vendredi 31 octobre 2008

Bonheur(s) du jour.

D'abord dire que j'aime beaucoup ce mot, ce nom de petit bureau qui était aussi l'enseigne d'un magasin près de mon ancien appartement.

Dire aussi qu'aujourd'hui fut rempli de petits bonheurs.

Bonheur de courir ce matin avec Laurent qui m'avait contacté par mail. Nous avons emprunté les itinéraires fidésiens de goudron mais aussi de chemins et de boue. Laurent m'a fait connaître un parcours que je n'imaginais même pas, une course à travers champs et bois, un coin désert et sauvage tout près du centre de Sainte-Foy, à quelques minutes de Lyon. Le démarrage fut un peu rude, je n'ai pas l'habitude d'attaquer par une côte et Laurent y a un bon rythme. Mais une fois chaud, j'ai pu goûter le plaisir de cet exercice en pleine campagne, par une température fraîche mais idéale pour cette activité.

Seule une partie du trajet m'a fait souffrir: une belle longue route en pente raide avec un léger faux-plat à mi-chemin avant de réattaquer très raide. Ce n'était plus de la course à pied, c'était de l'escalade! Eh bien, je ne suis pas peu content d'être arrivé en haut. Au bout d'une heure de course, j'ai même été capable d'accélérer passablement sur le plat, ce qui a surpris Laurent qui, sans doute, me croyait à bout de forces.

Nous avons pris un autre rendez-vous pour vendredi prochain, jour de mon anniversaire, pour de la piste cette fois-ci. Et dans quinze jours, ce sera Joggiles, au parc de Miribel, pour quinze kilomètres, que je proposerai aussi à Gilles. J'aime bien découvrir de nouveaux lieux, apprendre de nouvelles techniques et Laurent semble savoir des tas de choses que je ne sais pas. En plus, il est bon pédago, apparemment. Alors que du plaisir en perspective.

Deuxième plaisir au retour: J. m'avait appelé. Nous n'attendrons pas lundi pour nous voir. Trop long, de l'avis général. Demain, ce sera beaucoup mieux! Et, en plus, ça n'empêche pas de se revoir lundi!

Troisième plaisir cet après-midi à la Part-Dieu, dans un magasin de sport. J'avais besoin de mini-socquettes et d'un collant long pour l'hiver, le vieux ayant été un peu distendu par mes kilos passés. Et ce qui devait ne prendre qu'un petit quart d'heure maximum s'est prolongé bien au-delà par une conversation chaleureuse et passionnée avec un des vendeurs, tout nouveau dans ce magasin, mais qui me donne déjà l'envie d'y passer plus souvent. Quelle sympathie, quel sourire! De quoi faire aimer le sport même à Olivier, j'en suis sûr! En sortant, je pensais aux Antiques et à leurs jours fastes et néfastes. Superstition certes, mais certains jours, je ne suis pas loin d'y croire. Et aujourd'hui pour moi était un jour faste.

Dernier des petits plaisirs qui ont rempli ma journée. Détour chez Decitre et découverte de deux nouvelles parutions en poche, que j'ai immédiatement achetées, bien entendu: Tristes Revanches,un recueil de nouvelles de Yoko Ogawa et Sur la Trace de Nives de Erri de Luca, en plus d'un autre achat de la semaine, toujours en poche: Elles de Jean-Bertrand Pontalis.

Il n'en a pas fallu plus pour que j'oublie la pluie qui n'a pas cessé de tomber de l'après-midi... et le pain que je devais acheter pour le repas de ce soir.

Je me coucherai moins bête.

Appris ce soir, à la télé, en regardant "Questions pour un champion" dans la chambre de ma mère.

Stanislas Leszczynski (rassurez-vous, j'ai le dictionnaire sous les yeux pour l'orthographe, mais ça ne rend pas pour autant le nom plus facile à taper sur le clavier), ce bon Stanislas Ier donc (non, pas deux fois!) serait à l'origine du baba au rhum. Alors que, après avoir perdu son royaume de Pologne, il résidait dans ses états de Lorraine, il mangeait régulièrement du gâteau fétiche de l'Alsace voisine: le kouglof. Mais, comme il trouvait ledit gâteau un peu étouffe-chrétien, il l'arrosait copieusement de rhum et l'agrémentait de quelques ingrédients complémentaires. Lorsque l'on s'aperçut que le mélange était délicieux, on voulut lui donner un nom et Stanislas choisit celui de son héros préféré des Mille et Une Nuits: Ali-Baba. Et voilà.

Pour jouer au cuistre jusqu'au bout, je rajouterai (mais tout ceci est peut-être à vérifier, j'ai moyennement confiance dans les infos culturelles de la télé), que ce même Stanislas aurait aussi baptisé la madeleine, qu'il appréciait de même, du nom d'une jeune fille de Lunéville qui la préparait. Quel gourmand, ce Stany!

Et, pour la bonne mesure, sachez, ilotes, que c'est sa fille, Marie Leszczynska, reine de France, épouse de Louis XV, qui "inventa" la bouchée à la reine. Incroyable, non? Sans doute pour donner la becquée aux dix enfants qu'elle enfanta de son royal mari.

Précisions sur le précédent.

Deux mots sur mon choix musical d'hier, qui peut surprendre. Je l'ai dit, je n'ai pas réfléchi: c'est ce qui m'est venu d'abord que j'ai choisi. En prenant un peu plus de temps, j'aurais sans doute eu une programmation différente.

Les trois voix sont pour moi des incontournables: Maria Callas et Kathleen Ferrier, deux femmes dont je reconnais le timbre aux premières mesures, à la première mesure, à cause du frisson qui me parcourt alors le dos. Leurs voix me transpercent, comme un grand froid, et me font vibrer, tout de suite. Pour Alfred Deller, c'est un choix un peu moins viscéral, un peu plus intellectuel, mathématique comme pour la musique de Bach. J'aime sa voix et aussi son répertoire, seul, avec son fils Mark ou le Deller Consort. Je l'ai entendu la première fois à Paris, dans un luxueux appartement près de Michel-Ange-Molitor. J'avais vingt et quelques années.

C'était la grande époque du Bronx, une boîte homo très chaude de la rue Sainte Anne. L'homme qui m'avait emmené chez lui était anesthésiste, riche, cultivé et sympathique. (Non, ce n'est pas le début d'un roman de la collection Harlequin!). Je me souviens avoir été très impressionné par son goût sûr pour la décoration de son appartement luxueux, et par les draps du grand lit où j'eus l'occasion de passer la nuit et qui me semblèrent être de soie. Le lendemain matin, j'eus droit au petit déjeuner et à la voix de Deller. Je découvrais en même temps ce qu'était un haute-contre, encore aujourd'hui ma voix préférée avec celle d'alto chez les femmes. La nuit avait été suave et cet homme que je n'ai jamais revu venait de me faire le plus beau des cadeaux.

Les chansons qui suivent me tiennent aussi à cœur, chacune pour des raisons différentes (et pourtant très proches finalement).

Jean ferrat: Ma Môme. J'ai toujours aimé Ferrat. Je crois que c'est un des tous premiers disques que la famille a achetés quand nous avons eu un tourne-disques. J'aime les textes qu'ils chantent, de lui ou d'autres, j'aime surtout sa voix, si chaude, si profondément tendre, même lorsqu'il dénonce, lorsqu'il condamne. J'apprécie tout son répertoire, sauf peut-être les chansons de sa période engagée à fond pour Castro et Cuba.
Mais Ma Môme tient une place à part: le monde ouvrier, pauvre, dont je suis issu y est magnifié par une simple chanson d'amour. On ne s'y plaint pas de travailler, on s'y réjouit d'aimer, en secret, sous les toits. Quand j'étais encore maître-auxiliaire (remplaçant) dans le public, la dernière année, je travaillais au fin fond de Décines, à la limite de Mézieux. Habitant dans le centre de Lyon, je traversais la moitié de la ville et toute la banlieue est. Certains matins, nuit et brouillard, froid et verglas, sommeil et cafard. Pour me donner du cœur à l'ouvrage, je chantais à tue-tête Ma Môme dans ma Fiat 127, quand elle avait, enfin, décidé de démarrer. Et puis, dans cette chanson, il y a l'accordéon. Si vous voulez me plomber une journée dès le réveil, faites-moi écouter de l'orgue. Si vous voulez me voir heureux jusqu'au soir, passez-moi de l'accordéon.

C'est beau la vie. Bien sûr, je l'apprécie chantée par Ferrat, mais elle me bouleverse quand c'est Isabelle Aubret qui l'interprète. Encore un souvenir d'enfance. Isabelle Aubret faisait aussi partie des chanteurs de la famille. Oui, de gauche de père en fils, chez nous, même si mon père ne nous a dévoilé ses opinions politiques que très tard, pour ne pas nous influencer.
Elle eut un jour un terrible accident de voiture, où elle faillit perdre la vie et, peu de temps après, elle chantait ces paroles: "Que c'est beau la vie!". C'est elle qui, en grande partie, m'a donné cette volonté de rebondir, de se redresser coûte que coûte après la chute, cette force, malgré les coups durs, les trous noirs, de dire encore et toujours "J'aime la vie." Si je choisis un jour les musiques de mon enterrement, peut-être cette chanson y sera-t-elle. C'est dire!

Mon amour pour Judy Garland et pour la chanson Over the Rainbow vient bien sûr du film Le Magicien d'Oz, un de mes films préférés avec La Nuit du Chasseur. Je le regarde chaque fois avec le même plaisir, et, comme un enfant, je tremble aux aventures de Dorothée, de son chien et de ses trois fidèles compagnons: l'épouvantail, le lion et l'homme qui rouille. Comme un enfant, je suis émerveillé par le pays des fées, par les sortilèges de la méchante sorcière, je pleure quand on doit pleurer, je ris quand il faut rire, je me crispe quand monte l'angoisse, je me retiens de battre des mains. Meilleur public, on ne peut pas. Et puis un jour, en plus, j'ai commencé à comprendre les paroles de la chanson: "Au-delà de l'arc-en-ciel, le ciel est bleu...". Et c'est ce message d'espoir que, comme une prière, je me chante presque chaque matin en partant au travail.

Trois voix donc qui me bercent, qui m'habitent, et trois chansons qui me soutiennent, qui me réjouissent. Ce n'est pas plus compliqué que ça!

jeudi 30 octobre 2008

Mes grands airs!

Lancelot, il y a déjà quelques jours, puis Querelle, m'ont tagué sur mes goûts en musique. J'ai d'abord dit oui à Lancelot, sans le faire, puis non à Nicolas, et je vais le faire.

Pas très logique, tout ça, mais j'ai pensé que ce serait une excellente façon d'apprendre à me servir de Deezer, dont je découvre aujourd'hui le fonctionnement grâce à Stéphane. Le seul problème annexe, c'est que je n'ai plus de son moi-même. Une fiche s'est débranchée derrière l'unité centrale, pendant nos manipulations de cet après-midi, et j'ai beau l'enfoncer dans tous les trous à ma disposition présentant la même conformation, rien ne se passe. Alors, vous serez les seuls à en profiter.

Petite précision: j'aime la musique, toutes les musiques, sans ostracisme, sans discrimination, pourvu qu'elles me touchent, qu'elles me fassent bouger, rêver ou réfléchir, pleurer pourquoi pas. Je ne pratique aucune hiérarchie entre musique sacrée, profane, classique, moderne. J'aime Bach aussi bien que les Rita Mitsouko. Certaines œuvres classiques m'ennuient prodigieusement (Mozart, hélas, souvent, aux airs trop prévisibles!), de la variété va m'emballer, de la chansonnette m'occuper la tête des jours durant.

Les six morceaux que j'ai choisis ce soir sont ceux qui me sont venus d'abord à l'esprit. Je suis sûr que, demain matin, ma liste aurait été différente. Ils n'en sont pas moins des petits plaisirs à moi, pour la plupart depuis bien longtemps déjà.

Les trois premiers, ce sont des voix, mes voix.




Les trois autres, des chansons qui ont accompagné différents moments de ma vie, et auxquelles je tiens encore.




Il y avait aussi une chanson d'Adamo, dans l'un de ses tout premiers albums, si ce n'est le premier, dont le titre était, il me semble: Chanson en rondelles. Je ne l'ai pas retrouvée dans Deezer. Si quelqu'un sait où chercher...

(Il faudra me dire aussi comment faire disparaître ce "Découvrez machin ou chose" qui apparaît sans qu'on le lui ait demandé et qui semble vous prendre pour des débiles légers!)

Repas.

J'ai passé aujourd'hui une partie de la journée avec Stéphane. Malgré le mal au dos qui le fait vraiment souffrir, il est venu m'installer MSN, scanner et autres avancées technologiques qu'il faut maintenant que j'essaie d'apprivoiser.

Nous avons déjeuné ensemble: salade de crudités, magret de canard et gratin de navets, tarte aux pommes (oui, j'en ai fait une aussi à Stéphane!). Nous avons beaucoup parlé bien entendu, en particulier de notre côté maniaque à tous les deux. Ainsi a-t-il bien compris lorsque je lui ai avoué que, souvent, pendant les repas, je me levais pour commencer à débarrasser la table ou à faire la vaisselle: il a exactement le même comportement. Ce n'est pas un manque d'éducation, bien que cela ne plaise pas à tout le monde, mais peut-être une façon de gagner du temps libre pour autre chose. Reste à savoir quoi?

Mais cela m'a fait penser à nos repas de famille, le dimanche, lorsque j'étais enfant et même plus tard, tant que mes parents ont pu nous réunir autour d'une table. Nous mangions à la manière stéphanoise, peut-être commune à d'autres régions de France. Le repas se passait comme partout jusqu'au fromage. Après le fromage, nous ne prenions pas immédiatement le dessert. Nous desservions la table, lavions la vaisselle, l'essuyions, la rangions dans les placards, passions le balais, et c'est seulement à ce moment-là que nous reprenions place autour du gâteau que l'on dégustait avec le café bien chaud et corsé.

Pourquoi cette façon de faire? Je n'en sais rien, personne ne me l'a expliquée. Je pense, pour ma part, que la première partie du repas est destinée avant tout à se nourrir, à remplir les ventres affamés par des travaux souvent durs. Le repas dominical calque ce rythme sur ceux de la semaine. Pendant ce temps, chaque membre de la famille joue le rôle social qui lui est dévolu.

Mais ensuite, le dimanche, nous passons à autre chose, au supplément, à l'exceptionnel, au plaisir de la gourmandise, d'autant plus précieux qu'il est rare. Et cet instant ne peut se vivre que tous ensemble, à "égalité", sur une table propre, quand la mère est débarrassée des contraintes, quand elle peut s'asseoir comme tout le monde et ne plus penser qu'à savourer l'instant, comme tous les autres membres de la famille. Je trouve que c'est là une bien belle tradition. Qui sans doute a presque totalement disparu avec les nouvelles façons de s'alimenter.

mercredi 29 octobre 2008

Ainsi soient-ils.

J'avais parlé d'une deuxième lecture captivante de ces jours derniers. Il s'agit de Ainsi soient-ils, de Neil Bartlett (Titre original: Ready to catch him should he fall. 1990)

La quatrième de couverture parle d'une langue hypnotique. La lecture le fut aussi, à coup sûr. Roman baroque, érotique et moral sur le monde homosexuel des années de libération, à l'époque où montrer sa différence était encore dangereux mais où les endroits spécialisés, les ghettos diraient certains aujourd'hui, constituaient un refuge de douceur, de drôlerie et de fraternité.

Le roman évoque la rencontre, dans un bar, Le Bar, que tient un personnage attachant baptisé Madame puis la Mère, de deux hommes, l'un plus âgé et calme, l'autre tout jeune et novice. Ils vont devenir amants, s'aimer, ne plus se quitter, perdre la Mère et retrouver Père, avant que celui-ci ne disparaisse à son tour, sans que l'identité de ces deux-là soit jamais certaine.

On frémit à l'idée de ce que cela pourrait être, au vu des titres de certains chapitres: Fiançailles, Parer la mariée, Lune de miel.... Petit roman provocateur où il est de bon ton de parler au féminin pour évoquer les "folles", scènes torrides ou violentes pour faire bonne mesure, un zeste d'analyse sociologique pour montrer que l'on n'est pas totalement idiot.

Ce roman n'est rien de tout cela. Je ne sais pas ce que pourrait éprouver à sa lecture un hétérosexuel n'ayant de surcroît pas vécu les années soixante-dix. Moi, homo et quinquagénaire, je m'y suis retrouvé: dans la peur des agressions dans des rues peu sûres, dans la chaleur des lieux de drague où, enfin, l'on était sûr d'être avec ses semblables, dans la compétition de soirées pour aguicher le nouveau venu quand il était beau, dans les amours naissantes et pour certaines se confirmant, dans l'installation de l'appartement, dans ce microcosme où nous étions à la fois frères et adversaires.

De plus, le style de Neil Bartlett, présenté par l'éditeur (Actes Sud) comme "l'une des figures les plus respectées et les plus éminentes de la culture gay" au Royaume-Uni, est dense et aéré à la fois, le baroque y côtoie le classique, la folie évocatrice une pensée plus profonde et plus grave. Romantisme et compassion, dit encore la quatrième de couverture, pour une fois dans la vérité. Une belle histoire d'amour, sans apitoiement, à une époque où ces amours-là n'avaient pas encore bonne presse.

... vous devez vous rappeler combien cette époque-là était étrange.
Dangereuse même, en y repensant, bien que je ne me souvienne pas qu'on utilisait ce mot alors. Vous devez vous souvenir que nous vivions dans une ville où, selon les chiffres les plus récents, 63% de la population pensaient que des gens comme nous ne devaient pas exister. (Ces chiffres étaient bien entendu controversés) 72% de la population pensaient que nous ne devions pas exprimer nos sentiments en public, même s'il y avait des désaccords parmi les chercheurs pour savoir si le terme "exprimer" devait se référer à: se tenir la main, échanger des regards, échanger des bagues, laisser tomber sa tête fatiguée sur une épaule moins fatiguée, crier des mots comme "Je t'aime, je t'aime, Mon cœur est une rose!" (entendus une fois, tard dans la nuit, se répercuter dans une station de métro), pratiquer une fellation contre les grilles, ou simplement qu'un homme se tienne sur le seuil en disant: "Au revoir, prends soin de toi, je te vois mardi, donc", tandis que l'autre s'éloigne dans une rue de banlieue déserte (à 8h20 du matin).
82% des gens pensaient que les noms des gens comme nous, ou plutôt des gens "comme ça", ne devaient pas être cités dans les réunions à l'école, surtout celles comprenant des enfants jeunes. 42% ne voulaient pas y penser. 32% ne savaient pas comment ils faisaient quand ils couchaient ensemble, mais auraient aimé y assister, si on avait pu arranger la chose. 51% disaient qu'honnêtement ils préféreraient que ces gens s'évanouissent dans la nature;, qu'ils n'existent tout simplement plus. 27% affirmaient qu'ils auraient frappé eux-mêmes d'un couteau, même des amis, des collègues ou des fils, mais je dois dire quant à moi que je ne crois pas que cette question avait été posée, ou si elle l'avait été, ils avaient fabriqué la réponse, je n'y crois pas, je pense que c'est juste un moyen de vendre des journaux que de faire figurer ce genre de choses dans un article.

(Trad. de Gilbert Cohen-Solal.)

Les femmes de ma vie (1): Madame B.

Ne faites pas cette tête-là, vous avez bien lu. Certaines femmes ont eu dans ma vie suffisamment d'influence, de présence, pour que je les appelle "les femmes de ma vie". Bien sûr, pas de Donjuanisme là-dessous, même si, pour certaines, je sus ce qu'était la confusion des sentiments.

Ma mère, bien sûr, dont je ne parlerai pas, car elle n'entre pas vraiment dans cette catégorie. Elle est ailleurs, pour moi.

Ce soir, la première sera ma vieille institutrice. Elle ne devait pas être si âgée que cela lorsque je la connus au sortir des classes maternelles, avec son niveau de CP. Madame B., morte aujourd'hui depuis longtemps, était un petit personnage au chignon toujours impeccablement serré, sauf lorsqu'elle se mettait en colère, ce qui la faisait devenir toute rouge et dérangeait l'ordonnancement de sa coiffure. Elle sentait bon, un parfum qui encore aujourd'hui, lorsque par hasard je le croise dans la rue, me renvoie à cette époque où les jeux de billes, les courses de l'épervier et les analyses logiques suffisaient à remplir notre univers.

Dans la rue, aujourd'hui, je ralentis soudain lorsque j'en perçois la fragrance. Si je ferme les yeux, je revois cette femme, avec la règle à la main, nous conduisant, comme un général ses troupes, sur les chemins de la lecture et de l'écriture, employant le sourire et la persuasion mais aussi la punition et les coups sur les doigts.

Autour d'elle, je replace les vieux bureaux de bois tout entaillés, le bord des encriers tachés d'auréoles violettes, le banc attenant que l'on ne pouvait déplacer, les rabats des pupitres qu'il était interdit de laisser tomber, au fond de la salle le gros poêle qui chauffait si bien qu'il rendait parfois l'atmosphère irrespirable, les deux seaux remplis d'eau, l'un pour boire avec un quart en aluminium, l'autre pour se laver les mains. Combien de fois nous sommes-nous trompés de seaux, avant de quitter cette cahute en préfabriqué qui nous abrita jusqu'à ce que les nouveaux locaux soient terminés et que nous y déménagions, gagnant en confort ce que nous venions de perdre en poésie et en liberté.

Cette cahute, je l'ai revue, il y a une dizaine d'années. Elle était toujours là, quarante ans plus tard, mal en point, abandonnée, servant à ranger de vieux outils rouillés. Lorsque je suis revenu un mois plus tard pour la photographier, on venait de la démolir.

J'y ai passé des moments heureux, au milieu des crassiers de la mine, des anciennes installations où nous jouions à nous cacher, près de la grande cheminée de brique, une de celles qui ont longtemps marqué de leur silhouette le décor stéphanois et dont, aujourd'hui, il ne reste que bien peu d'exemplaires. Nous avions un jour enfermé l'institutrice dans les cabinets extérieurs. A l'époque, c'était, je vous le jure, un signe de grande rébellion.

Mais je m'aperçois que je parle moins de Madame B. que de tout ce qui faisait mon univers d'enfant à ce moment-là. J'évoquerai aussi la grande ferme proche de l'école et sa mare de purin au pied d'un immense tas de fumier que l'on sentait de loin. Moi, j'ai toujours aimé cette odeur. Elle me rappelle elle aussi ma prime enfance, comme la façon de mal faire les jambes des M, qu'elle ne supportait pas chez ses élèves. Que dirait-elle aujourd'hui en voyant mon écriture de chat? Pour elle, si l'on formait mal ses lettres, on était de la graine de voyou.

Madame B. avait ses têtes, comme on disait alors. C'est à dire qu'elle préférait visiblement certains élèves à d'autres. Si vous aviez la chance d'être parmi les heureux élus (comme Yvon par exemple), vous pouviez couler des heures tranquilles dans la quiétude de journées plates. Si en revanche elle vous prenait en grippe (comme elle le fit avec mon frère), il fallait vous préparer à souffrir, à être mal noté, à recevoir punitions et coups de règle. On l'avait surnommé (je ne le sus que plus tard) la "mère très bien". Pou ceux du cénacle, bien entendu. Les autres, les parias, n'avaient droit qu'à son mépris.

Moi, je n'étais ni dans un camp ni dans l'autre. Je passais ma vie à rêver, devant le mot "romarin" quand elle nous apprit la chanson "J'ai descendu dans mon jardin", et à cultiver ma magnaquerie dans le décorticage méticuleux des analyses logiques et grammaticales. Madame B., ne sachant sans doute pas où me classer et considérant que je n'étais en somme qu'un doux dingue à ne pas déranger, me laissa vivre ma vie. Je lui en suis aujourd'hui très reconnaissant, même si, avec le recul, je doute que les méthodes qu'elle employait, même compte tenu de l'époque, soient réellement pédagogiquement à conseiller.

J'appris des années plus tard, lors d'une conversation entre mes parents, que son mari était un grand coureur de jupons et qu'il la trompa une grande partie de sa vie. Je n'ai pas souvenir qu'ils aient eu des enfants. Une femme stricte et injuste, mais qui me laissa rêver, une femme autoritaire et lunatique mais qui sentait bon, une femme à laquelle je m'étais attaché parce qu'elle savait des choses que je ne savais pas, parce qu'elle me guidait, sans que je le sache mais rassuré par la force de sa poigne, sur les chemins du savoir, une femme qui, peut-être, est à l'origine lointaine de ma vocation d'enseignant.

Fin de saison.

Aujourd'hui, j'ai rentré la plupart des plantes, nettoyé les balcons de la cuisine et de la chambre, mis le chauffage dans la maison.

Les pots ont retrouvé leur place d'hiver sur le palier et dans l'escalier. J'espère que la nouvelle personne qui nettoie l'allée les acceptera comme la précédente. Je fais mon maximum pour qu'elles ne gênent pas trop, mais il y a en tant, même si les vieux géraniums de mon père ont disparu cette année.

C'est toujours un moment important pour moi, quelque chose que je ne brade pas, qui m'a occupé aujourd'hui la moitié de la matinée. Je les débarrasse de leurs feuilles mortes, en taille certaines, nettoie les assiettes et les pots, remplis un sac poubelle de tout ce qu'il faut retrancher afin qu'elles passent le meilleur hiver possible.

Le bougainvillier a encore quelques pointillés rose sombre au milieu des épines maintenant apparentes. Les campanules ont cessé de fleurir, de même que le rosier nain. La pervenche s'est étendue et, agrippée aux pots voisins, commençait son marcottage. Plus rien, ni tiges ni fleurs, des grosses clochettes violettes, les jaunes ( dont j'oublie systématiquement le nom. Merci, J., de me le rappeler!) ont aussi disparu mais la plante se porte bien.

Je n'ai pas eu le courage de me débarrasser des chèvrefeuilles qui pourtant végètent depuis deux saisons. J'attendrai de voir si les promesses de la glycine nouvellement plantée sont tenues au printemps prochain. Je n'ai pas non plus coupé la grande hampe de la rose trémière au bout de laquelle reste la dernière fleur couleur thé. Elle, a tenu ses promesses cette année: des mois de floraison ininterrompue, plusieurs fleurs d'abord, puis un exemplaire unique, toujours plus haut. Le laurier rose semble, lui, avoir doublé de volume cette saison. Il faudra bientôt que je le donne pour qu'il soit planté en pleine terre. Mais la région est sans doute trop froide.

Les cactus bouturés chez J. ont pris place dans la cuisine, près du poste de radio et du micro-ondes.. J'ai taillé hardiment certaines misères mais en laisse d'autres coloniser le dessus du réfrigérateur. Au salon, l'orchidée est au repos. Je la surveille souvent mais rien ne se passe en ce moment. Aucune plante dans les chambres et dans mon bureau: économie de déplacement quand il faut arroser tout cela.

Voilà: là aussi tout est en place. L'hiver peut arriver. Mes plantes sont à l'abri. Je n'ai plus dehors que celles qui ont l'habitude d'y rester.

mardi 28 octobre 2008

Annecy: photos aléatoires.

(Enfin presque!)

Ouvrir les yeux sur le monde.

Moi vouloir toi.

Bon d'accord, mais c'est la dernière fois!

On brade?
Cuisses d'anges.

Le plaisir des chiffres.

Enfin des lectures qui m'ont plu et dont je tiens à rendre compte, la première aujourd'hui, l'autre dans quelques jours, pour ne pas lasser.

Vous connaissez ma passion pour la littérature japonaise et pour Yoko Ogawa en particulier. J'aime son style bref et incisif, simple mais précis et l'originalité des thèmes qu'elle aborde.

Dans son roman La Formule préférée du professeur que je viens de terminer, elle se surpasse sur ce dernier point. Un mathématicien âgé dont la carrière très prometteuse a été brisée par un accident de voiture a à son service une aide-ménagère envoyée par une association qui lui en a déjà fourni une dizaine précédemment. Toutes ont été renvoyées. Celle-ci va étudier son employeur et composer avec son handicap majeur: une mémoire qui ne dure pas au-delà de quatre-vingts minutes. Elle va aussi lui présenter son fils de dix ans avec qui il nouera une relation privilégiée d'amitié intense, à base de passion pour le base-ball et surtout de dévotion pour les chiffres et leurs mystères.

Autant le dire tout de suite: je pouvais me passer aisément du versant base-ball. Heureusement quelques pages seulement y sont réellement consacrées, que j'ai lues un peu en diagonale. Mais pour tout le reste, c'est du plaisir à l'état pur. La relation qui s'installe entre ces trois êtres à part, comme les nombres premiers dont il est tant question, le passage toujours subtil du récit au plaisir des chiffres et de leur manipulation, - bien sûr, il faut aimer comme moi les maths et surtout les chiffres pour apprécier pleinement - , la lente progression vers une fin attendue mais pas triste, l'absence totale d'aspect morbide ou pervers dans ces pages en font un véritable régal pour l'esprit. C'est un des rares livres où l'on se sent plus intelligent en le lisant.

- Plus les nombres deviennent grands, plus les nombres premiers sont espacés, si bien que c'est de plus en plus difficile de trouver des nombres premiers jumeaux. On ne sait toujours pas si, de la même manière qu'il y a une infinité de nombres premiers, il existe une infinité de nombres premiers jumeaux, dit le professeur en entourant d'un cercle les nombres premiers jumeaux.
Une autre merveille de l'enseignement du professeur était l'utilisation généreuse qu'il faisait de l'expression ne pas savoir. Ne pas savoir n'était pas honteux, car cela permettait d'aller dans une autre direction à la recherche de la vérité. Et pour lui, enseigner la réalité qu'il y avait là des possibilités intactes était presque aussi important que d'enseigner des théorèmes déjà démontrés.


Yoko Ogawa, La Formule préférée du professeur.
(Trad. de Rose-Marie Makino-Fayolle.)

lundi 27 octobre 2008

Lendemain.

Aujourd'hui, le temps est gris. Ce matin, j'ai profité des dernières lueurs pour reparcourir en courant le même itinéraire jusqu'à l'aire d'autoroute. Il n'y avait personne. La traque est-elle, elle aussi, déjà entrée en "automnage"?

Maintenant, la pluie ne devrait plus tarder. J'ai devant les yeux, en regardant par la fenêtre, l'endroit d'où hier s'élançaient les coureurs pour une animation sportive locale. Étrange contraste. Tout a été démonté, le gros portique gonflable rouge du Conseil Général, les barrières, les bandes bicolores interdisant le passage. Plus rien ne laisse deviner qu'hier il y avait du soleil, des sportifs, des spectateurs et de la musique.

J'ai regretté de ne pouvoir participer à cette course. Émile ne m'ayant pas prévenu, je n'avais pas sur moi de certificat médical. Il y avait différentes épreuves: une marche de six kilomètres, une course de huit, une autre de quinze, plus quelques compétitions pour les plus jeunes. Je suis descendu près du point d'où étaient donnés les départs pour faire quelques photos du public, de l'ambiance et surtout des concurrents dont plusieurs m'ont fait regretter de ne pas être à leur côté dans l'effort et la sueur. L'un d'entre eux, alors que j'essayais d'être discret, a même remarqué que je le photographiais et n'en a paru que très content, passant et repassant devant moi, mine de rien, l'air sérieux mais vérifiant régulièrement que j'étais toujours là.

Quand tous les départs ont été donnés, je me suis rapproché encore et installé contre une barrière métallique qui a failli basculer (oui, J., je suis sans doute "tombé" sur la seule de tout le parcours à ne pas être fixée aux autres). L'homme qui se tenait contre la suivante s'est mis à rire et m'a lancé une remarque sympathique. IL n'en fallut pas plus pour que nous passions presque deux heures ensemble, rejoints au bout d'un moment par sa femme.

C'est un ancien sportif qui a dû arrêter la couse à cause d'une maladie des os et ne peut plus aujourd'hui se défouler que sur un vélo. Bien sûr, nous avons parlé de la course, du plaisir ressenti, des sensations éprouvées pendant ces kilomètres d'épreuve, de tout ce que ceux qui ne courent pas ne peuvent pas comprendre. Pendant ce temps, les plus rapides commençaient à arriver et, à de rares exceptions près, des gens à bout d'efforts, je reconnaissais sur tous ces visages la joie d'être parvenu au bout et le plaisir irradiant tout le corps et l'esprit.

Mon voisin connaissait certains participants et les apostrophait au passage en riant. Plus tard, il me proposa de venir, avec ses amis, boire du vin blanc chez lui, à quelques mètres de là. J'ai hésité puis refusé, pour ne pas gêner et pour ne pas m'imposer de contrainte, à moi qui, ces jours-ci, ne les supportent guère.

Après son départ, je me suis rapproché du "village" pour voir, pour entendre, pour sentir. J'y ai retrouvé un coureur de mon âge avec qui j'avais échangé deux mots avant le départ, un homme sec, à la barbe et aux cheveux courts grisonnants. Il semblait timide et à la fois volontaire pour me parler. Chaque phase semblait le propulser en avant par l'effort qu'il s'imposait pour la prononcer. Devait-il maîtriser une difficulté d'élocution, bégaiement ou autre, avant de s'exprimer à voix haute? J'ai aimé cette discussion gratuite avec un étranger aperçu un instant dans la communion d'une passion et que je ne reverrai probablement jamais.

Aujourd'hui, devant la mairie, on attend les premières gouttes. Tous ces hommes sont rentrés chez eux, ont repris leur travail, le chef-lieu est retombé dans sa morosité et seules les feuilles arrachées par le vent aux branches des arbres donnent encore un peu de mouvement à l'endroit déserté.

dimanche 26 octobre 2008

Quitter Annecy.

(Hier, samedi) Après mon au revoir à Giovanni, je remonte rapidement au parking du château. Dans cette Côte Perrière, Stéphane m'avait frictionné le dos, au sortir d'un restaurant, alors que j'y grelottais, transpercé comme souvent par le froid. Stéphane, le neveu de Pierre, notre "fils", dont j'ai bien peu de nouvelles maintenant. Je passe devant son immeuble. J'avais décidé de ne pas l'appeler. Je le fais tout de même. Il n'y a personne. J'en suis presque heureux. Cette journée restera à moi, à moi tout seul.

Tous seul? Non. Je n'ai pas cessé de pense à J., à notre sortie de samedi dernier à Trévoux, Villefranche et Ars, à notre passion commune pour ces visites et les photos que nous en ramenons. Dans les rues, dans les églises, j'ai des yeux pour deux. Je me dis: je prends ce détail en photo, lui avec son appareil aurait pu prendre ça. Voilà ce que nous aurions dit, ce que nous aurions fait. Peut-être dans ce passage un peu plus sombre aurions-nous échangé un petit bisou, peut-être lui aurais-je massé la nuque ici, peut-être m'aurait-il averti d'une marche ou d'un tottoir là. J'aurais aimé qu'il soit avec moi, tant la ville était belle aujourd'hui.

Dernier arrêt dans ma visite: l'église de la Visitation, plus haut sur la colline, déjà en dehors de la cité. Pas très belle, elle domine le paysage, face aux montagnes, comme Fourvière à Lyon, et en est un des symboles les plus connus. Consacrée à St François de Sales, elle est pour beaucoup, largement plus célèbre pour son parking et ses environs où, de jour comme de nuit, se croisent et se recroisent, se rencontrent et se séparent des hommes en quête de sensations et de plaisirs érotiques.

C'est le cas cet après-midi. Au milieu de quelques pèlerins, je repère vite les silhouettes des errants. J'en suis même un jusqu'à un bosquet dominant des jardins potagers au dessus de la vieille ville. Mais ses nombreux piercings me refroidissent vite, et la fatigue aussi (une heure de course à pied et deux heures de balade).

En rentrant, je passe tout près de la ferme de Georges, de la maison de Josiane. Cette route, cette région sont piégées pour moi. Elles me tirent en arrière. Je leur tourne le dos ce soir, heureux de mon errance, heureux de mes photos, heureux de ma rencontre avec Giovanni, heureux d'avoir fait un pied de nez au passé. Peut-être sais-je maintenant mieux me battre contre la nostalgie.

Le soir, j'en veux encore. La journée a été trop bonne pour ne pas la prolonger. La nuit sera plus longue d'une heure, profitons-en. Je propose à Émile de l'inviter au restaurant. Proposition acceptée tout de suite. Nous irons à St Félix, sur la route d'Annecy. Un restaurant, Le Pot au feu, tenu par un couple qu'Émile connait.

Il y a du monde dans cette salle spacieuse mais sans prétention. Et le repas est excellent: salade landaise avec gésiers, tête de veau sauce gribiche, fromage sec (reblochon, tome et Beaufort, je goûte à tout) et délicieuse tarte aux poires et chocolat. Tout près de là, dans un autre restaurant de l'autre côté de la route, il y a environ trente ans, la patronne avait renversé une tasse de café sur mon pantalon blanc serré, alors que nous y déjeunions avec Pierre, et m'avait vertement tancé comme si j'étais responsable de l'incident. A l'époque, je portais des pantalons blancs serrés!

Voilà de quoi a été remplie cette journée: de souvenirs, de joies, de retrouvailles, de tendresse, de découvertes, entrelacs compliqué, tissage serré de sensations et de pensées, de désirs et de refoulements, de passé et de présent. Journée pleine, et heureuse, surtout, heureuse, parce que tout est en ordre

Natacha et Giovanni.

(Hier, samedi)
Étrange après-midi dans la cité "lacustre". Je suis un peu anxieux. Je m'y retrouve seul pour la première fois depuis la mort de Pierre. IL y a vécu de nombreuses années en famille, j'ai fréquenté la ville, où habitaient ses parents, deux de ses frères et sœurs. Aujourd'hui, il y a aussi un neveu et une nièce. Je trouve à me garer près du château, en surplomb de la vieille ville. Muriel habite là, dans une des montées. Je suis devant son immeuble. Pas de signe de vie à ses fenêtres. Cela me libère. Je tiens à être seul pour ces retrouvailles. Je suis venu à Annecy des centaines de fois, je n'ai jamais pris une seule photo. Je me sens chez moi et, en même temps, incroyablement étranger, touriste comme un autre, un peu intimidé, comme devant une amie que l'on retrouve après de nombreuses années.

En arrivant au bas de la Côte du Château, je découvre les rues de la vieille ville encombrées de vieilleries de vide-grenier et de badauds persuadés de pouvoir dénicher la bonne affaire. J'aurais peut-être préféré le calme mais j'aime bien aussi cette ambiance de braderie. Flânerie dans ces rues si souvent empruntées avec Pierre, dans une autre vie. J'ai toujours l'impression que je vais rencontrer quelqu'un de connaissance. Je l'espère et je le redoute. A chaque square équipé de jeux d'enfants, je regarde si je n'aperçois pas Léo, jusqu'à ce que je pense que Léo a aujourd'hui onze ans, qu'il ne fréquente plus les bacs à sable et que je suis, décidément, devenu un vieux con.

Mais je ne veux plus de la nostalgie et le hasard, encore une fois, m'aide en ce sens. Après un petit tour des églises de la vieille ville, la Cathédrale, St Maurice et St François de Sales, je prends la direction du lac par le quai au bord du canal du Thiou. Tout au bout, côté lac, le vide-grenier laisse la place à une exposition d'œuvres "artistiques", pour la plupart malheureusement déjà vues des centaines de fois, tape à l'œil ou franchement laides. Et là, au milieu de ce fatras, je vois une statue de bronze, une silhouette de femme arquée, que je reconnais tout de suite.

Je l'ai déjà rencontrée il y a quelques mois à l'Orangerie du parc de la Tête d'Or. J'en avais parlé ici, tant ces œuvres m'avaient plu, en particulier les couples, assis et debout. J'avais pris les coordonnées des auteurs: Natacha et Giovanni, de Attignat-Oncins, près de Pont de Beauvoisin, en Savoie. Et aujourd'hui, contrairement à l'autre fois, un homme est là, devant les œuvres: Giovanni sans doute, grand homme aux cheveux qui commencent à grisonner, occupé à bavarder avec un couple.

J'ai envie de l'aborder, tant je suis content de revoir ces statues comme ça, par hasard, alors que je ne m'y attendais pas. Mais la conversation avec le couple dure. Je note au passage l'accent méridional de Giovanni et je poursuis mon chemin jusqu'au lac, bien décidé à repasser au retour.

Le lac est splendide. J'évite au possible les coins les plus fréquentés. Quelques photos plus tard, je reviens par le parc de l'Hôtel de Ville et, de loin, voit Givanni seul. Vite, le dialogue s'engage. Je lui dis mon admiration pour ce qu'ils font, lui et Natacha, lui précise l'avoir découvert à Lyon, à la Tête d'Or. Et là, surprise, autre hasard encore plus fort, il me regarde et me répond:
" C'est vous qui parlez de nous dans votre blog. Vous y parlez aussi de latex!"
Pas de doute c'est bien moi. J'avais écrit être entré sans l'avoir prémédité, dans la tenue du moment, c'est à dire celle de ma course à pied.

Ainsi combien de hasards sur cette rencontre: celui de venir à Annecy le dernier samedi du mois, jour du vide-grenier, celui de passer par le bon quai, le hasard de reconnaitre la statuette, le hasard du passage des deux artistes sur mon blog. Cela nous met l'un et l'autre de bonne humeur et nous bavardons longuement, du devenir des œuvres que j'avais admirées à Lyon, toutes vendues depuis à l'exception de celle présente aujourd'hui, du prix du Lions Club qu'ils ont gagné, de l'éparpillement de ces œuvres jusqu'à Atlanta, des origines de Giovani, sarde d'Alghero, ville de la côte ouest où je suis allé il y a de nombreuses années avec Pierre, de la langue italienne, de la langue sarde, de sa femme, professeur d'anglais.

Il faut arrêter: mon ticket de parking arrive à expiration. J'ai pris, avec sa permission quelques photos de ces bronzes qui me plaisent tant (permission qui m'avait été refusée à Lyon) et lui ai dit que je reparlerai d'eux dans mon blog. Les photos, en revanche devront attendre mon retour à Lyon.

Alors, je vous le redis, Natacha, que je ne connais pas, et Giovanni, j'aime énormément ce que vous produisez, ce qui s'en dégage, mélange de mouvement aérien et d'encrage dans la terre, de tendresse et de sensualité émanant d'une matière presque brute. J'aimerais vous rencontrer encore, prendre le temps de parler sans contrainte, de vous connaître davantage pour entrer un peu plus dans votre univers artistique. Si vous me lisez, n'hésitez pas à vous manifester dans les commentaires, et, si vous passez par Lyon, faites-le moi savoir, si cela vous convient, naturellement.

Partir, courir.

(Écrit hier soir, retour du restaurant)
Hier, vendredi, joie sur l'autoroute. Pas d'anxiété cette fois de quitter mon appartement. Je me suis senti libre sur cette route, libéré, léger: je partais, seul, pour mon seul plaisir. Le soleil était là. La musique dans la voiture accompagnait la vitesse. Je me suis arrêté souvent, sur les aires de cet autoroute, pour prendre des photos. Frédéric Lodéon passait les ouvertures de Rossini. Bon rythme pour rouler, joie au diapason de ces beaux paysages d'automne. Émile était occupé à mon arrivée. J'ai continué mon rodéo photos dans le cimetière, dans le jardin, dans le village. J'ai dormi, bien, j'ai lu. Demain, j'irai courir.

Ce matin, le ciel est bas. On sent la lumière pas loin, mais la brume persiste un peu partout. Il fait plutôt frais. Je m'habille et part pour mon trajet habituel. En route, un seul autre coureur croisé. Bonjour, sourire. Même physique de grand filiforme. Il y a des familles, comme ça. La campagne est triste sous cette brume, la route coincée entre deux haies de maïs. Peu de voitures, trop tôt, toutes avec remorques remplies de bois de chauffage, de produits de la terre ou de matériel de bricolage. Atmosphère triste mais vivifiante. L'air frais me plait quand je cours. A St Girod, je quitte la route pour emprunter le chemin longeant l'autoroute jusqu'à l'aire de repos. Pas de voyageurs "clandestins", des familles et un van de jeunes, le coffre bourré de packs de bière.
Je pensais revenir par un autre chemin, plus à travers champs mais la présence de nombreux chasseurs m'en dissuade. D'ici à ce qu'on me prenne pour un chevreuil! Je reviens donc par la route, pendant que le soleil apparaît. Malgré une petite douleur derrière le genou, je suis de mieux en mieux. Je vais plus vite la foulée s'allonge et, joie, je suis au retour, dans le sens de la montée. Une bonne douche, un bon repas et c'est reparti pour d'autres activités. Émile a une inauguration officielle. Je fais encore bande à part et décide de passer l'après-midi à Annecy

vendredi 24 octobre 2008

Vacances.

Dans une heure environ, le temps de finir sa valise, Calyste va se mettre au vert, ressourcer un peu son cerveau, détendre ses muscles, fermer plus longtemps ses paupières, s'endormir dans un fauteuil le nez sur un livre, mettre les pieds sous la table, manger des légumes du jardin, admirer les couleurs d'automne à la campagne, gratouiller un peu la terre. Bref, vivre!
A plus tard, ou à bientôt, c'est selon. Bises à tous.

jeudi 23 octobre 2008

L'autre.

Qu'est-ce qui a vraiment changé chez les élèves depuis que j'enseigne? C'est la question que je me posais ce matin pendant que je surveillais un contrôle. Et j'ai eu une réponse presque immédiate. Une élève, bonne élève, n'a pas cessé de me poser des questions: quatre en dix minutes, auxquelles je n'ai pas répondu. Une fois les consignes données et clairement expliquées, je ne réponds plus.

Ce qui a changé, c'est le point de vue de l'élève. Autrefois élément d'une classe, d'un ensemble plus ou moins glorieux, plus ou moins reconnu par les classes voisines, d'une "fratrie" qu'il avait à cœur de défendre et de faire rayonner, l'élève d'aujourd'hui n'a nullement conscience d'appartenir à un groupe. Il est là en tant qu'individu, apportant avec lui ses problèmes personnels, familiaux ou relationnels, il entend bien conserver ce statut d'entité particulière et pour lui primordiale.

Donc à la moindre question, au moindre doute, il est évident que l'adulte en face va s'arrêter dans ce qu'il disait et répondre à ses angoisses, éclairer sa lanterne, en priorité, en abandonnant le troupeau des autres. Hélas, c'est peut-être bon dans la Parabole de l'Enfant Prodigue, pas dans l'enseignement. On voit où mène cet état d'esprit quand il s'agit de les faire travailler en groupe. Certains refusent, d'autres accaparent la parole, d'autres, qui ne peuvent l'obtenir pour eux seuls, s'effondrent en larmes (je parle ici des sixièmes).

Le plus gros travail de l'enseignant aujourd'hui, mise à part la transmission d'un savoir spécifique à sa matière, est cet apprentissage de la socialisation, du savoir vivre ensemble, du respect de l'autre dans sa différence, de la reconnaissance de cet autre dans son altérité: il n'est pas moi, mais c'est un autre moi-même que je dois respecter si je me respecte.

Et qu'on ne me parle pas de baisse des niveaux. Platon en parlait déjà à son époque: depuis le temps, on doit commencer à racler le fond! Non, l'essentiel, pour moi, c'est de leur apprendre à vivre à côté du semblable et différent.

Science étonnante

Découverte par hasard en passant hier, cette exposition scientifique surprenante, aux photos souvent magnifiques, représentant aussi bien un oeil ou un poil de mouche qu'un gorgonocéphale ou autre réalité inconnue. Je n'avais pas le temps, je n'ai pas approfondi. Je compte bien retourner y faire un tour. Les panneaux sont accrochés aux grilles tout autour de la Préfecture.







mercredi 22 octobre 2008

Les acacias.

Ils étaient tout au sommet de la côte, à la fourche de la route, là où la partie haute monte à l'assaut des Voirons alors que l'autre redescend vers le village. Un endroit préservé, sans maisons, rien que des prés jalonnés de vieux pommiers recouverts de gui. Les talus étaient consolidés parfois de murs de pierres sèches, magnifique ajustement de blocs taillés et assemblés autrefois. De l'eau coulait toujours dans le fossé et rouissait les pommes acides qui tombaient des arbres les plus proches.

De là, la nuit, on apercevait les feux de Thonon et, plus loin, de l'autre côté, ceux de Lausanne. A l'extrémité opposée, Genève dans un halo plus clair. En face, la colline de Balaison était obscure, effrayante et rassurante à la fois.

C'était le but ultime de ma promenade du soir, avec le chien, lorsque, vieux, il ne pouvait guère en faire davantage. Nous montions lentement jusqu'à ces deux arbres sans doute centenaires, un pèlerinage connu de l'un et de l'autre. Mais si, les premières années, il s'enfuyait dans le noir des prés et des chemins pour courir après la trace odorante d'un quelconque gibier, s'il fallait alors le rappeler plusieurs fois et attendre son bon vouloir, vers la fin il ne me quittait plus guère, tout apeuré si je détachais la laisse, se tapissant encore davantage contre mon genou.

C'est moi peut-être qui humais, le plus des deux, les parfums de la nuit, herbes coupées, pommes pourrissantes ou cette enivrante et écœurante odeur des feuilles de peupliers en décomposition. L'hiver, il fallait que j'insiste, que je lui parle, pour qu'il accepte de finir l'itinéraire. Quand nous arrivions en haut, la même chose se produisait chaque fois: alors que nous pénétrions à l'abri de leurs branches, ces acacias nous enveloppaient d'une atmosphère plus douce, plus chaude. Physiquement plus chaude, comme un microclimat de quelques mètres carrés. Je n'ai jamais compris ce phénomène, puisque le site, vu son emplacement, aurait dû être davantage venté que la route plus bas.

Un jour, ils ont coupés ces deux arbres. Pour en faire du bois? Pour dégager la vue sur la route? La chaleur a disparu. Mais ça n'a pas d'importance: mon chien est mort et je ne retourne jamais dans le Chablais. J'aimais pourtant, avant de rentrer, pisser dans la nuit, face aux lumières des villes et du ciel, face à la Grande Ourse.

Rêve

J'ai fait, il y a quelques jours, ou plutôt nuits, un rêve étrange qui m'a réveillé en sursaut et fait battre violemment le cœur pendant un long moment après mon réveil.

Il faisait beau. J'étais dans une grande maison au milieu d'un parc, un peu comme celle de Marie-Claire, mais elle était habitée par J. et sa famille. Ce jour-là, il était là, bien que je ne le voie pas, avec sa femme. J'avais été invité avec Pierre.

Au début du rêve, nous décidons de partir faire ensemble une promenade. Comme je suis déjà prêt, je laisse les autres aller s'équiper convenablement. J'attends, j'attends, des minutes interminables. Personne ne revient. La colère monte peu à peu. Excédé, je finis par quitter la pièce pour me retrouver à l'extérieur, dans le parc.

Maintenant, on y a installé des barrières métalliques, comme pour une compétition sportive, mais ce sont des vaches qui passent alors, tout un troupeau, passablement énervées. Je continue à avancer dans le parc et je vois bientôt G., la femme de J., et Pierre, bras dessus, bras dessous, en train de deviser joyeusement. J., lui, n'est nulle part. Alors ma colère explose. J'ai l'impression de n'exister pour personne, de n'avoir aucun intérêt, de n'être que spectateur de la vie. Et c'est à ce moment-là que les battements violents de mon cœur me réveillent.

Je ne suis pas spécialiste de l'interprétation des songes et, en plus, cela ne m'intéresse guère. Simplement, je n'aime pas ce malaise qui subsiste dans notre corps ou notre esprit après ces cauchemars. Pourtant, je préfère ça à cette sorte de trou noir qu'ont été mes nuits pendant les trois années écoulées.

Mise à jour.

Pour ceux qui suivent: toujours pas de mousse à raser Casino, mais j'ai retrouvé le pain d'épices pomme cannelle. Je préfère ça à l'inverse!

mardi 21 octobre 2008

BTP.

Un mot de l'archéologue invité ce matin par S. et moi au collège pour qu'il présente son métier aux élèves de sixième. En nous regardant bien dans les yeux tous les deux, il a, à un moment, lancé: "Nous sommes du même bâtiment!" et s'est mis à sourire.

Sans doute, monsieur l'archéologue, sans doute. Mais peut-être pas du même étage!

(Pour mieux comprendre, allez lire Tef.)

Economie de carburant.

A Ars, Jeanne d'Arc se concentre

et elle décolle!

Simplicité et ostentation.

Lorsque J. m'a proposé de finir notre périple dans le petit village d'Ars-sur-Formans, j'ai eu un instant d'hésitation.

J'ai pensé immédiatement à cette responsable de la catéchèse qui sévit dans notre collège depuis quelques années et qui est en train d'éloigner un à un les élèves de la formation religieuse par son acidité et sa froideur. Cette femme emmène chaque début d'année les élèves de sixième à Ars. Lorsque j'ai voulu savoir pourquoi elle avait choisi ce site un peu marqué aujourd'hui par son séminaire disons traditionnaliste, elle n'a rien trouvé d'autre à me répondre que la proximité avec Lyon. Lorsque j'ai évoqué Tamier ou d'autres sites presque aussi proches et ne présentant pas l'inconvénient précédent, elle s'est mise en colère. On ne peut pas discuter avec elle.

Mais J. ne lui ressemble vraiment pas, Dieu merci, et finalement j'étais assez content de revoir le village où je n'avais pas mis les pieds depuis des dizaines d'années. En cours de route, nous avons croisé, à un giratoire, une voiture remplie de quatre jeunes qui a pris le virage à une telle vitesse que j'ai cru un moment qu'elle allait se renverser, ou les pneus éclater, ou finir dans les champs. Des candidats à la mort, pour s'épater eux-mêmes sans doute, et oublier le A qui ornait leur vitre arrière.

Ars était bien tel que dans mon souvenir: la basilique supérieure, accolée à la vieille église et la crypte souterraine toute de béton brut. A l'accueil une dominicaine, des pèlerins bien sûr mais en quantité supportable, pas de cars entiers déversant leur contenu, des gens de nationalités différentes, recueillis, sincères. Il se dégageait de tout cela une forme vraie de spiritualité.

J'ai retrouvé avec plaisir la maison du saint curé, sa simplicité et sa pauvreté, et j'ai raconté à J. une anecdote de mon enfance: après avoir vu à la télévision un film consacré à Jean-Marie Vianney, où la présence du Grappin (ainsi le curé appelait-il le Malin) transpirait à chaque plan, en particulier dans l'épisode de la charrette bloquée sur le chemin, j'ai couché chez ma tante , dans un Voltaire déplié (je ne devais donc vraiment pas être vieux!), face à une armoire dont le bois travaillait et ne cessait de grincer. Pour moi, le Diable était là et je n'avais pu dormir. Une de mes plus grandes frayeurs enfantines.

Alors que nous étions dans le jardin, nous avons entendu la sirène d'alarme des pompiers. Deux coups: un accident. Nous avons tous les deux pensé à ces quatre jeunes vus peu auparavant dans le bolide sur le giratoire. Leur chemin s'était-il arrêté là, sur le bord de la route, dans cette belle lumière d'automne?

Nous sommes descendus un instant dans la pénombre de la crypte de béton, vide. J'y ai prié, parce que je m'y sentais bien, environné de chants grégoriens.

En remontant à la lumière, nous avons croisé un groupe de scouts accompagnés d'un prêtre en soutane qui se mit à les confesser un à un sur les marches d'accès à la basilique. Cela nous permit, à J. et à moi, de les observer à loisir et même de tirer quelques photos indiscrètes. Mais, en repartant, ce sont les fleurs du bord de la rue que nous avons préférées, ainsi que le regard chaud et insistant du jeune conducteur d'engin sur la place où nous étions garés. Inutiles d'essayer de nous refaire!

La rentrée sur Lyon se fit en échangeant encore. Je vous l'ai déjà dit: avec J., nous ne nous ennuyons jamais! Je l'ai quitté près de chez moi, enfourchant un rouge vélov', et, alors qu'il s'éloignait après un dernier petit signe de la main, je ne l'entendais plus mais j'ai imaginé qu'il sifflotait. Et j'ai fait, moi, de même en hommage à cette belle journée.

lundi 20 octobre 2008

Ironie du sort.

Sœur Emmanuelle est morte. Elle, la mère des pauvres, en pleine crise boursière. Léo Ferré, l'anarchiste, était parti un 14 Juillet. Ironie du sort ou signe d'évidence.
Yalla, ma sœur.

Y a du monde à la sous-préfecture.

Si vous en avez assez, vous trouverez bien une série américaine à la télé! Sinon, en route pour les nouvelles aventures de nos deux joyeux blog-trotters ou globe-trotters, comme vous voudrez!

L'après-midi, après un rapide tour de ville d'Anse ( mention spéciale au jeune homme en treillis qui retirait de l'argent à une billetterie et qui, lui aussi, nous montra ses oreilles dénudées), nous sommes descendus à Villefranche, principalement pour visiter l'église Notre-Dame-des-Marais qui borde la nationale en pleine ville.

Villefranche semble être une bourgade très animée, en tout cas le samedi. Bien sûr, c'est la sous-préfecture, mais j'en connais d'autres mortelles! Ici, la grand-rue centrale grouille littéralement de monde. Une foule bigarrée, cosmopolite, très jeune et qui donc se la "pète" un peu parfois (ah! les démarches chaloupées de certains loulous!).

Il faisait très chaud au soleil lorsque nous avons arpenté cette rue principale, en fouinant dans les cours et les traboules, à la recherche de clichés inédits. Pour ma part, j'ai finalement renoncé à photographier mon Xième escalier en colimaçon. Bien qu'assez abondamment fournie en belles maisons Renaissance, Villefranche n'a sans doute pas les moyens de Lyon, sa grande voisine, pour les mettre en valeur, ou simplement les rénover quand il en est pourtant grand temps. Mais c'est une ville qui m'a semblé agréable, bien que nous n'en ayons pas fait le tour complet, la fatigue commençant à se faire sentir.

Notre-Dame-des-Marais, que je prenais pour une cathédrale, en a l'élancement de sa nef centrale, magnifiquement lumineuse car dépourvue de vitraux colorés (sans doute suite aux dommages causés par la dernière guerre?). En logeant cette église sur la droite, par le passage de la Manécanterie, on aboutit à une belle place nouvellement rénovée, dont j'ai malheureusement oublié le nom, ornée en son centre par une agréable fontaine et traversée à une extrémité par le Morgon, la rivière presqu'entièrement couverte et ici apparente qui traverse Villefranche et qui obligea à construire l'église sur pilotis. Vous me connaissez, j'ai bien regardé: elle n'est pas rouge!

C'est l'endroit de la ville où l'on se sent bien. D'ailleurs, deux amoureux s'étaient installés sur un banc, deux jeunes gens mignons tout plein que J., avec son zoom beaucoup plus puissant que le mien, a immortalisés dans un cliché très réussi. Je suis vert de jalousie!!! Pour pouvoir ainsi saisir des visages dans leur vérité, leur humanité, je vais changer d'appareil, sans doute pendant ces vacances de Toussaint.

J'oublie sûrement des tas de choses, je ne mentionne pas tous les visages, les silhouettes dans la rue, sur lesquelles nous nous sommes retournés, ou aux fenêtres, quand nous avons levé les yeux. Le plaisir n'était pas que dans les vieilles pierres. J'espère que J., lui aussi, écrira un billet sur ce moment de la journée.
Nous avons ensuite quitté Villefranche pour non pas les petits villages fortifiés proposés au départ, mais, sur une idée de J., pour Ars, village du saint curé.

(à suivre...)

Chez Ginette, à Anse.

(Pyramides, face à l'église d'Anse)

Après avoir constaté que le restaurant que connaissait J. en bord de Saône était en travaux et de en plus relativement onéreux, nous avons poussé la Kangoo jusqu'à Anse, castrum romain près d'un gué sur la rivière qui joua un grand rôle lors de l'avancée de César à la conquête de la Gaule. Coup d'oeil par ci, jetée de paupières par là: rien ne nous enchantait. Soit le menu ne nous convenait pas (des concombres!), soit c'était le cadre qui s'apparentait davantage à une chambre froide pour grands quartiers de boeufs à détailler.

Un instant, nous avons l'un et l'autre rêvé d'être invités par un monsieur plein de charme qui garait sa voiture en nous regardant, intrigué. Pour le rassurer (hum,hum!), je lui ai lancé un joyeux bonjour assorti d'un sourire des grands jours. Il m'a rendu tout ceci mais n'en a pas moins disparu chez lui avec son charme et ses gâteaux.

Finalement, c'est Ginette qui eut la préférence. Plusieurs raisons à cela: un commercial, ma foi croquable, qui en sortait et aurait eu du mal à passer pour un tombeur de dames, un menu appétissant et dans nos prix et enfin une tablée de pompiers, une quinzaine de mâles accompagnés d'une seule femme, qui mettaient joyeuse ambiance. L'intérieur comportait une salle de café assez spacieuse et une de restaurant plus petite où l'on nous installa, coincés tout contre les pompiers.

Bon, d'accord, je vais préciser tout de suite, car je sens que vous êtes fébriles et que vous allez m'insulter si je vous parle d'abord du menu. Aucun de ses vigiles du feu ne pouvait réellement nous embraser, J. et moi: des hommes de tous âges mais au physique assez banal, sauf le regard de l'un d'eux que j'avais la chance de bien voir de ma place.

De l'autre côté d'une petite murette intérieure rouge vif ne tardèrent pas à arriver cinq hommes avec dossiers immobiliers en main, dessins de géomètres, plans divers, photos des travaux et, accaparés par leur discussion technique, ils ne remarquèrent pas que tous les deux, nous n'avions d'yeux que pour ceux du plus jeune, de magnifiques yeux verts ombrés de longs cils recourbés. J. et moi étions d'accord: de loin le plus beau spécimen de la race masculine dans la salle.

Quoique, quoique... J'avais aussi dans ma ligne de mire un autre homme, un ouvrier accoudé au bar, dont le torse sous sa polaire semblait promettre de bien beaux voyages entre monts et forêts, dont les yeux clairs étaient brillants et rieurs et dont les oreilles, ah! les oreilles, me firent un effet à peu près similaire à celles de Cary Grant dans La Mort aux Trousses: des oreilles que l'on a immédiatement envie de toucher, d'embrasser, de lécher, de contourner avec la langue, de mordiller, d'explorer.... des oreilles un peu décollées comme je les aime chez des gens aux cheveux courts (non, ce n'est pas du nombrilisme, je n'ai jamais fantasmé sur mes propres oreilles!). J. n'a pas pu en profiter et me donner son avis car "il bello" est sorti par une autre porte au fond du café.

Alors, le menu? D'abord un buffet de salades et crudités typiquement lyonnaises, abondant et excellent, qui faillit me couper l'appétit pour la suite. En plat de résistance, nous avions le choix entre navarin d'agneau et chili con carne, que la petite employée s'obstinait à prononcer chili con cornée, m'évoquant immédiatement des orbites globulaires à la place des gros haricots secs. En bons camarades, nous avons décidé de partager les deux, et les deux étaient excellents comme le fromage blanc nature et la part de gâteau à la noix de coco accompagné d'une boule de vanille qui terminèrent avec un café ce repas simple mais bon et généreux.

Bonne et généreuse, elle l'était aussi sans doute, Ginette, l'agréable grand-mère qui tenait ce restaurant, aidée par sa belle-fille aux fourneaux, que nous eûmes aussi le bonheur de voir dans la salle. Deux femmes du peuple,on dirait "deux mères" à Lyon, qui nourrissent les autres dans la joie et la simplicité, sans "en faire un plat", et qui seraient sans doute toutes surprises si on leur disait qu'elles font un des métiers les plus respectables du monde.

Quand nous sommes ressortis, il faisait froid mais le soleil avait définitivement gagné la partie, dans le ciel et aussi à l'intérieur. Nous venions de partager un bon repas, échangeant sur tout et n'importe quoi, nous coupant la parole, revenant au premier sujet, dans un grand bien-être. Si vous voulez connaître ça, allez Chez Ginette, à Anse, sur la N6. En descendant du nord, c'est le dernier restaurant à droite avant le pont. Bon appétit!
PS: pour confirmation du plaisir ressenti, allez voir chez Jahovil. Lui aussi a parlé de Ginette! En plus, il y a des photos!

(à suivre...)

dimanche 19 octobre 2008

Journée détente.

Samedi, c'était balade, toute la journée avec J. Occasion rare, d'autant plus appréciée.
9h30 chez moi. Un petit café pour démarrer, il paraît que je le fais bon. Dehors, il fait frisquet mais la journée s'annonce ensoleillée. Peut-être aurons-nous le même temps que l'an dernier, lors de notre escapade en Bourgogne.

Après avoir assisté au tournage d'une scène de cinéma ou de téléfilm au pont de la Guillotière, nous prenons la direction du nord, par le Val de Saône. J. se laisse conduire et commence à mitrailler le paysage qui sort à peine des brumes matinales. Sur la rivière, de nombreuses embarcations: l'aviron s'y pratique et compte beaucoup de clubs le long des berges. C'est pour moi l'occasion d'apprendre que J. s'y est essayé il y a de nombreuses années. Ce J.! Toujours à ménager des surprises!


Nous sommes tous les deux d'excellente humeur. La journée s'annonce bien. J'avais proposé la visite de Trévoux puis celle de Villefranche et de quelques petits villages fortifiés en redescendant sur Lyon. Nous nous garons au pied des terrasses de l'ancienne capitale de la Dombes et commençons la visite par les bords de Saône. Là encore, j'apprends un petit bout inédit de l'enfance de J. J'aime bien ces échappées sur le passé de quelqu'un auquel je tiens, comme de minuscules morceaux d'un puzzle qui ne sera jamais complet.

Sur le pont enjambant la Saône, belle vue sur un sportif local, arrêté dans son effort par son portable intempestif. A la maison du tourisme, sur le quai, nous avons la chance d'être accueilli par un jeune homme à la fois charmant et compétant qui (pourquoi?) se met peu à peu à rougir au cours de l'entretien. Peut-être a-t-il senti tous les non-dits de la situation.

Un coup d'œil sur la tour à lanternon de l'hôpital fondé par la Grande Mademoiselle en 1686 et nous commençons à grimper dans les rues en pente des vieux quartiers. La ville possède un certain nombre de bâtiments intéressants, hélas pas tous très bien entretenus. Le nom des rues rappellent souvent leur rôle économique d'autrefois, même si la rue Juiverie s'appelle aujourd'hui rue de l'Hôpital. Un peu plus loin sur la terrasse où s'étage la ville, nous côtoyons de nombreux hôtels particuliers, de Beauséjour, de Messimy, de Fontbleins, la place de la Terrasse, celle de l'église où se tient le marché de fin de semaine, des rues pittoresques, comme la rue Casse-Cou qui mérite bien son nom.

L'église où, me semble-t-il, le curé d'Ars a un moment officié, ne présente guère d'intérêt artistique. Nous n'entrerons pas non plus dans l'Hôtel du Gouvernement ni dans le parlement de Dombes. Tous ces monuments ne semblent pas accueillir de visiteurs. Un coup d'œil lointain au château-fort qui domine l'ensemble, mais nous n'aurons pas le courage de monter jusque là-haut. Il est plus de midi. Les rues se vident à une allure impressionnante. Il faut songer à déjeuner, si nous ne voulons pas rester affamés: nous ne sommes pas à Lyon, ici!

(a suivre ...)

Une soirée conviviale.

Le repas d'hier soir, maintenant. Je n'avais plus envie d'y aller au moment de partir. Et cela s'est accentué par la suite lorsque j'ai compris que le mari de Marie-Claire serait sans doute présent. Marie-Claire, une ancienne collègue, a épousé un homme qui a du mal à passer, tant parfois il impose son personnage de voyageur de commerce qui a réussi. Nous avons pris la route avec Kikou dans la campagne du sud de l'Isère à la recherche de cette "petite ferme retapée" qui s'est avérée être une magnifique demeure restaurée avec beaucoup de goût et sans doute autant d'argent.

Après la visite des lieux, 280 mètres carrés de tableaux choisis et de beaux meubles, nous avons regagné le salon pour le champagne puis le repas. Un régal: saumon sauvage mariné à l'aneth, ris de veau, poisson (que je n'ai pas reconnu) accompagné de chou vert, vins blanc et rouge, un Saint-Joseph à se mettre à genoux, et mousse au chocolat dont j'ai repris quatre fois tant elle était légère!

Le champagne a sans doute fait rapidement son effet car j'ai vite oublié mon a priori sur le monsieur. Je crois bien d'ailleurs que souvent dans la soirée je l'ai oublié lui-même. Pourtant, hier soir, il m'a paru supportable et même intéressant lorsqu'il évoquait son ancien travail. Bien sûr, j'étais autrement intéressé par les retrouvailles entre Marie-Claire et Kikou, qui ne s'étaient pas vues depuis des années. Les sujets de discussions ont fusé, enjoués, passionnés, amicaux, comme si nous nous étions quittés la veille.

Quand j'ai prévenu Kikou qu'il commençait à se faire tard, il était minuit. Nous somme partis à 1h30. La mousse avait beau être légère, je me sentais lourd de chocolat et de vapeurs d'alcool, dont j'ai perdu l'habitude. Au lit à 2h15. J'ai à peine entrouvert mon livre, et ce matin, c'est Kikou qui m'a réveillé à 9 heures en m'appelant depuis le couloir.

Je dors toujours bien chez elle. En ouvrant les volets, j'avais devant les yeux les collines de vignes dorées et, sur la droite, un peu caché par la brume, les premières pentes du mont Pilat. L'air acide et frais comme une pomme m'a tout de suite mis de bonne humeur.

Plaisirs simples.

Il y a des jours où l'on n'a presque rien à dire, d'autres où les notations affluent, serrées comme la grêle en mars. C'est le cas ce soir. Entre une bonne journée dehors avec J., une soirée entre amis autour d'un excellent repas, et une scène matinale touchante, par quoi vais-je commencer?

Par le plus rapidement évocable. La scène date de ce matin. J'ai dormi chez Kikou, à la campagne. Couché tard, j'ai émergé vers 9 heures, pris avec elle mon petit déjeuner et fait comme les autres fois un petit tour du propriétaire. Cette fois-ci étaient là aussi son mari et son fils cadet, malade du sida et en trithérapie depuis de nombreuses années. Après quelques déboires quant à l'heure et au lieu de rendez-vous, nous avons fini par nous retrouver hier soir devant mon immeuble pour que je le redescende dans la vallée du Rhône. J'ai d'ailleurs, alors que je le craignais vraiment, beaucoup apprécié ce voyage avec lui, qui pourtant d'ordinaire n'est pas très loquace: il m'a parlé de lui, de ses rapports avec sa mère et son beau-père, de sa maladie, de sa vie.
Ce matin, j'ai pris Kikou par le bras et nous avons marché un peu dans les vignes rousses. Son fils regardait une vieille maison de pierres au fond du jardin, heureux du soleil du matin. Ce squelette debout appréciait la caresse chaude. Georges, le mari, était juché sur un escabeau pour tenter d'attraper sur le figuier de la voisine les fruits qu'elle ne ramasse plus depuis les nombreuses années où elle ne vient plus à la campagne.
Cette scène familiale m'a touché et je n'arrive pas à la rendre touchante par les mots. J'ai l'impression que les miens pèsent des tonnes. Je voyais une famille dont deux des trois membres sont gravement malades qui goûtait pourtant les plaisirs simples de la vie: sentir la chaleur du soleil sur sa peau, se réjouir à l'évocation des futures confitures et regarder par transparence les veines rouges d'une feuille de vigne sur un cep isolé.

vendredi 17 octobre 2008

Pureté.

Soleil levant, ce matin, dans ma classe.

La cage s'est ouverte.

Je me suis évadé.
(Âmes prudes et sensibles, ne pas lire.)

Un vélov en bon état de marche à la station et j'enfilai les rues en direction du parc. Je devais sourire sans m'en apercevoir car plusieurs passants me rendirent ce sourire. Je revois encore ce soir les yeux étonnamment bleus d'une femme qui me fixa le temps de mon passage. Je faillis m'arrêter pour lui dire combien je la trouvais belle. Est-ce possible? Comment aurait-elle réagi? Je ne voulais rien d'elle, seulement lui dire le plaisir de mes yeux. Je me sentais bien, je me sentais beau.

Malgré le soleil, le vent frisquet s'immisçait sous mon vêtement de sport mis à même la peau, comme j'aime qu'il me caresse. Douce sensation de chaleur et de frisson retenu. Dans une voiture que je côtoie longtemps grâce au jeu des feux rouges, un sportif musclé en short et débardeur sur lequel ma vue plonge depuis mon vélo plus haut placé. Ses cuisses un peu dans la pénombre semblent encore bronzées et s'écartent lorsqu'il relâche les pédales. Il me regarde: beau visage bien plein de jeune mec de la trentaine. Nous nous sourions. La chaleur monte, le frison frissonne. Je le perds de vue en arrivant au parc.

Mais d'autres courent, cet après-midi. Les tenues de sport sont encore estivales. J'enchaîne mon pas sur celui d'un autre, au short un peu court qui laisse voir à chaque foulée un petit espace de peau blanche, fragilité de cet univers cuivré et musqué. Je me délecte de ses jambes aux chevilles fines et bien dessinées, aux mollets apparents sans être agressifs, aux courbes de la cuisse qui appellent ma main à caresser le duvet qui s'y colle sous la sueur. Qu'y a-t-il sous ce bout de tissu synthétique? Quelle moiteur y découvrir? Dans quel parfum y plonger? Je le suis jusqu'à la voûte de Stalingrad, où il quitte le parc en direction du Tonkin.

Arrivé près de la salle de l'Amphithéâtre, je décide moi aussi de quitter le parc et de prendre le chemin de la Feyssine par les bords du Rhône. La température, ma température a augmenté. Sur l'île que j'aborde sans trop me mouiller les pieds, presque personne. J'observe un instant la parade érotique de deux mâles prêts à conclure mais je les laisse vite seuls consommer leurs désirs. Je n'ai pas encore envie de me refroidir.

Je poursuis en direction des bosquets, mi courant mi marchant. Un autre coureur aperçu de loin au bout de la piste change son itinéraire pour croiser le mien, mais il ne m'inspire pas. Je continue et descends me perdre dans les fourrés encore assez fournis en cette saison. Le premier tour se passe solitaire: pas l'ombre d'un homme à l'horizon. Pourtant, il fait beau! Mais il est encore tôt dans l'après-midi.

Je retourne sur l'île. L'eau a encore un peu monté mais j'arrive à passer. Un autre inconnu est arrivé, jeune et mince, le teint mat. Peut-être propice à éteindre mon feu. Mais il ne semble pas savoir ce qu'il veut. Je quitte l'île, d'autant plus vite que l'eau monte encore et qu'il me faut, cette fois-ci , me tremper les chaussures.

Après quelques kilomètres de course, je refais une incursion dans les fourrés. J'y débusque ma proie, visiblement consentante. Les préambules se limitent à peu de choses. Il me demande ce que j'attends de lui, je le lui dis et il ne fait pas de manière pour me satisfaire. J'aime cette franchise dans le désir sexuel. J'aime aussi comme il prend son temps pour faire monter mon désir, par de petits coups de langue, de profondes aspirations, de sinueuses reptations sur mon sexe dressé, de plus en plus dur, à m'en faire mal, pendant que je caresse, tout en le dirigeant, son crâne un peu dégarni à la peau bien douce. Alors, lorsqu'il sent que je suis prêt, il se retourne et m'offre ma jouissance que je parviens, pour son plaisir, à retarder encore. Je le tiens par les reins, fermement, et nous accordons nos saccades, nos respirations haletantes jusqu'au râle final, quasi simultané.

Ensuite, il ne s'enfuit pas. Nous sourions et engageons un début de conversation sympathique et sans prétention. Il n'y est pas question de nos prénoms, de nos lieux d'habitations, de nos activités. Rien de tout cela. Simplement du plaisir donné et reçu, partagé simplement. Nous resterons des inconnus, heureux d'avoir été un instant à l'unisson intime. Après une dernière tape sur l'épaule, je reprends en courant le chemin du parc, léger, léger...

Alors qu'en fin de course, je fais mes étirements, je remarque que je laisse pas indifférent un beau brun de type méditerranéen, comme disent nos amis des renseignements généraux. Je n'ai guère de temps à lui consacrer, puisque je dois bientôt rejoindre ma mère, mais je ne repousse pas sa stratégie d'approche. J'apprendrai ainsi qu'il habite en Algérie mais qu'il réside en ce moment chez un ami, à cinquante mètres de l'entrée du parc, que cet ami n'est pas là cet après-midi et qu'il m'invite volontiers à venir prendre ma douche chez lui. Je fantasme un instant sur la scène ( chaleur, vapeur, moiteur) et sa suite (essuyage, massage, pas sage), bien attrayante il est vrai, mais je refuse l'invitation, par manque de temps. Uniquement par manque de temps, car je me sens encore suffisamment d'appétit pour un deuxième service. Un autre jour peut-être, si nos chemins se recroisent.

Il y a des jours comme ça, où il suffit de sourire...

jeudi 16 octobre 2008

Lectures.

Beaucoup de mal en ce moment à me concentrer suffisamment sur mes lectures pour leur trouver le charme et la grâce que je leur découvre habituellement. Chose plus rare encore, j'ai trois ouvrages sur le métier, c'est à dire près de mon lit.

L'un, commencé depuis bien longtemps, a fini par me lasser, dans sa description détaillée du Pékin du XIX° siècle: ce n'est pas inintéressant mais je n'en ai pas envie en ce moment. Le récit n'en arrivant pas assez vite aux épisodes vécus lors de la traversée de la Mongolie à pied, j'ai préféré arrêter momentanément.

Le deuxième, que j'avais choisi volontairement tout petit et bien mince est consacré à trois essais sur la psychanalyse. Arrêté aussi car souvent trop ardu pour moi, surtout en période de fatigue, lorsqu'on s'endort au premier bas de page, quand les paupières n'ont même plus le courage de remonter la pente.

Enfin, le troisième, entamé hier soir, paraît plus dans mes cordes actuelles. Il s'agit bien entendu d'un japonais qu'Anna avait, me semble-t-il, bien apprécié.

Je voudrais en ce moment retrouver la joie de me fourrer au fond d'un grand fauteuil confortable et d'y passer une soirée entière en écoutant, en fond musical, une œuvre qui me plaît. Là encore, rêve de ventrée, de mots celle-ci, d'histoires, d'aventures, comme revivre le bonheur de lire pour la première fois L'Ile au Trésor.
Je dois avoir un côté marmotte: l'hiver approchant, je ressens le besoin de faire des provisions. Gourmand, va!

Boîtes aux lettres.

Ce n'est pas encore aujourd'hui que j'ai savouré le repos.

Grosse journée de cours (6 heures), suivie de corrections de copies pendant plus de trois heures en attendant le conseil de classe que je devais animer en tant que professeur principal (1 heure, parce que, l'ayant préparé, je l'ai mené tambour battant). Si je compte bien, cela doit faire dix heures pour aujourd'hui, sans, bien entendu, compter le temps du repas, celui des trajets et celui, ce soir, de trouver une place de stationnement.

Parti ce matin à 7h20, je suis entré dans mon appartement à 20h30: treize heures dehors. Je ne me plains pas du tout, j'ai aimé ma journée, efficace et dynamique. Je donne simplement un exemple à ceux qui pensent que, dans l'enseignement, on se la coule douce. J'ai pu voir qu'il pleuvait lorsque je suis sorti du bâtiment pour appeler J., à treize heures. Le reste de la journée, je ne sais pas le temps qu'il a fait.

En arrivant devant les boîtes à lettres, ce soir, j'ai eu l'heureuse surprise de voir qu'elle était vide de publicité (qu'elles étaient, plus exactement, puisque j'en possède deux, une à mon nom, l'autre à celui de Pierre). Bonheur rare ces derniers jours car d'ordinaire, particulièrement le lundi, elles débordent de publicités bourrées à en faire péter la porte: des pour les courses alimentaires, des pour les travaux de rénovation de l'appartement, des pour acheter mon appartement, des pour les pizzas, des pour l'électroménager, des Carrechan, des Aufour, des Casiprice, des Leaderno, etc, etc, etc.

Mais la nouveauté de ces jours derniers, ce sont les catalogues de jouets. Oui, mi- Octobre, on commence à mettre les petits souliers devant la cheminée. J'ai vu qu'Olivier Autissier en ressentait la même exaspération que moi. On va donc nous bassiner pendant deux bons mois avec ça! Et je parie même qu'il existera cette année des jouets bio, écolo ou commerce équitable. Bientôt les guirlandes apparaîtront dans les rues, et vogue la consommation abusive, pour ceux qui en ont les moyens bien sûr.

Il faudra bien un jour que je supprime la deuxième boîte. Je m'y sens prêt et recule encore le moment par souci du courrier qui arrive encore parfois au nom de Pierre. D'ordinaire des invitations lancées par des organismes avec qui il a travaillé et dont les fichiers informatiques n'ont pas été mis à jour. Cela, je n'en ai rien à faire. Parfois un courrier du notaire de sa famille, qui n'a pas encore compris que l'adresse pour ces envois avait changé. Je fais suivre à sa sœur qui, je l'espère, existe encore, ce que je ne peux certifier, n'en ayant plus jamais eu de nouvelles, ni de remerciements.

Une fois, une seule, une lettre d'une de ses amies perdue de vue qui lui souhaitait un prompt rétablissement après ses ennuis de santé. Elle avait indiqué son adresse. Je l'ai informé de la mort de Pierre. Pour cette lettre seulement, je ne regrette pas d'avoir laissé le nom et la boîte. Mais maintenant, cela fait plus de trois ans que Pierre n'est plus là et son nom reste, ainsi que sur la porte d'entrée. Ça n'a plus de sens. Je me sens prêt, je vais le faire.

mercredi 15 octobre 2008

Rêve.

Ce soir, je me sens tout bête, fatigué mais excité comme une puce, désœuvré, je me verrais bien dans des bras resserrés contre moi, la tête posée sur une épaule, ou sentant le souffle de l'autre sur ma nuque alors que s'ouvrent ensemble et symétriquement les deux parenthèses de nos corps. Je me verrais bien accueillir et donner de petits baisers papillons sur le nez, les oreilles, le menton, les sourcils de l'autre pendant qu'il me murmure des soupirs et des rires légers comme des nuages d'été, je me verrais bien m'endormir dans cette chaleur, après mon repos du guerrier, m'endormir en rêvant être unique pour cet unique autre pour moi. Je me verrais bien...

Appétits.

La curée, la ventrée, l'hallali, l'orgie sardanapalesque promise et espérée, la chasse effrénée aux jeunes cerfs bondissants... Rien! Reportée, remise, elle n'a pas eu lieu.

Ma mère a eu la bonne idée de tomber dans la matinée. J'ai appris la nouvelle alors que je déjeunais tout guilleret au parc avec J. Adieu, veaux, vaches, cochons, couvée, curée, ventrée. En lieu eu place, urgences, VSL, attente et perte de temps.

Mais l'envie, le besoin, la nécessité sont toujours là. Je me sens en ce moment un appétit d'ogre privé depuis trop longtemps de chair fraîche. Je me renseigne, je fouine, je suis les pistes, le museau au sol, en bon limier: quelle fréquentation pour ce sauna, ou cet autre? Le jeu de se connecter sur Internet en vaut-il la chandelle (eh oui, je suis vierge de cela)? Les bars ou extérieurs ne sont-ils pas plus prometteurs (là, je connais davantage)? Et le moment venu, qui ne saurait tarder, je me lancerai, peut-être sur plusieurs pistes à la fois.

Je ne peux vous dire les images qui m'habitent en ce moment, les fantasmes, les bruits, les odeurs. Cela procède de la bête, du désir, du besoin primaire et primitif. Peut-être faudra-t-il qu'un jour j'ouvre un deuxième blog, plus intime, pour épancher ces mots-là, loin du Potomac, plus prêts de la souille aux sangliers, mais où il fait bon, parfois, se vautrer. De toute façon, les deux seraient moi, que moi, mais tout moi.

On dit que le printemps voit monter la sève des désirs. Pour moi, et cela se confirme chaque année, c'est l'automne, indiscutablement!

Comoedia acta est.

Ce seraient les derniers mots d'Auguste, l'empereur Auguste: "La pièce est dite".

Et bien dite, terminée par un feu d'artifices de compliments dont je rougirais de vous rapporter le moindre. Lorsque je suis sorti du collège vers 13h, le soleil brillait dans ce bel automne, mais il aurait plu, je crois que je ne l'aurais pas senti tant j'étais sur un petit nuage.

Certaines choses que m'a dit l'inspectrice m'ont profondément touché et fait plaisir: que j'étais jeune, plus jeune que bien des collègues nés longtemps après moi, que j'étais pétillant, vivant, léger, aérien, et surtout, ce qui m'a vraiment touché, que j'aimais mon métier et que j'aimais et respectais mes élèves. Je suis vraiment heureux que cela se sente, se perçoive d'une manière aussi évidente. Ce métier aura été toute ma vie et c'est celui que je rêvais de faire étant enfant. J'ai vécu mon rêve de gosse. Combien n'ont pas cette chance-là? J'avais dit que je ne révèlerai pas les compliments, et je viens d'en exposer certains. Ce n'est pas pour m'installer sur un piédestal dont je n'ai que faire, c'est que, sincèrement, je ne m'y attendais pas de la part d'une inspectrice réputée pour sa rudesse et sa cruauté.

Avec moi, avec nous, car ma collègue a eu le même traitement, elle a été charmante, souriante, détendue, plaisantant librement, échangeant de façon parfois presque personnelle, voire intime. Elle veut nous garder sous le coude pour des projets pédagogiques, en tant que conseillers. Moi, très sincèrement, je ne m'y vois pas. Ce que j'aime dans l'enseignement, ce sont ces sales gosses, pas mes collègues (enfin, pas tous) ni l'institution.

Là encore, comme le dirait sans doute J., je fais montre de mes goûts (j'avais, lapsus, tapé coups!) de maso. Mais je suis sûr que, le jour où il me faudra quitter définitivement l'enceinte d'un établissement scolaire, ce sont eux qui vont me manquer, leur avachissement toujours prêt à s'animer si l'histoire racontée est bonne, leurs rires d'adolescents qui masquent mal les subsistances de l'enfance, leur naïveté, leur odeur (oui, une salle de classe après un cours, ça a une odeur particulière, pas forcément bonne, mais particulière qui me manquera, elle aussi), leur "bonjour, m'sieur" du matin, dans la cour, leur "à demain" une fois la journée finie, leurs rêves, leurs mauvaises humeurs, leurs fulgurances, leur intelligence, leur tendresse, les livres qu'ils m'apportent pour me les montrer, les confidences parfois, parce qu'ils ont confiance, leurs petits mensonges, leurs dents qui tombent encore, leur rhume, leurs excuses à deux sous pour un travail non fait, leur volonté forcenée plus ou moins consciente de vouloir vous charmer à tout prix.... Et ils me charment comme, paraît-il, je les charme. Approche mutuelle consentie et respectueuse du mystère de l'autre.

Je voulais parler de mon inspection et je parle des élèves. C'est tout de même bien plus important, non? Ce sera sans doute la dernière avant ma retraite, même s'il me reste quelques années à travailler. Je ne regrette pas d'avoir entendu ce que j'ai entendu aujourd'hui. J'ai eu une carrière en toute liberté, sans cette contrainte du jugement venu d'en haut, j'ai fait ce que j'aimais comme je le voulais, et le jour où l'institution vient observer ma pratique, cela plaît. Comment ne pas être heureux? Ce soir, je suis fatigué, mais je ne sais pas si je vais dormir facilement.
J'éprouve quelque chose d'un peu semblable (en moins intense pourtant) que ce que j'ai ressenti à la fin du semi-marathon: le plaisir d'avoir fini, d'y avoir pris du plaisir et de ne pas avoir démérité.

mardi 14 octobre 2008

Je suis encore plus fier.

J. est retourné sur le site sportif où étaient affichés les résultats du semi-marathon. Eh bien, ils ont été corrigés. Il m'a annoncé la nouvelle en début d'après-midi, au téléphone. En fait, j'ai couru la distance en cinq minutes de moins, soit environ 1h 45. Je voulais faire moins de 2 heures. Me voilà comblé. Pas mal à mon âge et pour une première compétition! Moi, je suis très heureux.

Nouvelle perspective.

Voilà, je ne retoucherai plus mon travail pour demain.

La séance que je voulais proposer à l'inspectrice en latin ne m'enthousiasmait pas. Je ne savais plus comment faire pour redresser la barre. Jusqu'au coup de fil d'une amie d'une ancienne copine de fac. En une demi-heure de conversation (je lui avais envoyé ma préparation par mail), les différents points se sont mis en place autrement, l'angle d'attaque a été changé, la perspective s'en trouve différente.

C'est bien mon travail mais présenté différemment, et d'une manière qui me convient davantage. Cet avis extérieur m'a vraiment été d'un grand secours. J'avais tout sous les yeux et je ne le voyais pas. Merci, Michelle, pour ton aide précieuse. Je sais bien qu'il y a vraiment très peu de chances que tu lises ce blog, je t'ai remerciée au téléphone, mais je tiens à le faire ici aussi. Encore une femme formidable!

lundi 13 octobre 2008

Un.

O solitude.
Mais où ai-je mis ce disque d'Alfred Deller que je voulais écouter?

Misogyne, moi?

Absolument pas! Je me suis rendu compte que quelques-uns de mes précédents billets pouvaient le laisser penser. Eh bien non, mais lorsqu'une femme est conne, malhonnête ou désagréable, je ne vais tout de même pas m'empêcher de le dire sous prétexte que ceci ou cela! Il n'en est pas question. D'ailleurs, il y a aussi un certains nombre de cons, probablement, parmi les noirs, les juifs, et même... les homos. Vous voyez, je suis impartial!

D'ailleurs, je dois ce soir faire amende honorable sur un point: ma description a priori de l'inspectrice qui est venue aujourd'hui. J'avais tout faux. Il s'agit d'une femme d'une soixante d'années, un peu flétrie quant à la peau (qui ne commence pas à l'être à cet âge-là?), mais grande, mince, élégante et à la silhouette élancée.

Ancienne sportive dans le ski de fond (poursuite), où j'ai cru comprendre qu'elle avait même été championne, elle est de plus très cultivée, ce qui n'est pas le cas de tous les inspecteurs, très ouverte à la culture transdisciplinaire, à l'art surtout en temps que lien entre les sociétés, et très amatrice de culture religieuse. Nous avons ainsi échangé sur Saint Irénée et elle a, à un moment, établi une comparaison très intéressante entre le "Que votre volonté soit faite" du Credo chrétien et le "Louange à Dieu" du Coran.

Inutile de dire que nous étions, à ce moment-là de la discussion, très éloignés de mon cours précédent. Lorsque le directeur est entré pour reprendre possession de son bureau, nous parlions d'écriture et elle m'avait déjà confié à mi-mots la tenue d'un journal intime depuis quelques années, suite à une perte (mort ou rupture?).

Mes collègues m'ont dit avoir vu mes assauts de charme dans le couloir à son arrivée. Je ne le nie pas: ils me connaissent bien et savent de quoi ils parlent. Outre le fait que lui plaire était important pour moi aujourd'hui, j'aime séduire. Je sais très bien le faire avec les femmes (c'est ce que l'on m'a dit!). J'aimerais parfois avoir autant d'aisance avec les hommes. En tout cas, le courant est passé, pas au point cependant d'annuler la deuxième inspection de mercredi, en latin cette fois. Espérons que d'ici là, il n'y aura pas de coupure d'alimentation!

Train-train.

J'ai deux amis qui, ce soir, se déchirent par téléphone interposé, se traitant entre autres de "gros cul" réciproquement.

Je me garderai bien de donner mon opinion sur ce point précis, n'ayant jamais eu l'occasion de voir ni celui de l'un, ni celui de l'autre. S'ils veulent que je me prononce, il faudra que pantalons soient devant moi baissés afin que je juge impartialement, comme l'eût fait Salomon dans toute sa splendeur. Je ne rendrai de jugement définitif qu'à cette expresse condition. Non, non, je n'en profiterai pas (quoique, si on me le demande gentiment...).

Pourquoi, me direz-vous (si, si, je vous entends), tant de haine soudaine? Le crime doit être grand, l'affront irréparable, la déchirure irréversible. Eh bien, pas du tout. La question qui sépare nos deux larrons n'est pas la divinité du Christ (oui, les deux larrons, etc.) mais porte simplement sur la présence ou non d'un petit train sur rails au parc de la Tête d'Or. Voyez la gravité du débat!

Je vais donc répondre à mes deux amis. J'étais en effet hier à la Tête d'Or, j'y circule assez souvent, comme chacun sait, et j'ai la réponse à leur question. Mais attention, une fois édictée, cette réponse ne pourra être remise en cause par aucun des deux partis, étant parole de sage!

Voici donc: depuis toujours, en tout cas aussi loin que ma mémoire remonte, il y a eu deux trains au parc:
1°) un faux, sur pneus, qui fait le grand tour avec plusieurs stations pour se remplir de famille hilares et de bambins terrorisés, et que l'on nomme habituellement "Le Lézard Vert." Point de départ: la porte des Enfants du Rhône. Prix: je ne sais plus, mais assez cher.
2°) un vrai, avec ses rails, qui fait le tour de l'île et dont le point de départ se situe tout près de l'entrée du Vélodrome. Autre différence avec le Lézard: il est rouge et vert! Même remarque sur les tarifs.

Des preuves à l'appui de l'existence de ce dernier. Bien sûr! D'abord un souvenir: nous nous amusions comme des fous avec Pierre, certains dimanches, à pincer au passage les fesses de certains passagers tout surpris de notre audace. Le temps de se rendre compte de ce qui leur arrivait et de se retourner, le train avait déjà avancé et nous étions hors de portée des représailles. D'ailleurs l'affaire se finissait toujours par de grands éclats de rire. L'ambiance est familiale et bon enfant le dimanche au parc.

Ensuite, cette photo qui, rapprochée de celle déjà publiée hier, ne pourra que finir de convaincre le plus têtu des deux (quoique sur ce point, je pense qu'ils se valent!). Des noms? Je ne veux pas cafter, mais encore une fois, en cherchant bien, vous trouverez! (Au fait, toujours pas identifié, l'homme à contre jour prenant une photo par une fenêtre ouverte? Allez donc voir chez Tef, vous comprendrez.)

Enfin, s'il faut à cet ami une autre confirmation pour me croire, qu'il aille interroger Jahovil qui, lorsqu'il ne fait pas de fixation sur le bleu, aime bien aussi la verdure...

dimanche 12 octobre 2008

L'été indien.

C'est pas parce que demain, gnagnagna, qu'on va se laisser abattre!
Quelques vues de la Tête d'Or (le bien nommé en ce moment) cet après-midi.







Peut-être maintenant comprenez-vous mieux pourquoi j'aime tant ce parc de Lyon!

Comment voler en toute impunité?

Ma mère ayant eu des problèmes de boutons sur le visage, style acné, ce qui serait surprenant à son âge,l'infirmière de la clinique psychiatrique où elle est gentiment hébergée depuis la mort de mon père a cru bon de faire venir le médecin généraliste habituel pour observer le bobo.

J'étais là lorsque cette femme (le médecin) est arrivée. Je l'avais déjà croisée une ou deux fois et je ne l'aime guère: un physique gras, un peu avachi, et surtout une mine de prétentieuse qui ne condescend jamais à dire bonjour à qui que ce soit. Poussez-vous, voici la science! Lorsque vous lui demandez des explications sur la pathologie, elle sourit avec un léger mépris et accepte du bout des lèvres de vous livrer un début d'explication. J'ai pour ma part l'impression que cette réserve hautaine masque mal une incompétence notoire.

Cette fois-ci, même scénario que les fois précédentes. Elle me regarde, me voit et détourne les yeux, comme si je n'existais pas. Pas une fois, elle n'a pris le temps de s'informer sur mon identité. Je n'existe pas, point final! Le hic, c'est que moi, je n'aime pas ne pas exister et que son statut de médecin ne m'impressionne guère. Je crois donc que nous n'aurons jamais tous les deux de rapports très conviviaux.

Mais je n'en demande pas tant. Ce que j'aimerais en revanche, c'est que cette malotrue arrête de voler la Sécurité Sociale. En effet, à chacun de ses passages, il faut débourser 23 euros de consultation (donc trois minutes la dernière fois) et 10 euros de déplacement. Or, elle habite l'immeuble jouxtant la clinique (temps du parcours, allez, 5 minutes vue sa forme (!) physique) et la plupart du temps est appelée pour plusieurs auscultations successives.

Je vous laisse faire le calcul: combien de fois 10 euros empoche-t-elle ainsi pour un seul déplacement de quelques minutes? Ma mère est remboursée, ainsi que sans doute la plupart des autres malades. Mais voir cette grande dame abuser ainsi d'un système censé aider et protéger ceux qui en ont besoin et en ce moment bien mal en point, moi ça me débecte! Voilà, c'est dit, et il n'est pas dit qu'un jour je ne le lui dise pas, à elle, directement!
PS: pour elle, j'inaugure un nouveau libellé: (mauvaise) humeur

Pendant que le loup yè pas!

Pour répondre à quelqu'un qui se reconnaîtra.

Le principal trait de mon caractère : consciencieux
La qualité que je préfère chez un homme : la sincérité
La qualité que je préfère chez une femme : la douceur
Ce que j'apprécie le plus chez mes amis : leur franc-parler
Mon principal défaut : maniaque
Mon occupation préférée : courir, lire, faire l'amour, toucher la terre
Mon rêve de bonheur : j'en ai déjà vécu un, je ne peux pas être trop exigeant!
Quel serait mon plus grand malheur ? Être forcé de boire du lait
Ce que je voudrais être : rien d'autre que ce que je suis. J'y suis habitué!
Le pays où je désirerais vivre : ici et maintenant
La couleur que je préfère : le violet
La fleur que j'aime : la pivoine
L'oiseau que je préfère : tous
Mes auteurs favoris en prose : Erri de Luca
Mes poètes préférés : Racine
Mes héros dans la fiction : les deux compères de "Des Souris et des Hommes"
Mes héroïnes favorites dans la fiction : l'héroïne du roman "Le Mur invisible"
Mes compositeurs préférés : Bach, Prokofiev
Mes peintres favoris: Camille Pissarro, Keith Haring, Piero della Francesca
Mes héros dans la vie réelle : mes parents
Mes héroïnes dans l'histoire: Phèdre
Mes noms favoris : coco, ducon
Ce que je déteste par-dessus tout : les mensonges
Personnages historiques que je méprise le plus : plus que du mépris pour certains
Le fait militaire que j'admire le plus : AUCUN
La réforme que j'estime le plus: quand l'homme s'est tenu sur deux pattes
Le don de la nature que je voudrais avoir : ressentir tous les plaisirs
Comment j'aimerais mourir : dans un jardin, au soleil, au milieu des tomates
État présent de mon esprit : nuageux
Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence : la naïveté, mais ce n'est pas une faute
Ma devise : Calme-toi mais pas trop!

samedi 11 octobre 2008

Madame Sans-Gêne.

A peine rentré, grands cris dans la cour de mon immeuble.

Six ou sept gamins de quatre à huit ans s'y amusent avec ardeur et bonne humeur. Le seul ennui, et de taille, c'est qu'ils mettent autant d'ardeur à courir qu'à pousser de cris perçants de sioux sur le sentier de la guerre. Des étendages de draps menacent à tout instant d'être emportés par cette folle chevauchée.

Ce que je prévoyais n'a pas tardé à se produire: le locataire du rez-de-chaussée, exaspéré par ce vacarme, a ouvert sa fenêtre et commencé à rouspéter. Alors, Madame Sans-Gêne, sans doute la mère d'un ou plusieurs gnomes ici présents, a bien sûr pris leur défense. Il faut l'imaginer très bourgeoise gauche caviar, trente cinq ans environ, assez belle femme (mais rendez-vous dans vingt ans!), le genre à laisser sa progéniture courir sur les pelouses interdites et à rouler à vélo sur les trottoirs en rouspétant contre les voitures.

Elle a exactement le type qui me fait grimper aux arbres immédiatement. Non, ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train de virer ma cuti. Monter aux arbres, ici, ça veut dire m'exciter dans le mauvais sens du terme. Voyant que le brave garçon n'en viendrait jamais à bout, j'ai bondi, preux chevalier, à son secours, et les répliques acides ont changé d'étage.

Bien sûr, ces enfançons sont irréprochables, ils ne feraient pas de mal à une mouche, on leur donnerait le Bon Dieu sans confession. Ils sont respectueux, et ci, et ça. J'ai beau lui dire que l'espace de la cour n'est pas un terrain de jeux et que tous les squares du quartier sont beaucoup mieux aménagés pour ce type d'activités, elle n'en démord pas: elle a forcément raison. D'ailleurs, de quoi nous plaignons-nous? La rue, elle, fait beaucoup plus de bruit.

A chacun de ses arguments, je lui en montre l'insuffisance et l'inanité, sans me démonter. Excédée, elle montre enfin sa vraie face, cachée jusque là derrière son parfait vernis social de bonne parleuse: elle nous lance à la tête qu'elle nous trouve "lamentables". Je lui fais gentiment remarquer qu'elle est la seule dans cette discussion à porter des jugements de valeur sur les autres et que, de la part d'une femme de sa "qualité", je ne trouve pas que ce soit bien polie. C'était la touche décisive: elle maugrée, fait de grands moulinets avec les bras, ramasse sa marmaille qui, bonheur inattendu, assistait en silence, à l'échange aigre-doux et file dans son immeuble sans plus attendre.

Je déteste ce genre de personnes, homme ou femme, qui profitent de leur parole aisée pour faire la morale aux autres et tenter de les culpabiliser afin de bénéficier en toute impunité des avantages qu'ils croient être à eux seuls destinés. J'en croise journellement qui ne voient même pas la gêne qu'ils peuvent causer, à des personnes âgées en particulier, en monopolisant l'espace piétonnier avec leurs vélos, leurs poussettes-chars d'assaut et bien souvent leur automobile surdimentionnées (parce que, bien sûr, on râle contre la pollution mais il faut au moins un pare-buffles pour protéger sa progéniture sacrée dans les rues de Lyon). Ces gens-là puent davantage que leurs voitures et je les hais.

L'apéritif.

Je n'ai pas tenu jusqu'à mercredi. Aujourd'hui, cet après-midi, le soleil était trop beau, le ciel trop bleu. Mon ordinateur est mignon aussi, avec son gris métallisé, mais je le vois depuis trop longtemps en face de moi comme unique horizon.

Alors, j'ai enfilé ma tenue de sportif pour être plus à l'aise, j'y ai rajouté l'appareil photo et je suis parti sur les bords du Rhône, en sortant de la ville. Je n'étais pas retourné dans ce coin de la Feyssine depuis bien un an. Il faisait merveilleusement beau et étonnamment chaud. Je me suis garé dans un des parkings de la Doua et, après avoir traversé le périphérique, me suis faufilé dans les taillis jusqu'au bord du fleuve.

L'île était accessible, l'eau basse ne recouvrant qu'irrégulièrement les galets. Vue de la rive, elle semblait déserte, mais derrière les fourrés, j'ai retrouvé les corps nus qui profitent du beau soleil d'automne. J'avais envie de me déshabiller mais le désir de rôder, de fouiner, d'observer a été le plus grand. Je me suis "enjoyeusé" l'œil de teintes de pain d'épices, de cuisses longues et fines, de splendides poitrails, de fessiers rebondis. Et toutes ces beautés parlent, en plus. Dire bonjour, avoir un sourire et une réponse en retour, entamer un début de conversation sans prétention, ça, on ne le trouve pas devant son ordinateur, pas moi en tout cas.

Et puis, il y avait l'automne, les couleurs magnifiques qui se sont installées pendant que moi, je pâlissais devant l'écran. J'ai mis mon appareil à contribution, je suis revenu avec du soleil et de l'or plein la boîte et plein les yeux.

Ce soir, je me remets au travail, pour un moment. Le temps perdu cet après-midi a été du temps gagné, ô combien. Ce n'est pas encore la ventrée que je me promets, mais c'est tout de même un bon apéritif.

Ailleurs.

Ce soir (hier soir, vue l'heure), c'était l'anniversaire de ma sœur. Je suis allé la récupérer à la sortie de la clinique de ma mère, et hop, direction Villeurbanne, pour un bon repas chez mon frère.

Le repas fut bon, l'ambiance détendue et tendre. J'ai fait remarquer que ce n'était pas souvent que nous étions ainsi réunis tous les trois (et sa femme) le soir pour un repas. J'aurais voulu être bien.

Tout était bien. Mais pas une minute, je n'ai réellement été avec eux. Et ce fut pire quand mon frère se mit à nous passer un diaporama de vieux clichés datant de l'enfance de mes neveu et nièce. On y voyait entre autres des repas de Noël passés en famille (et avec celle de Pierre), chez moi, dans mon ancien appartement.

Je n'ai plus envie de cela. Je n'étais que peu sur les photos de ce soir. Comment ai-je pu être absent aussi souvent de la vie de ma famille? Comment encore aujourd'hui puis-je m'en sentir aussi absent? J'ai fait semblant, comme souvent. J'ai souri quand il fallait sourire, ri quand il fallait rire, raccompagné ma sœur chez elle. J'ai senti l'étreinte se desserrer seulement quand j'ai tiré le verrou de mon appartement. Je suis chez moi, avec moi.

Tout cela est dû à une grosse fatigue passagère, qui fait ressortir les vieux démons. Mais tu vois, J., tu me dis de dire mes frayeurs, je les dis, parfois. Parfois non.

vendredi 10 octobre 2008

La Chambre de la Stella

(Ma chambre, chez Emile.)

J'ai lu La Chambre de la Stella, de Jean-Baptiste Harang, un livre que, sans doute, j'aurais aimé si je l'avais lu à un autre moment, à une autre époque de ma vie.

Confit de nostalgie, relatant la quête de la véritable identité du père, descriptif de la maison familiale dans la Creuse, évoquant les briques de terre cuite mises à chauffer au four avant d'aller réchauffer le lit, l'odeur à la fois aigre et rassurante de la grand-mère.

Tout était là pour que je l'apprécie. Mais il n'y a pas vraiment eu le déclic. Je n'ai plus envie de nostalgie familiale et domestique, je ne veux plus me laisser enfermer dans les lieux, les objets, les personnes du passé. L'enfance est là, au fond, il faut la garder, mais vivre aussi, ici et maintenant.

J'attends mercredi avec impatience, où, délivré de la contrainte infantilisante (je me hais de mon attitude en ce moment), je vais me payer une ventrée de vraie vie, de course, de sexe, d'air et de liberté, une ventrée hivernale avec tous les ingrédients nécessaires, à m'en faire péter le ventre, un gros pot-au-feu de jouissance. Je suis en manque. Je vais le combler. Je sens monter trop de tension violente en moi en ce moment. Il faut que je l'expulse. Je l'expulserai, dès mercredi! J'ai l'impression de ne plus être moi.

Pas d'extrait du livre, je n'en ai pas envie. Pourtant, c'est un livre attachant. Mais je n'ai pas envie d'être attaché en ce moment.

jeudi 9 octobre 2008

Enigme.

Oui, c'est lui! Qui lui? Cherchez, vous trouverez!

mercredi 8 octobre 2008

Autre terreur

Pour en finir avec cet abbé haut en couleur qui m'inculqua à coup de cubes les rudiments de la culture biblique, une dernière anecdote qui, si j'en ris aujourd'hui, me paralysa au moment de la vivre.

J'étais par hasard malade au moment où mes petits camarades eurent droit à leur première communion. Je ne pus donc recevoir ce sacrement en même temps que les autres. Mais le prochain dimanche où la messe eut lieu dans le village où j'habitais, j'étais tellement envieux de tous ceux qui, fiers et droits, se dirigeaient vers la table de communion, que je pris, sans réfléchir et sans penser à mal, le même chemin pour participer moi aussi à la fête.

Lorsque je fus arrivé devant l'abbé, il me la donna dans la bouche comme aux autres, mais je vis bien qu'immédiatement après, il me lançait un drôle de regard, comme effaré. Ne me doutant de rien, je regagnai ma place, sans doute déçu par le goût de ce petit bout de corps de Christ qui avait fâcheusement tendance à se coller à mon palais.

Après l'office, l'abbé voulut savoir si mes parents étaient chez eux. Il reçut une réponse positive et ne me dit rien de plus. Aussi ne fus-je pas surpris de le voir arriver chez nous, avec sa moto, en fin de matinée. Le pire était à venir.

Alors que je jouais devant la maison, je surpris la conversation entre lui et mes parents, et je saisis bien vite que cet homme me considérait en état de péché mortel puisque j'avais touché à l'hostie sacrée sans y avoir droit. Je ne me souviens pas de la réaction de mes parents (sans doute polie mais indifférente) car moi, je ne touchais plus terre. Pour moi, péché mortel signifiait que j'allais mourir dans les minutes ou, au mieux, dans les heures qui suivaient. Je commençai à trembler et à m'observer de l'extérieur, pour tenter de déceler déjà les premiers signes de l'agonie.

Mes parents ne sachant pas que j'avais entendu ne firent rien pour me rassurer. De mon côté, je leur cachai, honteux de mon acte, les affres que j'étais en train de traverser. Ainsi la situation dura-t-elle un certain temps, jusqu'à ce que je me rende compte que, s'il y avait mort annoncée, elle prenait décidément bien son temps. Le lendemain, quand je constatai que j'étais toujours de ce monde, l'abbé, à mes yeux, perdit immédiatement toute crédibilité. Je lui devais pourtant une de mes plus belles frayeurs d'enfant.

Cet abbé est mort il y a quelques années. J'en ai tout de même ressenti quelque chose. On doit s'attacher à ses bourreaux!

mardi 7 octobre 2008

Terreurs.

Je suis très longtemps allé au catéchisme lorsque j'étais enfant. Des années. On a dû m'y inscrire dès que j'ai su à peu près écrire. D'abord ma grand-mère chez qui j'ai vécu jusqu'à l'âge de huit ans, puis mes parents. Pourquoi? Peut-être pour se débarrasser de l'aîné alors que les deux suivants n'avaient que onze mois d'écart. Je ne sais pas.

Je me souviens de la vieille bâtisse où il avait lieu, dont la grande salle du rez-de-chaussée se transformait en chapelle pour la messe du dimanche matin une fois par mois.
L'abbé qui nous l'enseignait était un costaud plutôt sanguin qui nous lançait à la figure des cubes en bois lorsque nous bavardions. Il m'a un jour fait copier des centaines de fois le mot "Eucharistie" que j'avais mal orthographié (je devais avoir sept ou huit ans). Les séances avaient lieu je ne sais plus quel jour, après l'école. L'instituteur nous lâchant pratiquement toujours en retard ce soir-là, nous devions traverser le village en courant et, de toutes façons, essuyer les foudres du clerc en arrivant. J'avais tellement peur de lui qu'un soir où mes intestins m'avaient joué un très vilain tour malodorant, je n'osai pas rentrer directement chez moi et dus attendre pour me changer que la séance soit terminée. A cette époque, on ne badinait pas avec la religion.

De bons souvenirs aussi, tout de même. D'abord, j'ai toujours aimé l'Histoire Sainte. C'est peut-être à travers ces récits (et ceux de mon instituteur nous lisant Cooper) que mon imaginaire s'est le plus développé. J'étais un petit garçon solitaire vivant dans un monde de personnes âgées et résolu à ne faire de peine à personne. Enfermé en moi-même, je rêvais tantôt de grands espaces, tantôt des déserts de Palestine.
Un autre bon souvenir que je revois encore face à moi: un tableau de papier qui réapparaissait une fois par an et où nous devions, aux endroits indiqués préalablement, coller de petites images achetées (?) par nos économies. Une fois le tableau totalement rempli, l'argent récolté était envoyé pour une "bonne œuvre". Le modus operandi reste flou pour moi aujourd'hui; seuls le tableau et les images qui me faisaient rêver (comme celles trouvées dans les tablettes de chocolat) sont restés dans ma mémoire. Sans doute ce souvenir est-il lié aux périodes de l'Avent.

En hiver, lorsque nous sortions de la salle, il faisait déjà nuit. Le village était éclairé par quelques lampadaires, que j'ai toujours entendu appeler des "becs de gaz" et que, si je ne me retiens pas, j'appelle encore ainsi aujourd'hui. Moi, j'habitais à l'extérieur. Il me fallait seul parcourir dans le noir, au milieu des prés et des installations minières, un bon kilomètre où je tremblais à chaque souffle de vent dans les branches, à chaque bruissement d'animaux dans les fourrés épineux qui bordaient la route.

Une fois, une seule, l'abbé m'emmena avec lui en moto. Une des plus grande peur de ma vie. Alors qu'il aurait fallu me pencher avec lui dans les virages, je faisais tout pour résister à la pente et faillis ainsi nous faire chuter tous les deux. Heureusement, comme je le dis à ma mère en arrivant, je m'étais accroché à sa "soupape", erreur de mots (pour soutane) qui fit longtemps rire aux éclats dans ma famille.

Une autre fois, ce fut mon père qui prit pitié. Il fit le chemin à ma rencontre et s'installa pour m'attendre contre le garage du marchand de poissons, s'abritant ainsi du fort vent qui soufflait ce soir-là.

J'avais un ami d'enfance, Yvon, dont j'ai beaucoup parlé au début de Potomac. Nous avions l'habitude de marcher ensemble dans les rues, de nous accompagner sur le chemin de l'un, pour rebrousser sur le chemin de l'autre, multipliant par dix le temps nécessaire au trajet simple. Nous en avions tant, d'histoires, à nous raconter! Ce soir-là, bien sûr, nous étions ensemble. Lorsqu'il nous vit s'approcher, mon père, pour ne pas nous effrayer, sortit du recoin où il s'était abrité afin que nous le repérions facilement.

Terrible erreur. Moi, au lieu de mon père, je vis surgir du noir un personnage inconnu, grand et effrayant sous sa longue barbe blanche en bataille (mon père n'avait pourtant pas de barbe!). Quant à Yvon, je ne sais pas ce qu'il vit car nous prîmes tous les deux nos jambes à notre cou, jusque chez lui pour mon héroïque compagnon, jusque chez le cafetier encore ouvert à cette heure-là pour moi. Il fallut que mon père vienne m'y chercher pour que j'accepte de ressortir. Cet épisode constitue aussi, avec la "soupape" du curé, un des meilleurs épisodes sur mon compte de la saga familiale.

lundi 6 octobre 2008

Presque rien.

Erreur de manip., mon cher Olivier. Voir la suite... à la suite.

Presque rien.

Presque rien, ce soir, par manque de temps. Mes copains Salluste et Tite-Live ne m'ont pas lâché de la soirée (de l'après-midi non plus d'ailleurs).

Seul plaisir (et quel plaisir!!!): faire les courses pour remplir un réfrigérateur ressemblant à certains moments au désert de Gobi (froid mais vide). Et découvrir qu'à Casino, ils n'ont toujours pas (depuis deux mois) la mousse à raser dont je me sers habituellement, et, plus grave, que le rayon pain d'épices pomme/cannelle était, lui aussi, désespérément vide. Ça, c'est une cause de divorce!

Au lieu d'écrire n'importe quoi, je devrais plutôt être dans mon lit depuis dix minutes. Allez, bonne nuit, et toutes mes excuses de vous avoir imposé ça. Surtout que, je ne sais pas ce qui se passe, vous êtes très nombreux à me rendre visite en ce moment! Encore un billet comme celui-ci, et je perds toute crédibilité. Pardon, pardon!

dimanche 5 octobre 2008

Soirée douce.

Hier soir, j'étais invité à l'apéritif par Delphine, une collègue de maths que j'aime bien (ben oui, même les maths!) et dont le mari a couru lui aussi le semi marathon de Lyon.

Bien sûr, l'apéritif s'est prolongé par un très bon repas du soir (tarte au fromage et courgettes, gâteau de riz, Mmmm!!!), et moi qui ne voulais pas trop boire, j'ai bien apprécié le bon vin blanc qui arrosait tout ça.

Nous avons avec Laurent beaucoup parlé de course à pied, naturellement. Je crois, je suis sûr, que j'ai découvert un autre fêlé de ce sport, et nous avons décidé de nous retrouver parfois le vendredi après-midi pour nous entraîner dans les bois de Sainte-Foy, après l'inspection bien sûr. Nous avons même évoqué, pourquoi pas, un marathon complet à moyenne échéance. Lui l'a déjà couru deux fois, et c'est vrai que ce doit être jouissif de se dire qu'on l'a fait.

Ensuite, nous avons changé de conversation pour parler de points plus personnels. J'ai été heureux de la façon naturelle dont cette conversation s'est déroulée. Je n'ai pas prononcé le mot d'homosexualité mais je n'en ai rien caché. En évoquant Pierre, Delphine a parlé d'un compagnon, puis a préféré tout de suite "mon" compagnon.

Je n'ai plus de gêne à être moi-même, devant qui que ce soit. Ceux qui m'aiment me prennent comme je suis, intégralement. Les autres, je m'en moque. Ainsi, dans ma famille directe, seule ma mère n'est pas informée de ma sexualité: il est trop tard et je ne voudrais pas, à son âge, risquer de lui causer un chagrin trop gros peut-être. A préciser tout de même qu'elle connaissait parfaitement Pierre, qu'elle l'appréciait beaucoup et qu'elle n'a jamais posé de questions gênantes sur notre communauté de vie, chose qui, chez ma mère, mérite d'être relevée.

Si cela peut en aider certains, je dois dire que chaque fois que j'ai voulu être honnête avec quelqu'un et lui faire la confidence, je suis toujours tombé sur des gens qui m'ont répondu: "Mais bien sûr, on le sait depuis longtemps. Et alors?". (Je précise que, chez moi, ça ne se voit tout de même pas comme un nez au milieu de la figure); la palme revenant à mon frère à qui je m'étais confié alors que nous tournions autour de vingt ans, moi un peu plus, lui un peu moins, et qui m'avait répondu: "Oui, moi aussi, j'ai essayé, mais je préfère les filles.", avant de changer totalement de sujet. Je lui aurais parlé d'une rage de dents, ça lui aurait fait le même effet. Je me souviens qu'à l'époque, j'avais trouvé ça un peu frustrant pour quelqu'un qui croit avoir un secret capital à révéler.

Aujourd'hui, plus de secret, plus de mystère, pas d'agressivité ni de fière revendication non plus. Je n'ai pas à être fier d'être homo, mais je n'ai pas non plus à en avoir honte. Tout ceci est bien rangé dans ma tête et cette clarté me met à l'aise avec moi-même et avec les autres.

Merci à Delphine et Laurent pour cette soirée douce et amicale.

samedi 4 octobre 2008

Anniversaire.

J'ai failli l'oublier. Je ne m'en suis rendu compte hier soir que par hasard. Aujourd'hui, 4 octobre, c'est le premier anniversaire de mon blog.

Un an, jour pour jour, que je me retrouve presque chaque soir à mettre en page des idées, des humeurs, des soucis et des joies. Un an que, grâce à J., je me suis lancé dans l'aventure. Dans le tout premier billet, je parlais de mots futurs. Ils ont été au rendez-vous, et plus nombreux que je ne le pensais moi-même: si j'ai bien compté, 792 billets durant ces douze mois, dont certains qui me tiennent à cœur. Des heures de mes soirées consacrées à la tenue de ce "journal" et à la lecture des autres, parmi lesquels je me suis fait quelques amis, virtuels ou aujourd'hui bien réels.

J'aime ces rendez-vous avec les autres et avec moi-même. J'aime écrire, sans retenue mais toujours avec pudeur, du moins je le crois. Je suis heureux quand ce que j'ai évoqué, ou photographié, provoque des réactions de votre part, vous questionne, vous émoustille ou vous fait rire. Après tout, si vous revenez, c'est que vous aimez, non? Et j'aime vous retrouver, les anciens des premiers jours (comme J. à qui je dois mon premier commentaire d'encouragement) et les nouveaux, ceux qui se font connaître et ceux qui restent dans l'ombre (il y en a de plus en plus dont j'aimerais parfois un petit mot, un coucou. Pas forcément à chaque visite, non, mais de temps en temps).

Je l'ai toujours dit: savoir que les autres me lisent ne me gêne pas, puisque la porte sur le plus intime reste souvent fermée, même si l'on peut en deviner quelques bribes, si la fenêtre laisse passer de la lumière. Je pense avoir réussi à garder une liberté de propos malgré la proportion de plus en plus grande de lecteurs qui me connaissent. J'ai réduit ces jours-ci la fréquence de publication. Vous savez pourquoi. Je ne suis pas sûr, d'ailleurs, de pouvoir être fidèle au poste tous les soirs de la semaine qui vient. Ce n'est évidemment pas par lassitude. Je suis surpris moi-même du bonheur que m'apporte ce rendez-vous quotidien qui efface souvent la fatigue de la journée. Douce assuétude, comme aime que je l'écrive Anna!

Hier soir aussi, autre joie, j'ai découvert mon presque jumeau: un petit nouveau, tout frais dans les blogs, quelqu'un que je connais un peu et que j'aime bien pour sa spontanéité timide: S., qui a commencé il y a deux ou trois jours. Ainsi, nous pourrons fêter notre anniversaire ensemble! Qu'en penses-tu, petit frère? Vous voudriez savoir où le trouver? Patience: il apparaîtra sans doute dans mes favoris très bientôt s'il me le permet.

Alors, je vais faire comme Petrus: je vais vous demander quelque chose. Pour l'anniversaire de mon Potomac, j'aimerais que tous ceux qui viennent régulièrement me lire me laissent un petit signe aujourd'hui ou dans les jours à venir. Rien d'autre qu'une trace un peu plus tangible de leur passage ici. Après, promis, je ne demande plus rien jusqu'au deuxième anniversaire.

Merci à tous, timides et bavards, jeunes et vieux, hommes et femmes, homos ou pas, connus et inconnus, (on peut être dans plusieurs catégories à la fois!). Et à la vieille question radiophonique, dont certains doivent se souvenir, "Stop ou encore?", je réponds naturellement : encore!

vendredi 3 octobre 2008

Histoires de desserts.

Hier, j'ai pris. Aujourd'hui, j'ai donné.

A la cantine du collège hier, m'apercevant que j'avais par erreur emporté deux desserts, un chocolat liégeois et une orange, je me suis empressé d'en reposer un sur le présentoir. Au cours du repas, je découvre sur mon plateau une orange et... un chocolat liégeois.

Perplexité! Sans doute, avec la fatigue intellectuelle accumulée ces temps-ci, ai-je seulement eu l'intention de le restituer, ce chocolat. Comme il était bien tentant, et que visiblement, j'avais besoin d'un remontant, je l'ai mangé, sans autre forme de procès.

Quelques minutes plus tard, j'entends ma voisine, une enseignante d'un établissement proche avec qui nous partageons le self, s'exclamer: "Mais qu'ai-je fait de mon dessert?". Vous avez compris? Trop tard pour le rendre, bien sûr. Et, en plus, il n'y en avait plus en vitrine. Inutile de vous décrire ma gêne et ma honte. Tous les autres étaient pliés de rire. Je crois que je vais en entendre parler longtemps. Comme l'épisode de la photocopieuse. Mais non, pas aujourd'hui. Promis, une autre fois, si Tef ne vend pas la mèche avant! J'ai proposé une orange à la dame. Elle a bien voulu l'accepter mais, à sa tête, j'ai bien vu qu'elle regrettait son chocolat.

Aujourd'hui, j'ai voulu faire plaisir à J. Comme hier soir, j'avais particulièrement apprécié de terminer mon repas par une tranche (ou deux!) de pain d'épices pomme-cannelle avec carreaux de chocolat au lait (je sais: ça n'est pas très recommandé pour un sportif, mais ça tombe bien, en ce moment, je ne cours pas. Alors, on ne va pas se priver de tous les plaisirs, tout de même!), comme, disais-je, j'avais bien apprécié, j'en ai emballé la dernière tranche et le même chocolat dans du film plastique et du papier d'aluminium et je suis parti avec, ce matin. Heureusement, il ne fait vraiment pas chaud.

Quand j'ai retrouvé J. au parc, je lui ai offert le petit cadeau. Il a d'abord eu l'air surpris mais il a dû aimé: il n'en a pas laissé une miette. D'ailleurs, j'ai bien vu que ses yeux riaient! Comme la pluie arrivait, nous nous sommes abrités sous le préau de Guignol, désert à cette heure-là comme presque tout le parc. Un vieux pigeon un peu groggy et unijambiste est venu sans façon nous rejoindre sur le banc. J'ai aimé ce moment: j'ai pensé à deux copains qui, après l'école, s'isolent pour s'échanger des billes ou partager leurs secrets. Deux petits garçons grandis trop vite. Quand la pluie s'est arrêtée, nous avons laissé le pigeon à sa mélancolie et nous sommes repartis chacun vers le travail qui nous attendait.

Je rachèterai de ce pain d'épices: il est trop bon!

jeudi 2 octobre 2008

Un jeune homme.

Certains matins, pas tous, certains, alors qu'il fait encore gris lorsque je débouche sur la rue de l'Abondance, au nom évocateur pour moi de Vésuve et de Campanie, j'aperçois, dans sa chambre au rez-de-chaussée, un jeune homme qui s'habille avant de quitter la maison.

Le plafonnier allumé dans la pièce me permet de bien l'observer. Oh! Je ne m'arrête pas, je suis voyant, pas voyeur. Pourtant, chaque matin, mon regard se tourne vers cette fenêtre particulière, comme m'attendant à un rendez-vous fixé ensemble, pour tous les matins de la semaine, par une sorte de complicité muette. Parfois, il n'est pas là, parfois oui.

Comment s'appelle-t-il? Steeve ou Martin, Lucas ou Arthur, ou bien, plus simplement, Paul ou Vincent? Peu importe, de même que je ne me soucie guère de l'atmosphère de sa chambre, un mélange sans doute de moiteur de la nuit et d'effluves d'eau de toilette pour son âge, dont, bien sûr, il aura exagéré la dose.

Je le vois torse nu au fond de la pièce, près de son placard à vêtements dont la porte, une fois refermée, présente sur toute sa hauteur un miroir en pied dans lequel il s'observe. Il a le corps d'un grand adolescent de dix-sept ou vingt ans, svelte et filiforme, à la taille gracile, pas encore homme accompli, pas encore pleinement épanoui.

Il contemple son corps, de face, en s'exerçant la moue ou le sourire, je suppose, de dos en se tordant pour apercevoir, reflétée dans le miroir, la courbe de ses fesses moulées dans un boxer noir. A quoi pense-t-il, dans ces instants-là? A quoi, moi, pensè-je, observant ce garçon qui s'observe. Jeu de miroirs, de profondeur. On pourrait croire un tableau de Magritte ou de Hopper. La lumière affadie de la pièce et celle, grise, de la rue rendent onirique cette échappée vers le secret.

Il se contemple, lui, heureux de son corps sans doute, ou avec le regret fugace de tel ou tel petit défaut, là sur la hanche ou vers le haut de la cuisse. Il rêve de garder cette minceur ou bien de s'étoffer les pectoraux, de se vieillir un peu dans le regard des filles. Il revoit peut-être ces mains de son amant qui, hier, se sont promenées sur son ventre plat, effleurant son duvet alors qu'il se cambrait sous le plaisir naissant. Un instant encore, il en retient la douceur.

Il a dans la tête toute sa journée et tous les possibles de l'avenir, toutes les portes qui, sans qu'il le veuille vraiment, s'ouvriront et se refermeront, tous les sentiers qu'il parcourra, sans se retourner, jusqu'à la première halte, chagrin, déception, départ à jamais, qui le forcera à s'arrêter et à constater que le chemin devient plus ardu et qu'il y pousse déjà quelques ronces.

Il ne sait pas tout ça. Moi seul, qui le regarde, je le sais. La fenêtre, mince épaisseur de verre, nous sépare mieux qu'un épais mur de pierres. Il est là, devant moi, à quelques centimètres, et je suis à des années lumière. Ces gestes, je les connais, ces désirs, ces appréhensions, ce doute de plaire et cette certitude de maîtriser ce jeu, je les connais.

Ce jeune homme qui se contemple dans le miroir est mon miroir à moi, celui que je fus et que je ne suis plus. Il est le dernier fils que j'aurais pu avoir et que je n'ai pas eu. Il est tous les possibles, naïf espoir de faire mieux et, lorsque mon avancée dans la rue ne me permet plus de le voir, je ne sais pourquoi, mon pas se fait plus léger ou bien tantôt plus lourd.

mercredi 1 octobre 2008

Illumination

Même si le phénomène ne présente pas le même intérêt que le passage de la Comète de Halley qui revient, je crois, tous les 76 ans, je pense qu'une inspection qui, elle, a mis 24 ans pour faire son come-back peut aussi constituer un bon sujet de discussion.

Je prie les non-profs de m'excuser de cet acharnement à gratter là où ça me chatouille, mais il y a du nouveau aujourd'hui. Cet après-midi, j'ai eu l'illumination que j'attendais: j'ai enfin une vue d'ensemble de ma séquence de français sur les trois semaines à venir, et surtout, je sais sur quoi j'axerai mon cours d'inspection.

J'en ai éprouvé un soulagement certain. Il ne reste plus qu'à travailler encore, mais l'idée est là. J'ai immédiatement téléphoné à ma collègue et vieille amie qui, elle, va être inspectée en français 6ème et grec 3ème, pour lui demander son avis. Et, dans les secondes qui ont suivi, nous avons éclaté de rire, car, encore une fois, nous avions eu à peu près la même idée! Voilà ce que c'est d'être "un vieux couple", comme le prétendent certains qui n'ont pas d'yeux pour voir!

Bon, il reste encore à préciser le latin, mais déjà je me sens un peu soulagé. Et ce soir, je ne ferai qu'une brève apparition ici, car je vais mettre à profit ce regain de dynamisme pour corriger quelques copies. Il y a des moments comme ça, où tout roule. Peut-être est-ce la présence et la bonne humeur de J. à midi qui m'ont été grandement bénéfiques. Allez savoir!