le livre ouvert à la pliure, je me remets à son rythme, à la respiration d’un autre qui raconte. Si moi aussi je suis un autre, c’est parce que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes.

Après bien des pages on finit par apprendre une variante, un geste différent que celui commis et cru inévitable.

Je me détache de ce que je suis quand j’apprends à traiter la même vie d’une autre façon.

Je me rase dans une faible lumière, le visage mouillé, et le rasoir essaie de passer sur la peau dans un autre sens.

Je mets le livre dans la poche intérieure de ma veste, je l’appuie contre ma poitrine. Dans l’ancien emplacement de l’arme il y a maintenant le tout autre.

Erri de Luca, Tre Cavalli. Excipit. Ed. Gallimard. Trad. de danièle Valin.

Depuis le temps que j'en parle

Une poésie de Erri de Luca, Valore.
(voix de Ivo De Palma, musique de Giampiero Timbro)

Contes et comptes

- C'est le nombre de voyages d'un célèbre marin oriental.
- C'est le nombre des marraines-fées de la Belle au bois dormant (Perrault).
- C'est l'âge du Petit Poucet.
- C'est le nombre de chèvres que Monsieur Seguin perd dans la montagne.
- C'est, dans L'Oiseau bleu, le nombre d'années que le prince charmant va rester métamorphosé en oiseau.
- C'est le nombre de mouches attrapées par la tapette du Vaillant petit Tailleur (frères Grimm).

Mais quel est ce nombre?

jeudi 1 mars 2012

Et un peu de musique, ça vous dirait ? (84): années 60

Dominique Walter, Les petits Boudins, 1967.
(Paroles de Serge Gainsbourg)

Recherches qui aboutissent, mais où ?

Les résultats des recherches sur Google-images qui aboutissent chez moi me laissent toujours un peu pantois! Deux, dernièrement, m'ont particulièrement amusé.

L'une portait sur le nom de famille d'un blog qui se trouve dans ma liste et j'ai vu apparaître, au lieu du visage du monsieur que je connais une tête hirsute de lion en carton/chiffons prise dans la ville il y a quelques années. Il serait content, Olivier, s'il ressemblait à ça. De plus, ça n'a vraiment aucun rapport avec lui.

Dans l'autre, les mots de la recherche étaient: "Je pense à toi, ma poule". Grosse surprise également en voyant le résultat: une photo prise par moi il y a assez longtemps dans le quartier des Maisons-neuves et qui montrait une plaque de rue. Le nom de cette rue ? ...... Impasse Belloeuf ! Bonjour les à peu près !

Rentable

Les jours où je ne vais pas voir ma mère, j'ai l'impression d'être en vacances, d'avoir la vie devant moi, même si cette vie se résume à un après-midi. On peut en faire des choses en un après-midi! Tiens, par exemple aujourd'hui: sieste en lisant De Luca, plaques "pas de pub" collées sur les boîtes de ceux de l'immeuble qui me les avaient commandées, passage à la banque pour les arrhes du futur voyage à Rome, correction de plusieurs paquets de copies, prospection pour faire changer deux fermetures éclair, arrêt devant une librairie (non, je n'ai rien acheté, finances obligent), téléphone au notaire (pour une affaire qui traîne et dont, bien sûr, je suis le seul à m'occuper dans la famille) et à l'urologue pour visite de contrôle. Et tout a fonctionné comme sur des roulettes. Il y a des jours comme ça... En plus, question météo, le mois de mars commence bien à Lyon!