mardi 30 septembre 2008

Festina lente.

Juste une photo, pour quitter septembre.

Momentini.

- Demain, je déjeune avec J. Un moment à moi, à nous! Nous nous sommes ratés lundi. Dimanche, j'ai renoncé à l'accompagner aux épreuves internationales de rollers. Je n'ai pas cessé en travaillant de regarder le soleil dehors. Samedi soir, après son concert, nous sommes rentrés rapidement chez nous. Pas le temps de beaucoup échanger. Je suis content de le retrouver demain. Cela me fera lever le nez de mon boulot! Et nous aurons comme d'habitude des tas de choses à nous raconter.

- J'aime la nouvelle équipe que nous formons en français. Je ne sais pas si nous tiendrons, si je tiendrai, ce rythme de travail toute l'année, mais quel coup de vent frais que tous ces nouveaux et nouvelles collègues. Sympathiques et grands travailleurs. De plus la complicité avec mon seul collègue mâle grandit de jour en jour. Je crois que, vraiment, nous nous apprécions beaucoup l'un l'autre, sans aucun sous-entendu libidineux. Ce matin, nous nous sommes retrouvés un court instant seuls. Il m'a parlé de sa famille, il semble avoir beaucoup de choses à confier. Je suis prêt à jouer le rôle du confesseur!

- Demain, enfin, Oceania revient de son périple dans le sud italien. Dire qu'elle m'a manqué est peu dire. J'ai avec Voyage dans les mots un rendez-vous quotidien dont je peux difficilement me passer: une douce assuétude dont je ne chercherai pas à me guérir.

Petits contes de printemps.

Malgré tout le travail qui m'assaille, je viens tout de même de réussir à terminer une lecture.
Oh! un livre pas bien gros et composé de petits textes indépendants les uns des autres, lisibles par l'esprit brumeux à demi-ensommeillé qui fut le mien ces derniers soirs. Il s'agit de Petits Contes de printemps, de Sôseki.

J'avais déjà lu cet auteur japonais il y a quelque temps: Choses dont je me souviens, un ouvrage écrit pendant ces derniers jours, pendant sa maladie, il me semble. Ces pages étaient empreintes de beaucoup de sérénité, d'un détachement certain, d'une observation clinique mais exempte de tristesse de ce qui lui arrivait. Une sorte de paix intérieure semblait en émaner.

Eh bien, ces Contes respirent la même tranquille atmosphère. Ce sont en fait des extraits de son journal intime entre le 1er janvier et le 12 mars 1909, extraits portant sur des riens, des broutilles de la vie quotidienne, des sensations fugaces qui pourraient n'avoir aucun intérêt pour tout autre que lui si ne s'opérait dans chacun de ces écrits la magie propre à Sôseki: celle de transmuer la réalité la plus plate en une sorte de calme poème sur la vie qui passe et que l'on laisse filer sans nostalgie.

J'aime décidément beaucoup cette sensibilité, si différente des mondes toujours un peu malsains où vivent la plupart des auteurs japonais contemporains. Ici, rien ne grince, tout est fluide. C'est ce qu'il me faut en ce moment . Sans compter que j'y retrouve quelques-unes de mes obsessions.

Quand j'ai franchi le seuil, je me suis retrouvé dans la grande avenue qui passe tout droit devant la maison. J'ai tenté de l'embrasser tout entière du regard en me plantant au milieu de la chaussée; les maisons qui entraient dans mon champ visuel étaient toutes à trois étages, toutes les façades étaient de la même couleur. la maison voisine de la mienne, comme celle qui lui fait face, sont construites rigoureusement dans le même style, et si je fais mine de revenir sur mes pas au bout de quelques mètres, je ne sais déjà plus de quelle maison je suis sorti. C'est une ville bien étrange.(...)
Pour la première fois, j'eus l'impression que j'étais englouti dans une mer humaine. J'ignorais l'étendue de cet océan. Cependant le flot était calme, quoique immense. Simplement, il ne fallait pas songer à s'en extraire. Je jetai un regard vers la droite, c'était sans issue. Je me tournai vers la gauche, sans issue également. Je regardai derrière moi: l'espace était hermétiquement clos. Pourtant le mouvement se déplaçait en avant, dans un grand calme.(...) Dans cette ville insolite où les maisons ont toutes trois étages, avec des façades identiques, tout est loin de tout. Où tourner? Quelle rue prendre pour retrouver mon chemin? Je n'en ai pas la moindre idée. D'ailleurs, en admettant même que je rejoigne la rue, je me sens incapable de reconnaître la maison où je vais habiter désomais. Quand je l'ai vue hier, elle sez dressait dans l'obscurité, aussi sombre que l'air du soir.

(Trad. de Elisabeth Suetsugu.)

lundi 29 septembre 2008

Trop, c'est trop!

Il est 22h. Je suis à mon bureau depuis 14h30. Je sature. Cette inspection me prend vraiment la tête. Il faut tout revoir, créer, anticiper, assimiler les conseils des collègues fraîchement sortis des IUFM et autres lieux de formation. Ils sont, eux, au fait des nouveautés pédagogiques. Je veux bien faire tout cela. Simplement, au lieu d'avancer, j'ai l'impression de reculer, de ne plus rien savoir faire, de crouler sous la tache à accomplir d'ici 15 jours.

Pourtant, voilà déjà quelques années que j'enseigne. Je dois tout de même savoir à peu près faire mon travail. Je n'ai, en tous cas, jamais eu de réclamations, au contraire. J'arrive à établir avec les élèves un rapport de confiance et une ambiance généralement travailleuse. Je pense leur apporter quelques notions de langue et de littérature, voire d'arts et d'histoire, qui leur seront utiles pour la suite de leurs études. J'aime me retrouver dans une salle de classe, avec ces sales gosses auprès de qui j'aurai passé une bonne partie de ma vie.

Et tout cela est bousculé par l'idée qu'une femme, que j'imagine avec un petit chignon, de petites lunettes, un petit tailleur, une (très) petite ouverture d'esprit, va venir deux jours en octobre m'inonder comme un débutant de ses conseils, de ses critiques, de son amertume, toute choses dont je n'ai finalement rien à faire!

Allez, je ferai ce que je pourrai et vogue la galère. Je ne veux pas complètement me bousiller ces derniers jours de beau temps, ces lumières d'automne si belles, particulièrement dans l'atmosphère florentine de Lyon. Pourquoi sommes-nous comme ça, les profs: toujours infantilisés, toujours à craindre la réprimande, à douter de nos capacités dans notre travail? Une inspection ne serait-elle pas plus constructive si elle prenait en compte, au lieu d'une prestation d'une heure de cours, un ensemble de critères plus vaste, et si elle se déroulait dans un climat détendu d'échange et de réciprocité?

Et quand je pense qu'en plus, c'est moi qui l'ai demandée! J'ai, à certains moments, envie de faire comme l'autruche: me mettre sous mes draps et n'en ressortir la tête qu'après le 15 octobre. Et franchement, avec un peu d'imagination, j'y trouverais sans doute des tas de choses plus intéressantes à faire, sous mes draps!

dimanche 28 septembre 2008

Les mains des femmes

Pendant toute mon enfance, j'ai été fasciné par les mains de ma mère.

Des mains fines, fragiles et fortes à la fois, des mains douces, des mains gracieuses, particulièrement l'annulaire, je ne sais pourquoi. Je me souviens d'elle, brodant avec un dé ou cueillant au jardin des fleurs qu'elle arrangeait en bouquet. Je me souviens d'elle triant la salade sous le jet d'eau du robinet ou bien préparant, pour le dimanche après-midi, une mousse au chocolat.

Et plus que son visage, ce sont ses mains qui me reviennent en mémoire. Je les vois devant moi telles qu'elles étaient à l'époque et telles qu'aujourd'hui, malgré l'amaigrissement, les taches de vieillesse et les entrelacs des grosses veines , elles m'apparaissent encore. Ma mère a gardé ses mains, ou leur pouvoir de fascination. Simplement, ces oiseaux tranquilles de mes jeunes années se sont faits, avec les ans et la maladie, plus tremblants, plus incertains, moins placides. Mais ce sont toujours les mêmes et elles sont belles, encore.

J'ai toujours été surpris que personne ne s'intéresse à ce sujet, en particulier dans la chanson. En effet, à part Nougaro et Les Mains d'une femme dans la farine, et Les Mains des femmes de Herbel et Bernious (1906), je n'en connais pas d'autres. Et voilà qu'hier, à la radio, j'entends une chanson de Yves Jamait, Des Mains de femme, tirée de son nouvel album Je passais par hasard. Emballé. Je ne connais pas ce monsieur, mais je vais approfondir sans tarder, dès que j'en aurai le temps, car je lui trouve beaucoup de talent.
Un petit aperçu de son style d'écriture:

(...)Des mains qui travaillent le jour
Des mains qui caressent la nuit
Des mains usées dont les doigts gourds
N'auront jamais été vernis
Des mains qui s'insinuent galantes
Et déboutonnent l'impudeur
Et d'autres qui chastes se gantent
De la plus douce des candeurs
Comme des ceps des mains noueuses
Par trop d'automnes fatiguées
Des mains tremblantes et veineuses
Que les saisons ont inspirées
Des mains de femme(...).


Vous n'aimez pas? Moi si, beaucoup. Vous pouvez en entendre un extrait sur profile.myspace.com

samedi 27 septembre 2008

Des gones à part.

Je rentre juste d'une soirée très sympathique à Vaulx-en-Velin.

Oui, je sais, cela peut paraître surprenant, Vaulx étant connu pour ses nuits agitées où les voitures prennent parfois l'idée de brûler et pour ses bandes de loulous pas très accueillants. Eh bien, il se passe aussi des choses plus intéressantes dans cette petite ville de la banlieue lyonnaise. Ainsi, ce soir, au Centre Culturel Communal Charlie Chaplin se donnait une oeuvre très peu connue et très peu jouée: Les Canuts, un oratorio de Joseph Kosma, avec poème de Jacques Gaucheron.

Nous avons eu droit au cours de cette soirée à de très larges extraits de cet oratorio, entrecoupés des interventions explicatives de deux hommes très intéressants: Robert Luc, journaliste, écrivain et conteur de rue, et Gérard Pellier, l'archiviste des oeuvres de Kosma. Si le second se perdait un peu parfois dans les méandres de sa mémoire, les précisions historiques et l'éclairage socio-politique apportés par R. Luc étaient très clairs et instructifs.

Bravo aux récitants, aux solistes, à toutes les chorales présentes, dont celle de J. (Pourquoi croyez-vous que j'étais là-bas ce soir ?), qui ont interprété de façon admirable une œuvre sans doute très difficile à mémoriser et à chanter.

Mais je trouve que cette musique moderne (fin des années cinquante) colle bien au propos qui retrace ces journées de révolte des ouvriers de la soierie lyonnaise, en 1831, face à l'indifférence des négociants devant leur misère grandissante et à leur refus d'appliquer le tarif minimal qui venait pourtant d'être négocié. Les dissonances de la partition s'harmonisent parfaitement avec un poème prenant parfois aux tripes et trouvant souvent des échos épiques.

Ainsi cette intervention des chœurs:
Une colline pour prier.
Les ateliers de la Croix-Rousse
Une montagne pour souffrir.
De père en fils, de siècle en âge
C'est nous qui sommes les Canuts.
Avant nous d'autres sont venus
Trépassés dont le sang tissait de la lumière.


Ou cette autre, que l'on croirait écrite d'hier:
Plus je travaille, moins je gagne
Et je me bats contre le temps,
Toujours battu, toujours perdant.


Je me suis entièrement laissé prendre, collé au fauteuil par la puissance de certains chants. Cent cinquante choristes, ce n'est pas rien! Et puis mes racines ouvrières retrouvaient ici un peu du terreau qui leur fait aujourd'hui parfois défaut. Ainsi n'est-ce pas sans une pointe d'émotion que j'ai entendu un des intervenants préciser que, si les Canuts sont sans doute à l'origine de l'idée de syndicat, ils avaient déjà compris qu'ils devaient en même temps protéger leur outil de production: c'est exactement ce que m'avait dit mon père, mineur lui, choqué par les images du film Germinal où l'on voyait les gueules noires s'en prendre au chevalet de leur puits de mine.

Qu'il existe encore des gens pour se préoccuper de tout cela, pour se rappeler et vouloir que l'on se rappelle de ces sanglantes révoltes, me réjouit, surtout dans le contexte social actuel. L'objectif final est de monter l'ensemble de l'œuvre en 2009.

Pour cela il faut trouver les moyens destinés à payer un orchestre symphonique de 70 musiciens (réduit ce soir à un piano et des percussions) et à louer une salle appropriée. Je crois très sincèrement que l'idée est magnifique et mérite qu'on la soutienne, ne serait-ce que pour encourager tout le travail déjà fourni autant par les organisateurs que par les chanteurs. Alors je vous indique quelques coordonnées grappillées sur le programme. L'événement est chapeauté par l'AMP, Association Musicale Populaire, et le site internet est le suivant: www.oratoriocanuts.com

A me lire, vous aurez compris que je ne regrette pas mon déplacement dans l'est lyonnais. Alors encore une fois: Merci qui? La suite, vous la connaissez. Allez, tous en chœur: Merci J. !

vendredi 26 septembre 2008

Où donner de la tête?

Je ne sais pas si j'ai déjà dit que cet année, au collège, nous accueillons pas moins de douze nouveaux collègues, aussi bien remplaçants que titulaires. La moyenne d'âge tend à considérablement baisser et je me retrouve bon an mal an dans les vieux, les anciens, les dinosaures, les sages: chacun choisira le mot qui lui convient le mieux.

C'est d'ailleurs une position assez confortable. J'apprécie beaucoup la déférence et le respect avec lesquels nous sommes traités, nous les piliers. Si certains de mes collègues font immédiatement amis-amis avec les nouveaux venus, j'aime bien, pour ma part, jouer un peu au chat et à la souris, histoire de pouvoir mieux observer avant l'installation de banales habitudes et de créer quelque temps une atmosphère légèrement trouble qui, si elle en déconcerte certains, me semble tout à fait convenir à certains autres, particulièrement de la gent masculine.

Ainsi suis-je assez content de mon collègue de français et de celui d'EPS déjà mentionnés ici. Chacun dans un genre différent, ils incarnent bien ce trouble dont je viens de parler. Le prof. de français appuyant ses regards chauds de phrases un peu précieuses que d'autres pensent lui être naturelles mais que nous savons déjà, nous deux, n'être qu'un jeu de séduction (sans que je donne forcément à ce mot un sous-entendu sexuel.). Le prof de gym. plus naïf, plus frais, plus à découvert.

Et à midi, j'ai fait davantage la connaissance d'un troisième larron: un remplaçant d'histoire qui, jusque là, me semblait un peu sauvage et sans grande volonté de nouer des liens. Pendant une des réunions de parents, j'ai eu l'occasion de l'entendre parler et de mesurer à la fois sa timidité et sa volonté de la combattre.

A table aujourd'hui, nous étions face à face. J'ai appris qu'il était d'origine italienne, du Latium, au sud de Rome, plus exactement du Mont Cassin, haut lieu de la deuxième guerre mondiale dans la péninsule. Un garçon cultivé et qui, peu à peu, s'est affirmé dans la conversation. Mon autre collègue, femme, présente ayant elle aussi des racines italiennes, le repas se passa très agréablement à évoquer des lieux appréciés en commun.

Et, à la fin du repas, alors que nous nous retrouvions seulement les deux hommes devant l'endroit où nous déposons nos plateaux, il me demanda très vite, si vite que je dus lui faire répéter, si je courais sur les Quais du Rhône. Devant ma réponse négative, il sembla assez déçu. Il me dit que lui s'y retrouvait tous les samedis matin. Le pas fut vite franchi. Nous nous sommes proposés de courir ensemble et peu m'importe que ce soit dans un lieu inhabituel pour moi si c'est en si charmante compagnie! Parce que j'ai oublié de préciser qu'il était loin d'être moche.
Ah! rude période que ces temps de brame!

Momentini.

- Précision sur les SDF du Square Raspail: c'est FR3 Lyon qui m'a renseigné ce soir. Il s'agit en fait de Roms expulsés d'un immeuble qu'ils avaient squatté à Gerland. La police n'a rien trouvé de mieux aujourd'hui que de vérifier tous leurs papiers. Certains seraient en effet des clandestins. Bon, très bien. Mais une fois qu'on aura expulsé ces derniers, que compte-t-on faire des autres? Et pourquoi procéder à ces interpellations en centre ville, sous l'œil des caméras, alors qu'il aurait été beaucoup plus simple de le faire dans le quartier plus excentré et discret de Gerland? Est-ce encore une fois pour rassurer le chaland à peu de frais, alors que pas un instant on aborde le fond du problème? Il faut bien qu'ils soient de quelque part, tout de même!

- Course cet après-midi, en solitaire, au parc de la Tête d'Or. Sur la digestion, c'est un peu dur. Et personne pour soutenir et accompagner les efforts. J'en suis revenu vanné et courbatu. Fatigue accrue encore par la bonne idée que j'ai eue, en quittant ma mère, d'aller faire mes courses à Carrefour Vénissieux. Un grand moment de plaisir! Je ne crois pas renouveler l'expérience de si tôt.

- Beauté d'un regard croisé cet après-midi en courant: un bleu intense dans un visage doré à la courte chevelure noire. Et des cils!!

jeudi 25 septembre 2008

Des mots gras. Fi!

Je reviens un instant sur l'altercation bloquée par mes soins avec ma collègue, l'autre jour, en salle des profs. Même si je n'ai pas pu résister au jeu de mots du titre, je tiens à en parler sérieusement.

Sans entrer dans les détails qui ne présentent pas grand intérêt, je peux vous dire le fond de la controverse. Il s'agissait du degré de vulgarité de plus en plus important dans le langage employé par les femmes.

Lorsque j'entends les adolescentes au collège alors qu'elles ne se croient pas épiées, je suis estomaqué par les mots gras et orduriers qu'elles emploient à froid, sans être sous le coup d'une grosse colère. Autrefois, ce genre de langage était plutôt le fait des garçons, pour se viriliser, se vieillir, se placer dans la cour des grands.

Maintenant, on entend ces mots d'oiseaux partout, dans le collège mais aussi dans la rue, au restaurant, entre automobilistes femelles. Celles qui les prononcent n'en semblent pas autrement gênées et ont l'air de les avoir apprivoisés et intégrés à leur vocabulaire depuis longtemps.

Je ne dis pas que cela passe mieux dans la bouche d'un mec. Une grossièreté abusive est tout aussi abusive chez le mâle. Simplement l'habitude en était davantage acquise et la surprise bien moins grande à l'oreille. On dirait que les femmes cherchent à tout prix à ressembler le plus possible à l'homme, y compris dans ce qu'il a de plus con.

C'était d'ailleurs l'argument de ma collègue: maintenant que nous sommes égaux, nous avons le droit de dire ces mots! Chante, beau merle! Je déteste cette notion d'égalité, qui rabote tout, qui unifie, planifie, assimile, ternit tout contact humain. Une femme n'est pas un homme et inversement. Je m'arrête d'ailleurs tout de suite d'aligner des platitudes, tant ces vérités me semblent élémentaires.

Mais je n'accepterai jamais que le nivellement se fasse par le bas, dans l'apprentissage comme dans les rapports humains et sociaux. Soyons différents, complémentaires, donnons-nous le meilleur. Ne nous castrons pas! (Désolé, Mesdames, il n'y a pas de mot équivalent pour vous!). Il sera beau, l'échange, lorsqu'il ne pourra plus compter que sur quelques mots indéfiniment répétés en toute situation, des mots plats, auxquels, comme pour les préparations surgelées, on devra rajouter beaucoup de (gros) sel pour leur donner un semblant de saveur.

J'aime les femmes, oui, pas la vulgarité.

Froid de banc.

De la deuxième réunion de parents de la semaine, je suis rentré tout à l'heure avec Agnès, une de mes collègues d'Anglais que j'apprécie et qui n'habite pas très loin de chez moi.

En longeant le Square Raspail, elle m'a fait remarquer les bancs occupés par des dizaines de SDF, empilant leurs vêtements et couvertures sur les sièges, à même le sol ou dans des caddies de supermarché. J'ai aussi vu au moins une petite tente. C'était impressionnant. Je n'avais jamais remarqué qu'au bas de ce cours Gambetta que j'aime tant, à l'endroit où, par une trouée magnifique, il débouche sur le Rhône et sur la perspective de Fourvière et des contreforts des Monts du Lyonnais, se rassemblait ce peuple de "gueux" sans toit.

Ainsi, tout près de l'Amphithéâtre des Berges, tout près des installations pour skate et des pistes pour coureurs ou cyclistes, dans ce lieu si beau, tous les soirs sans doute se retrouvent ces hommes et ces femmes pour affronter la nuit. Mais ce qui m'a le plus apostrophé ce soir, c'est d'y voir deux enfants, deux petits qui partagent ce même sort. Que font-ils dans la journée? Vont-ils à l'école? Sont-ils déscolarisés? La mère était (encore) bien mise et s'occupait d'eux comme une mère s'occupe de ses enfants.

Mais ce soir, pendant que je tape ce billet et que je me dis qu'il fait à peine chaud dans mon appartement, eux sont sans doute encore là-bas, sur leur banc, à sentir descendre un à un les degrés Celsius. Moi, il me suffit de mettre en route mon chauffage ou d'enfiler un pull plus épais. Eux n'ont pas droit à des solutions pourtant si simples. Ai-je au collège des enfants dans une situation analogue ou proche? Je n'ai jamais pensé à cela. J'en ai déjà remarqué qui s'installent dans la salle à manger mais ne prennent pas un repas au self: ils sortent d'un sac en plastique quelque nourriture moins chère.

Je crois qu'une fois la retraite arrivée pour moi, je me tournerai sans doute vers ce type de bénévolat ou vers l'aide scolaire aux enfants en difficulté. Nous avons déjà évoqué le sujet, un jour, avec J.. Pour l'instant, je ne peux qu'assister à ce genre de spectacles et refuser qu'ils ne deviennent une réalité banale aux yeux de beaucoup.

P-S.: Agnès va sans doute apparaître un soir ou l'autre sur ce blog. Je viens de lui en donner l'adresse. Bienvenue, cocotte.

mercredi 24 septembre 2008

Et leurs visages.





Avant de tourner la page.

Quelques photos des journées du Patrimoine.







Guilleret.

Les Antiques parlaient de jours fastes et néfastes, jours propices ou non à entreprendre un projet, à concrétiser une aspiration. En cas de jour néfaste, il était conseillé de ne rien faire et d'attendre tranquillement que l'orage soit passé.

Nos sociétés modernes ne permettant pas ce genre de farniente à la demande, force nous est de nous soumettre à nos devoirs quelle que soit la tendance du jour. Mais les anciens n'avaient pas tort: ces jours fastes et néfastes existent bel et bien, et les dieux de l'Olympe se réveillent parfois de leur sommeil séculaire pour nous punir de nos activités débridées.

Eh bien, après un mardi morose, mercredi fut un jour faste. Pas de collègue hargneuse en vue: sans doute bénéficie-t-elle de son mercredi pour garder sa marmaille, sans bien sûr se demander une seconde si c'est un droit ou un privilège qu'on lui accorde.
Des élèves calmes et travailleurs, rassurés par la brièveté de la journée.

Midi fut très "convivial" avec J. qui a trouvé mon repas très bon. Je ne vais pas encore dire que je suis fier, mais le cœur y est. En plus, nous rions et nous parlons beaucoup. Parfois, il est même conseillé de prendre son ticket, comme à la Sécurité Sociale, parce que nous avons toujours quelque chose à nous dire. J'aime ça, et notre complicité, et nos jeux. Moi aussi, je suis vraiment heureux de le connaître.

Je ne suis pas allé courir cet après-midi. Rien depuis le semi marathon. Il faut laisser le corps se reprendre et surtout je voulais calmer mes angoisses (réveillées dans la nuit) en mettant le nez d'un peu plus près dans mes travaux scolaires. Je vais en effet être inspecté en 5° pour le français et en 3° pour le latin.

Je me suis donc lancé dans le latin. Et, ô bonheur suprême, ça a avancé assez vite, tout s'est enchaîné, et j'ai vraiment rentabilisé mon après-midi en remettant tout ce que j'avais déjà fait depuis le début d'année dans une perspective générale logique et pédagogique. Reformulation des objectifs, mise en perspective des textes, tri dans mon ordinateur, regroupement. J'y vois maintenant plus clair, même s'il reste encore beaucoup à faire.

Je me réserve tout de même le droit d'une sortie course d'ici la fin de la semaine. De toutes façons, je ne pourrais m'en passer plus longtemps. Je crois que je suis de la race des (grands?) cerfs: comme chez eux, ma sève monte en automne, je ne brame pas, mais tout juste et il me faudra bientôt le frottement de deux couennes chaudes dans mon lit ou ailleurs. Sinon, je vais devenir comme ma collègue (pour les mêmes raisons?): agressif. Il faut parfois laisser parler la bête sinon elle se cabre!

mardi 23 septembre 2008

Plate journée.

Oui, je sais, ce n'est pas très porteur comme titre, ça ne pousse pas vraiment à lire la suite. Pourtant, c'est exactement l'impression que me laisse ce mardi.

Derrière les volets, ce matin, un ciel gris et humide et une température confirmant que nous n'allons pas vers les beaux jours. La radio avait annoncé du beau temps: quelle heure a-t-il fallu attendre pour voir timidement apparaître le premier rayon de soleil?

Des élèves endormis et inefficaces ce matin, excités et donc tout aussi inefficaces cet après-midi. Un premier atelier écriture qui me confirme qu'il n'est pas possible d'y accueillir toute une classe si l'on veut faire du bon boulot.

Un Stéphane tout malade. Une collègue gratuitement agressive à mon égard. J'ai préféré ne pas répondre: j'ai de plus en plus horreur des situations de conflit violent. D'autres collègues présentes à ce moment-là m'ont bien confirmé cette agressivité. Je ne suis pas parano: elles-mêmes en avaient été choquées.

Une redescente sur terre avec, en premier plan, la perspective d'une inspection qui plus est avec l'inspectrice de Lettres Classiques que nous aurions voulu à tout prix éviter. Evelyne qui fait monter la pression en ne me parlant plus que de ça.

Une réunion à midi où les propos partent dans tous les sens, où l'on aborde un nouveau sujet sans avoir pris le temps de clore le précédent. Une heure à parler pour ne rien dire, pour se retrouver finalement au même point qu'avant de se réunir.

Une réunion de parents ce soir. Bien, décontractée, mais j'ai l'impression de plus en plus d'y jouer la même scène théâtrale chaque année. Trois petits tours et puis s'en vont.

Des joies bien sûr aussi. L'amitié naissante avec mon nouveau collègue de français, de plus en plus décontracté, et avec le nouveau prof de gym. aussi. Le repas prêt pour demain, que nous mangerons avec J. . Un long téléphone de Kikou, en forme malgré sa chimio. C'est elle qui a appelé: elle va beaucoup mieux. Elle s'est abonnée à Internet. Bientôt des échanges par ce canal!

Pourtant, malgré cette éclaircie en fin de journée, je ne classerai pas ce mardi dans le top du mois de septembre. Sans doute faut-il des jours aussi ternes pour faire ressortir la beauté des autres. Sur ce, je vais probablement rejoindre rapidement mon petit lit douillet.

lundi 22 septembre 2008

L'ombre d'un souvenir.

Ce matin, sous la douche, il m'est revenu en tête un très vieux souvenir de mon enfance, sans rapport aucun avec ce que j'étais en train de faire ni quoi que ce soit de vécu dans les heures ou les jours précédents.

Ce souvenir est arrivé avec une rapidité, une force et une précision incroyable. Jamais, depuis des dizaines d'années, il n'était ressurgi à la conscience, enfoui, enterré dans les méandres profonds de la mémoire, et, à cet instant, il semblait frais et jeune comme au premier jour.

Je fus content de retrouver cette bribe de mon passé et me promis de bien la retenir pour en parler ce soir. Et maintenant, plus rien, le souvenir d'un souvenir mais pas le souvenir lui-même. J'ai beau chercher, essayer de recréer l'atmosphère, les sensations que j'ai ressenties à ce moment-là, rien. Il était question de mon enfance, c'est tout ce dont je sois sûr. Le reste a replongé sans doute irrémédiablement dans le magma de mon inconscient.

J'en entends qui soupirent: c'est parler pour ne rien dire. Évoquer un souvenir pour dire qu'on l'a oublié, quel intérêt? Aucun pour l'anecdote elle-même. Un peu plus si l'on considère, comme moi, avec toujours grand étonnement le fonctionnement de cette machine extrêmement complexe et fabuleuse que l'on nomme "cerveau humain". Imaginer un instant la capacité de cette boîte crânienne auprès de laquelle l'ordinateur le plus sophistiqué me semble, à moi, l'ancêtre de la brouette, c'est prendre le vertige.

J'aimerais connaître l'époque où l'on commencera à davantage connaître ce cerveau, à en développer encore les capacités infinies, à mettre ses ressources si possible au service du bien de l'humanité. Mais sur ce dernier point, je ne suis pas très sûr de ne pas rêver éveillé!

J'en rajoute une couche.

Peu à peu, je descends de mon petit nuage. J'aurai eu besoin de toute la nuit et de la journée d'aujourd'hui. Ce matin, à quatre heures, les yeux grand ouverts, je refaisais la course dans ma tête, je repensais à ma chute, au temps idéal de ce dimanche matin, au visage rayonnant de Gilles à l'arrivée, à des petits détails sans importance, aux deux autres coureurs, un homme et une femme, que j'ai souvent côtoyés au long du trajet.

Au collège, il a fallu en parler et en reparler. Quand je dis "fallu", cela ne veut pas dire que ça m'était désagréable, au contraire. Une grosse surprise aussi, en milieu de matinée: dans mon casier, en salle des profs, deux photos de moi, prises par J., dans une enveloppe portant un seul mot: Bravo. J'ai eu un moment de perplexité: je ne voyais pas J. traverser tout Lyon de très bon matin, juste pour me faire cette surprise. Non, c'était Stéphane qui avait pour moi rapatrié ces deux clichés.

Cet après-midi, j'ai dû à plusieurs reprises me retenir pour ne pas me changer et aller courir. J'en avais un besoin presque physique. Mais il faut laisser le corps se reposer: j'irai mercredi. Pour me défouler, j'ai cuisiné. Il me fallait du concret, car j'ai appris ce matin une nouvelle un peu stressante, ou stimulante, comme on voudra: je vais être inspecté mi-octobre.

Je ne l'ai pas été depuis vingt-quatre ans, ce qui est un scandale en soi. J'ai donc fini par réclamer cette inspection. Eh bien, elle arrive plus tôt que prévu. Très bien, ce sera fait, et je n'aurai pas à la redouter toute l'année. D'autant qu'à mon âge (!!!), on en a vu d'autres!

Ce soir, je réintègre mes habits civils, un peu à regret. Mais la page est tournée, le plaisir était au rendez-vous. Il sera encore là la prochaine fois.

dimanche 21 septembre 2008

Je suis fier de moi!


Après l'après-midi en compagnie de ma mère, je me demande si j'ai bien vécu ce qui s'est passé ce matin. J'ai l'impression d'un rêve lointain, de quelque chose que j'ai imaginé. Aucune courbature, aucun signe de fatigue. S'il n'y avait cette grande sensation de paix intérieure, d'équilibre, je douterais fortement.

Autant le dire tout de suite: j'ai rarement vécu un moment aussi fort. Et pour plusieurs raisons: la première, c'est qu'en passant à un endroit précis du parc de la Tête d'Or, je me suis revu l'an dernier à la même époque, de l'autre côté de la barrière. Après avoir travaillé une bonne partie de la matinée, j'étais venu applaudir les derniers arrivants du semi-marathon de Lyon. A voir le rayonnement qui se dégageait d'eux, je m'étais promis d'être là, avec eux cette année.

C'était un rêve assez fou, je le savais. Je courais déjà mais en touriste, un peu certains jours, un peu moins d'autres, selon l'humeur et le temps. C'était aussi, je l'avoue, un prétexte rêvé pour rencontrer de beaux garçons. Vouloir m'inscrire à une compétition sportive me plaisait, à la manière d'une utopie irréalisable. Les amis à qui j'en avais alors parlé en avaient beaucoup ri.

Je l'ai fait, et aujourd'hui, j'y étais. Ce n'est pas tout les jours que l'on voit un de ses rêves se réaliser. Je l'ai fait parce que je l'avais décidé et que j'ai tenu bon. Pour moi, c'est une victoire, sur les autres qui n'y croyaient pas et sur moi-même qui n'y croyais qu'à peine plus. J'ai l'impression d'avoir créé quelque chose.

Moment fort aussi à l'arrivée lorsque j'ai compris qu'emporté par la dynamique de la course, je venais de pulvériser mon record personnel de près de 5 minutes. Mais, alors que le précédent avait été obtenu dans l'effort et la souffrance, celui-ci ne m'a pas coûté. Je tenais à couvrir la distance en moins de deux heures, là aussi sans être sûr de moi. Je l'ai fait apparemment (j'entends la confirmation officielle) en 1h48. Un membre de l'encadrement de la course, avec qui j'ai bavardé à l'arrivée, m'a félicité quand il a su que c'était ma première compétition. Je crois que vous l'avez deviné: je suis très fier ce soir, oui très fier de ce que j'ai fait.

Moment fort aussi par ce départ dans la température plus que fraîche de ce matin. On nous avait annoncé cinq mille participants. Gilles et moi n'y croyions pas. Ils étaient assurément bien là, à essayer comme nous de trouver une place de stationnement puis à se glisser dans la masse compacte qui s'agglutinait près du portique de départ. Une multitude tant masculine que féminine, avec des participants de tous âges, de tous physiques, des beaux, des moins beaux, des superbes. On (je) remarque ces derniers mais le cœur est à ce qui va se produire quelques instants plus tard: le coup de pistolet lançant la course.

Il a fallu s'adapter en ce début de parcours. Gilles et moi, qui étions la semaine dernière seuls en Saône-et-Loire au milieu des champs avec pour spectateurs quelques bovins, nous avons dû apprendre à composer, à réfléchir, à trouver la faille dans le mur pour accélérer et mieux se positionner. J'avais voulu que nous fassions toute la course ensemble, mais, arrivé aux Terreaux, j'ai perdu mon compagnon dans la foule. Alors, j'ai accéléré un peu, remontant vers Bellecour dans les rues du centre ville.

Plusieurs fois, j'ai croisé J. et Jet. sur mon chemin. Ils m'avaient promis d'être là, ils y étaient, à se geler, eux, immobiles sur les ponts ou les quais. Merci à tous les deux, du fond du cœur. Bien sûr, je savais que je pouvais compter sur J., mais la sympathie qui s'est dégagée ce matin de l'attitude de Jet envers moi m'a beaucoup touché. S'il lit ce billet, je voudrais qu'il le sache! Rue de la République, cette semaine, c'est moi qui occupais le milieu de la chaussée, au demeurant d'un contact très agréable à courir et eux qui m'ont accompagné et encouragé jusqu'aux abords de l'Opéra. Je sais que je les ai vus ensuite plusieurs fois, mais, de plus en plus pris par la course, je serais maintenant incapable de dire où. J. a fait de nombreuses photos, comme d'habitude. Dès que je saurai comment faire, j'en rapatrierai quelques-unes sur Potomac.

Après maints allers et retours sur les quais du Rhône et une chute sur la voie mouillée (ravitaillement en eau) due à un coureur inattentif, direction fut prise pour le retour au parc. Il restait encore à mon avis au moins huit kilomètres. Je voulais accélérer encore mais craignais de m'essouffler avant les derniers mètres. Pourtant, tout roulait à merveille: je me sentais bien. D'ailleurs, je crois que j'ai souri tout au long de cette course, tellement j'étais heureux. Assertion confirmée par J. qui m'a dit que beaucoup d'autres faisaient, eux, la grimace.

J'ai donc peu à peu allongé la foulée. Le souffle et les jambes ont parfaitement encaissé le choc. J'avais l'impression que mon corps était devenu un automate que mon cerveau pouvait commander comme il le voulait, une sorte de machine qui avançait toute seule et sans se plaindre. Je ne courais pas pour la performance, mais quelle joie tout de même de se voir remonter des centaines de concurrents sur les derniers kilomètres, eux étant partis trop vite et à bout de force, moi encore frais et fringuant. C'est d'ailleurs une autre fierté de la journée: avoir fait une course intelligente, avoir su m'économiser le temps qu'il fallait pour pouvoir ensuite fournir les efforts nécessaires.

Je pensais profiter au maximum de cette ballade inaccoutumée en ville. En fait, je n'ai vu que très peu de choses. On se concentre sur son effort et sur les coureurs qui nous entourent immédiatement. Ma prédilection pour les côtes s'est confirmée dans la remontée de la trémie du Sofitel: c'est là que j'ai vraiment pris conscience que j'étais en pleine forme et que je n'avais pas à rougir de mon niveau, loin de là.
Une image, belle, pourtant reste encore gravée sur ma rétine: celle de cette immense chenille serpentant partout sur les ponts, sur les quais et sur les bas-ports du Rhône, mille-pattes humain suant et souffrant, gratuitement, juste pour le plaisir de le faire.

Gilles est arrivé quelques minutes après moi, comme moi presque déçu que ce moment de plaisir se termine, heureux comme moi de l'avoir fait. Nous étions comme deux gamins dans le village, à refaire le parcours en paroles tout en avalant boisson et fruits secs. Nous nous sommes promis de poursuivre ensemble un entraînement sérieux et, pourquoi pas, d'en venir peu à peu à de plus longs parcours. Maintenant que la barrière du doute a été franchie! Sur le parking, devant nos voitures, nous avions du mal à nous quitter. Même si nous avons fait la course séparément sur la majeure partie du trajet, nous venions de vivre en commun quelque chose de formidable, et d'inattendu pour l'un comme pour l'autre.

Le dernier jour de cet été qui m'a tant offert de joies et de plaisirs n'en a donc pas été le moindre! Je vous le redis: je suis très heureux et très fier. Et que mes lecteurs non sportifs m'excusent pour ces longs débordements dont ils ne partageront sans doute pas l'enthousiasme.

P-S: Je viens de rajouter, ce soir de lundi, quelques photos de Jahovil. Merci à lui pour ces vues de la course.

samedi 20 septembre 2008

Autre samedi.

Il faudrait en ce moment que les journées aient plus de vingt-quatre heures, les semaines une dizaine de jours et les mois une quinzaine de plus pour tout vivre, tout ressentir, tout jouir ce qui se présente.

Aujourd'hui, par exemple. Ça débute à la Tête d'Or où je retrouve Gilles pour récupérer notre brassard au village du semi-marathon. Il y a quelque chose d'impressionnant dans ce rassemblement de stands, dans cette foule de sportifs et de curieux.

Nous ne sommes habitués ni l'un ni l'autre à ce genre de grand messe d'un style un peu particulier. Gilles se demande ce qu'il fait là: depuis les Beaux-Arts et le tout intellectuel, quel chemin parcouru! Je lui rappelle que, pour moi aussi, l'étude des langues anciennes n'amenait pas automatiquement à la course à pieds. Pourtant, malgré l'appréhension,, il est bien clair et évident dans notre façon de rire que nous sommes en même temps très heureux d'être là. La suite demain matin.

J. me rejoint chez moi à midi et hop, nous enfourchons nos fidèles vélo'v pour rejoindre sa femme à St Jean. Là, à la sortie de la messe de rentrée de l'enseignement catholique, je croise deux vieilles connaissances: un ancien collègue de français et une amie avec qui j'ai partagé des milliers de kilomètres de voyages scolaires. Le kir me met de bonne humeur, mais ma joie la plus grande, c'est de les avoir vus aujourd'hui, eux que je ne croise plus guère. Il faudra qu'un soir, j'invite tout ce petit monde chez moi, maintenant que l'idée de cuisiner ne m'effraie plus trop.


Après un petit repas sympathique sur les quais de Saône, entre ombre et lumière, nous entamons avec J. et G. notre périple culturel des journées du patrimoine. D'abord, la Commanderie des Antonins, sur le quai St Antoine. Aujourd'hui les locaux subsistants abritent un restaurant et le théâtre des Ateliers, mais c'était à l'origine un hôpital datant du XIII° siècle. La visite est guidée par la fille du restaurateur qui a visiblement préparé son intervention, trop peut-être, car trop longue et, à mon avis, peu pédagogique.

Puis, nous traversons la presqu'île d'ouest en est pour rallier le Palais du Commerce, place de la Bourse. Le temps s'est un peu rafraîchi et le petit vent du nord qui souffle parfois n'est pas des plus agréables, d'autant que nous devons attendre presque une heure, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, pour enfin avoir droit à une visite minimaliste de la salle de la corbeille et de ses dégagements latéraux, le reste étant, comme on nous l'expliqua ensuite, occupé en ce moment par la Biennale de la Danse. Grand temple à la gloire de l'argent, ce bâtiment imposant et rutilant de sa restauration récente ne m'intéresse guère. G., elle, en a plein les pattes et s'enfonce dans un des canapés proches. J. et moi tentons, au début avec succès, d'échapper à la surveillance de deux ou trois cerbères pour monter à la galerie prendre quelques photos inédites, mais nous sommes vite rattrapés et priés de redescendre au plus tôt.

La dernière halte fut consacré à la Chapelle de la Trinité, proche du lycée Ampère. Je ne l'avais pas encore visitée depuis sa restauration. C'est chose faite. Datant du XVII° siècle, elle est une très belle image de l'architecture baroque de la Compagnie de Jésus à qui d'ailleurs elle appartenait avant 1905. La fin d'un concert, quelques dernières photos et nous nous quittons, mes deux compagnons fatigués rentrant en métro et moi en vélo'v, un peu déçus tous les trois de notre après-midi moins riche que celui de l'an dernier. Mais intéressant tout de même.

Rentrer pour repartir immédiatement. Ce soir, c'est l'anniversaire d'Hélène, une collègue et amie. Je ne pouvais décemment pas ne pas y passer un moment, même si le repos aurait été plus sage après cette journée et avant celle de demain. Joyeux apéritif en compagnie de Christophe, Isabelle, les filles et bien sûr Stéphane. Qu'il est tentant de rester dans ce doux cocon toute la soirée, de plaisanter, de rire et manger avec eux! C'est d'ailleurs ce qu'ils me poussent à faire. Mais non, je réussis à m'extirper et, à neuf heures, je suis chez moi.

Pour assister sur TLM à la retransmission du défilé de dimanche dernier. Même si la façon de filmer ce défilé n'est pas toujours excellente, en tous cas ne traduit pas vraiment, pour la plupart des groupes, la joie profonde qui s'en dégageait, l'émission m'apprend beaucoup sur la signification des thèmes, des costumes et de la chorégraphie, chose qui peut échapper le jour même des festivités, parce qu'enfin, à la lecture des dépliants, je préfère le plaisir des yeux et des oreilles. Plaisir aussi de voir, par l'intermédiaire de la télé, J. adresser un grand sourire à la caméra, preuve, s'il en était besoin, que ce jour-là, pour lui, c'était vraiment "le pied"!

Quand vous aurez ajouté à tout cela le temps de rédiger ce billet, vous comprendrez que ma journée fut bien remplie, heureuse et détendue, mais que maintenant il est temps d'y mettre un terme avec un dernier petit plaisir: quelques pages, au lit, d'un bon roman japonais. Mais, au fait, que suis-je? Hédoniste ou épicurien?

vendredi 19 septembre 2008

Recensement.

Devant l'affluence de visites sur mon blog ces jours-ci, affluence due à mon billet sur le défilé de la Biennale de la Danse 2008, je suis allé plus souvent surveiller mon "traceur": il est vrai que plus de 100 visiteurs répertoriés en une journée, je n'avais jamais connu ça! Ceux-là y ont sans doute trouvé ce qu'ils cherchaient, puisque demande de biennale il y avait et billet sur la biennale aussi.

En revanche, je suis toujours surpris par l'arrivée chez moi de certains dont les mots-clefs de recherche sont à des années lumières de mes préoccupations. Le système d'orientation des réponses de Google est plutôt fantaisiste, puisque basé uniquement sur la présence de certains mots, qu'ils soient reliés entre eux par un sens ou pas.

Ainsi, après l'inénarrable trouvaille d'il y a plusieurs mois, le croustillant "chatte humide", je viens de découvrir, dans un autre registre, le plus technique "Peut-on peindre des joints de camping-car avec de la peinture ordinaire?". Bien sûr, le pauvre homme, ou la pauvre femme (une claque sur ton nez, affreux sexiste!), n'a pas dû être très satisfait de sa visite, mais qu'y puis-je?

Plus sérieusement, je suis assez content des demandes qui défilent le plus fréquemment. En tête, le très sérieux "tétramorphe", sur la représentation symbolique des quatre évangélistes. Suivent de près la comptine des Dix petits Nègres et l'Hommme qui marche de Giacometti, ainsi que le dialogue de Titus et Bérénice et le Carmel de Mazille, très souvent demandés eux aussi. Bien placée également la traduction du Consors Paterni Luminis que j'avais effectuée pour J. alors qu'il répétait le Cantique de Jean Racine avec sa chorale.

L'occasion presque toujours pour moi de me souvenir de l'endroit où j'ai tapé ces billets et surtout des expériences, des moments qui y ont donné naissance. Un journal hors du temps, proposé de façon aléatoire par les demandes des autres. J'aime.

Bientôt là!

Demain matin, nous allons, avec Gilles, chercher notre dossard au village du Parc de la Tête d'or. Et dimanche matin, ce sera le semi-marathon. Nous avons vérifié sur les listes: nous sommes bien inscrits, pour ma part depuis le mois d'avril.

Je ne l'ai pas vu arriver. Considéré de si près, ça a tout de même un petit côté impressionnant. Même si nous ne courons pas pour une quelconque performance mais pour le plaisir de participer à une épreuve sportive, il faudra assumer au milieu de ses milliers de gens, tant sportifs que spectateurs (dont certains que je connais bien!), il faudra se faire une place dans ce troupeau, essayer de ne pas être gêné par les autres, maintenir son rythme, et offrir aux regards une foulée qui soit à la fois efficace et belle, car je pense que la course aussi, c'est un spectacle.

Je ne serai pas seul. J'aime l'idée de partager cet effort et cette joie de l'arrivée avec Gilles. Déjà, samedi dernier, il avait un visage rayonnant au retour à St Jean d'Ardières et je pense que je devais offrir le même. Sincèrement, ce fut un grand moment de fraternité et de connivence. Dimanche, je ferai en sorte que la même magie opère.

L'idée de traverser le centre de Lyon en courant, avec la voie ouverte devant nous, me plaît aussi beaucoup. Ce sera la première fois que je ferai ce chemin en short et chaussures de sport, sans avoir à me soucier des voitures, vélos et autres piétons. J'espère penser à profiter du paysage architectural mais ce n'est pas sûr: on doit être pleinement pris par l'effort fourni (ou par le galbe du concurrent précédent!). J'aurais aimé faire des photos de toute cette foule, coureurs et badauds, mouvements et couleurs, mais je ne peux pas les prendre moi-même. J'espère que J. aura le temps d'en faire de son côté.

En attendant, j'ai fait provision de granules homéopathiques et je mange des pâtes. Autant être dans la meilleure forme possible. J'avais pensé ne pas courir aujourd'hui ni demain, pour m'économiser, et puis, cet après-midi, je n'ai pas tenu. La somme de travail que j'abats en ce moment est telle que j'ai besoin de cette soupape pour évacuer la pression. Je m'en suis tenu à deux tours, sagement. Le mollet gauche qui donnait quelques signes de faiblesse (crampe) a tenu bon. Mais stop là, car je me rends compte que je me mets à déblatérer comme les vrais sportifs, ceux qui ne parlent que de leurs douleurs!

Voilà. Un très, très léger fond d'appréhension, largement balayé par le plaisir anticipé et l'impatience d'y être. Promis, je vous raconterai.

jeudi 18 septembre 2008

Momentini.

- Question du test: "Peux-tu expliquer pourquoi le...?". Réponse de l'élève: "Non." J'aime cette franchise qui fait gagner du temps!

- Magnifique lumière du soleil levant ce matin, entre les arches du cloître. J'ai raté la photo.

- Toujours surpris quand une femme ou un homme me regarde dans la rue. Surpris mais content, émoustillé parfois.

- Bouffée de tendresse pour ma mère ce soir, quand elle me caressa doucement le bras. Je pensais à sa solitude depuis la mort de mon père, ce besoin irrépressible que l'on a tous de se frotter à un autre épiderme. Comme des bébés, pour vivre.

- Un billet d'Oceania m'a remis en tête une belle histoire d'il y a longtemps: alors qu'au Louvre, je m'attardais à admirer une Annonciation d'un peintre flamand, la gardienne se leva de sa chaise et alla pour moi disposer autrement les rideaux de la vaste fenêtre. Sans doute quelqu'un qui aimait la peinture, et ses semblables.

Des tests et moi.

Aujourd'hui, c'était Tests Nationaux français en 6°. Des années que cela dure, des années que nous y perdons des heures, des années que nous nous demandons franchement à quoi cela peut bien servir.

En plus, depuis trois ou quatre ans, ils nous resservent exactement les mêmes, à la virgule près: de sombres histoires d'eaux usées et une affaire sordide entre un roman et un dictionnaire. De quoi passionner ces enfants pour la lecture! Certains d'entre eux les ont d'ailleurs déjà faits en juin dernier, s'ils avaient une maîtresse de CM2 très angoissée et voulant savoir si ses protégés étaient vraiment au niveau pour entrer en 6°. Dans ces conditions, comment interpréter les résultats? Comment leur accorder un quelconque crédit?

L'état lui-même semble s'en désintéresser, même s'il ne consent toujours pas à les supprimer, ou à les remplacer par quelque chose d'utile, des outils dont nous pourrions nous servir pour cerner et si possible résoudre les difficultés de certains.
Il y a quelques années, nous avions droit à des statistiques nationales, des pourcentages de réussite selon les items (comprenez points d'observation). Cela ne servait à rien, mais prouvait que quelqu'un reprenait notre travail, le prolongeait et que nous n'avions pas inutilement perdu notre temps à coder et à transcrire les scores sur ordinateur.

Aujourd'hui, plus rien de tout cela. On nous demande les résultats de quatre ou cinq élèves (choisis au hasard?)en septembre, puis ces élèves sont, paraît-il, "conviés" à repasser des tests en juin, histoire sans doute de vérifier leur progression. Mais tout ce petit tralala est si discret, si anodin, si futile que je n'en ai eu connaissance que ce matin et encore par le plus grand des hasards.

Ainsi, deux heures de cours envolées (et on est toujours un peu à l'étroit dans l'emploi du temps en début d'année), des heures de correction , de codage et de saisie informatique pour ....rien! Ne parlons même pas de l'aspect interdisciplinarité qui, lui, a été le premier sacrifié, il y a des années déjà.

Plus j'avance dans ma "carrière", plus je suis critique face à tout ce qui nous est imposé de haut, par des gens dont on se demande la dernière fois où ils ont vu un élève face à eux en cours. On nous brinquebale d'une mode à l'autre, d'une ringardise à l'autre (tendance actuelle) et où est l'intérêt des élèves là-dedans? On peut souvent le chercher ailleurs.

Aussi, ce matin, ai-je été ravi de voir tous ceux, ou presque, qui avaient fini avant l'heure, sortir de leur cartable un livre et se jeter dessus comme des affamés, après avoir été "radiographiés" sous toutes les coutures. Le plaisir après la vivisection! J'étais le seul, vraiment, à regarder constamment la pendule!

mercredi 17 septembre 2008

Fatigue.

Seulement quelques photos, ce soir, sans légendes.





mardi 16 septembre 2008

Villa Amalia.

Cela ressemble bien à la troisième déception du jour!

Peut-être avais-je trop espéré de ce roman de Pascal Quignard, peut-être ne l'ai-je pas lu au bon moment, en ce début septembre, tellement occupé par la rentrée des classes que la lecture se fait plus courte en temps et moins attentive.

Je ne sais pas, mais je quitte le livre sans regret. En effet, Villa Amalia me paraît avoir beaucoup d'ambition sans s'en donner les moyens. L'histoire, le long fragment de vie de cette musicienne, Ann Hidden, aurait mérité un développement plus considérable, tant il est riche de personnages, de situations, de décors, de poésie. Je vois un gros roman, stucturé, cadré, un peu à la manière de Stegner avec La Bonne grosse Montagne en sucre.

Au lieu de cela, un style souvent minimaliste, qui luit parfois tendrement mais n'émeut pas, des changements de narrateurs qui ne s'imposaient pas, des notations sur la musique qu'on aurait aimées moins succinctes, quelque chose d'un peu sec sur du doux, de la peau morte sur le pli tendre de l'aine. A moins que, par là, Quignard ne veuille faire sentir la sécheresse des compositions musicales d'Ann.

Ce personnage ne m'a pas convaincu, je ne l'aime pas. Trop dure, trop renfermée sur ses douleurs, jusqu'à en être égoïste, à ne jamais vouloir les partager avec ceux qui souffrent des mêmes maux. Toujours en fuite, inhumaine et sèche comme sa musique. Physiquement, elle suit cette évolution aussi, jusqu'à n'être plus qu'os à la fin du roman.

J'aurais aimé que Quignard se contente de nous raconter l'épisode de la Villa sur l'île d'Ischia, au large de Naples, de loin le plus beau, avec des personnages magnifiques, telle la petite fille amoureuse d'Ann comme son médecin de père, ou la vieille paysanne campanienne qu'elle parvient à convaincre de lui louer cet hermitage et avec qui elle nouera des liens étroits jusqu'à la disparition brutale de ce paradis. Là, je me serais senti chez moi.

Elle aimait de façon passionnée, obsédée, la maison de Zia Amalia, la terrasse, la baie, la mer. Elle avait envie de disparaître dans ce qu'elle aimait. Il y a dans tout amour quelque chose qui fascine. Quelque chose de beaucoup plus ancien que ce qui peut être désigné par les mots que nous avons appris longtemps après que nous sommes nés. Mais ce n'était plus un homme qu'elle aimait ainsi. C'était une maison qui l'appelait à la rejoindre. (...) C'était comme un être indéfinissable, euphorisant, dont on ne sait par quel biais on se voit reconnue par lui, rassurée, comprise, entendue, appréciée, soutenue, aimée.

Déception (deuxième de la journée).

Où l'on entend reparler de l'atelier lecture.

J'ai eu aujourd'hui confirmation de ce que je craignais. Au lieu des cinq intervenants de l'an dernier, nous ne sommes plus que trois cette année pour l'ensemble des cinquièmes à avoir une heure consacrée à cet atelier. Autrement dit, cela ressemble bigrement à un air de glas dans la campagne désolée.

En effet, cela nous ferait des groupes pouvant aller jusqu'à 28 élèves, plus que l'effectif de certaines classes, donc. A titre indicatif, l'année écoulée, j'en avais 17, et j'étais le groupe le plus fourni.

Comment, avec un tel nombre, installer la confiance, la complicité nécessaire au bon déroulement de ce processus d'écriture? Il faut rappeler que cela, tel que je l'avais pensé, n'avait rien de scolaire au sens strict, même si le but final était bien de faire progresser des élèves dans la voie des mots.

Comment parvenir, avec cette meute, à les faire s'exprimer vrai, sans pudeur stupide, sans fausse honte, devant des camarades si le groupe reconstitue la morphologie d'une classe type?

On nous propose de scinder en deux et de prendre chaque groupe tout les quinze jours. Fréquence pas suffisante à mon avis pour "tenir" l'intérêt dans ces têtes d'adolescents. Ou alors de faire deux semestres, un pour chacun. Mais, hormis le fait que le nombre de séances et donc la possibilité de progresser s'en trouvent divisés par deux, je crains qu'à répéter les choses, la flamme de l'enseignant s'en trouve quelque peu amoindrie.

Voilà! Comme d'habitude, on nous demande d'innover, de chercher des idées, des parcours qui puissent mener au même but par des chemins détournés, et bien vite il ne reste plus de ces trouvailles que le nom pompeusement imprimé sur une circulaire destinée aux parents. A l'intérieur, rien, néant. L'esprit s'en est allé souffler ailleurs.

Mais je compte bien dans les jours qui viennent me battre encore pour défendre ce que je considère comme ayant été une réussite l'an dernier. Je vous tiens au courant.

Dialogue de chats de gouttières.

- Z'avez-vu, les gars, y z'ont choisi Marseille!
- P'tain, quel pastis!
- Manquerait plus que Gaudin ait aussi le sénat!

Et si c'était Lyon!

Lyon, capitale européenne 2013 de la culture? La réponse, c'est aujourd'hui.

lundi 15 septembre 2008

Réponse boulet de canon!

Un de mes élèves de 6°, ce matin:
- M'sieur, j'ai oublié de faire l'exercice, je croyais que c'était pour demain!
Je ronchonne et lui demande d'apporter son carnet, pour que je note l'oubli.
Tout de suite après, un deuxième:
- M'sieur, moi aussi, je croyais qu'il fallait juste lire.
Réponse fulgurante de ma part:
- Soyez un peu moins croyants et un peu plus pratiquants!
Je suis assez fier de moi! Eux n'ont sans doute pas compris, mais tant pis!
(Évidemment, sur le sujet de la religion, j'aurais dit exactement l'inverse!)

Biennale de la Danse: défilé 2008 (bis)

La mise en page de mon billet d'hier soir m'ayant pris beaucoup de temps, j'ai remis à aujourd'hui de vous parler de l'ambiance de cette fête.

A deux heures de l'après-midi, les rues étaient encore tranquilles. Le soleil pointait mais le vent soufflait assez froid. Pourtant, il y avait comme un frémissement: beaucoup de couples, de petits groupes, d'individus isolés semblaient prendre la même direction, traverser le Rhône en colère pour se rendre dans la Presqu'île.

Arrivé rue de la République, je me postai près du Grand Bazar, aux Jacobins. Quelques personnes déjà installées mais relativement peu. Je n'eus aucune difficulté à me trouver un petit coin avec bout de trottoir surélevé pour poser mes petites fesses, à l'abri du vent et sans risque de voir des dos volumineux me masquer le spectacle, puisque la ligne à ne pas franchir était juste au bout de mon gros orteil. En plus, aucune barrière à cet endroit.

C'est d'ailleurs un des aspects qui m'a plu d'emblée: très peu de barrières. Apparemment, à Lyon, on fait confiance à l'intelligence du peuple. Bien sûr, un service de sécurité impressionnant (pas service d'ordre, service de sécurité), mais sympathique et pas obtus. Juste ce qu'il faut d'autorité pour empêcher les distraits de se précipiter sans le vouloir dans les jambes des danseurs, ou pour rappeler à quelques parents qu'ils ont, eux, la garde de leurs enfants en bas âge.

F-J. étant arrivé sur ces entrefaites, je ne pris pas garde, en bavardant avec lui, aux grossissements des rangs qui bientôt se creusèrent sur trois ou quatre profondeurs et, lorsque je me retournai, je ne vis même plus les boutiques dans mon dos. Les masquant, beaucoup de monde, des gens de tous âges et de toutes conditions sociales.

De la petite bourgeoisie, représentée par ses deux commères derrière moi qui ne cessèrent de commenter la beauté de tel costume (ah! elles aimaient la dentelle!) ou de tel couvre-chef. Elles atteignirent l'extase avec les géantes et leurs robes à crinoline.

Des babas, toujours aussi mal habillés, mal coiffés, pas coiffés du tout d'ailleurs, et malodorants. Pour les deux premiers points, c'est leur liberté. Pour le troisième, ils entravent tout de même un peu la mienne, en tous cas celle de mon nez, et j'aimerais qu'ils utilisent davantage la savonnette.

Des bobos ou intermittents du spectacle, l'air de rien mais le dernier appareil photo numérique en main, prenant des poses (enfin, au début, avant que l'affluence le leur interdise) et commentant sentencieusement le défilé, en ayant soin parfois de glisser un nom, le nom d'un de leurs amis qui dirige X, s'occupe des subventions Y ou a créé le concept Z. Assez drôle, au final, d'autant que les rythmes des tambours eurent vite raison de leurs péroraisons.

Et puis le peuple, des banlieues ou de la ville, mêlé, joyeux, attentif, respectueux. Près de moi, un père de famille avec deux petits enfants, dont il s'occupait, lui, leur commentait le spectacle, leur montrait ce qu'il y avait de plus beau, ce qui pouvait le plus retenir leur attention. A un moment, il s'est tourné vers moi pour me parler, faire partager son enthousiasme à un adulte. Il avait les yeux qui brillaient, comme un gamin.

Cette joie, ce côté très convivial était entretenu par les groupes eux-mêmes qui n'hésitaient pas, pour la plupart, à interpeller les spectateurs, à s'approcher d'eux pour leur offrir de menus objets, à pratiquement les intégrer dans le spectacle.

J'eus, pour ma part, un moment de flottement: une des danseuses, tout à coup, fonça dans ma direction et s'arrêta le visage pratiquement contre le mien, nos lèvres à quelques petits centimètres. Je crus que j'allais avoir droit à un baiser enflammé. Mais non. En revanche un sourire radieux, que je lui rendis, j'espère aussi radieusement, et la moitié au moins de son sac de confettis qu'elle me déversa sur la tête.

Vous voyez: quand je disais bonne humeur hier soir, mots que reprend d'ailleurs exactement Jahovil, je ne vous mentais pas.

A la fin du défilé, nous allâmes, F-J. et moi vider notre vessie mise à mal et boire un thé chez lui, pour nous réchauffer. En redescendant à pied à Bellecour, je croisai S., un des fils de J. qui, tout comme lui, son frère et une de ses sœurs, avaient fait partie du "show". Comme il est aussi bavard que moi, nous ne tardâmes pas à trouver moult sujets de conversation et, finalement, je remontai toute la presqu'île avec lui (troisième fois donc) pour rejoindre leur troupe aux "loges", c'est à dire une école près des Terreaux où ils s'étaient changés et avaient entreposé leurs affaires personnelles.

Très content de cet imprévu, je fis donc la bise à toute la famille et aussi à un ami pas vu depuis longtemps. Lorsque tout le monde fut près, je les accompagnai jusqu'au bus spécial qui devait les ramener au bercail, et finis moi-même le trajet en vélov'.

On est toujours un peu désorienté de se retrouver seul après tant de bruits festifs, tant d'images colorées et gracieuses, tant de gentillesse, tant de sourires, tant d'amitié. Mais quelle belle journée j'avais passée! Merci qui? Merci J. (Entre autres, bien sûr. Il ne faut pas exagérer!).

Et dimanche prochain, les rôles sont inversés: je serai au milieu de la rue, et il y aura des spectateurs pour me regarder le long des trottoirs. Qu'est-ce qui se passe? Vous l'avez donc oublié? Je participerai à ma première compétition sportive: le semi-marathon de Lyon. Je pense cependant pouvoir vous dire qu'il y aura moins de plumes et de fanfreluches, à moins que je n'arrive à en faire tenir quelques-unes dans mon short! Histoire de voir la réaction! Non? Bon d'accord. Et pas de commentaire, Piergil, svp! :-))

dimanche 14 septembre 2008

Biennale de la Danse: défilé 2008.

Les dieux du ciel et des éléments ont été cléments cet après-midi pour le défilé 2008 de la Biennale de la danse, rue de la République, dans le centre de Lyon. Un peu de fraîcheur mais du soleil et donc de la bonne humeur. Début des festivités à 15h; en fait, j'étais là une bonne heure avant pour m'installer convenablement et pouvoir prendre des photos. F-J m'accompagnait. Mais si, vous le connaissez, c'est mon fidèle Passe-Partout, un peu dégondé, mais reconnaissable tout de même.

Beaucoup de monde donc et un spectacle varié et haut en couleurs, à la fois bon enfant et travaillé. Je suis content qu'il ait fait beau pour ces centaines de danseurs, chanteurs, rollers, musiciens, couturières, bricoleurs qui, depuis plusieurs mois, ont donné beaucoup de leur temps libre pour qu'aujourd'hui tout soit réussi. Merci à eux tous, vraiment.

Bien sûr, j'ai pris des tonnes de photos, certaines réussies, d'autres moins. Je vous propose un petit résumé de la fête avec, pour chaque groupe, le thème exposé, le lieu concerné et une photo représentative.

1. Et ça continue (les MJC de l'Isère):

2. ADN, Accouche et Danse à Nouveau (Vaulx-en-Velin et Sainte-Foy-lès-Lyon):

3. Soma? Soma ? (Vénissieux):

4. Exemplum (Chambéry, Savoie et Annemasse):

5. Les gens de l'avenir (Lyon 9°, Dardilly, Ecully):

6. Eolitic (Meyzieu):

7. Demain l'humain (Grigny, Pierre-Bénite, St Genis-Laval):

8. Dans les temps (Bron):

9. De la naissance de la Terre à l'avenir de l'Homme (Rilleux-la-Pape):

10. Réveils du Monde (Lyon 3°):

11. Sisyphe heureux (Bourg-lès-Valence et Drôme-Ardèche):

12. On ne peut pas savoir où l'on va si l'on ne sait pas d'où l'on vient (Villeurbanne):

13. C'est quoi demain (Lyon 8°):

14. Le peuple du rire (L'Arbresle et l'ouest lyonnais):

15. Face à face dans la ville Monde (Lyon 7°-4° et agglomération):

16. Ombres et lumières (groupe invité, Brésil):

Sans oublier les (Pro)Ogresses:

et les Pointillés:

qui ont ponctué l'ensemble du défilé.

Voilà. Ça vous a plu? Si oui, rendez-vous dans deux ans. Moi, j'y serai, c'est sûr!

samedi 13 septembre 2008

Dormir.

Confier à l'autre son sommeil est peut-être la seule impudeur. Laisser se regarder en train de dormir, d'avoir faim, de rêver, de se tendre, de s'évaser, est une étrange offrande. (Pascal Quignard, Villa Amalia.)

En lisant ces lignes, hier soir avant de m'endormir ou ce matin en me réveillant trop tôt, j'ai été frappé par la justesse de l'observation. Le fait de voir quelqu'un dormir m'a toujours fasciné. Encore sans doute un des aspects de mon voyeurisme invétéré!

Lorsque quelqu'un dort et qu'il a donc les paupières baissées, il n'y a plus l'expression du regard, la flamme et la chaleur des yeux pour donner au visage son ou ses expressions habituelles. On découvre alors un autre être, plus doux ou plus sauvage, plus vulnérable ou plus tendu, quelqu'un que l'on n'a jamais vu et que l'on reconnaît à peine.

L'offrande qui est accordée est celle de la fragilité, de la vulnérabilité. Accepter de dormir aux côtés de quelqu'un, c'est lui faire une grande confiance, risquer de se livrer à lui tel que soi-même on ne se connaît pas. C'est accepter de montrer l'enveloppe extérieure de ses rêves, enveloppe qui, si elle ne les livre pas, en laisse transparaître l'intime contenu.

J'aime regarder quelqu'un dormir. Je suis capable de ne plus bouger, de retenir mon souffle, de supporter longtemps une crampe ou une mauvaise position, pour ne pas réveiller l'autre, pour ne pas interrompre cet instant, pour lui de ses rêves, pour moi des miens éveillés.

La dernière fois que cela m'est arrivé, c'est avec J., en Allemagne. Nous avons dormi dans le même lit. La couette nous tenait chaud, trop, et dans son sommeil, il s'en était dégagé les pieds qui apparaissaient, sages et bien alignés, au bas du lit. Je ne voyais pas son visage, tourné à l'opposé, mais j'ai aimé ses pieds et moi qui, habituellement, n'apprécie pas trop cette partie du corps, je les ai trouvés beaux.

J'aimerais connaître ce que devient mon propre visage, ce qui transparaît de mes pensées lorsque je suis endormi. J'aurais peut-être des surprises à le découvrir. Une seule solution pour savoir: en parler à mon radio-réveil. Promis, je lui demande dès ce soir et je vous tiens au courant!

La voie verte.

Sept heures. Le réveil sonne. Je me traite de fou. A cinq heures, j'étais réveillé, et je lisais. Le sommeil est revenu, et maintenant il faut se lever. A sept heures! Un samedi! Nous avons rendez-vous, Gilles et moi, chez lui, pour partir à Belleville en voiture. De là, en empruntant la voie verte, nous rallierons Beaujeu en Beaujolais à la course, soit 22 kms aller et retour.

Après les premiers pas, la tête se remet à l'endroit. Coup au moral pourtant quand j'ouvre la fenêtre et les volets: un temps de chien (mais alors, un chien malheureux, celui qui couche toujours dehors). Notre projet est-il bien raisonnable? En plus, il fait froid: sans doute autour de 11°, pas plus. Nous ferions mieux d'aller plus près, Tête d'Or ou Miribel.

Petit déjeuner, douche, rasage. Je me sens alors étonnamment bien, frais, pour quelqu'un qui n'a pas beaucoup dormi. En plus, la perspective de connaître cette piste destinée aux piétons, rollers, vélos et coureurs m'excite. J'en ai entendu parler depuis longtemps, entre autres par J. l'an dernier. J'ai envie de la voir, de la fouler. Précaution: j'emporte des vêtements de rechange, car on risque fortement d'être trempés.

Sur le périphérique, la pluie commence à laver mon pare-brise. Je bifurque sur Paris, avec un petit coup d'œil nostalgique sur la verdure de Miribel. Non, pas aujourd'hui, mais je compte bien m'y étendre au moins encore une fois au soleil! J'arrive sur la commune de Rilleux. J'ai à la main les renseignements que Gilles m'a dictés au téléphone, et naturellement je me trompe. Erreur vite rétablie. Heureusement, car je n'ai pas noté son adresse et je n'ai pas pris mon portable. Je me traite in peto de c.. mais je trouve rapidement sa maison, dans le vieux village.

Il passe le nez à la fenêtre en entendant la voiture. Pas vraiment réveillé, le pépère. Après un bon café, nous partons. La pluie cesse au nord de Lyon, sur l'autoroute. Nous apercevons même un instant un petit coin de ciel bleu. Au parking de St Jean d'Ardières, il fait froid. Les cuisses à l'air, il faudra vite se réchauffer par l'effort physique.

Le site est admirablement aménagé: panneaux indicateurs visibles et claires, parking à voitures et à vélos, toilettes impeccablement propres, distances kilométriques précises. Il y a deux ou trois voitures, c'est tout. Tout le long du trajet, nous ne croiserons quasi personne, seulement des habitants des lieux.

Tout de suite, l'environnement me plaît. Nous longeons les villages, sur cette voie qui reprend aujourd'hui l'ancien tracé du chemin de fer, dont il reste encore les petites gares joliment aménagées et quelques panneaux sibyllins pour nous. Les vignobles du Beaujolais s'étalent sur de douces collines où se dressent parfois des cabanes de pierres ou de vieux oratoires.

Nous sommes dans la verdure, quelques chevaux et de plus nombreuses vaches charolaises nous regardent passer, sans interrompre leurs occupations masticatoires ou digestives. Les roues de foin, protégées par des bâches, forment parfois d'étranges châteaux-forts au milieu des champs. Je prends des photos, bien sûr. Mais pas vraiment du paysage, des clichés obsessionnels, comme d'habitude.

Nous avons chaud maintenant et prenons garde, lorsque nous nous arrêtons pour boire, de ne pas nous refroidir. Toujours pas la moindre goutte d'eau venue du ciel. Je le fais remarquer à Gilles, nous avons toujours de la chance lorsque nous courons tous les deux: une température fraîche mais agréable pour ce genre de sport et un ciel couvert mais clément. La piste a l'air plane mais, en fait, elle grimpe insensiblement d'un bout à l'autre. Nous mettons une heure pour l'aller, ce qui est honorable, compte tenu du dénivelé.

Je me rends compte alors que je suis passé plusieurs fois sur la route toute proche, en allant rendre visite à Pascal, dans sa maison de campagne du Brionnais. Je reconnais les noms de village: Cercié, St Lager, Régnié-Durette, Lantignié, Quincié...

Au retour, je prends encore quelques photos. Les conversations vont bon train, comme à l'aller, plus même parce que maintenant le rythme est pris, le souffle est calé. C'est ce que j'aime avec Gilles: on peut échanger sur beaucoup de points, la sociologie comme le scolaire, la peinture comme l'écrit, le bricolage comme les futilités. Déjà, l'aire de départ se profile. Nous sommes en pleine forme tous les deux. Je suis sûr que nous aurions pu faire encore quelques kilomètres supplémentaires.

On se change rapidement et direction Lyon, à l'approche de laquelle nous retrouvons la pluie qui n'y a pas cessé. Je fais la connaissance de sa femme et des ses filles. Marie, sa femme, est très sympathique. Au bout de deux minutes, nous discutons déjà jardinage, une passion commune. Comme elle a l'air de l'aimer, son Gilou. Je la vois tendrement lui passer la main dans les cheveux alors qu'il vient de s'asseoir. Un instant, je les envie. Ils ont l'air bien, tous les deux.

Nous pensons remettre ça quand l'automne sera un peu plus avancé. Avec du soleil, les collines du Beaujolais couvertes de leurs vignes rougeoyantes sont un des plus beaux paysages que je connaisse.

Voilà: une promesse de froid et d'eau, une envie de rester couché, de tout annuler, et, au final, une grande joie, comme chaque fois, joie d'avoir persévéré, joie d'avoir soutenu l'effort physique, joie des yeux et joie de l'échange amical, fraternel. Oui, à refaire, bien sûr.

Ensuite, j'ai passé l'après-midi et une partie de la soirée avec d'autres amis: Pétrone, César et Suétone. Moins drôles certes, mais bon. Chaque chose en son temps!

vendredi 12 septembre 2008

Récréation.

(Toute) petite récréation à midi, avec J., dans les rues de Lyon, pour assister à l'un des trente "jours" de ce danseur québécois, Paul-André Fortier. Une demi-heure de mouvements sans musique par un temps plutôt frisquet. Je n'étais pas vraiment concentré. Le public, rare, m'intéressait plus que le spectacle lui-même.

Ayant été pris en photo par un photographe officiel de la Biennale, qui nous en a très aimablement demandé l'autorisation, nous allons sans doute tous les deux montrer bientôt nos joyeuses frimousses lors de l'exposition prévue dans le hall de la Maison de la Danse. Avis aux amateurs!

Avant la récré, boulot. Après la récré, boulot. Une vie de prof, quoi!

La Bêtise

Aujourd'hui, un cahier d'appel tout neuf a été, en 3°, proprement lacéré, déchiré, rendu inutilisable par un crétin (ou plusieurs). L'an dernier, on en avait retrouvé un coincé dans la cuvette des toilettes.

Pourquoi? Aucune raison ne tiendrait debout face à la bêtise de ce geste. Vandalisme gratuit, façon absurde de se poser en s'opposant à tout, sans chercher à comprendre, détruire pour détruire, parce que ça fait du bien à son ego de petit merdeux insupportable, parce que ça pose un mec face à une cruche d'adolescente qui se pâme déjà devant ce qu'elle croit être un homme alors qu'il n'a de commun avec cette espèce qu'un petit bout de chair pendouillant entre ses jambes.

Je ne supporte pas cette connerie. Que l'on se révolte, très bien, je le comprends. On peut y être amené par toutes sortes de vécus, par une accumulation de frustrations jamais exprimées, entassées dans la poitrine comme un alien trop lourd à porter. Il faut exploser, parfois: la colère peut sauver. Mais s'en prendre à l'inerte, c'est être inerte soi-même. Je peux pardonner un coup de poing, une violente bagarre, jamais une destruction absurde. Et je parie que celui qui a fait ça n'a même pas la tête d'un révolté, je parie qu'il sait parfaitement cacher sa bêtise derrière un air des plus innocents. il deviendra peut-être un monsieur très bien, socialement assis et respecté de tous. Je lui demande une chose, une seule: ne jamais se vanter de son geste comme d'un exploit, devant ses enfants ou petits-enfants, dans quelques années, si peu. Moi, à ces petits-enfants, voilà en contrition ce que je chanterais si j'étais à sa place:

(Extrait du célèbre opéra "La Vie quotidienne", voici l'air fameux z-entre tous: l'air de la bêtise.)

Mère des gens sans inquiétude,
Mère de ceux que l'on dit forts,
Mère des saintes habitudes,
Princesse des gens sans remords,
Salut à toi, dame Bêtise,
Toi dont le règne est méconnu,
Salut à toi, dame Bêtise,
Mais, dis-le moi, comment fais-tu
Pour avoir tant d'amants
Et tant de fiancés,
Tant de représentants
Et tant de prisonniers,
Pour tisser de tes mains
Tant de malentendus
Et faire croire aux crétins
Que nous sommes vaincus,
Pour fleurir notre vie
De basses révérences,
De mesquines envies,
De noble intolérance,
De mesquines envies,
De noble intolérance,
De mesquines envies,
De noble intolérance....

Paroles et musique: Jacques Brel.1957

jeudi 11 septembre 2008

Ma cour.

Il faut que je le dise: regarder chez les autres m'a toujours intéressé.

Non, je ne pense pas que ce soit du voyeurisme. Bien sûr, si une belle paire de fesses (mâle bien entendu) passe à portée de regard, je ne vais pas détourner les yeux et je profiterai sans honte du spectacle qui s'offre à moi. Mais plus généralement, c'est voir vivre les gens qui me passionne.

Ainsi, en ce début de demi-saison, alors qu'il fait déjà nuit beaucoup plus tôt, les appartements s'éclairent et je peux m'adonner librement à mon vice. Je précise encore que je ne reste pas des heures caché derrière les rideaux à l'affût de l'occasion, mais que, lorsque cette occasion se présente par hasard à moi, eh bien, j'en profite.

Ma cour est une cour fermée typique de Lyon, encerclée d'immeubles de six ou sept étages, pas très beaux extérieurement, mais confortables et assez bourgeoisement occupés pour la plupart. Si l'on comptait les habitants de cet îlot, je pense que l'on atteindrait l'équivalent d'un petit bourg de campagne.

Il y en a que je ne connais pas, que je n'ai jamais vus et que sans doute je croise dans la rue sans les reconnaître. Et puis il y a ceux qui, peu à peu, me sont devenus familiers, au fil des mois ou des années, parce que nous vivons au même rythme, parce que j'ai eu le regard attiré un jour chez eux par un événement précis, ou parce que ce sont ceux qui se trouvent juste en face de mes fenêtres, les plus visibles.

Ceux-là, il me semble que ce sont presque des amis, que je connais beaucoup de leur vie, au moins à certaines heures et selon ma propre imagination. C'est un peu comme dans le métro ou dans le train: j'invente des histoires à mes compagnons de voyage, en fonction de leur visage, de leurs vêtements ou de mes propres fantasmes.

Qui sont-ils, ces amis inconnus? Il y a le monsieur que je vois tous les soirs nu prendre sa douche (et sa femme, le matin), celui qui se met à la fenêtre pour fumer après le repas du soir et qui semble avoir un torse magnifique, un autre qui se lève en même temps que moi le matin (nous sommes les deux seules lumières allumées de la cour), et qui vérifie chaque fois que je suis bien là, comme je le fais pour lui.

Il y a la dame malade qui cache sa chute de cheveux sous une perruque et soigne ses fleurs malgré tout, le propriétaire d'un 4/4 qui ressemble trait pour trait à un propriétaire de 4/4 et à qui j'étais ravi, il y a quelques soirs, de piquer sous le nez la dernière place de stationnement libre de la rue. Je ne vous décris pas le regard!

Il y a les deux vieux dont la dame lave les grands, très grands slips blancs de son mari et les étend sur une cordelette à sa fenêtre. Il y a la mère de famille qui, pendant des années, n'a pas cessé de hurler sur son petit garçon. Aujourd'hui, je n'entends plus rien. D'ailleurs, j'ai aperçu le garçon récemment: il n'est plus si petit que ça!

Il y a les étudiants, qui défilent dans un appartement reloué chaque année, la fenêtre d'où sort toujours un air de clarinette ou de hautbois sans que j'y voie jamais personne, l'amie de mon voisin du rez-de-chaussée dont le rire pétaradant résonne aux alentours et qui ne sait pas que l'été, lorsque je dors la fenêtre ouverte, j'entends absolument tout ce qu'elle dit.

Il y a enfin ce sexagénaire qui vit avec une mère quasiment grabataire, qui la soigne, qui la nourrit, qui passe le plus clair de son temps à accompagner cette fin de vie (parfois remplacé, certains soirs, par ce que je pense être une aide à domicile). Lui, il m'a parlé, un jour. Il tenait un bureau de vote dans mon quartier. Depuis, nous nous saluons, dans la rue ou par fenêtres interposées. Au début, j'étais choqué par la façon dont parfois il parlait à sa mère, en la grondant vivement comme un gamin en faute. Depuis que je vis ça avec la mienne, je comprends mieux que parfois on puisse craquer.

Il y a donc ceux du réveil, ceux de midi ou de l'après-midi, ceux du soir et de la nuit. Peu de lève-tôt et peu de couche-tard, hélas. Certains disparaissent parfois, d'autres emménagent et il faut alors les intégrer dans la nouvelle géographie des lieux.

Et puis, lorsque j'en ai assez de la cour et de ses habitants, je me tourne... vers la rue et je regarde minou, qui me regarde.

mercredi 10 septembre 2008

Des nouvelles de mes fleurs.

Mes deux petits balcons en sont encombrés à tel point que je peux à peine y mettre un pied pour les arroser.

Un des deux hibiscus a été très productif cet été et continue vaillamment à épanouir ses grosses fleurs rouges. L'autre, plus beau à mon avis, n'a rien donné....jusqu'à ces derniers jours où, enfin, est apparue une belle corolle rose agréablement ciselée. J'espère que, comme il y a deux ans, il donnera des fleurs de deux couleurs différentes, les unes roses, les autres jaunes. Mystère de la nature. A-t-il été greffé?

Les deux chèvrefeuilles agonisent davantage d'année en année. Aussi est-ce décidé: l'an prochain, je m'en débarrasse et en remplace un par le plant de glycine pris chez la mère d'Émile et qui pousse à une allure phénoménale.

Les rosiers ne vont pas bien, le laurier rose résiste, la rose trémière s'est bien épanouie cette année, les campanules sont très résistantes et refleurissent régulièrement. Les plantes grasses engraissent, les belles de nuit ont donné quelques beaux moments quand je pensais à les arroser. L'arbre à perruches se tient mais est encore loin de ressembler à un arbre, pas même à un arbuste, et craint beaucoup le vent. La bougainvillée finit sa floraison et fait neiger fushia dans la cour avant de reprendre ses airs de buisson épineux. Toutes les autres vont bien, merci. A l'intérieur, l'orchidée est au repos.

Toutes ne sont pas belles mais l'ensemble me plaît. J'aime cette verdure, ce fouillis qu'il faudra bientôt tailler, rentrer, ranger pour plusieurs mois. En attendant, chaque matin, lorsque j'ouvre les volets de ma chambre ou que je prends mon petit déjeuner à la cuisine, je suis heureux de les retrouver, fidèles au poste et si peu exigeantes par rapport au plaisir qu'elle nous donne.

Insectes, je vous hais.

Je viens de m'arrêter de travailler. J'ai failli ne pas ouvrir cet ordinateur ce soir, et puis je n'ai pas résisté.

Heureusement car j'ai lu chez Lancelot (Boat...) un billet très émouvant sur les relations mère, père, fils et l'évolution de ces relations quand les parents vieillissent et que la maladie les atteint. Ses mots m'ont beaucoup touché. Bien sûr, je sais de quoi il parle.

J'ai tout de même pris, cet après-midi, le temps de l'entraînement à la course à pied. Avec Raphaël, à qui j'avais donné rendez-vous sur place, nous avons fait trois tours de Tête d'Or dans la chaleur du début d'après-midi. Et j'ai découvert ce dont parlait Jahovil, il y a quelques jours: les ravageurs, ces sortes de petites bestioles qui, effectivement, sont en train de coloniser nos villes et surtout nos parcs publics.

J'en avais déjà fait la pré-connaissance dimanche dernier alors que j'étais sorti avec ma mère dans le square de son quartier, mais je n'y avais pas trop prêté attention. Aujourd'hui, impossible de les oublier: à la fin de la course, j'en avais mon T-shirt blanc complètement constellé, plus quelques-uns, plus téméraires, qui commençaient à investir mon short.

Mais est-il sûr qu'ils ne s'attaquent pas à l'homme? Chaque fois que j'ai eu affaire à eux, j'ai toujours senti de petites piqûres sur les bras ou sur les jambes. Autosuggestion? Peut-être, car rares sont les insectes que j'apprécie!

mardi 9 septembre 2008

Qu'est-ce que tu lis?

En début d'année, les sixièmes sont soumis à de nombreux tests afin de déceler ce qu'ils ont réellement acquis au cours de leur primaire, ce qui est en cours d'acquisition et les lacunes éventuelles dans les connaissances nécessaires.

La semaine prochaine, ce seront les tests nationaux, mais auparavant je leur propose quelques exercices plus personnels qui me permettent d'affiner davantage les résultats officiels. Ainsi, je leur ai fait passer ce matin un test de lecture silencieuse chronométrée. Un terme bien affreux, d'accord, pour ces bambins à peine débarqués dans la grande école, mais cet exercice, bien que silencieux, est très parlant.

Précédé d'un "pour de faux", d'un essai afin de les désangoisser et de bien leur faire comprendre les consignes, il consiste à lire un texte court (le prochain sera beaucoup plus long) à sa vitesse normale de lecture, sans lambiner, sans non plus se croire sur un circuit de Formule 1.
A la fin de sa lecture, chacun inscrit son temps sur la copie, puis répond à dix questions à choix multiple portant sur la compréhension du texte. Le temps de réponse n'est, lui, pas chronométré. Seule obligation: celle de ne jamais revenir au texte.

Ensuite, par de savants calculs prenant en compte le temps de lecture, le nombre de mots du texte et le pourcentage de compréhension de ce texte (nombre de bonnes réponses aux questions), je peux situer l'élève dans une échelle de lecture et, à partir de certaines normes, juger s'il est un bon lecteur, un lecteur correct ou s'il a visiblement des difficultés et de la lenteur dans le déchiffrage.

Je sais, tout cela vu de l'extérieur peut paraître très barbare et plus médical que pédagogique. Pourtant cette série de tests est un excellent outil pour déceler les élèves en grosse difficulté et pour leur apporter le plus tôt possible l'aide dont ils ont besoin. Car, la plupart du temps, si les enfants n'aiment pas lire, c'est parce qu'ils lisent trop lentement, faute d'un entraînement suffisant de l'œil.

Je les observais tout à l'heure, tous concentrés sur leur texte à déchiffrer. Comme ils sont sérieux à cet âge-là. Je suis toujours sidéré par le pouvoir qu'un professeur peut avoir sur eux, si demandeurs et si malléables. Cela me fait parfois un peu peur, et en même temps me réjouit car j'y vois la promesse d'un bon travail, d'une bonne coopération.

Le premier à terminer a lu en 1mn30, le dernier en plus de 6mn. Donc quatre fois plus. Le premier a ensuite sorti un gros roman de son cartable, afin de s'occuper en attendant: dès le premier jour, il m'a demandé la permission de l'apporter en classe, pour meubler ses temps morts. Le dernier était penché sur la feuille, contracté des épaules, suivant les mots du doigt et les formant sur ses lèvres à voix basse.

Je n'ai pas encore corrigé leurs réponses. Je sais pourtant d'emblée et presque à coup sûr quels seront les résultats pour ces deux-là. Qu'il existe une telle différence me surprend et me révolte chaque fois. Il va falloir s'atteler à la tache sans certitude de réussir. Mais quelle joie, en fin d'année quand un élève, qui a accepté l'aventure de la lecture et les contraintes pour démarrer, vient vous voir au bureau et vous dit que maintenant il aime lire, ou lorsque, en cours d'année, vous en voyez un, mal parti au début, sortir de son cartable, un livre et le lire, un petit livre certes mais un LIVRE!

A ceux qui ne cessent de dire que le niveau baisse, que les enfants ne lisent plus, je dis que c'est faux. Les enfants aujourd'hui, pour la plupart, lisent beaucoup plus que ceux qui les ont précédés dans les vingt dernières années. Bien sûr, ils ne lisent pas toujours ce que les parents (ou certains profs) voudraient: un père de famille s'étonnait, il y a peu, que je ne fasse pas étudier Eugénie Grandet en cinquième! Je n'ai, moi-même qui aime (aimais?) pourtant beaucoup Balzac, jamais pu finir ce roman qui, chaque fois, m'est tombé des mains. Et je suis prof de lettres! Alors, vous imaginez un cinquième!

Ils préfèrent des romans plus axés sur le fantastique, l'humour ou la science-fiction. Ils sont alors capables de dévorer trois ou quatre tomes d'une série sans sourciller. Moi, je dis "bravo", je dis "continuez, lisez, développez votre imagination et vos rêves." Je saurai attendre le moment où, la confiance gagnée, l'habitude de lecture prise, je les ferai doucement glisser vers d'autres univers, d'autres genres littéraires, d'autres plaisirs, d'autres rêves. Parfois, souvent, d'ailleurs, ils n'ont, pour cela, même pas besoin de moi!

En relisant ce billet avant de l'exposer, je me rends compte qu'avec ce que j'écris, je peux passer pour un très grand prétentieux. Pourtant, je n'enlèverai rien. Je crois que je ne peux concevoir mon métier que dans une ambition extrême, non pour moi mais pour eux.

lundi 8 septembre 2008

Gratuit.

Vue sur les marronniers, depuis ma salle de classe. Fin d'été, début d'automne.
Juste parce que ces longues colonnes de texte sans photos, c'est un peu triste.

Les habits neufs de l'empereur.

Dans un blog que j'apprécie, Le Coq du Causse, l'auteur dit aimer la beauté des liens qui se tissent par ces écrits, liens dont parfois on ne connaît même pas l'existence si le lecteur ne laisse pas trace de son passage.

Moi aussi, je trouve cela très beau, cette sorte de relation souterraine, un peu de voyeur et en même temps de communion souvent, si l'on revient. Mais ce soir, en lisant son billet, j'ai pensé à un conte de Hans Christian Andersen, Les Habits neufs de l'empereur dont, avec mes collègues de français, nous avons utilisé un extrait pendant des années dans nos cours ou nos évaluations.

Le résumé, en deux mots: un empereur désire se faire tisser un costume splendide, exceptionnel, comme il n'en existe aucun autre au monde. Deux escrocs passant par là voient le parti qu'ils peuvent tirer de la situation. Ils prétendent tisser une toile que seuls les gens intelligents peuvent voir. Bien entendu, nul, après cela, n'ose avouer qu'il ne distingue rien et que, lorsque l'empereur se promène dans son palais, ce que l'on voit avant tout, c'est son royal postérieur. Jusqu'au jour où un enfant, dans sa simplicité, clame la vérité: il n'y a rien à voir! Leçon sur la vanité, l'appartenance au troupeau qui bêle un seul et unique chant de soumission.

Aucun rapport avec un blog, bien entendu! Mais j'ai pensé un moment à la possibilité que tous ces fils tissés, invisibles ou non, ces contacts virtuels, ces amitiés à distance, susceptibles de disparaître dans le silence absolu d'un écran, pourraient n'être en fin de compte qu'une illusion, un trompe-l'œil où l'intellect se perd, prenant ce miroir aux alouettes pour la réalité. Une autre télévision, juste un peu plus réelle, mais si peu. C'est assez sinistre, comme constat, mais n'y a-t-il pas dans ces pensées, comme un petit fond de vérité?

Râteau.

Samedi après-midi, je faisais mes courses au supermarché Casino le plus proche de chez moi. Comme il est actuellement en travaux, les produits changent constamment de place dans les rayons et gondoles, et cela ne me fait ni rayonner ni me gondoler (Bon, d'accord, un peu faible!). D'autant que je fréquente ces lieux depuis plus de dix ans et que me servir de ce que je désirais relevait pour moi de l'automatisme. Donc, tour, détour, contour et retour dans les allées encombrées, à la recherche des croûtes pour bouchées à la reine, des bonbons à la menthe ou du film alimentaire.

Alors que je me sers en fruits et légumes, je repère une très ancienne connaissance avec qui, il y a des années, j'eus d'agréables privautés dans quelque taillis de notre bonne campagne lyonnaise. Il me regarde un instant lui aussi, puis nous continuons nos achats. Les perpétuels allers et retours pour retrouver les produits font que, plusieurs fois, nous nous recroisons, avec , de sa part, un regard toujours aussi appuyé dans ma direction.

Je me dis alors qu'il serait poli, en tout cas civilisé, puisque nous sommes seuls tous les deux, de lui dire bonjour et de lui adresser quelques mots à notre prochaine rencontre. Mais je passe à la caisse sans l'apercevoir à nouveau. Lorsque je sors du magasin, il est un peu plus loin, arrêté sur le trottoir et observant à la dérobée la sortie des clients. Je suis un peu gêné, car si je veux bien être poli, je n'ai nullement l'intention de renouveler sous une forme ou sous une autre nos ébats de jadis (dont j'ai pourtant gardé un souvenir assez précis).

Comme je ne peux l'éviter, je m'avance dans sa direction et, parvenu à sa hauteur, alors qu'il vient de se remettre en marche, je lui lance un gentil "bonjour". Il ne bronche pas. Il n'a pas entendu, avec la circulation sur Gambetta? Je réitère ma salutation. Alors il tourne vers moi la tête, et me regarde comme s'il venait de me découvrir à la seconde. Je suis assez mal à l'aise et, pour alléger la situation, je lui précise que nous nous connaissons depuis déjà de longues années.

Alors, il me toise, comme s'il s'apercevait à l'instant qu'il avait marché dans une merde de chien et me lance un bref "C'est possible." dont les inflexions méprisantes me restent encore aujourd'hui au travers de la gorge. Ensuite, il tourne le dos et s'en va, s'enfuit, devrais-je dire, comme s'il avait vu le diable sortir de mon cabas.

J'avoue que je suis resté un peu baba devant sa réaction! Enfin quoi! Je ne lui demande rien, il me dévisage pendant au moins vingt minutes dans le magasin, il m'attend dans la rue et se sent insulté lorsque je lui adresse la parole. Eh bien, lapin, va te faire voir, ou plutôt va te regarder, car tu t'apercevras que tu n'es pas irrésistible. On m'y reprendra, moi, à vouloir être poli! C'est ce qui se dit prendre un râteau alors que l'on ne désirait même pas une....pelle. (Elle est meilleure, celle-là?)

dimanche 7 septembre 2008

Trois joies de ce matin.

La bougainvillée de mon balcon, dernier éclat.

Le retour du miel, sur le marché Saint-Louis.

Mes voisins d'en face, que je découvre!

Potomac et Calyste.

Pour accéder à mon blog, les uns tapent le premier nom, les autres le second, certains même les deux. Hier soir, j'ai eu la curiosité de le faire moi-même pour voir ce qui apparaissait en réponse de Google. En ne retenant que le plus intéressant, voici ce que j'ai trouvé:

Pour POTOMAC:
- naturellement le fleuve des États-Unis, qui arrose entre autres Washington.
- toujours pour les États-Unis, l'ancien yacht présidentiel de F.D. Roosevelt, de 1936 à sa mort en 1945.
- encore aux États-unis, un blog, Potomac Micmac, d'un français résidant Outre- Atlantique.
- en France, le nom d'un groupe musical, apparemment disparu aujourd'hui.
- une entreprise d'immobilier, à Versailles, Lyon, Paris, ...
- un herbicide foliaire systémique (?).
- un blog illisible, en langage SMS: Newlife-potomac-was.
- un roman de Jeanne-Martine Vacher: La Traversée du Potomac.
- un roman de Jean-Pierre Bastid et François Missen: Potomac
- un roman poétique de Jean Cocteau: Le Potomac (1919).

Pour CALYSTE:
- le château de Calyste, résidence pour personnes âgées, à Amfreville sous les Monts (27), entre Rouen et Louviers.
- l'entreprise Calyste à Hyères (83).
- Calyste, coiffeur à Vendôme (41).
- l'Association Calyste, production et diffusion de spectacles vivants, rue St-Antoine, à Paris (75).
- le théâtre Calyste, compagnie Jean-Claude Dreyfus à Paris (75).
- la compagnie Calyste, apparemment disparue puisqu'aucun renseignement disponible.
- la villa La Calyste, à Fayence (83).
- la salle Calyste, au Centre des Congrès de Caen (14).
- Alphonse Calyste Taveau (1870-1937), rédacteur au Crédit Foncier.
- Calyste de Guénic, personnage du roman Béatrix, d'Honoré de Balzac.
- enfin, Kallistè (la plus belle), surnom donné par les grecs anciens à la Corse, dont le nom officiel était Cyrnos.

Pourquoi moi, ai-je choisi ces noms?

Pour Potomac, il vous faudra remonter jusqu'à mon premier billet datant, si je me souviens bien, d'octobre 2007.
Pour Calyste, c'est un peu plus complexe: il faut diviser le mot en trois syllabes.
- ca: une syllabe qui fait partie de mon vrai nom.
- ly: Lyon, bien sûr, ville où je réside maintenant depuis très longtemps.
- ste: stéphanois, ce que je suis de naissance.

Voilà les plus curieux renseignés. Voilà aussi sans doute le billet le plus ennuyeux que j'aie jamais écrit. Enfin, j'espère.

samedi 6 septembre 2008

Momentini.

- Temps de chien aujourd'hui sur Lyon. Pluie et obscurité. Je suis tout de même allé courir, à la Tête d'Or.
- Avec Gilles, 21 kms. Nous ne pensions pas les faire. Finalement sans problème pour moi, même si petite douleur au genou à l'arrivée. Un peu de difficulté pour Gilles dans les cinq cents derniers mètres. Il parlait d'un début d'hypoglycémie. Mais tous les deux très contents du défoulement.
- Travail intellectuel. Refonte intégrale des séquences de latin sur les trois niveaux 5°,4°,3°. Cet après-midi, l'empire romain! Tout un programme!
- Ce soir, fatigue certaine, mais bien. Dodo pas trop tard, j'espère.
- Moi savoir écrire mieux, mais moi avoir la flemme, à cette heure. Et puis il y a le long billet précédent...

Jeux interdits.

Le ballon prisonnier était le jeu préféré de mon enfance. Aujourd'hui, il a totalement disparu des cours de récréation, peut-être parce que leur sol en est souvent recouvert de bitume et que tomber serait dangereux. Pourtant, nos élèves se livrent parfois sur ces mêmes cours à des activités autrement périlleuses.

J'aimais ce jeu, passionnément. Il fallait d'abord tracer les trois lignes parallèles qui délimitaient les espaces, deux derrière lesquelles se trouvaient les prisons et celle, centrale, qui départageait les deux équipes.

Il fallait ensuite composer ces équipes: les deux capitaines étaient tirés au sort, ou s'imposaient naturellement, et choisissaient à tour de rôle un membre de leur clan. Bien sûr, on privilégiait les meilleurs copains, mais pas seulement: étaient aussi très courtisés les grands ou ceux qui avaient de longs bras, parce qu'ils tiraient plus loin. Pourtant, parfois, les petits étaient préférés, pour leur habileté à se mouvoir plus facilement entre les tirs ennemis et parce qu'ils leur offraient moins de surface de frappe.

Ensuite le jeu commençait, à grand renfort de conseils, de demandes de balle, de cris plus ou moins aigus selon les âges. Nous étions capables d'aller jusqu'au bout de notre souffle pour remporter la victoire, et quelle joie lorsqu'une équipe dont il ne restait plus qu'un membre libre arrivait peu à peu à remonter la pente et finalement à vaincre.

Je me souviens que je tirais fréquemment sur les mêmes camarades, toujours. Je crois que, déjà là, dans ce jeu anodin, pointaient mes orientations futures: ces assauts répétés n'étaient sans doute que les prémices d'autres moins innocents que je me mis à pratiquer un peu (à peine) plus tard. Je choisissais ma proie et lui faisais inconsciemment sentir combien la violence de mon tir cachait mal l'attirance physique que j'éprouvais pour elle.

J'ai la confirmation de ce que je viens d'écrire par un autre jeu qui m'a également beaucoup excité dans mon adolescence: le jeu du foulard. Alors que, l'été, je participais à des camps sous tentes organisés à l'image de ce qui se faisait chez les scouts, nous avions souvent, pour le classement final, à nous battre entre équipes.

Nous engagions notre foulard bicolore dans l'espace entre le pantalon et les reins et il fallait prendre à l'ennemi le maximum de ces foulards, uniquement en allongeant les bras et en feintant pour surprendre l'adversaire.Parfois même, pour corser la chose, nous n'avions droit qu'à une seule main pour opérer. Il était bien entendu interdit d'attacher son foulard à sa ceinture et de renverser de force son partenaire.

Il se trouve que j'étais excellent à ce petit jeu, peut-être à cause d'une certaine longueur de bras. Mais un autre garçon, plus vieux que moi et vaguement apparenté à ma famille, était tout aussi bien armé. Ce qui fait que les combats se terminaient en général par un face à face entre nous deux, les autres ayant perdu depuis longtemps leur appendice caudal provisoire. Si, au début, nous respections les règles, bientôt la hargne montait, la fièvre aussi, et nous nous jetions l'un sur l'autre, pendant que les spectateurs faisaient cercle autour de nous pour nous regarder et empêcher que l'on nous voit de l'extérieur. J'attendais ce moment avec fébrilité, je sais aujourd'hui pourquoi.

Étant le plus jeune, le moins lourd, je me retrouvais systématiquement plaqué au sol, avec tout le poids de l'autre sur moi, son corps collé contre le mien et j'aimais cette sensation de chaleur qui m'envahissait, même si je ne cédais rien dans la suite de la bataille. Je crois que nous n'avons jamais réussi à nous départager. Si, les premières années, il gagna plus souvent, par la suite, les rôles s'inversèrent car j'avais acquis en ruse et tactique ce qu'il avait lui, de supériorité physique.

Une fois le combat terminé, quelqu'en ait été l'issue, il m'aidait à me relever et nous n'avions plus aucun contact, ni physique ni verbal, jusqu'au prochain face à face. Je respectais énormément ce garçon qui m'impressionnait et je crois, je suis sûr, que ce respect était réciproque Je ne l'ai jamais revu . Je sais qu'il est devenu masseur et qu'il habite encore dans la Loire. Je sais aussi qu'il s'est marié et qu'il a eu des enfants. Mais qu'est-ce que ça veut dire?

vendredi 5 septembre 2008

Humeur (mauvaise).

Quel est le gros cerveau fêlé, le nullissime, le dépravé, l'empêcheur de prendre du bonheur, qui a décidé de virer la météo marine de la FM pour l'installer sur les grandes ondes? Qui cela gênait-il? Pourquoi? Que l'on me donne une seule raison valable!

Moi, je suis habitué depuis longtemps à écouter sur France-Inter, la douce voix de Marie-Pierre Planchon égrener ce long poème qui me fait tant rêver pendant que je croque ma pomme de fin de dîner, à l'entendre échanger quelques mots avec Kathleen Evin, deux voix si belles, si chaudes, avant que l'on embarque pour naviguer selon son Humeur vagabonde.

Voilà! Privé de dessert. Et je ne suis pas le seul. Qui écoute les grandes ondes? Qui n'aime pas Marie-Pierre Planchon et Kathleen Evin? Je souhaite à celui qui est responsable de cette disparition de manger le mouton qui a mangé l'herbe qui portait la fourmi qui abritait dans son cerveau malade (elle aussi!) l'affreuse larve, je lui souhaite aux trousses un millier d'abeilles, des vraies, des vigoureuses et belliqueuses, des guerrières qui, au lieu de penser à l'amour, lui feront regretter ce qu'il vient de faire. Pffff!

Coléoptères, hyménoptères, gastéropodes et autres joyeusetés.

Attention! Ce soir, âmes sensibles, abstenez-vous! Les faits que je vais raconter, et qui sont avérés puisqu'entendus sur France-Inter (!!!), peuvent, par leur cruauté, en blesser, voire en traumatiser, quelques-uns. Éloignez, en tout cas, les enfants de l'écran de votre ordinateur!

Ça y est? Ils sont partis au dodo? Alors, allons-y. Je vais vous parler de ces petits morceaux de vie, de ces monstres hideux en devenir, que l'homme en général écrase sous le talon lorsqu'il en croise un spécimen sur son chemin: je veux nommer la larve, le fœtus de l'insecte, encore plus laid, souvent, que son papa ou sa maman.

Savez-vous comment ces choses de rien se débrouillent pour ne jamais disparaître de la surface de la terre, pour toujours résister à tout et réapparaître alors qu'on les croyait éradiquées? Elles sont diaboliques! S'il y avait assez de place dans leur petite tête (quand elles en ont une) pour placer un cerveau, on dirait qu'elles sont intelligentes. Jugez plutôt.

La larve d'un coléoptère dont j'ai oublié le nom a besoin pour survivre de se nourrir du nectar et des œufs des abeilles. Comment attirer ces butineuses vers les plantes en bordure de plage sur lesquelles elles éclosent? Rien de plus simple: entre copines, elles se réunissent, s'imbriquent, se façonnent et parviennent ainsi à prendre la forme d'une abeille. Pour attirer à tous les coups ce balourd de mâle, elles sont même capables de sécréter un phéromone très proche de celui de la femelle du faux bourdon.

Le lourdaud n'y voit que du bleu et entreprend vaillamment l'acte de copulation qui, en principe, est la seule chose à faire dans ce cas-là entre adultes consentants. Mais, avant qu'il ne s'aperçoive de sa bévue, ces harpies larvaires se collent à lui et ne le lâcheront que lorsqu'il aura rencontré une âme soeur plus digne de ses ardeurs. Alors, elles passeront tranquillement du mâle à la femelle, qui, innocemment, les introduira dans la ruche. Une fois sur place, rien de plus simple, pour ces ventres affamés, que de se nourrir d'abord des provisions de l'abeille et de son nectar, puis, au bout de la grossesse (?), d'ingurgiter tous les oeufs de l'infortunée hyménoptère. Pas bête, n'est-ce pas.

Un autre exemple, tout aussi édifiant. Le chemin de la douve jusqu'au foie du mouton est encore plus complexe: après une étape par l'escargot, que je ne vous raconterai pas, ayant eu un moment d'inattention, elle investit le corps d'une fourmi qui a eu le malheur de patauger dans la bave du gastéropode et se dirige tout droit vers le cerveau de la grande travailleuse. Elle fait rapidement en sorte, après peut-être une défragmentation (?), de rendre la pauvre petite fourmi totalement dépendante d'elle-même, au point de lui insuffler des envies suicidaires.

Ainsi voit-on cet insecte pourtant si raisonnable selon La Fontaine se comporter comme la gourde absolue (ça existe, des fourmis blondes?): pour obéir à la larve, elle va s'installer tout au sommet d'un brin d'herbe, ce qui habituellement n'est pas sa place favorite, et attendra qu'un mouton, aux heures fraîches où ils aiment paître, consente à l'avaler. Si la chaleur revient sans que le sacrifice soit consommé, elle reprendra sa vie normale de brave travailleuse jusqu'à la prochaine fraîcheur. Le brin d'herbe et la fourmi avalés, il ne reste plus à la larve qu'à entreprendre le doux voyage vers le foie de l'animal. Et le tour est joué! Impressionnant, non.

Alors, un conseil: si vous croisez, pendant vos vacances à la mer, un amas glaireux, ressemblant de loin à une abeille, qui vous inonde de son parfum ou, dans le pré de votre sieste, une fourmi alpiniste qui vous fait de grands signes de haut de son sommet, comme si elle y plantait le drapeau de la réussite, ne croyez pas qu'elles vous invitent à partager leur bonheur du moment: elles vous veulent du mal. Fuyez.

( Le libellé de ce billet est humour, mais bon: je ne pouvais tout de même pas le ranger dans Échange ou Vibrations!)

jeudi 4 septembre 2008

Découvertes.

Je viens de m'apercevoir que je suis dans les favoris de deux blogueurs que j'apprécie beaucoup et, pour l'un d'entre eux, depuis déjà longtemps. Je ne m'en étais pas rendu compte car ils sont très discrets et ne laissent pas de commentaires, comme moi, d'ailleurs, rarement, chez eux. Une sorte de pudeur des deux côtés? Il s'agit de (Des)illusions, sous le nom de Calyste, et de Vincent, sous celui de Potomac.

Je suis d'autant plus heureux de découvrir cela que je les lis régulièrement, que je trouve que l'un comme l'autre écrivent une langue qui se respecte, que je me sens proche de la sensibilité de l'un et des préoccupations intellectuelles de l'autre, qu'enfin l'un des deux est lyonnais et vient de déménager visiblement tout près de chez moi.

Merci de me faire partager votre univers d'écriture et d'apprécier ce que je livre ici. Ce dernier point me surprend toujours, cela dit sans fausse pudeur. Merci donc, amis des mots.

Biennale.

Petite piqûre de rappel: bientôt le défilé. Pour les détails sur les heures et les lieux, allez voir chez Jahovil. Ca va sûrement être splendide.

Chargé!

Je sens que ce soir, mon séjour ici va être relativement rapide. Complètement vanné!

Six heures de cours, quatre ce matin, deux cet après-midi. De l'extérieur, ça n'a l'air de rien. Mais allez parler pendant six heures presque sans interruption: eh oui, il faut expliquer les programmes, les méthodes, parler du matériel, des évaluations, répondre aux questions des angoissés, reprendre une explication pour le distrait de service, etc. Même si tout se passe bien, ce qui a été le cas, c'est éreintant. D'ailleurs, à voir la tête de mes collègues dans les couloirs en fin de journée, je n'étais pas le seul à avoir pris en pleine poire le changement de rythme après les vacances.

Il y a toujours beaucoup de choses à mener de face en début d'année, et ce ne sont pas les plus intéressantes, les plus "pédagogiques". Pourtant on a intérêt à ne pas rater son entrée en scène avec une classe, car, par la suite, la barre est très difficile à redresser.

Je ne suis pas en train de me plaindre. Je vais simplement aller faire dodo encore plus tôt qu'hier soir (11h10) et recharger les batteries. Il le faut après cette rude journée, gâchée en outre par un temps abominable (orages, pluies, vent, fraîcheur) et une grève des transports en commun.

Demain, je ne travaille que le matin. Et après, terminé jusqu'à lundi! Enfin, pour la présence à l'école, parce que, pour le scolaire à la maison, ça n'est jamais fini! Heureusement, J. m'a proposé de me donner des cours de perfectionnement en informatique, pour m'alléger la tâche. Merci qui? Merci J.!

mercredi 3 septembre 2008

Retrouvailles.

Aujourd'hui, j'accueillais ma classe de cinquième, en tant que professeur principal.

C'est toujours un moment émouvant, de voir dans la cour ces pré-adolescents déjà mal dans leur corps pour certains, encore accompagnés pour la plupart de leurs parents, maman en général, et qui n'en reviennent pas eux-mêmes d'avoir autant grandi pendant les vacances.

Il y a ceux qui se tiennent raides, déjà prêts pour la compétition qu'ils comptent bien gagner, ceux qui, encore petits, lorgnent, mine de rien, vers les tables de ping-pong, attendant avec impatience d'être libérés et de reprendre leur jeux d'enfants, ceux qui, se balançant d'un pied sur l'autre, ont du mal à cacher leur angoisse, ceux qui bavardent, ceux qui rêvent, ceux qui se grattent le nez. Toute une panoplie de nouveaux visages face à nous, les profs, que, bien sûr, ils connaissent déjà, de vue ou de réputation.

J'avoue éprouver chaque fois un grand sentiment de gratitude intérieure quand, à l'annonce de mon nom pour telle ou telle classe, j'entends des soupirs de soulagement ou même des murmures de contentement dans les rangs. Je n'ai jamais entendu autre chose, je n'ai jamais lu un graffiti insultant à mon égard, et cela me fait plaisir, vraiment. Je le dis sans honte et sans forfanterie.

A l'arrivée dans la classe, il a fallu en calmer deux ou trois que la montée de l'escalier avait fait sortir de leur réserve passagère. Distribuer les livres, les carnets de correspondance, les cartes d'identité scolaire, les emplois du temps. Ramasser les réponses aux circulaires de bourses, fiches médicales, APE, catéchèse, demi-pension, droit à l'image... Vérifier l'orthographe des noms, les prénoms, les langues vivantes, les options. Écrire au tableau les noms des professeurs, de toute l'équipe pédagogique, prêter de la craie au prof de la salle à côté, commenter le règlement intérieur.

Et, bien sûr, pendant ce temps, avoir l'œil sur l'assistance pour éviter les dérapages ou les problèmes de compréhension, prendre la température d'un groupe avec qui l'on va passer de nombreuses heures, et, avec l'œil restant, vérifier que l'on n'a pas pris de retard, que tout sera bien fini à midi. Ne pas afficher un visage trop sympathique, ne pas leur laisser croire non plus qu'ils ont en face d'eux un kapo aboyeur. Crevant! Surtout pour la voix qui, même chez un bavard comme moi, en prend toujours un coup les jours de rentrée.

Voilà, c'est fait. J'ai embrayé avec un après-midi de travail, apprentissage de nouvelles façons de naviguer sur Internet (je suis nul dans bien des domaines), et remise en ordre de certains de mes dossiers, en jachère depuis quelques années. Des heures obligatoires mais pas enthousiasmantes.

Ce soir, je suis K-O. C'est bien pire que la course à pied. Sans doute le changement brusque de rythme. Et demain, six heures de cours. Alors, je dis que je vais me coucher de bonne heure et JE VAIS LE FAIRE. Cochon qui s'en dédit.

Spectacle raté.

Eh bien, c'était rasoir. Le spectacle d'hier soir ne présentait aucun intérêt, à mon avis. Heureusement, il n'a duré qu'une heure.

Le titre: Quand le bleu devient Bleu, on ne peut plus faire comme s'il était vert. Mélange de musique, de danse, de projections et de récit. Le thème: "Partez en voyage à travers un nuancier de bleus, partez à la découverte de votre propre bleu". Cela aurait pu être magnifique, comme le spectacle donné à Villeurbanne le soir de la fête de la musique, en juin. C'était raté: les projections sur écran bien pâlottes et ternes, le récit niais (et pourtant l'idée de départ, à la manière d'un conte, était bonne), la danse peu convaincante (mais je n'y connais rien), seule la musique a, parfois, retenu mon attention.

Bref, j'ai regretté ma sortie, d'autant qu'après acrobranche et mes trois tours de parc, j'en avais déjà plein les pattes, et que, pour rentrer, j'ai essuyé un gros orage avant de faire de même avec la selle du vélo.

Mais, comme disait tante Marguerite: qui ne risque rien n'a rien.

mardi 2 septembre 2008

Tandem.

Allez, on y va? Je passe derrière.

Je suis là, je suis là.

Vraiment? Certains ont cru que ce blog fermait après la photo de mon dernier billet? Mais non! Nicolas a vu juste: seulement un clin d'œil à M. de La Palice. Je ne pouvais pas laisser ignorée cette vérité profonde affichée à la vitrine d'une épicerie près de chez moi. Alors, voilà, je suis encore là. Tant pis pour ceux qui voyaient déjà poindre de durables vacances. Tant mieux pour tous les autres. Allo, les autres! Contents?

D'ailleurs, je vais vous faire une confidence: au cours de la conversation avec J., tout à l'heure, je lui ai dit: "Je me suis réabonné à La Vie". La Vie, l'hebdomadaire chrétien d'actualité (qu'au passage, même si vous n'êtes pas chrétiens, je vous recommande pour la qualité de ses articles). Mais, après, dans l'après-midi, quand je me suis souvenu de cette phrase, j'ai trouvé que je venais de dire là quelque chose d'important pour moi: des mots un peu grands sans doute, un air de sentence un peu trop définitive, mais, entre les mots trop grands et la phrase trop ronflante, une vérité intime.

Alors, vous pensez bien que je ne vais pas, comme ça, jeter aux orties, ce lieu d'écriture qui m'a tant apporté en ce sens. Au contraire, plus que jamais, j'ai envie d'écrire. Tenez, par exemple, aujourd'hui, mes occupations, en vrac:

- acrobranche avec les sixièmes. J'ai eu envie d'essayer, vraiment. Dommage que tout ait déjà commencé lorsque je suis arrivé. J'ai assisté d'en bas. Mais nos élèves étaient très, très bien encadrés sur place (n'est-ce pas, Stéphane!): ils ne pouvaient être en de meilleurs mains. Je m'y serais bien mis aussi, dans ces mains-là, mais bon!

- course à pied à la Tête d'Or. De plus en plus de monde. Sans doute pour éliminer le surplus accumulé pendant les vacances. Et, comme il fait encore très chaud, de plus en plus de petits shorts (n'est-ce pas, Gonzo!), de petits c... bien ronds et de belles jambes dorées. Ah, vivement le semi-marathon! Je ne vais plus savoir où donner de la tête!

- massage donné: 1/4 d'heure à frotter, pétrir, chauffer, tirer, repousser, sourire,... mais vous n'en saurez pas plus.

- ce soir, spectacle de rue, que j'avais complètement oublié. Merci, Mireille, de me l'avoir rappelé. Une des animations de Septembre, qui en est riche. Lieu: la place devant le Théâtre des Célestins. Thème: je ne sais plus, j'avais lu la présentation et ça m'avait paru sympathique. Je fais confiance. Et puis si rasoir, un petit coup de vélo'v et dodo.

Voili, voilo. De toutes façons, vous ne vous en tirerez pas à si bon compte avec un bavard comme moi! A demain! Ou plutôt non: juste pour que Stéphane me réécrive un petit commentaire, suite au prochain billet.

lundi 1 septembre 2008

J'allais le dire!

Bin, oui, hein!

Une de plus.

Combien de bises données et reçues? Combien de fois à essuyer les lunettes après ces bises? Pas trop de "Alors, t'as passé de bonnes vacances?". Un très plaisant: "Tu sais que t'es beau, toi!". Des retrouvailles avec les anciens des six établissements, dont certains que je vois rarement; des rencontres avec les nouveaux, douze juste au collège, tout jeunes, tout frais, tout beaux. Pour certains, leur première rentrée. Ils veulent avoir l'air sérieux et décontracté. Mais quand ils se croient inaperçus, ils laissent passer un peu de leur tension sur leur visage. C'est là que je mesure pour moi le chemin parcouru.

Ennui mortel au lycée, plus d'une heure, du discours du directeur général qui non seulement est un piètre orateur mais a eu en plus le culot de nous resservir le même qu'au mois de juin, à la clôture de l'année. Pourquoi parler, et répéter, quand on n'a strictement rien à dire?

Ensuite, retour au collège. Enfin du concret. Première réunion générale, présentation de l'année, apéritif, repas offert, et l'après-midi autres réunions, dont je vous passe le détail: j'ai pitié. J'en ai profité aussi pour charrier des tonnes de livres, et les placards pour les mettre, pour "reconnaître" ma nouvelle salle de cinquième, plus large et lumineuse que la précédente qui ressemblait davantage à un couloir encombrée de bureaux. Premières photocopies de l'année. Recherche (fructueuse) d'un tampon pour effacer le tableau, de la manivelle pour baisser les stores, d'une poubelle, d'une pendule qui accepte de donner l'heure, de craies blanches (les plus nombreuses) plus quelques-unes de couleur. C'est parti.

Demain, bien que ne travaillant pas (les cours normaux commencent jeudi), j'irai l'après-midi faire un tour à "acrobranche" où les 6°, en demi-journée d'intégration, vont apprendre à se connaître et à connaître certains de leurs enseignants.

Tout à l'heure, en rentrant, long coup de fil de Noëlle, de Creuse, qui venait de lire mes "Lettres à Pierre" que Dominique lui avait imprimées, puisqu'elle n'a pas internet. Je suis très heureux de cette gentillesse de Dominique, puisque toutes deux l'ont connu et apprécié. Ce qui me fait le plus plaisir, c'est que Noëlle m'ait dit qu'elle nous avait reconnus dans ce que j'ai écrit.

J'ai mon emploi du temps (depuis le 14 juillet), j'ai mes listes, j'ai mes salles, j'ai déjà des réunions programmées, toutes plus importantes les unes que les autres (!!!!). Il ne me manque rien, si ce n'est l'essentiel: découvrir mes élèves de la cuvée 2008/2009. Ce sera pour mercredi avec mes cinquièmes, jeudi pour les autres.
Allez, au boulot! Construisons!

Rentrée.

Finalement, ce matin, j'ai envie!